‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 68 sur 97 · CHAP. II. — DISPERSION DES APOTEES · texte numérisé non relu

CHAP. II. — DISPERSION DES APOTEES

Telle est la règle, ou, comme on s'exprimait alors, le Canon apostolique, qui .ne cessera de commander la foi du monde. Saint Irénée, succédant en l'an 177 à saint Pothin sur le siège épiscopal de Lugdunura, rappelait celte règle aux hérétiques de son temps : « L'Église, répandue par tout l'univers et propagée jusqu'aux extrêmes limites du monde, dit-il, a reçu, des apôtres et de leurs disciples, la foi en Dieu le Père tout-puissant '. » Tertullien, vers l'an 200, la citait aux vierges de Garthage : « La règle de la foi, disait-il, est une, unique, immuable, irréformable. Elle consiste à croire en un seul Dieu tout-puissant, créateur du ciel e^ de la terre, et en Jésus-Christ son Fils, né de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce-Pilate, ressuscité le troisième jour, monté aux cieux, où il est maintenant assis à la droite du Père, et d'où il viendra juger les vivants et les morts, après la résurrection de toute chau- K » Pins explicite encore, dans son livre immortel des Prescriptions, Tertullien disait aux hérétiques : « Pour que vous connaissiez exactement la doctrine des chrétiens, commençons par exposer la règle de notre foi. Nous croyons en un seul Dieu, créateur du monde, qui a tiré l'univers du néant, par son Verbe éternel. Le Verbe, son Fils, s'est manifesté, à diverses reprises, aux patriarches, et s'est fait entendre dans la suite des âges par les prophètes. En ces derniers temps, il descendit, par lopération de l'Esprit-Saint, dans la Vierge Marie; s'incarna dans son sein; naquit d'elle, et parut en la personne de Jésus-Christ. Il prêcha la loi nouvelle et

rUaio, et sepultus descendit ad inferna. lerliâ die resurrexit a mortuîs, ascenditad cœlos sedet ad dexternm Pntris. Inde venturus est judicare vivos et mortuos : et m Spiritu sando. Sanctam Ecclesiam, remssionempeccatorum hujus carms resurre^ tionem. (Rafin, Comment, in symhol. ApostoL; Patwl. laU, tom. XXI, col. 3d8,

» Iren., Adv. hères., lib. I, cap. n.

« Voici le text. même de TertullieQ : Régula quidem fidet una ommno ert, sola, immo',ilis et irrefcrmahilis , credendi scilicet in unicum Deum ommpotenfem mundi creatorem, et Fdium ejus Jesum Christum, natum ex Virgine Manà cru. ciûxum sub Poniio Pilato, iertiâ die ressuscitatum a mortuis, receptum in ccel>s,se^ denlem nunc ad dexteram Pntris, venturum judicare vwos et mortuos, per carnis etiam resurrectionem. (Tertull., De virginibus velandis, cap. i; Pairol. M. tom. II, col. 889.)

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la nouvelle promesse du royaume des cieux, opéra des prodiges, fut crucifié et ressuscita le troisième jom*; monta au cieux où il est assis à la droite du Père. Il envoya ensuite l'Esprit- Saint, comme son vicaire ici-bas, pour diriger ceux qui croient en son nom. Il reviendra uu jour dans la gloire, pour introduire les Saints dans les splendeurs de la vie éternelle, et précipiter les méchants dans les supplices d'un feu qui ne s'éteindra jamais *. — Telle est la règle de foi, qui nous vient de Jésus-Christ lui-même, par les apôtres. Oui, cette doctrine nous a été directement transmise par les apôtres, et la preuve immédiate de ce fait n'a besoin ni de longues explications, ni de savantes recherches. Toutes les Églises apostoliques , avec lesquelles nous sommes en communion, récitent ce même Symbole, sans aucune divergence. Donc elles l'ont reçu des apôtres leurs fondateurs ^. » Que les protestants, qui rejettent la tradition, répondent à ce témoignage de TertuUien! Qu'ils expliquent pourquoi ils répudient le dogme de la virginité de Marie, si nettement formulé par TertuUien, dans les deux extraits du Symbole des apôtres, cités par ce docteur !

17. Si les apôtres eurent à établir la tradition de la foi sur une règle universelle et immuable, ils avaient également à fonder l'ordre des cérémonies liturgiques, en leur qualité de «dispensateurs des mystères de Dieu 3. » — « Aucune religion, vraie ou fausse, dit saint Augustin, ne saurait réunir les hommes pour un même culte, sans une association de sacrements et de signes visibles *. » L'étude de la tradition illumine merveilleusement cette vérité, formulée par le génie du grand évêque d'Hippone. Le culte chrétien, l'administration des sacrements de la loi nouvelle, la liturgie catholique

» TertuU., De Prœscript.,xui. {Patrol. lat., II, 26.)

*Tertull., De Prœscript., xxi et xxil. [Patrol. lat., II, 53-54.) Voifj pour le Symbole des apôtres, la dissertation de Natalis Alexander [Hist. écoles., édil. in-4°, tom. V, pag. 313-324), et le savant ouvrage de Mk' Ginoulhiac, évèque de Grenoble : Hist. du dogme catholique pendant les trois premiers siècles de l'Église, Paris, Durand, 1852. 2 vol. in-S».

