CHAP. III. — CONCILE DE JÉRUSALEM
sens protond des prescriptions du concile de Jérusalem. Combien de fois une ignorante exégèse n'a-t-elle pas demandé naïvement ce que signifiait une pareille discipline ! Elle signifiait la révolution la plus salutaire qui se soit pacifiquement accomplie dans le monde ; elle 'détrônait le paganisme pour faire régner, par l'Évangile, la civilisation chrétienne, dont nous sommes si fiers. L'idolâtrie avait envahi la nature, et pris possession de toute la vie sociale et individuelle. La chair des animaux, avant de devenir la nourriture de l'homme, était consacrée aux démons; le blé était offert sur les autels de Cérès ; le vin, sur ceux de Bacchus; les fleurs, les fruits avaient leur divinité protectrice ; la mer appartenait à Neptune ; la terre à Cybèle, l'air à Jovis. Toute cette mythologie, qui ne nous apparaît plus aujourd'hui que comme une poésie symbolique, se traduisait alors, dans la pratique quotidienne de la vie, par une succession non interrompue d'actes idolâtriques. Au foyer de la famille on invoquait les dieux Lares; la coupe hospitalière, avant d'être présentée aux convives, était consacrée aux dieux, par une libation préliminaire; le pain cuit sous la cendre, le gâteau de fleur de farine, avant d être rompu et distribué, avait été présenté sur ^' autel de quelque dieu, ou du moins lui avait été consacré par quelque invocation rituelle. Les sacrifices, les hécatombes, où des milliers d'animaux tombaient sous le couteau des prêtres, fournissaient à des festins qui nourrissaient des villes entières. Les temples étaient de véritables boucheries, où le paganisme s'approvisionnait de viandes. Au sein même de la famille, et en dehors de cette immolation officielle, pas un chevreau, pas une génisse n'étaient égorgés, sans la consécration préalable. A cet ensemble d'institutions idolâtriques, il faut joindre l'universelle coutume de dédier les champs, les jardins, les édifices publics, les maisons particulières, le seuil de la porte, chaque appartement, et de les mettre sous la protection d'une idole, dont la statue recevait chaque jour l'encens de ses adorateurs. On comprend maintenant quelle immense portée dut avoir la première prohibition du concile apostolique de Jérusalem : « Abstention de tout ce qui a été offert aux idoles. » La vie chrétienne se trouvait, par cette simple parole, par cette
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unique prescription, séparée de toute la civilisation idolâtrique. Jamais lutte plus formidable ne fut engagée dans le monde. Il fallut trois siècles de martyres consécutifs, pour assurer la victoire au principe chrétien.
Abstention 7. « L'abstention du sang et de la chair étouffée , ;> prescrite par
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[ delà cûair Ics apôtres , touchc de même aux plus hautes questions de l'ordre social. Nous avons , sous l'influence dn christianisme , perdu jusqu'au souvenir des horreurs que l'Evangile eut à combattre, lors de son apparition sur la terre. Grâces immortelles en soient rendues à Jésus-Christ et à son Église ! On ne croirait pas aujourd'hui un écrivain qui tiendrait ce langage : « Des milhers d'hommes poussent la barbarie au point de lécher, comme les hyènes, le sang des animaux. » Telle est pourtant l'affirmation que saint Cyrille de Jérusalem ne craignait pas de faire, dans une homélie publique *. Sallaste ne nous apprend-il pas que les Romains , au temps de Catilina , pour rendre un pacte inviolable , s'ouvraient la veine et se donnaient réciproquement à boire leur sang 2? Ainsi ce n'était pas seulement le Sarmate ^, ou le Massagète, qui trouvent une volupté féroce à boire à longs traits le sang chaud tiré des veines de leurs coursiers. La soif du sang était la passion universelle du monde pa'ien; et les coupes remplies de ce breuvage circulaient librement dans les mystères de Bacchus. De là, cette prohibition formulée au concile de Jérusalem. Il s'agissait de substituer la discipline chrétienne à un véritable état de barbarie, et d'assurer à l'humanité, selon l'expression de saint Justin, « son rang au-dessus des brutes. » Chose remarquable I il fallut à l'Église dus de temps
• S. Cyrill. Hierosolyruit., Calèches, rv.
• Sallust., Catilina.
• Venit et epoto Sarmaia partus equo.
(Martial., Âmphitheatr .)
Et qui comipedes in pocula vulnerat audax
Massage tes
(Claudian., In Rufflnum.)
Sarmatœ hac pulte aluntur, et crudu etiam farina equino lacté vel sanguine e cruris venis admixlo. (Plinus, Hist. nat., lib. JLYllI, cap. x.)
CHAP. iir.