r -x • I i 1 • i Grégoire de
sumer cet ensemble immense de faits, jusquaii martyre de saint Tours. Pierre et saint Paul exclusivement. Dans les trois suivants, il expose les principaux événements de l'histoire ecclésiastique, depuis Trajan jusqu'à Dèce. Cet intervalle, qui embrasse une période de cent cinquante ans, ne lui demande que trois alinéas. Si l'on s'en tenait à son récit, la bste des empereurs romains serait fort restreinte. D'Antonin-le-Pieux (161), il passe immédiatement cà Dèce (249), sans
1 Vcûerilinus venit Rûmarn sub Hygino, increvli vero suh Pio, ei prorogavit tempus usque ad Anketum. (S. Ircn., Conlra Vnlentinianos , lib. I, cap. v et vi, et lib. Ib cap. iv.) S. Hygin , 139-142; S. Pie 1 , 142-157; S. Anicet, 157-168.
indiquer même le règne de Marc-Aurèle, ni la persécution générale que ce prince suscita contre les clirétiens; sans dire un mot de Corn mode, de Caracalla, d'Héliogabale, d'Alexandre Sévère, ou de Philippe, noms cependant, à divers titres^, gravés dans les souvenirs de la postérité. Le siècle que saint Grégoire de Tours laisse ainsi dans l'ombre est d'ailleurs celui où la foi vit grandir ses conquêtes, à la faveur même du rapide passage de tant d'empereurs faibles ou cruels, débauchés ou persécuteurs. Mais saint Grégoire de Tours ne s'était point proposé d'écrire l'histoire détaillée de cette époque. A mesure qu'il se rapproche des événements relatifs à l'invasion des barbares, à la fondation de la monarchie française, au règne des Mérovingiens, son récit s'étend, son cadre s'élargit, et sa Chronique devient un véritable monument. On sent qu'il parle de faits dont il a une connaissance intime ; et, quand il aborde enfin son époque contemporaine, on peut se fier à sa parole. C'est celle d'un témoin illustre et dnu saint évêque. Il y a donc, à notre avis, une dificrence très-nota Ijle dans le degré d'autorité à accorder au témoignage de saint Grégoire de Tours, selon qu'il parle de faits contejuporanis. ce qui est le but particulier de son Histowe des Francs, on selon qnil note incidemment des événements antérieurs, dont la cliron(jlogic et l'ordre lui étaient moins connus. ..lication an c'^j pouvait rcstûr uu doutc à cet égard, l'examen plus approerreurs fnndi dc SOU errcur. relative k la véritable date de Ihérésie de Va-
.' toriques
,., roci.ces jentin sufTh-ait a le dissiper. Nous venons de voir que saint Grégoire
au premier v^ <- » ■ i -^
i ire de jg Tours tait dogmatiser cet héi ésiarque sous le règne de Dèce, en
rlisloirc des i""*- o
i-.H„vs. par 9KA^ Qr, trente licnes i)lus liant, dans le chapitre xxvd, il avait écrit
uiiilGréeoirc loi
.:c Tours, çgg paroles : (i Sous le règne d'Antonin-le-Pieux ' (c'est-à-dire en 161) l'hérésie insensée de Valentin prend naissance. » Il est ici dans le vrai. Mais, comme sa chronologie était défectueuse, il donne l'empereur Dèce pour successeur immédiat à Antonin-le- Pieux, et il suppose que Valentin, commençant à dogmatiser sous Antonin, dut naturellement répandre ses fausses doctrines sous le
* Sub Antonmi imporio Valent iniana insana hœresis surrexit... Sub Decio vero impt^atore ValenUnianus et Novatianus maximi tune hcereticorum principes, contra fidem nostram grassantur.
CIIAP. II. — LA FOI DANS LES GAULES. 52f
règne de Dèce qu'il croit son successeur. « L'hérésie valentinienne prend naissance sous Anfonin; et, sous l'empereur Dèce, Valentinien et Novatien, les hérésiarques de cette époque, propagent leurs erreurs. » La corrélation de ces deux passages est évidente. Elle prouve également l'erreur et la bonne foi de saint Grégoire de Tours ; son erreur : elle est suffisamment constatée par une lacune de près de cent ans, écoulés dans l'intervalle du règne d'Antoninle-Pieux (161) à, celui de Dèce (230), et par le plus complet silence gardé sur les noms de Marc-Aurèle, Commode, Pertinax, Didius Julianus, Sévère, Pescennius Niger, Caracalla, Macrin, Héliogabale, Alexandre Sévère, Maximin, Maxime, Pnppien et Balbien, Gordien et Philippe, qui passent successivement, dans ce laps de temps, sur le trône du monde; sa bonne foi: elle est avérée puisque saint Grégoire de Tours fait prospérer sous Dèce (230) un hérésiarque qui, d'après lui, avait commencé à dogmatiser sont Antonin (161). S'il eût soupçonné la distance qui sépara réellemenj ces deux règnes, il eût parfaitement compris l'impossibilité de son hérésiarque presque centenaire.
Nous avons ainsi, je crois, la clef des nombreuses erreurs qu'on s'est plu à signaler, dans le premier livre de Vllistoire des Francs de saint Grégoire de Tours, car elles l'ont été, avec une sévérité quelquefois cruelle, par Ions les écrivains. On ne lui a fait grâce que pour celle, bien autrement grave à nos yeux, où il recule, au delà de toute vraisemblance, nos origines chrétiennes. C'est ainsi que, dans le chapitre xxvi, il affirme que « le philosophe Justin, illustre par ses ouvrages en faveur de l'Église catholique, souffrit le martyre, pour la foi du Christ, sous Antonin ; » quand tout le monde sait que saint Ji:stin fut martyrisé à Rome sous Marc-Aurèle. Il place de même sous le règne d'Antonin le martyre de saint Polycarpe et de saint Pothin, qui eut lieu également sous Marc-Aurèle, en 179. Dans la pensée de saint Grégoire de Tours, c'est toujours le règne d'Antonin qui continue ; et voilà pourquoi il n'hésite pas à attribuer encore à cet empereur le martyre de saint Irénée, qui n'eut lieu qu'en 203, sous Septime Sévère, pendant la cinquième persécution générale. Le nom générique des Antonins, porté par Adrien, Anfo-
522 PONTIFICAT DE SAINT pierhe (33-66).
nin-le-Pieux, Marc-Aurèle et Commode, ainsi qu'il l'avait été précédemment par Nerva et Trajan, peut expliquer, jusqu'à un certain point, la confusion que saint Grégoire de Tours a faite de ces divers princes , au M* siècle , c'est-à-dire dans un temps où l'invasion des barbares avait dispersé les monuments historiques et recouvert le monde d'une épaisse couche de ténèbres. Avons-nous bien le droit, au nom de la science moderne, si lentement et si péniblement reconquise, de reprocher trop amèrement de pareilles erreurs à un illustre évêque, qui , dans la préface même de son Histoire des Francs, écrivait ces paroles empreintes de la tristesse la plus touchante : « Au moment où je trace ces lignes, la culture des lettres est en pleine décadence, ou plutôt elle a péri, au milieu des cités de la Gaule, dans le tumulte des événements bons ou mauvais, parmi les invasions des barbares et les fureurs des rois ! On ne trouverait plus, parmi nous, un seul écrivain capable de transmettre, en prose ou en vers, un récit à la postérité. La foule s'écrie en gémissant: Malheur à nos jours! L'étude des lettres a péri parmi nous * ! »
68. A Dieu ne plaise qu'une parole injurieuse tombe jamais de notre plume, à l'adresse d'une si auguste mémoire ! Mais, puisqu'on a voulu appuyer i:ur un seul passage de saint Grégoire de Tours, mal interprété et faussement suivi à la lettre, un système qui combat la tradition ecclésiastique tout entière, ruine tous les autres témoignages de l'apostolicité de nos Églises, et condamne la foi que l'Église de France a conservée pendant seize cents ans, force est bien à la critique la plus modérée d'élever la voix, de discuter les textes et de rétablir la vérité.
