CHAP. II. — DISPERSION DES APOTRES
certaines choses sur lesquelles toutes les Églises conviennent, et qui sont telles que, sans elles, l'essence du sacrifice n'existerait pas; ainsi la préparation du pain et du vin, l'oblation, la consécration, la consommation , enfin la distribution du sacrement aux fidèles. Ensuite, il y a d'autres parties importantes qui , sans appartenir à l'intégrité da sacrifice , se retrouvent cependant dans toutes les liturgies, comme le chant des psaumes , la lecture de l'Écriture sainte, l'assistance des ministres, l'encensement de l'autel, l'exclusion des profanes et des catéchumènes , la fraction de l'hostie, le baiser de paix, les oraisons, l'action de grâces '. » Qu'on parcoure le texte de toutes les liturgies antiques, réunies par Renaudot, dans son savant ouvrage, et l'on retrouvera en chacune d'elles ces traits saillants, qui forment l'essence même de la liturgie catholique.
20. Si maintenant l'on veut se faire une idée précise du sacrifice Une assemblée chréchrétien , au premier siècle de l'Eglise, qu'on lise cette page tienne au
' ^ ° ', ^ ^ ° siècle aposto
extraite des Constitutions apostoliques : « Evêque , soyez saint et n<jno. irrépréhensible, n'aimez point à frapper, montrez-vous patient et miséricordieux, pour édifier, convertir, exhorter, instruire et consoler en esprit de longanimité, de douceur et de mansuétude, comme il convient à l'homme de Dieu. Quand vous voulez réunir l'Éghse de Jésus-Christ, ainsi que le pilote d'un grand navire rassemble ses matelots, disposez tout avec ordre et prudence. Prescrivez aux diacres, vos nautonniers, de préparer, avec soin et décence, les places que doivent occuper les frères, passagers de votre navire. Qu'on choisisse une salle oblongue , dirigée vers l'Orient, ayant de chaque côté des pastophores, disposés pour recevoir les oblations; que l'édifice rappelle la forme d'un navire. Au milieu sera placé le siège de l'évêque , de chaque côté duquel s'asseoiront les prêtres. Les diacres se tiendront debout, prêts à accomplir leur office , et vêtus d'habits qui ne gênent point leurs mouvements ni leur démarche. Ils sont les matelots qui parcourent les fiancs du navire. A. eux il appartient de faire ranger les laïques
1 Bona, Rerum liturgie, lib. I, cap. vi, § 1.
dans l'église, en ordre et en silence. Les femmes seront assises à part, sur un côté de la salle et ne prendront jamais la parole. Le lecteur, placé au milieu de l'assemblée, sur une estrade, lira un passage tiré des livres de Moïse, de Jésus fils de Navé, des Juges, des Rois, des Paralipomènes, d'Esdras, de Salomon, de Job ou des seize prophètes. Après les leçons, on chantera les psaumes de David, de telle manière qu'une voix seule dise la première moitié du verset, et que tout le peuple en chœur chante la seconde. Puis on lira un passage de nos Actes, et des Épiti'es de Paul, notre coadjuteur, envoyé par l'Esprit-Saint pour l'apostolat des Églises. Ensuite un diacre, ou un prêtre, fera une lecture, parmi les Évangiles que moi Matthieu, et moi Jean, vous avons transmis, ou que les coadjuteurs de Pierre et Paul, Luc et Marc vous ont laissés. Pendant la récitation de l'Évangile, tous les prêtres et les diacres, le peuple entier, se tiendront debout dans le plus profond silence, car il est écrit : « Israël, tais-toi et écoute, » et encore : « Lève-toi, Israël, et tu entendras ma parole. » Ensuite les prêtres adresseront leurs exhortations au peuple, non pas tous simultanément, mais l'un d'eux, à tour de rôle, et l'évéque parlera le dernier. Cependant les portiers se tiendront à l'entrée réservée aux hommes, et les diaconesses à celle des femmes, comme les collecteurs se tiennent à l'entrée du navire, pour recevoir le prix de transport des passagers. Car, tels étaient l'ordre, les formes et la discipline observés pour le Tabernacle de l'Arche d'alliance et dans le Temple de Salomon. Si quelqu'un occupe une autre place que la sienne, le diacre a la charge de le reprendre; l'office du diacre est précisément de venir en aide au berger. L'égUse, en effet, n'est pas seulement comparée à un navire, mais à un bercail. Or, de même qu'un berger divise et met à part les brebis, les chèvres et chaque troupeau, selon la diversité des races ou des âges, ainsi doit foire le pasteur d'une église. Les jeunes gens y ont une place à part, et s'asseoient, si le local le permet; autrement ils se tiennent debout. Les vieillards sont assis, suivant leur rang. Les petits enfants restent avec leur père ou leur mère. Les jeunes filles occupent un lieu séparé, quand le local est suffisant. Autrement, elles sont placées immédiatement