» Sic nos existimet homo ut ministres Christi et dispensatores mysteriorum Dm, (I Cor., IV, 1.)

♦ S. August., Contr. Faustum, lib. XII, cap. xi; Patrol. lat., XLII, 355.

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vinrent se substituer au culte, aux cérémonies et aux rites figuratifs de la loi de Moise, non point par voie de rupture violente, ainsi qu'on le croit généralement et à tort, mais par voie de perfectionnement. La liturgie chrétienne couronne l'institution du culte mosaïque, comme le fruit s'épanouit sur le tronc qui l'a porté. Qu'on ne l'oublie jamais : la parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais la porter à sa perfection, » est vraie d'une vérité absolue. En sorte que la loi mosaïque, telle qu'elle fut révélée sur le Sinaï, et telle que son illustre fondateur la reçut de la révélation divine, supposait nécessairement à son sommet le Christ, qui devait lui imprimer un caractère d'immortelle universalité. Aujourd'hui donc, la liturgie chrélienne est réellement la prolongation divine, dans le monde, du cérémonial et du rituel juifs. L'autel eucharistique se rattache ainsi aux sacrifices d'Abel, de Noé, d'Abraham, de Melchisédech et de Moïse. Le temple de Salomon se dresse sur tous les points du globe. Nous comprenons dès lors l'antique origine des bénédictions mystiques, des cierges allumés, des encensements, des habits sacrés, des offrandes volontaires, de la dime sainte , des pompes extérieures, des cérémonies et des rites, qui passèrent du temple de Jérusalem au sein de l'Église catholique. On se tromperait étrangement si l'on faisait abstraction du mosaïsme , en étudiant la liturgie chrétienne ; il n'est pas plus possible de les isoler l'une de l'autre, qu'il ne l'est de détacher l'Ancien Testament du Nouveau. A ce point de vue, le protestantisme tombe dans une erreur capitale, quand il accuse de superstition les magnificences du culte catholique. 11 ne voit pas que si la loi de Moïse déployait autour d'une religion purement figurative tant de splendeur et de majesté , la loi nouvelle de l'Evangile ne saurait moins faire pour la vérité, qui a succédé, sur nos autels, aux ombres et aux figures. Et, sous le rapport hiérarchique, si la loi de Moïse établissait un grand prêtre, dont la dignité suprême, sans égale parmi la nation juive, avait été établie pour maintenir l'unité de culte et de foi, comment ne pas voir que la religion universelle de Jésus-Christ suppose nécessairement une autorité parallèle, au sommet de l'Église!

écrite.

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Quand même nous n'auriuiii pas uu seul texte positif pour établir la suprématie du chef de 1 .Lgiiae chrétienne, la «eule comparaison de l'ancienne loi avec la nouvelle sulûruit pour démontrer l'indispensable nécessité de cette iiisiitution.

La liturgie 18. Iki litiu"gie apostolique ne fut pas écrite. Elle fut, comme le ce fut point Symbole, confiée à l'enseignement oral et à la tradition. C'est encore Tertullien qui nous l'enseigne, a Aucune écriture ne l'a déterminée, dit-il, mais elle repose sur une coutume tellement universelle et permanente, qu'elle atteste incontestablement lauthenticité de la tradition. Gomment en etfet expliquer l'existence de la liturgie au sein de toutes les Églises, si l'on veut nier cette tradition? Pour commencer par le baptême, les cérémonies en sont fixées. Nousnous présentons au sein de l'assemblée, et nous jurons, entre les mains du pontife, de renoncer ;i Satan, à ses pompes et à ses anges. Ensuite on nous plonge par trois fois dans l'eau régénératrice, en prononçant une formule qui ne se trouve point en entier dans l'EvangUe. Au sortir de l'eau sainte, on nous fait goûter un mélange de lait et de miel. A partir de ce jour, nous nous abstenons, pendant toute une semaine, de l'usage des bains ordinaires. Le sacrement de l'Eucharistie fut institué par Notre-Seigneur lui-même et distribué par lui aux apôtres, après le repas de la Cène. Cependant nousn'y participons qu'à jeun, dans une assemblée qui précède le lever de l'aurore, et nous recevons cette nourriture divine des mains des ministres, sans souffrir qu'elle soit touchée par d'autres. Nous faisons des oblations pour les défunts ; nous en faisons pour le jour anniversaire de notre naissance. Nous regardons comme interdit de jeûner un jour de dimanche, ou de nous agenouiller pour nos adorations, en ce jour. Il en est de même pour le temps qui s'écoule entre Pâques et la Pentecôte. Si quelques parcelles du calice ou du pain consacré viennent à tomber à terre, nous en souffrons comme d'une douloureuse profanation. Enfin, à chacune de nos démarches et de nos entreprises, en sortant ou en rentrant, en prenant nos habits et nos chaussures , au bain , à table , le soir quand on allume les lampes , quand nous entrons au lit , partout et toujours , nous formons sur le front le signe de