Qu'on veuille- donc prendre acte de cette lacune de cent cinquante ans, dans la liste des empereurs romains fournie par saint Grégoire
1 Deredente atque immo potius pereunie ab urbibus Gallicanis îiberalium cultura liiterarum, cum nonnullœ res gererentur vel recte, vel improbe, ac feritas genlium desœmet, regum furor acueretur.... nec reperiri posset quisquam poilus in arti dinlcrtica grammaticus, qui hœc aut stylo prosaico, aut metrico depingeret versu. tnrieiniicehant sœpius plerique dicentes : Vœ diebus noslris, quia persil siudium litterat-um a nobis! (S. Greg. Turon., Hist. Francor., praefatiuj Patrol. lat,, tom. LXXI. pag. 159.)
de Tours. Quelque incroyable qu'elle puisse nous paraître, dans l'état actuel de la science, elle n'existe pas moins, et il est indispensable de la constater, pour l'intelligence de ce qui va suivre. D:i règne de Claude I" à celui de Dèce (54-231), saint Grégoiie de Tours ne compte que six empereurs : Néron, Vespasicn, Domitieiî. Trajan, Adrien et Antonin •. Dans la réalité, vingt-huit empereurs se succédèrent dans cet intervalle; et la preuve qne saint Grégoire de Tours l'ignorait complètement, c'est qu'il affirme que Dioclétien était le trente-troisième empereur depuis Auguste, pendant que ce prince était le soixante-dix-huitième, qui s'asseyait sur le trône impérial ^. Il est donc incontestable qu'aux yeux de saint Grégoire de Tours, Dèce n'était séparé de Claude I" que par six empereurs ^. Or, Claude I" avait vu terminer son règne et sa vie par le poison d"Agrippine, l'an 54 de l'ère chrétienne. Les six empereurs que Grégoire de Tours lui donne pour successeurs régnèrent pendant cent ans, par conséquent, dans la pensée de saint Grégoire de Tours (en supposant qu'il sût exactement la durée de chacun de ces règnes), l'empire de Dèce se rapportait non pas à l'année 250 de notre ère, mais à l'année 135 ; en sorte que si le père de notre histoire nationale pouvait répondre lui-même à ceux qui abusent de son autorité pour reculer à l'an 250 l'époque de nos origines chrétiennes, il s'inscrirait en faux contre cette date, qui n'était pas plus dans sa pensée qu'elle ne ressort de son texte
1 Nero if'/'', luxxtrioms i... Adveniente Vesj-asiano*... Domilianus nufem secundus post Neronern *... Trajamcs '*... Post hune alius Adriunus ^... Sub Antonini imperio °... Sidj Decio vero imper atore"^...
' Sub Decio ei Grato consulibus, siciit feîici [alias fideli) recordatione retinctur primum ac summum lolosana civitax sanctum Saturninum hahere cœperai snccrdotem.
* Néron, 14 ans; Vespasien, 10 ans; Domitieu, 15 ans; Trajan, 19 ans; Adrien, 20 ans; Antonin, 23 ans.
* Greg. Turon., Hist. Francor , lib. I, cap. xxiv; Pairol. lut., tom. LXXI, col. 173. — * Greg. Turon., Hist. Francor., lib. I, cap. xxiv; Patrol. lat., tom. LXXI, col. 173. — •Grcg. Turon., i/(S(. Francor., — 4 Gitt^. Tavon., Bist. Francor., lib. I, cap. XXV; Patrol lat. tom. LXXI, col. 174. — 5 Greg. Turon., Hist. Francor., lib. I, cap. xxvi ; Patrol. lat., lOtn. LXXI, col. 174. -« 6 Greg. Turon., Hist. Francor., lib. I, cap. xxvi; Patrol. la'., .cm. L.XXI, col. 174. —7 Greg. Turon., Hist. Francor., lib I, cap. xxviii; Patrol. lat,, »oin. LXXI, col. 175,
l). Bninart.
même. Cette observation, que nous croyons décisive, et que nous / avons environnée d'assez de preuves pour que le lecteur puisse! contrôler lui-même sur les textes, avait jusqu'ici échappé aux critiques qui nous ont précédé. Elle est cependant dune importance' extrême, et peut seule expliquer les contradictions qu'on a signalées dans le récit de Grégoire de Tours La Passion 69. « La PassioH de saint Saturnin, dit-il, nous' atteste que, soiis
<le saint Sa- , i,, -r^. , ^ p
ta rnic telle 16 règne de 1 empereur Dece, sept eveques turent envoyés dans les comîoê saint Gaulos. )) Or, Ics ActBS de saint Saturnin, dont parle sain! Grégoire Tours et de Tours, nous les avons encore. Ils ont été publiés par Dom Ruinart, dans les Acta sincera mm^tyrum, page 109. Us sont les mêmes que ceux dont parle Grégoire de Tours ; on y lit en effet mot pour mot les expressions que cet historien emploie à propos de saint Saturnin : « Sous le consulat de Dèce et de Gratus., la ville du Toulouse reçut son premier évêque, Saturnin, d C'est exactement la phrase employée par saint Grégoire de Tours, et cette identité prouve celle des Actes eux-mêmes. Cependant les Actes de saint Saturnin ne parlent en aucune sorte des six autres évèques envoyés dans les Gaules sous l'empereur Dèce; ils n'y font pas la moindre allusion : «Les Actes de saint Saturnin, dit à ce sujet Dom Ruinart, ne parlent nullement des évèques nommés ici par saint Grégoire de Tours, et dont l'arrivée dans les Gaules est rapportée à des époques différentes, selon les divers historiens. Grégoire de Tours, croyant que la mission des sept évèques dans les Gaules avait été simultanée, aura pensé qu'il était en droit de conclure la date de cette mission générale , de la date particulière indiquée pour celle de saint Saturnin, dans ses Actes *. » Ce sentiment, exposé avec la concision et la netteté habituelles au savant bénédictin, n'en est plus maintenant à l'état de simple conjecture. Il a été de nos jours élevé
* Acta S. Suiurnmi ejus in Gallias ntissionis lempus exhibent : sed nifiil habent de cœteris hic recensitts, quorum in Gallias aduenium alii aliis temporibus assignant. Gregorius tamen qui eos putavit simul in Gallias accessisse, ex ceriâ epochâ quœ in actis S. Saturnini hubetu.r, cœterorumetiam iempora deduxit. (D. luinart, édit. oper. S. Greg. Tui-on., îib. 1, Hist. Francor., nolae aJ cap. ixvill; Patrol, lai., lom. LXXI, col. 175, uota E.)
CIIAP. II. — LA roi DANS LES GAULES. 525
au rang des vérités historiques les mieux constatées, par le savant auteur des Monuments inédits, dont on peut lire à ce sujet la dé- \ monstration triomphante.
70. Si maintenant nous aiontons que saint Grégoire de Tours ne La date
^ ° de !!dO n'e?t
'-- voyait, dans l'empereur Dèce, que le sixième successeur de Néron, ro "' ceiio . il nous sera facile de comprendre comment il pouvait, dans sa <ie Tours
, . 1 j T 1 c.ilpndait '■:■
pensée, ajuster la date de ce règne avec celle d'une mission donnée mcme o..
par les successeurs des apôtres à saint Denys et à ses compagnons, et comment il est l'un des témoins de l'aposlolicilé de nos Églises, pendant que son texte, mal interprété, fournit, depuis deux cents ans, des armes aux adversaires les plus vigoureux de cette apostolicité. Telle est au fond , et réduite à sa plus simple expression , la valeur de ce fameux passage de saint Grégoire de Tours, sur la foi duquel l'école française du xvii^ siècle a abjuré la croyance de nos pères , et fixé à Tan 250 l'origine de nos principales Églises , sans plus tenir compte de la tradition, des monuments historiques antérieurs , des invraisemblances , des contradictions même, que le nouveau système entraînait après lui. Maintenant encore, une partie du monde savant se tient en suspicion devant les découvertes les plus incontestables de la critique moderne, qui viennent patiemment et énergiquement réagir contre le mouvement anti-national de Launoy et de ses partisans. De temps en temps, des paroles sévères tombent des régions officielles de la science , à l'adresse de ces courageux investigateurs du passé. Cependant la vérité, qui n'est d'aucun temps, ni d'aucune école; la vérité, qui n'est, en histoire, que la laborieuse et impartiale recherche des monuments, se fait jour, malgré les obstacles. La France tout entière a tressailli, au ressouvenir de ses antiques et chères traditions , en lisant l'histoire de l'apostolat de sainte Marie-Magdeleine en Provence *, et en assistant à la solennité de réhabilitation de la sainte Baume > Le temps n'est pas éloigné où elle remerciera l'Église romaine , mère et maîtresse de toutes les Églises , d'avoir résisté à un mouvement
1 Monuments inédits sur ^apostolat de suinte Mai ie-Magdeleine en Provence, par M. l'abbé Faillon; Sainte Marie-Magdeleine, par le R. P. Lacordaire.
ci; pasa ;
qui dépouillait notre patrie de ses gloires chrétiennes les plus pures.
