CUAP. II. — RÉVOLUTIONS SOCIALES
impuni. Visiblement Tempire romain s'enfonçait de plus en plus dans la décadence.
§ III. Révolutions Sociales.
9. Une seule institution apparaît féconde, bienfaisante et durable, su nu.a \ armi ces trônes qui s écroulent et ces diadèmes brisés par l'é- gUsc par m
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meute. La cliaire des pontites martyrs, dans 1 obscurité des cata- di» empiracombes, dut être tout particulièrement à cette époque de révolutions terribles le refuge des âmes, l'asile des cœurs brisés. Il ne nom reste malheureusement plus aucun exemplaire des Actes du pontificat de saint Fabien. La septième persécution générale de T'èce qui allait éclater bientôt, et surtout la dixième sous le règne do Dioclétien, ont anéanti pour jamais l'immense collection des votarii de la primitive Église. L'absence de ces précieux docu' îiîcrits ne saurait trop être regrettée. Toutefois il est facile de sa î'iire une idée des progrès constants de la foi, par le nombre tou» ionrs pins considérable de martyrs que chaque nouvel édit de pioscription moissonnait pour le ciel. Saint Fabien, allié par sa naissance à la famille impériale des Gordien et à presque toutes celles de l'ancien patriciat de Rome, dut étendre, dans cet interv.ille, le cercle des conquêtes de l'Évangile. Intimement mêlée à Kl vie des peuples au milieu desquels elle se développe, l'Église m: saurait, selon le procédé d'abstraction rêvé parle moderne ralicnalisme, demeurer complètement étrangère aux formes sociales. La fameuse théorie de la séparation de l'Église et de l'État est uk %\V)\ vide de sens. Ou l'État est hostile à l'Église, et dans ce cas c'est la persécution; ou l'État est favorable à l'Église, et dans ce cas c'est le triomphe de l'ordre sur la terre ; ou l'Etat a la prétention d'observer une neutralité d'indifférence vis-à-vis de l'Église^ et, dans ce cas, c'est le malaise sourd des sociétés livrées à un pouvoir qui ne se sent pas la force d'opter entre le bien et le mal, ^ croit tout gagner en laissant l'erreur et la vérité se disputer l'em»^ pire des consciences. La puissance abdiquée par l'Etat se trouve" abandonnée à l'opinion publique, 122s des formes de despotisme les
plus tyranniques et les plus injustes. En efTet, posé le grand principe de la déchéance originelle, tout le monde sent parfaitenient que la nature humaine livrée à eUe-mêrae et se prononçant en liberté par grandes masses inclinera toujours plut» volontiers du côte je l'erreur et du désordre. Il n'y a donc qu'une seule et véritable solution du problème social; c'est l'alliance de l'Église et de l'État, sans asservissement ni d'un côté ni de l'autre, dans un concert fécond pour le bien, puissant contre le mal. Là, et uniquement là, se trouvent les éléments qui assurent le repos et la stabilité dans Tordre. Toute l'histoire du monde proclame cette vérité, évidente d'ailleurs pour quiconque y voudra réfléchir impartialement. Quoi qu'il en soit, l'empire romain n'en était pas encore arrivé à îette solution pacifique, qui devait faire la gloire de l'époque Gonsîantinienne. Pour le moment, l'Église était la grande persécutée, au nom de l'ordre social. Les intermittences de paix relative qui lui étaient accordées tenaient plutôt à la lassitude des bourreaux qu'à une bienveillance réelle. Le glaive de la loi, depuis Néron jusqu'à Dioclétien, resta levé sur toutes les têtes marquées du sceau de Jésus-Christ. Nous avons surabondamment le droit d'ajouter que chacune des périodes oii le sang chrétien fut versé à plus grands flots correspondit précisément à une époque de décadence plus prononcée pour l'empire. Il en sera toujours ainsi. Décapiter ceux qui portent la vérité et la vertu chez un peuple, c'est un suicide social. L'ignorance des bourreaux ne saurait être ici invoquée comme une excuse. C'est toujours par ignorance qu'on persécute le bien. Mais les individus CGOime les nations paient chèrement la faute de ces prétendues ignorances, où l'on prend le bien pour le mal, la vérité pour l'erreur, et où l'on égorge les saints eu « croyant servir Dieu. »
10. Le passage de Gordien le Pieux sur le trône ne fut qu'une trêve de courte durée. Il avait treize ans, quand le meurtre de ses deux tuteurs impériaux le laissa seul maître du monde. Une belle et douce figure, des manières franches et ouvertes, l'abord facile et gracieux, un goût prononcé pour les lettres, qui s'alliait avec une secrète passion pour les armes, telles étaient les qualités du