‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 73 sur 97 · CIIAP. II. — HÉRÉSIE DE SIMON LE MAGE · texte numérisé non relu

CIIAP. II. — HÉRÉSIE DE SIMON LE MAGE

la matière, selon le monstrueux alliage du pantliéisme. Mais, avec l'unité de Dieu, comment expliquer lexisteuce du mal? Avec la spiritualité de l'essence divine, comment aboutir à la matière? Avec l'infini divin, comment arriver à la contingence des êtres visibles ? La sagesse de l'Egypte, de la Grèce et de Rome avait sombré sur ces écueils. Le Mage crut trouver la solution du problème dans les temples de la Perse et de l'Inde. « Le principe du monde, disait-il, est la puissance infinie. Mon livre est ia Révélation ('Anoçàffiç) de cette voix, de ce nom, par l'intelligence de la grande puissance infinie.- Scellé encore, enfoui, voilé sous les ténèbres de l'habitacle humain, il plonge pourtant jusqu'à la racine d'où sont sortis tous les êtres. La puissance infinie, comme l'a dit Moïée, c'est le feu : Deus ignis est : feu spirituel des intelligences qui n'a rien de commun avec la matière ignée; flamme divine qui embrasse la double sphère de l'intelligible et du sensiijie, selon le mot de Platon; de la puissance et de l'acte, comme dit Aristote. En elle toute chose est virtuellement comprise : le fini et l'infini, le visible et l'invisible, le corporel et le spirituel. Les abstractions de l'intellect pur, comme les réalités du monde des sens ; l'infini des infinis, le nombre et l'innombrable; tout cela forme le trésor hypercéleste de la divinité. Tel était cet arbre immense du songe de Nabuchodonosor, qui nourrissait toute chair. La partie apparenle de l'arbre, le tronc, les rameaux, le feuillage, l'écorce, c'est le fini, le visible, le corporel; mais la sève cachée qui donne la vie, c'est l'infini, l'invisible, l'incorporel. Voilà quel est le sens mystérieux des paroles de l'Écriture : «La vigne du Dieu de Sabaoth, c'est la maison d'Israël; l'homme de Juda est le germe chéri du Seigneur *. n Et ces autres : « Toute chair est pareille à l'herbe des champs ; toute gloire charnelle ressemble à la fleur épanouie sur la tige. L'herbe s'est desséchée et sa fleur tombe à terre ; mais la parole du Seigneur demeure éternellement^. » La parole du Seigneur c'est le principe divin, source de toute vie, et principe unique de génération 3, »

36. Jusqu'ici la théorie du Magicien, dégagée de l'emphase du ^^^

> Isa., V, 7. — It., XL, G. — 3 PInlosojJt., lib, VI, cap. i, § 9-11.

langage et du luxe d'érudition qui associe Aristote à Moïse, Platon à Isaïe, no se dessine pas encore avec netteté. Sa notion d'un principe infini, éternel, omnipotent, serait irréprochable, s'il n'affectait dy mêler une matérialité en puissance, qui va devenir sous sa plume une source intarissable d'erreurs. « Le cosmos engendré, ajoute-t-il, doit sa naissance au feu éternel*. Voici le mode et l'origine de sa formation. Six germes, ou racines de génération, issus du principe éternel, lui donnèrent naissance. Ces racines, conjuguées par syzygies, se nomment le concept et 1 intelligence ; la parole et le nom; le raisonnement et la pensée. Le pouvoir infini réside dans lensemble de ces racines intellectuelles, mais en puissance seulement, non en acte. Or, le pouvoir infini se nomme : Celui qui est, a été, sera. S il se reflète dans les six Eons racines, et y empreint son image, il forme une seule et même chose avec le principe éternel, infini et immuable ; il en a, réellement et sans aucune infériorité, la force, la grandeur et la perfection. Mais s'il n'y réside qu'en puissance et que son image ne s'y dessine pas, il disparaît et s'évanouit absolument, comme la faculté des mathématiques ou di^ la science philosophique dans lame humaine. A la puissance d'action joignez l'acte, à la faculté de savoir joignez la science et vous avez la lumière; sinon tout reste ténèbres dans 1 âme, et la faculté, demeurée stérile, meurt elle-même avec l'homme. Les six Éons, réunis avec la vertu suprême, forment le divin septénaire, la puissance universelle, la plénitude de l'intelligence et de la vie^. » Rapproche. 37. Si l'on souge que cette métaphysique transcendantale apparthéorie de tient à Siiuon le Mage, on comprendra qu'un tel esprit avait quelque lagc avec le valcur. DépouiUée de sa terminologie empruntée aix sources Brahiosopbiquc mauiques, la formule de Thérésiarque est exactement la même que celle de Hegel : « L'être d'abord caché en lui-même, dans le silence

* rÉyovev oOv 6 x6<7(i.oç ô Yevv/iTo; ànà toO àvsvvioTou Trupoç. Nous ne comprenons pas pourquoi Ms' Cruice a traduit ces expressions par la phrase suivante : Natusest iyitur mundus œternus ab œterno igné. C'est évidemment une inadvertauce échappée par mégarde au savant et illustre éditeur. M. Miller avait très-bien rendu le sens du grec, dans la traduction ainsi conçue : Exlitit igitur mundus qui generatus est a non generato igni.

» Philosoph., lib. Vi, cap. i, §§ 12, 13.

losopuiquc

de Hégcl.

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