Telle 71. Voici maintenant les paroles de Sulpice-Sévère , que les en-
SéTèie. nemis de la tradition joignent à celles de saint Grégoire de Tours, pour corroborer leur thèse. «SousMarc-Aurèle, fîlsd'Antunin (177) éclata la cinquième persécution générale. Ce fut alors pour la pre mière fois qu'on vit des martyres dans les Gaules, la religion du vrai Dieu n'ayant été embrassée qu'assez tard au del.à des Alpes '. » Tel est ce texte, qui inspira au P. Sinnond une de ses plus -vives liypeiboles et une attaque qui paraissait triomphante, a Les défenseurs de l'apostolicité de nos Églises sentent bien, disait-il. que ces paroles sont le couteau qui coupe leur cause à la gorge. En efîot, si la Gaule n'a eu aucun martyr avant Marc-Aurèle (177), comme tout le monde sait que Denys de Paris, par exemple, a souffert dans les Gaules, il est bien certain qu'il a dû être ditl'érentde l'Aréopiigiteet bien postérieur à lui ^. » On aurait pu répondre au P. Sirmond : Les paroles de Sulpice-Sévère sont un glaive à deux tranchants, qui coupe aussi votre cause à la gorge; car, si les premiers martyrs qu'on vil dans les Gaules souôrirent sous Marc-Aurèle, en 177, il est de la plus claire évidence que les premiers apôtres des Gaules n'y vinrent pas en 250, sous l'empereur Dèce. — Mais rétorquer n'est pas répondre. Il s'agit de préciser exactement la valeur des paroles objectées.
Or, le Bens de Sulpice-Sévère, dans le passage cité, n'est pas celui que lui prêtait le P. Sirmond, assez subrepticement i)Gur qu'il soit besoin d'insister un peu, pour découvrir la fraude. Sulpice- Sévère ne dit pas « qu'on ne vit aucun martyr, dans les Gaules, avant
1 Sub Âu7'elio deinde Antonini filio persecufio quinta agitata. Ac tune primum intra Gallias marlyria visa, serius trans Alpes Dei religione susceplâ. (Sulpic. Sever., Histor. suer., lib. Il, cap. xxxu; Patrol. lut., toai. XX, col. 147.)
2 Juguluin hts vérins sw£ causoe peii senliunt Areopagilici. Nam si mariyra Gollin nullos Uabul, et Dionysium Parisiensem in Galltd pns^um nemo nesoii. liqiiet /irofeclà diversum ac posleriorem Areopogita fuisse, cvjus vitm/i qui longissime producuni ad Hadriani usque tempora pervertisse volant, aliisub Trajano,qui optirne,<tuh Domitianoperfur.ctum martyriotradunt. {Sirmond, Dissertât, deduôbus Dyonislis, pag. 3.)
CIIAP. II. — LA FOI DANS LES GAULES. u27
Marc-Aurèle : » il dit que ce fui âl^iô qu'on vit pour la première fois des martyres, martyria; c'est-à-dire des exécutions publiques, nombreuses, simultanées, de chrétiens dans l'amphithéâtre, telles qu'on les vit alors en effet à Lyon, et dont l'histoire ecclésiastique d"Eusè!je nous a conservé le touchant récit. Sulpice-Sévère , qui analyse succinctement V Histoire d'Eusèbe , y trouvant pour la première fois le nom de la Gaule, à propos de la lettre des Églises de Lyon et de Vienne, adressée aux chrétientés d'Asie, constate le fait et le traduit pour son lecteur par ces paroles : Tune primvm in Gailias marixjrla visa. Si l'on conserve à ces expressions leur sig'Uification précise, et qu'on ne les détourne pas de leur sens naturel, elles sont très-exactes, historiquement parlant. Avant le règne de Marc-Aurèle (169), il n'y eut point eu effet, dans les Gaules, de ces grandes et solennelles hécatomlses : celle de Lyon fut la première. Mais, où le P. Sirmond preuait-il le droit de faire dire au texte de Sulpice-Sévère ce que le texte ne dit pas , et de traduire le mot marit/ria, par le substantif singulier ; natailyr? Les témoignages iiistoriques ne sont pas élastiques. Ils ontleur valeur réelle, précise, renfermée dans leurs expressions, comme dans un sanctuaire; aller plus loin que leurs termes, c'est en violer lintégrité.
72. Quand Sulpice-Sévère ajoute que « la religion du vrai Dieu Valeur réelle ne fut embrassée, reçue qu'assez tard dans les Gaules: Serins trans deSuipice Alpes religione Dei suscepiâ, » le Père Sirmond traduit : <( La religion du vrai Dieu ne fut prèchée que plus tard dans les Gaules. » C'est encore là une altération notable du texte, non moins qu'une erreur historique. Les progrès de la foi, dans notre pays, après la prédication apostolique, furent lents, et, pendant les trois premiers siècles, ne prirent pas un caractère d'universalité. Ce fait est constaté par un témoignage solennel de la tradition gallicane. Voici ce témoignage : « A la très-bienheureuse reine, fille de l'Église de Jésus- Christ , Radegonde , les évéques Euphrone (de Tours); Prétextât (de Rouen) ; Germain (de Paris) ; Félix (de Nantes) ; Domitien (d'Angers); Victorius (de Rennes); et Domnolus (du Mans) Quoique,
dès la naissance du christianisme, la prédication de notre sainte foi ait commencé dans les Gaules, ce ne fut qu'un petit nombre de
528 PONTIFICAT DE SAINT pierhe (33-GG).
fidèles qni embrassèrent la croyance de ses mystères ineffables. Mais, pour ne pas laisser notre pays inférieur sur ce point au reste de l'unisers, où la prédication apostolique avait obtenu tant de succès, Dieu, dans sa miséricorde, suscita, d'une race étrangère, le bienheureux saint Martin, pour illuminer notre patrie *. » Ainsi parlaient, vers lan 530, sept évêques français, qui devaient aussi bien connaître Ihistoiie ecclésiastique de leur pays qu'ils connaissaient le texte de Sulpice-Sévère lui-même. Leur interprétation du texte : Serins frans Alpes Dei religione susceptâ, est pleinement d'accord avec la nôtre; ils indiquent très-clairement que les germes de la foi chrétienne, semés sur notre sol par les apôtres, ne produisirent que plus tard tous leurs fruits. Ils constatent la prédication de la foi dans les Gaules, dès l'origine même du christianisme; ipso catholicœ religionis exortu; et ils affirment en même temps que la foi n'y fît alors qu'un petit nombre de prosélytes , ad paiicorum notitiam. Il ne saurait y avoir une paraphrase plus nette et plus précise du texte de Sulpice-Sévère; par conséquent, nous sommes en droit de dire que le fameux argument du P. Sirmond n'a aucune espèce de valeur. Il repose sur une traduction manifestement fausse; Sulpice-Sévère dit que les martyres généraux de chrétiens, en Gaule, se virent pour la première fois en 177 : Tune primum inira Gallias martyria visa. Sirmond lui fuit dire qu'avant 177, il n'y avait eu aucun martyr dans les Gaules; Sulpice-Sévère dit que la religion chrétienne ne fut embrassée que tard au delà des Alpes : seinus irons Alpes Dci religione susceptâ; Sirmond lui fait dire que la religion chrétienne ne fut préchée que plus tard dans les Gaules, Aux yeux de tout homme de bonne foi, cette réponse doit suffire pour faire disparaître l'argument du P. Sirmond, et le réduire à une attaque
1 Dominœ bcalissimœ et in Christo Ecclesiœ filiœ Radegnndi, Eufronius , Prœtexfatus, Ger inanus, Félix, Domitianus, Viclorius, ef Donmolus episcopi...! laque cum ipso calhoUcœ religionis exortu cœpissent Gullicanis in finibus vencrandœ fidei primordia respirare, et adhuc ad paucorum nolitiam tune inefjabilia pervenissent Irinitatis dominicœ sacramenta ; ne quid hic minus acrjuireref, qiiani in orbis circulo prœdicanti.us cposlolis obtineret, bealum Martinum peregrinâ de stirpe ad illuminalionem putriœ dignnius estdirigerc, rnisericordiâ consulenle. (S. Gregor. Turon., Hisior. Franc, IJb. IX.)