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à la suite des femmes. Il convient que celles qui sont mariées et qui amènent avec elles leurs petits enfants aient une place spéciale mais on fera mettre au premier rang les vierges et les veuves consacrées au Seigneur, puis les femmes âgées. Le diacre pourvoira à ce que chacun se dirige immédiatement vers la place qui lui esl assignée , pour é'viter l'encombrement de la foule stationnant aux portes, n inspectera aussi l'assemblée, afm que nul ne cause, ne rie , ne sommeille, ou ne s'agite inutilement. Car les fidèles, réunis dans l'église, doivent écouter la parole du Seigneur avec respect, en silence et dans l'attitude du recueillement Après l'exhortation qui suit l'Évangile, on fera retirer les cati'chumènes et les pénitents. Toute l'assemblée relèvera alors, et, les regards fixés vers l'Orient, adressera sa prière au Dieu « qui s'élève sur le ciel des cieux, à l'Orient; » se rappelant l'Eden antique, situé à l'Orient, d'où notre premier père fat expulsé, lorsque, séduit parle serpent, il eut transgressé le précepte divin. Après l'oraison, quelques diacres apporteront les offrandes destinées au sacrifice de lEiicharistie, accomplissant avec révérence, et dans le sentiment d'une crainte religieuse, un ministère qui se rapporte au corps du Seigneur. Les autres cependant maintiendront dans l'assemblée un ordre silencieux. Alors le diacre, qui assiste le pontife à l'autel, dira au peuple : « Que nul ne conserve un germe d'inimitié contre son frère. Arrière tous les hypocrites ! » Puis les hommes s'embrasseront dans le baiser du Seigneur; les femmes feront de même entre elles. Mais que chacun le fasse du fond du cœur, et que nul ne renouvelle le baiser par lequel Judas trahit le Seigneur. Ensuite le diacre priera pour l'Église, pour l'univers entier et pour toutes ses provinces, pour les fruits de la terre, pour les prêtres et les princes, pour le pontife et pour le souverain, pour la paix universelle. En ce moment, l'évêque, appelant la paix sur le peuple, bénira l'assemblée, comme Moïse le prescrivit aux prêtres, par la formule légale : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ; qu'il tourne sur vous un regard favorable et vous donne la paix ! » L'évêque priera ensuite, en disant: «Seigneur, sauvez votre peuple et bénissez votre héritage , cet héritage dont vous avez conquis ia possession par
le sang précieux de votre Christ ; cet héritage que vous avez ap- . pelé le sacerdoce royal et la nation sainte ! » Alors le sacriQce '*' commencera; cependant le peuple, debout, priera en silence, et quand l'oblation sera consommée, chacun des ordres de fidèles recevra à son tour le corps du Seigneur et son sang précieux, s'approchant dans l'ordre réglé, avec crainte et révérence, comme on approche de la personne du roi. Les femmes auront la tète voilée, selon la prescription qui leur en a été faite. Cependant on gardera soigneusement les portes, pour en interdire l'accès à tous les infidèles et à quicouque n'a point encore été initié parle baptême '. » Témoignage 21. Tel cst le document le plus ancien que nous possédions sur " °' la liturgie de la primitive Église. On peut y joindre, pour le compléter, ce passage de saint Justin : a Quand un prosélyte , qui veut embrasser notre croyance et nos dogmes, a été régénéré dans l'eau du baptême, il est conduit au miheu de l'assemblée des frères. Là, des prières sont faites en commun pour nous tous, et en particulier pour celui qui vient de recevoir l'illumination spirituelle, afin que tous, admis à la participation de la vérité, nous puissions persévérer dans les œuvres de la justice et la fidélité aux préceptes divins et qu'ainsi nous obtenions le salut éternel. Après la prière, nous nous donnons les uns aux autres le baiser de paix. Puis on apporte au pontife qui préside l'assemblée du pain, et une coupe dans laquelle on a versé du vin et de l'eau. Il les prend entre ses mains, et rend grâce au Père commun de toutes choses, par le nom du Fils et du Saint-Esprit. Il poursuit alors la longue prière eucharistique, ou d'actions de grâces, sur les dons reçus de la munificence divine. Lorsqu'il a terminé les oraisons et l'Eucharistie, tout le peuple lui répond, dans une acclamation unanime, par le mol hébreu : Amen, qui signifie : Ainsi soit-il. Ceux d'entre nous qui portent le nom de diacres distribuent alors le pain et le vin mêlé d'eau, sur lesquels ont été prononcées les paroles eucharistiques. Tous les fidèles présents prennent part à la distribution; et les diacres ont soin plus tard de porter aux absents leur portion
» ConstU. AposUf lib. Il, cap. lyii ; Patron, grœc, I, 725-738.