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la croix. Cherchez dans les Écr'tnrcs la loi de ces pratiques et de tant d'autres semblables : vous ne la trouverez nulle part. C'est la tradition qui nous los enseigne, la coutume qui les confirme, et la foi qui les observe ^ »

19. La tradition liturgique, remontant aux apôtres, est donc un Témoignagei

des saints

fait incontestable. « Je ne saurais douter, dit Grotius, de cette ms- Pères relatifs

à la litargie*

titution apostolique, en voyant, dans tous les siècles et dans toutes les parties du monde, la concordance des liturgies, à reproduire uniformément les prières par lesquelles on demande à Dieu de sanctifier par son Esprit les dons ofiferts sur l'autel, et de les clianger au corps et au sang du Christ ? » Un autre protestant, Grabe, est encore plus explicite. « Les actes qu'on rencontre dans toutes les liturgies, et qui furent partout usités, dès l'origine de l'Eglise, pour la célébration des saints mystères, sont évidemment, dit-il, d'institution apostolique. Quel homme de sens pourrait en effet se persuader que les Églises fondées parles apôtres ne reçurent point d'eux les formules et les rites pourl'oblation du sacrifice, si étroitement lié avec la religion elle-même, et l'essence de la foi? Noncependant que je prétende adjuger toutes les liturgies dites apostoliques à cenx dont elles portent les noms ; il suffit que les apôtres aient été les premiers auteurs des anciennes liturgies, sans qu'ils les aient écrites ^. » La loi du secret , qui empêcha les apôti'es d'écrire le Symbole, s'opposait de même à la rédaction scriptiraire de la liturgie. Saint Basile ne nous laisse aucun doute sur ce point. « Quel est, dit-il, l'écrivain sacré qui nous a légué dans ses ouvrages le précepte de marquer du signe de la croix les fidèles convertis à Jésus-Christ? Quel est le passage de l'Écriture qui nous prescrit de nous tourner vers l'Orient pour la prière? Les paroles de l'invocation, dont nous nous servons pour la consécration du pain eucharistique et du calice de bénédiction , ont - elles été écrites ? La liturgie ne se borne pas, en effet, à reproduire seulement la formule de l'Évangile et de l'apôtre saint Paul; mais, avant et après la consécration, nous récitons des prières qui sont de la plus haute

* TerluU., de Corona militis, cap. ni; Patrol. lat., H, "9. — * Grot., De paoe Ecclestce, pag. 670. — * Grabe, In S. Jrenœum, lib. I, cap. iiij Annotât.

importance pour l'intégrité du sacrifice, et cependant ces prières ne nous sont connues que par la tradition. Nous avons une formule de consécration pour l'eau baptismale, pour l'huile de l'onction, pour la personne de celui qui se présente au baptême : d'où nous viennent ces formules? De l'Écriture? Non. Mais delà tradition, secrètement et persévéramment maintenue. L'onction de l'huile sainte elle-même fut-elle jamais prescrite par l'Écriture? La triple immersion dans l'eau baptismale, le renoncement à Satan et à ses anges, toutes les autres cérémonies du baptême , sont-elles mentionnées quelque part dans les Livres saints? Tous ces rites, nous les tenons de la transmission traditionnelle, qui remonte aux apôtres *. » Nous comprenons, à l'aide de ces témoignages, que les liturgies principales, dites : de saint Pierre, pour l'Église latine ; de saint Marc à Alexandrie ; de saint Jacques à Jérusalem et dans tout l'Orient ; de saint Matthieu, en Ethiopie, ne furent point écrites du vivant de leurs auteurs. Chacune d'elles, dans la rédaction que nous en possédons actuellement , renferme des additions qui constitueraient de véritables anachronismes, si l'on prétendait les attribuer aux apôtres eux-mêmes. Ainsi, le canon de la liturgie de saint Pierre mentionne les noms de Xiste, Cyprien, Laurent, Chrysogone, tous évidemment postérieurs de deux siècles au prince des apôtres. La liturgie de saint Marc présente, dans son symbole, le terme de consubstantiel, qui ne fut en usage qu'après la définition dogmatique du concile général de Constantinople. Celles de saint Jacques et de saint Matthieu renferment des expressions du même genre *. Il est donc certain que, dans leur forme actuelle, ces liturgies ont été successivement augmentées, durant la suite des âges; que leur rédaction écrite est postérieure à leur constitution apostolique. Mais ces additions ne tombent pas sur le fond même de l'œuvre liturgique, ni sur les lignes principales, déterminées parles apôtres ^. « Il est dans toutes les liturgies, dit le cardinal Bona,

> S. Basil., De Spiriiu Sando, cap. xxvii.

» S. Basil., De sptntu bancto, cap. xxvii.

•Cf. Reuaudot, Liturg. oriental., et Noël. Alexandri, de LitwrgiU SS. Pétri, Jacobi, Malih. et Marci. {Hist. eccles., tom. V, pag. 75.) * Voir D. Guéraugef; Institutions liturgiques, tom. I, cbap. I.

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