plus violente que fondée, dont l'esprit de parti peut se contenter, mais que lu raison ne trouvera jamais satisfaisante. Nous nous associons donc pleinement à la conclusion de M. l'abbé Arbellot, qui résume en ces termes cette controverse : « Sulpice-Sévère, dit-il, fait allusion aux persécutions sanglantes des Églises de Lyon et de Vienne, qui eurent lieu sous Marc-Aurèle, l'an 177, lorsque, selon les expressions de Grégoire de Tours, une si grande multitude de fidèles fut égorgée, que des fleuves de sang chrétien ruisselaient dans les places publiques *, ce qui se voyait en effet dans les Gaules pour la première fois. Mais cela n'empêche pas qu'avant cette époque, quelques hommes apostoliques, quelques pontifes, comme saint Denys, quelques vierges chrétiennes, comme sainte Valérie, n'aient été condamnés et mis à mort, par suite de la haine de quelques magistrats contre la religion chrétienne; et Sulpice- Sévère, qui n'écrivait qu'un très-court abrégé d'histoire ecclésiastique, n'a pu parler en détail de ces martyres particuliers. »
73. Que si l'on voulait insister et maintenir la traduction infidèle Le teste de du texte de Sulpice-Sévère, nous n'hésiterions pas à comparer le Sévfrc^en témoignage isolé de cet auteur avec la masse compacte de témoi- ï'tMyt-o"„? gnages plus anciens, plus complets, plus précis, que nous avons à mettre sous les yeux du lecteur; nous demanderions si le texte implicite et vague de Sulpice-Sévère pourrait détruire, à lui seul, l'autorité de saint Épiphane, de saint Jean Chrysostôme, de Théodoret, de saint Jérôme, de saint Grégoire-le-Grand, que nous allons citer? On sait que les martyrologes s'accordent à nommer Crescent, disciple de saint Paul, comme le fondateur de l'Église de Vienne. La tradition nous apprend, de plus, que Crescent reçut cette mission de saint Paul, lors du voyage de ce dernier en Espagne. Or, les adversaires de l'apostolicité de nos Églises ont tellement altéré les vérités historiques qui leur déplaisent, que c'est à peine s'il se trouverait aujourd'hui un savant qui ne rangeât sans hésiter parmf ■les légendes les moins justifiées le voyage de saint Paul en Espagne.
» lanta ibi muliiiudo christ imiorum ob confessionem dominici nominis est jw. gulata, ut py plateas flumina currerent de sanguine christiano. (Greg. Tur. Hist, Franc, lib. J, cap. xxvn. • '
Cependant, il n'est pas un fait historique qui repose sur des témoi gnages plus péremptoires et plus dignes de foi. « Voyez saint Pau. courir de Jérusalem en Espagne *. » Ainsi parle saint Jean Chrysostôme. « Des navires étrangers le transportèrent en Espagne *, » dit saint Jérôme, a Après avoir successivement parcoura la Judée, et visité Gorinthe, Éphèse, Rome, saint Paul se rendit en Espagne': n telles sont les paroles de saint Grégoire-le-Grand. « Il partit pour 1 Espagne *, » dit saint Épiphane; « il fit le voyage d'Espagne, » dit Théodoret 5; et ces deux derniers parlent explicitement de l'apostolat de Grescent dans les Gaules. « Tout cela n'empêche pas, disait le P. Honoré de Sainte-Marie, M. Dupin d'écrire que le voyage de saint Paul en Espagne est fort incertain, le contraire même paraissant plus vraisemblable '. » 11 semble que la science antitraditionnelle ait pris à tâche de renverser tout ce que les siècles avaient construit, et que la négation universelle se soit substituée à la foi de toutes les époques et de toute l'histoire. Mais ces sortes de triomphes, que l'esprit de parti ménage pour quelque temps à l'erreur, ne sont pas de longue durée. Tôt ou tard la vérité, qui ne passe pas, réclame à son tour sa part de lumière, et perce les nuages qu'on avait amoncelés sur elle.
Ténioig:iagc8 74, Qu'on daigne remonter avec nous la chaîne de la tradition»
de s.iinî >c o »
T*rt"jr' *^* et prêter loreille au concert unanime de l'antiquité chrétienne, qui a célébré lapostoHcité de nos Églises, en un temps où rien ne pouvait faire prévoir les magnifiques destinées de la France. Vers l'an 140, saint Justin, qui porta le premier le nom de philosophe
* Kai ôpoo; aÙTÔv àtm •lepou<TaX9;(i si; Lîtaviav z^éyo-^va. (S. Joan. Chrysost. , Hom. Lxxv, aliàs lxxvi, m Matihœum; Patrol. grœc, tom. LYIU^ col. 689.)
* In Hispaniam Paulus alienigenarumportalus est navibus. (Hierou., in cap. H Isaïae.)
3 Paulus, cum nunc Judœam, nunc Corinthum, nunc Ephesum, nunc Romam, nunc Hispaniam peteret. (S. Greg. Majïn., lib. 111, Moral., cap. xxn.)
* 'O |A£v yào nay).o; xaî èni t?iv 'luitavEav àçixveixat. (S. Epipa., Adv. hœres., XXVII, 6 ; Patrol. grœc, tom. XLI, col. 373.)
* "Yaxepov (lÉvxot xal Vf\ç, ItaXa; i-mor,, y.'A el; xà; STïav'a; àçîxexo. (Théodoret, In Psalm. cxvi, 1 : Patrol. gr<ec., tom. LXXX, col. 1805.)
* P. Honoré de Sainte-Marie, Réflexions sur les règles de la critique, dis- •ertat. Il, pag. 153, 154.
chrétien, tilrc qu'il illustra par son martyre, disait au Juif Tryphon : « La loi mosaïque est si loin de s'être étendue de l'Orient à lOccideut, qu'il y a maintenant encore des nations entières, parmi lesquelles jamais un homme de race juive n'a pénétré. Or, il n'est pas une seule race de mortels, grecs ou barbares, ou de quelque nom qu'on puisse les appeler, soit des peuplades scythes qui habitent leurs chars errants, soit des tribus nomades qui n'ont point de demeures fixes, soit des peuples pasteurs qui vivent sous la tente, il n'en est pas une, au sein de laquelle des prières et des aclions de grâces ne soient adressés au Père et créateur de toutes choses, au nom du crucifié Jésus *. » Comment, l'an 140, saint Justin, à Rome, aurait-il osé se prévaloir de l'universalité de lÉglif.e visnàvis de Tryphon ; comment se fùt-il hasardé à le mettre au défi de citer une seule peuplade : neunum quidem, où le nom de Jésus-Christ n'eût point été invoqué, si ce Juif, d'un mot, avait pu lui fermer la bouche en lui répondant : Les Gaules, qui sont à nos portes, les Gaules, la plus belle conquête de Jules César et l'une des plus riches provinces de l'empire, n'ont jamais entendu prononcer le nom du Jésus que vous prêchez? Soixante ans plus tard, Tertullien s'exprime ainsi : « Les rameaux de la race des Gélules, les nombreux pays habités par les Maures, toutes les contrées des Espagnes, les diverses nations des Gaules : la Bretagne , inaccessible aux Romains, mais soumise au Christ, la multitude des Sarmates, des Daces, des Germains, des Scythes, les nations les plus reculées, les provinces elles îles dont le nom même nous est inconnu, adorent le crucifié ^. » Ainsi parlait, vers i'an 200, ce grand homme. Et
* npwTOv (^.èv oOSè vùv aTtè àvaTO).wv :?|),(ou ïtsiz SuTfxwv xo yévo:, à),)i' euTt xà sGvri êv oîç oùSè'îttooùôeUOfj.wv Toù YÈvovj; u)X7i(T£v.Ov6à £v yàp o/wç irs-d xb yevo; àv6pw;rov, eÏTE poepêâpwv, eÎte 'E>V/)vwv, slxe àTi).ài;wxiviûùv ôvéïxaTnTpoaayopeuofjLe'vwv, vî àixaHoêiwv, r| àoîxwv xaXou(j.éva)v, y\ èv trxrivaïç xxTjvoxpôçwv olxoûvxcov, èv olç (J-yj 5ià xoû ôvôjJLaxoç xoù axaupwOévxoç 'IridoO eux».'- xal eùxapi(7xtat xû Ilaxpi xaî IIoit|X'^ xwv oÀiov yîvovxat. (S. JusUnij Dialogus cum Tryphone Judœo; Patrol. grœc. , tom. VI, col. 748, 719.)
* Gelulorum varietates, et Maurorum nulti fines, Hispcmiarum omnes termini, jt Galliarum (Jiversae nationes, et Britannorum inaccessa Romonis loca Christo "jero subdila, et Sarmatarum, et Dacorum, et Germanorum, et Scytharum, et nbditarum multurum gentium, et provinciarum, et insularum multarum nobls iqno-
certes, on ne le soupçonnera pas d'avoir ignoré ce qui était alors de notoriété vulgaire, que la Gaule comprenait autre chose que la Province romaine (Provence) voisine de la Méditerranée; que la Gaule avait été divisée, sous Auguste, en quatre grandes régions administratives et politiques : la Narbonnaise, la Lyonnaise, la Belgique et l'Aquitaine. L'expression même dont il se sert : Galiiarum diversœ nationes, enlève toute espèce de doute à ce sujet. S'il était possible de sy méprendre, la mention qu il fait, immédiatement après, de la Grande-Bretagne inaccessible aux Romains, et néanmoins ouverte aux messagers du Christ, détruirait toute illusion. Par quel chemin, en elTet, sinon par le nord de la Gaule, les envoyés de la parole évangélique avaient-ils pu pénétrer jusque chez les Bretons, séparés du reste de l'univers '? Teitede 73. Trente ans avant TerluUien, vers 170, saint Irénée, suc-
laint Irénée.
cesseur de suint Pothin sur le siège de Lyon, au milieu même de ces Gaules, dont l'origine chrétienne pour leurs autres Églises ne remonterait, dit-on, qu'à l'an 250 de notre ère, écrivait les paroles suivantes : « Au milieu de la diversité des idiomes qui se partagent le monde, la tradition chrétienne a conservé sou unité. Les Églises qui ont été fondées en Germanie n'ont pas une croyance ni une tradition différentes de celles qui existent chez les Ibères, de celles qui existent chez les Celtes, de celles qui existent en Orient, de celles qui existent en Egypte, de celles qui existent en Lybie, de celles qui existent en Italie, le centre du monde ^. » De bonne foi, ces paroles signifient-elles qu'au temps de saint Irénée, il n'existait chez les Celtes, ou Gaulois, qu'une seule EgUse, celle de Lyon ; et que, des rives du Rhône à celles du Rhin, la foi, laissant dans l'ombre toutes les contrées comprises dans cet intervalle, se fût
tarum , et quœ enumemre non possumus. (Tertull. , Adv. Jud. , cap. vn ; Patrol. graec, tom. II, col. 610.)
*.... penitus tolo divisas orbe Britannos,
* Kal yàp ai xarà tôv xô^fAOv ôîa^ex-rot àvofAotot, à),).' -^ oJvaaiç tyjç TtapaSôdew; |xta xai f( aÙTT). Kal oûre al sv FepiJ.avtatç lôpo[i£vai Ey.x).y;i7Îai à/Àw; TteTttaxeûxao-tv, ■î] à).).a)i; 7:apaôiS6aaiv l\txt èv rat; 'lêvipiatç, ô\jt£ èv K£),toï;, ôutî xarà Tàç àvaxoXâç, 6uT£ èv 'AtyijTCTw, ôyxe èv Aiêuvi, ôute al xarà [xaVa toO xôtixou lôpu[X£vai.(S. Ireu.^ Contra hœres.^ lib. I, cap. xv; Patrol. grœc, tom. VII, col. 652. 553. i
établie chez les Germains, n'ayant fait qu'une seule conquête sur notre territoire, celle de Lyon sans plus? Voici d'ailleurs un fait positif, qui démontre invinciblement l'existence de plusieurs Eglises dans les Gaules, à l'époque de saint Irénce. On sait que ce grand évêquo prit une part active à la discussion soulevée, sous le pontificat du pape saint Victor I", relativement au jour où l'on devait célébrer la fête de Pâques. Eusèbe nous a transmis l'histoire de ce débat solennel, où la tradition du siège apostolique s'affirma avec tant de netteté, au milieu des divergences particuHères, et finit par triompher des plus vives résistances. Dans toutes les provinces de l'empire romain, les conciles s'assemblèrent à ce sujet. Leurs lettres synodales, adressées au Souverain Pontife, existaient encore, au temps d'Eusèbe. Outre celles des évêques de Palestine présidés par Théophile de Césarée et Narcisse de Jérusalem; du synode romain, présidé par Victor, « nous avons encore, dit Eusèbe, les lettres des évêques du Pont, dont la présidence fut déférée à Palma, le plus âgé d'entre eux; et la lettre des Eglises de Gaule, présidées par Irénée *. » Et pour qu'il ne puisse rester même l'ombre d'un doute sur ce point, Eusèbe y revient encore quelques pages plus loin, et donne l'analyse et un extrait assez étendu de cette dernière lettre*. « Irénée, dit-il, dans la lettre qu'il écrit au nom de ses frères les évêques de Gaule, dont il présidait la réunion, convient qu'il faut célébrer la fête de Pâques le dimanche, mais il avertit respectueusement Victor que le fait d'une divergence sur ce point ne serait pas suffisant pour retrancher de la communion les Églises dissidentes, qui suivent la coutume traditionnelle de leurs pères dans la foi. » — « Je sais, dit le P. Sirmond, qu'il y eut dans les Gaules des
* ^Éperai ô' tlaéxi vùv twv xaxà ITovrov èiriCTxôiiwv YpaçYi, wv nà),|j.a; wç àpxaiètaroç TtpouTÉTaxTo, xaî tûv xarà ra).),iav 8à irapoixtwv, aç 'Eiprjvaîoç èTiEuxÔTtei. (Euseb., liist. eccles., lib. V, cap. xxill ; Patrol. grœc, tom. XX, col. 592, 493.)
* 'Ev oT; y.aî b 'Eiprivatoç èx TtpOffWTrou wv riysÎTO y.axà tïiv FaWiav àSeXcpwv Itzis- •zz'ÙMi, irapiTTaxat [j.àv t6 Setv èv (aôvt) t?) xfj; KupiaxTÎ? vitxépoc tô tîjç toù Kupi'ou àvaaxàaew; imxû.ÙG^-xi jjiuaTripiov . tw yt (atiV Bt'/.Topi Trpo'j-/jx6vTw; (o; [ir, àTToxôirTOj ô),a; 'ExxÀYjffîai; Qio'j àp^atov eOoyç Ttapâooatv ÈTiixripoijffaç. (Euseb., htst, eccles., lib. V, cap. XXIV ; Patrol. lat., tom. XX, col. 491^ 500.
conciles antérienTs au siècle de Constantin. Deux, en particulier, se tinrent à Lyon,, sous l'épiscopat de saint Irénée. Le premier, qui condamna les hérésies de Valentin et de Marcion, se composa, suivant la tradition, de douze évêques : treize assistèrent au second, qui décréta, contre les Quartodccimans, que la fête de Pâques davait être célébrée lé dimanche *. »-
Nous n'ajouterons rien à l'évidence que de pareils témoignages portent d'eux-mêmes dans les esprits les plus prévenus. La conclusion que nous pourrions en tirer se formule naturellement pour tous les lecteurs. Si saint Irénée a présidé à Lyon un concile de treize évêques des Gaules, il y avait donc, dans les Gaules, de son temps, au moins treize évêques, en supposant, ce qui n'est nullement vraisemblable, que' tous les évêques des Gaules, sans; exception, aient assisté à ce concile. Or, saint Irénée présidait cette illustre assemblée vers l'an 188. Nous sommes bien loin de l'an 230, auquel on veut reculer la prédication de la foi dans les Gaules !
76. Un siècle avant la naissance de saint Grégoire de Tours, en l'an 4o0, quand le grand pape saint Léon inclinait, sous la majesté du successeur de saint Pierre, la formidable puissance d'Attila , dixsept évêques de la province d'Arles, réunis en concile, adressaient au Souvei-ain Pontife une lettre synodale, où ils exposaient les titres et les privilèges de leur métropole, attaqués par l'Église de Vienne. « C'est un fait de notoriété publique, dans toutes les provinces des Gaules, disent-ils, et qui n'est point ignoré par l'auguste et sainte Église romaine [sacrosanctte Ecdesiœ romanœ) que, la première sur le sol Gaulois, la cité d'Arles a eu l'honneuc de recevoir dans ses murs le prêtre saint Trophime, envoyé par le bienheureux apôtre Pierre ; et que, de là, le don de la foi et de la religion de Jésus-Christ s'est répandu peu à peu sur les autres contrées des Gaules 2. »
^ Non eram ne<:cius antiquiores alias Galliœ synodos meriiorari, atfjue i.i lus Lugdunenies duas S. Irenœi episcopi; qunrum in altéra, quam episcnporwn XII fuisse tradunt^ Valeniini, Marcionis et aliorum hœreses damnnrd; in altéra cum episcopis XIII, Pascha die dominico celebrandum adversus quartodecimanos decrevit. (Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, Prœfatio.)
« Omnibus etenim regionibus Gallicania nolum est, sed nec sacrosanctœ Ecdesiœ
CnAl'. II. — LA FOI DANS LES GAULES. 535
Il y a lieu de ?'étonner qu'un tcmoignago aussi solennel, exprimé par un concile des Gaules, antérieur de plus de cent ans aux paroles hésitantes et mal définies de saint Grégoire de Tours, n'ait pas obtenu plus de crédit, près des adversaires de la tradition. Dès l'an 417, le pape Zozime avait dit : « On ne doit, sous aucun prétexte, déroger à l'antique privilège de la ville métropolitaine d'Arles. C'est à elle la première que fut envoyé, de ce siège, le grand pontife Trophime, et, de cette source, les ruisseaux de la foi se répandirent pour arroser toutes les Gaules '. »
77. Saint Pierre envoie Trophime dans les Gaules. Saint Paul y Ttrnoignagcs fait passer plus tard un de ses disciples. « Crescent, l'un des dis- cé-arce, di
^ ~ SoplirotU! et
ciples de saint Paul, écrit Eusèbe de Gésarée, fut envoyé dans les do ia cino-
niqnc d'A-
Gaules, comme saint Paul l'atteste lui-même -. » Sophrone, dans lexnndric au
A p • sujet de
son livre : De Scriptoriàus ecclesin^ticis, affirme le même fait. Ciescent,dif.
, ciple de saint
« Crescent, dit-fl, prêcha l'Evangile dans les Gaules, et y eut son Paui.prcmici-
évf'.iuc de
tombeau '. » La Chronique d'Alexandrie enregistre aussi cet événe- viiime. ment : « Crescent, dit-elle, après avoir prêché l'Évangile dans les Gaules, mourut sous Néron, et reçut la sépulture en ce pays *, » Saint Épiphane enregistre le même fait : « Saint Paul, dit-il, dans la seconde Épître à Timothée, iv, 10, atteste que Crescent est passé
romanœ habetur Incognitum, quod, prima inier Gallias, Arelntemis civitas missum a bentissimo Pe'.ro apostoio, sanctum Trophimuui habere meruit sacerdotem , et exinde aliis paulatim regionihus Gallinrum douum fidei et religionis infusum. (S. Léo, Epist. lxv; Patrol. lut., toiri. LIV, 880, 881.)
* Sane quoniam metropolitanœ Arelatenvum urbi vêtus privilegium minime derogan Jiim est, ad quam primum, ex hdc sede, Troj)himus, summus anlistes, ex cujus fonte totse Gallise fidei rivulos acceperunt, directus est. (Sirmond, Concil. antiq. Galliœ, 1623, tom. I, pag. 42, 43.)
- Tùiv Se Xonrôiv àxoXouôwv toû naO),ou, Kpiuxirii; (lèv êitî xàç FaXXCaç (jTeiXàfjievoi; iiTi' aÙToO jjiapTupEtirai *. (Euseb., Hist. eccles., lib. I!I^ cap. iv; Patrol. grœc, tom. XX, col. 220.)
* Crescens ia Galliis Evangelium prœdicovit, et ibi sepulltn est. (Sophron., lib. de Scriptor. ecclenast.)
* Kpricrxr,? xripuÇa; tô EMxyyého^ tou Kuptou i^nxàiv 'Irjdoù XptdTot» èv Ta).) t'a:: è7:î Ncpwvo; àTcoôvriaxei, xai èxeïae ôânTETai. (Chronicon paschale, alias Alexandrinwn, Olympiade CCXX ; Patrol. grœc, tom. XCII, col. 609.)
* Locus Pauli exstat in posteriore Epistolâ ad Timotheum II, cap. iv, 10. (Nota Ueurici Valesii.)
dans les Gaules, car ce n'est point la Galatie qu'il faut lire, en cet endroit, comme il a plu à quelques-uns de l'interpréter faussement, mais la Gaule '. » Théodoret, dans son Commentaire sur le même passage, nous enseigne aussi que Crescent est venu dans les Gaules. « Par la leçon vulgaire de Galatie, dit-il, il faut entendre la Gaule, ainsi nommée par 1 antiquité, et même par les païens de nos jours'? Et si l'on osait prétendre que l'interprétation de saint Épiphane est fausse; que l'interprétation de Théodoret est fausse; nous demanderions pourquoi Eusèbe, pourquoi saint Epiphane, pourquoi Théodoret ont songé à cette extension du texte de saint Paul, sinon parce que, de leur temps, il était de notoriété univers selle que Crescent avait évangélisé les Gaules? Or, leur temps éiait, de deux et trois siècles, antérieur à celui de saint Grégoire de Tours ? Nous demanderons, en outre, comment il put s'établir sur ce point une pareille unanimité entre Eusèbe de Césarée, Sophrone de Jérusalem, le chroniqueur d'Alexandrie, Epiphane de Salamine Tliéodoret de Cyr, écrivains d'époques, de patries, de préoccupations diverses ? Ils n'avaient aucun intérêt à grandir lorigin',! catholique des Gaules. C'est un pays qu'ils ne virent jamais. Sou ^ le ciel de l'Orient, où s'écoula leur vie, ils ne pouvaient connaîtra que de nom cette contrée lointaine. La langue grecque qu'ils par laient les éloignait de la connaissance plus intime des races del'Occident. Cependant ils désignent clairement cette terre étrangère; ils l'ont tellement préseute à l'esprit que, pour éviter une confusion naturelle avec les Galates de l'Asie-Mineure , colonie orientale de Gaulois, ils avertissent que, sous le nom de Galatie, leçon ordinaire des éditions du Nouveau Testament, il faut entendre
1 Kr|Ç)'jr/£i TipûTov ev Aa),!J,aT(cf, xai èv 'lTa),{a, xal Maxîôovîa. 'Ap/i^ ôè Iv -rii TcùJi'x. ■ w; "/.al tccOÎ Ttvov a-jtoO àxoAO'jôwv léyti èv tat; avToO 'E7n'jTo),aï; ô aÙToç, Ilaô/o; • « KfiÎTXTi;, çriTiv èv t^ FaX/ta. « 0\> yàp èv r?) TaXaTta, w; xtvEç 7t).avr,0£VTe< vo|j.îÇoyatv, à).),à èv ty) TaX/ia. (S. Epiph. Salain., Adv. hœres., lib. 11, cap. XIj Patrol. grœc, tom. XLl, col. 909.)
* « Kpri7XT); £i; FaXaTtav. » Ta; Fa),/.(a; o'jtm; èxa/ETiv • ovtw yap èxaXoOvx' «dXai • o-jTw ôà xai v\iv aOtà; ovoiJ-aÇouTiv oX r^; ë^w Tcaioîia; [jLîTeO.riyoTs;. (Tlieodoreti Cyr. interpret. , Epist. Il ad Timoth., cap, iv, 10; Patrol. grœc, tom. LXXXll, col. 8^3.)
CHAP. Il, — LA FOI DAivS LES GAULES. 537
la Gaule : non m Galatiâ, sed in Galliâ. On comprend maintenant pourquoi tous les martyrologes, tous les monuments de l'antiquité grecque et latine , d'accord avec nos traditions locales, établissent l'apostolicité des Églises des Gaules.
78. Cependant il doit sembler élninge qu'en présence d'un tel ensemble de témoignages authentiques, uniformes et imposants, l'autorité de saint Grégoire de Tours, quelque respectable qu'elle 'a rfaio fouisoit, ait pu si facilement prévaloir, dans la crrande controverse du Grégoire rfo
^ 1 ' O Twv'-. fut si
XVII* siècle. Il n'est pas douteux que les savants, qui soutinrent facilement
^ ^ ^ adoptée.
alors la date de 250, ne fussent profondément versés dans la science ecclésiastique. D'un autre côté, il est certain que quelques-uns des témoignages que nous avons cités furent, dès cette époque, apportés au débat, discutés de part et d'autre, et exposés avec énergie '. Ls bonne foi était, je pense, égale dans les deux camps. A l'exception de certaines individualités, qui voulurent parfois introduire dans la question des animosités de secte ou de parti , la grande majorité des contendants cliercbait la vérité pour elle-même, et sans arrièrepensée. C'étaient, en général, des hommes trop supérieurs, pour descendre à de pareilles faiblesses. Si l'on nous permet de dire notre sentiment sur ce point, il nous semble que la solution de la difficulté doit être cherchée ailleurs. Le temps s'est fait, dans l'intervalle qui nous sépare de cette lutte, l'auxiliaire des vaincus. Chacun de nous maintenant peut avoir sous la main l'ensemble des Pères et des docteurs de l'Église, et étudier ainsi, à ses sources, la tradition tout entière. Les textes ont été fixés, et, sauf les fragments encore inédits, qui attendent, dans les diverses bibliothèques de l'Europe, le zèle et la patience des érudits de l'avenir, les éditions
1 Voir tous ces témoignages et un grand nombre d'autres que nous avons négligés pour ne pas surcharger ce travail, dans les ouvrages suivants : Vindicala Ecclesiœ Gnllicanœ de suo Areopagità Dinnysio gloria, par Dom Millet, Paris, 1638, in-8° ; Histoire chronologique pour la. vérité de saint D^n^s, aréopagite, apostre de Finance et premier evesque de Paris, par J. Doublet, Paris, 1646, iu-4°; De myslicis Galliœ scripforibus selectœ dissertai iones , par André du Soussay, plus tard évêque de Toul, Paris, 1639, in-40 ; De unico S. Dijonisio Areopagità, Aihenarum et Parisioi'u?n episcopo, adversus Jon.7mis de Launoy Constantiensis, 'theologi Parisiensis discussionem Milieliance responsionis diatribas par Hugues Mesuard, Paris, 1643^ ia-8°.
o38 PONTIFICAT DE SA1ÎN-T PIERRE (33-66).
des Pères sont de nos jours définitivement arrêtées. Il n'en était pas ainsi, aux XM* et xMi^ siècles. Les textes arrivaient lentement, un à un, suivant que les recueillait, d'après les manuscrits, chaque savant , dans ses recherches particulières , suivant que les apportaient succfissivement les éditions des bénédictins, dans l'ordre fortuit de leur publication. Bien des conclusions furent prises, dans la chaleur de la discussion, d'après ces renseignements isolés; bon nombre de témoignages furent annulés, parce qu on ne les voyait pas dans leur corrélation avec d'autres témoignages contemporains et identiques, et qu'on ne pouvait tenir compte d'un ensemble qui n'existait pas encore. Voilà, selon nous, la véritable raison du triomphe complet obtenu alors par les adversaires de l'apostolicité de nos Églises.
Qu'eussent-ils répondu, par exemple, à ce dernier témoignage, que l'érudition moderne vient d'exhumer, et que nous voulons citer en terminant. Un manuscrit syriaque du vi^ ou du vu* siècle, rapporté, en 1839, du monastère de Scété, à Londres, par deux savants Anglais, traduit et publié en 1846, renferme le'; paroles suivantes : a Rome et toute l'Italie, l'Espagne, la Grande-Bretagne et la Gaule, avec les autres contrées voisines, virent s'étendre sur elles la main sacerdotale des apôtres, sous la direction de Simon Céphas, qui, en quittant Antioche, alla instruire et diriger i'Éghse qu'il édifia à Rome et chez les peuples voisins '. » C'est ainsi que la science réparatrice de notre époque retrouve, sous la poussière d'un manuscrit oriental, les titres, oubliés ou méconnus, de nos gloires de l'Occident ! Le cardinal Mai, d'immortelle mémoire, avait déjà publié cet antique monument, d'après un manuscrit syriaque du xiii* siècle, conservé au Vatican. En apprenant que le.déserts de Nitrie lui envoyaient une confirmation aussi inattendue qu'éclatante de ses nobles travaux , l'illustre cardinal s'écriait ;
1 Âccepit manum sacerdotalem Apostohrum Romce eivUas et toia Italia, atqut Hispamu , ne Britannia, et Gullia , cum reliquis aliis regwnibus finiiimis , ab ipso Simone Cepha, qui ascenderat ab Antiochiâ, et fuit prœceptor ac rector in Ecclesiâ quam ibi œdificavit, et in finitimis. (Augelo Mai, Script. Vet., toui. X; Canonii teu doclriua Âpostolorum, pag. 7; Patrol, grœc, toni. XXIV, col 627, not. 47.)
CFIAP. II. —LES SEPT ENVOYES DE SAINT riERnL: DANS LES GAULES. 539
u Ma joie csl grande de voir un texte syriaque du vi" siècle prêter son appui au manuscrit du xiii*. Son autorité s'augmente avec l'âge ! » N'avions-nous pas raison de dire que letemps et la science moderne conspirent pour la réhabiiilation dp nos origines ecclésiastiques?
§ XI. Les sept' envoyés de saint Vicrre dans Mt^ «aales.
79. Nous avons maintenant, non pas seulement le droit, mais le Mn;,,i , devoir, d'enviromier les monuments de nos origines ciirétiennes gaiiicant. d'un respect d'autant plus profond, d'une vénération d'autant plus marquée, qu'ils ont été plus longtemps l'objet d'une lamentable et opiniâtre hostilité. Voici un texte national, contemporain de Grégoire de Tours, et remis en lumière par M. Paillon * , qui l'a. découvert dans un manuscrit provenant de l'Église d'Arles, aujourd'hui déposé à la Bibliothèque impériale. « Sous Claude, l'apôtre Pierre envoya dans les Gaules, pour prêcher aux Gentils la foi de la Trinité, quelques disciples, auxquels il assigna des villes particulières. Ce furent Trophime, Paul, Martial, Austremoine, Catien, Saturnin, Valère, et plusieurs autres, que le bienheureux apôtre
1 « Le manuscrit où cette pièce importante est consignée appartenait au- » trefois à l'Église d'Arles. C'est un recueil de tous les titres relatifs à la » primatie de ce siège fondé sur l'apostolat de saint Trophime, envoyé par » saint Pierre. Il a servi à Saxi, pour la composition du Pontificale Arelaten^e, n et au cardinal Barouius, pour ses Annales, comme l'assure Ba]uze,daus une » note écrite de sa main sur le premier feuillet du même manuscrit. Des M héritiers de Saxi, il passa, en 1682, dans la bibliothèque de Colbert, et il' » se trouve aujourd'hui dans celle du roi, où il est désigné sous le n" 5537. » Ce manuscrit, peint au onzième siècle, paraît avoir été traBscrit sur \\n » autre plus ancien, et il est à remarquer que le monument dont il est qiics- » tion s'y trouve placé entre les lettres du pape Pelage à Sapaudus, évoque » d'Arles, et celles de saint Grégoire le Grand à Virgile, et que ces deiulLTCs » ont été ajoutées au manuscrit par une autre main. On peut donc penser » avec beaucoup de vraisemblance que celles-ci ne se trouvaient pas dans le » manuscrit plus ancien, et qu'ainsi la pièce dont nous parlons aura été in- » sérée dans ce recueil avant la réception des lettres de saint Grégoire, c'est-- » à-dire vers la fin du sixième siècle, puisque Sapaudus mourut en 586. » {Monum. inéd., tom. II, pag. 373, 374.) M. Faillon a refiroduit un fac simile exact de ce précieux monument.
leur avait désignés pour compagnons '. » Au xvii^ siècle, si ce précieux monument de la véritable tradition gallicane eût été signalé, on n'eût pas manqué d'infirmer sa valeur historique, sous prétexte que la mention de la foi « à la Trinité » constituait un anachronisme. Nous avons rencontré la même fin de non-recevoir, qu'on opposait aux Actes les plus anciens de saint Pierre. Depuis la découverte des Philosophumena , l'objection s'est changée en une preuve incontestable d'authenticité.
80. Trophime vint donc dans les Gaules, et fonda la première communauté chrétienne de la ville d'Arles. Tous les martyrologes en font foi. « Le IV des calendes de janvier (29 décembre), dit Adon de Vienne, fête de saint Trophime, dont parle saint Paul dans lÉpître à Timothée : J'ai laissé Trophime malade à Milet (II Timoth., IV, 20). Ordonné évéque à Rome, par les apôtres, il fut envoyé le premier à Arles, ville des Gaules, pour y prêcher l'Évangile du Christ. C'est de cette source, comme l'écrit le bienheureux pape Zozime, que les ruisseaux de la foi se répandirent pour arroser toutes les Gaules ^. Il s'endormit en paix dans cette ville. » —
1 Desepiem viris a beato Petro apostolo in Galliis ad prœdicandum missis, iemporeNeronis.Suh Claudio igitur,Pelrusapostùlusquosdam discipulos misit in Gaiiias ad prœdicandum gentibus fidem Irinitatis; quos discipulos singulis urbibus delegavil. Fueruni hi : Irophimus, Paulits, Marcialis, Austremonius, Gracianus, Satuminus, Valerius et plures alii, qui comités a beato apostolo illis prcedestinati fuerant.
Le titre porte le nom de Néron, et le texte même de la pièce celui de Claude; soit que le copiste ait confondu ces deux empereurs, parce que Néron portait aussi le prénom de Claude [Claudius Nero), soit qu'il ail voulu faire entendre que les sept évèques envoyés dans les dernières années de l'empereur Claude l^' (41-54), évangélisèrent la Gaule sous le règue de Néron, son successeur (54-68); on sait du reoie que les titres des manuscrits étaient peints après coup, et n'étaient que des sommaires indépendants du corps même de l'ouvrage, dont la plus ou moins grande exactitude dépendait de l'érudition et du soin de chaque copiste.
* IV Kacandas Januarii. Natalis sancti Trophimi de quo scribit apostolus ad Timotheum : Trophimum autem reliqui iudrmum Mileti. Hic, ab apostolis ordinatus episcopus, primus ad Arelalem, urbem Galliœ, ob Christi Evangelium prœdicandum, directus est. Ex cujus fonte, ut beatus papa Zozimus scribit, tolas Galliae fidei rivulos acceperunt ; quiopud eamdem urbem in pace quievU. (Martyr. S. Adonis Yienn.; Patrol. iat., tom.CXXlII^ col. 194.)
CIIAP. //. — LES SEPT i:rvYOYLS DE SAINT PIERRE DAînS LES GAL'LES. o41
« Parmi les disciples de Jésus-Christ que Pierre envoya dans les con- Irées de l'Occident où il ne pouvait se rendre lui-même, dit Raban- Maur, se trouvait saint Trophime, évêque d'Arles, alors métropole de la province de Vienne *. » On se rappelle les paroles du pape Zozime et la lettre du concile d" Arles à saint Léon le Grand. L'ancienne liturgie de cette Église 2, le sceau de ses archevêques ', l'inscription gravée sur le socle de la statue de saint Trophime *, au portail de la cathédrale, tiennent le même langage. Nous avons ainsi, dans le texte du pape Zozime , la tradition de l'Église romaine; dans celui du concile d'Arles, la tradition de nos Églises des Gaules; dans celui de Raban-Maur, la tradition des Églises de Germanie; dans les monuments locaux enfin, la tradition de la foi et de l'antique piété de la cité d'Arles elle-même. Comment a-t-on jamais eu la témérité de répudier de tels souvenirs, et de découronner notre patrie de ses plus belles gloires?
81. Le second disciple envoyé par saint Pierre dans les Gaules, était Sergius Paulus, l'ancien proconsul de l'île de Chypre. Voici comment le vénérable Bède s'exprime à ce sujet: « A Narbonne, dans les Gaules, fête de saint Paul, ordonné évêque par les apôtres, et envoyé par eux dans cette ville. La tradition nous enseigne qu'il est le même que le proconsul Sergius Paulus, homme d'une sagesse remarquable, et dont saint Paul prit lui-même le nom, après l'avoir converti à la foi du Christ. Le saint apôtre étant passé en Espagne,
1.... Trophimus Arelalem, tune mefropolim provmciœ Viennensis. (Rabau-Maur, Vita sanctœ Mngdelenœ, cap. xxxvii; Monutn. inéd., tom. XI, pag. S37-539.)
« •{• Sancti Trophimi IHV XPI discipuli. (Sceau de plomb d'imbert d'Aiguières, archev. d'Arles en 1191. Bibl. de Carpentras, Manusc. de Peiresc, tom. I, n« 439; Monum. inéd., tom. II, col. 348.)
* Arelatensi populo Petro jubente apostolo Christi prœdicat gratiam.
Officia propria Sandorum S. Arelatensi Ecclesiœ , pag. 16, [Monum. iJV'ii. tom. II, col. 348.)
* Cernitur eximius
Vir Christi, discipulorum De numéro, Trophimus, Septuaginta duorum.
pour y prêcher l'Évangile, laissa Paul à Narbonne. Cet évêque prêcha l'Evangile avec zèle, et, après une vie illustrée par des miracles, il reçut en ce lieu la couronne du ciel et la sépulture chrétienne *. » Le Martyrologe romain tient le même langage. De plus, nous possédons encore aujourd'hui les Actes de saint Paul de Narbonne. De l'aveu de tous les critiques, ils sont antérieurs, d'un siècle au moins, à saint Grégoire de Tours. Or, ces Actes attribuent formellement à saint Pierre la mission du premier évêque de Narbonne dans les Gaules. Et ce nest pas seulement l'antique tradition de Ja ville de Narbonne, qui constate ici le fait : les villes d'Avignon et de Toulouse conservent à saint Paul un souvenir de vénération filiale. Une vie manuscrite du saint évêque, appartenant au couvent de la Daurade, à Toulouse, et lue par le bénédictin Eudes Mothé, dans les premières années du dix-septième siècle, portait les paroles suivantes, quil nous a conservées : « Saint Paul , évêque de Narbonne, connu d'abord sous le nom de Sergius, venait de Pile de Paphos. Vainqueur du démon, il érigea un grand nombre d'Églises, qu'il confia aux soins de son diacre Etienne. Puis, envoyant Rufus à Avignon, il vint lui-même jusqu'à Toulouse, où il bénit plusieurs Églises, au nom du Christ, mit à leur tête des prêtres et des diacres, et retourna à Narbonne. Plus tard, il évangélisa l'Espagne, et revint encore à Narbonne, où il mourut, plein de jours et de mérites, et fut enseveh par son diacre Etienne *. » Sur la tombe du saint évêque, lors de la translation de ses reliques, on lisait cette inscription : « Ici repose saint Paul, évêque de l'Église de Narbonne, disciple de l'apôtre Paul. » Ici encore nous sommes bien forcés .de
1 In Gallits, civitate Narbonœ, nntalis S. Pauli quem beati Apostoli ordinatum urhi Narbonœ episcopum miserunt. Quem tradunt eumdftm fuisse Sergmn Paulum, proconsulem, virum piudentem, a quo ipse Paulus sortitus est nonien, quia num fidei sube gérai ; quique ab
2 Sanctus Pnulus Narbnnensis episcopus, Sergius dictus, ex Papho insulà, dcemoniorum curator et ecclesiarum structor, Stephano pracipuo diacono, viro sanctissimo, omnes ecclesias commitiens, Rufum Avenione prctfixH, et Tolosam petiit, ubi verbum Domini prœdicans, plurimas ecclesias benedixit titulo Christi, et preybyteris ac diaconis ibi ordinatis , Narinnam rediil, uc Hispanias pradicando peragravit, tandemque Narbunotn repetens, plenus diebus et meritis, a Stephanodiacono sepuUus est. [De myst. Galliœ scripioribus, pag. 947.)