‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 16 sur 96 · CDAP. II. — RÉVOLUTIONS SOCIALES · texte numérisé non relu

CDAP. II. — RÉVOLUTIONS SOCIALES

jeune prince qui se vit bientôt aussi aimé des soldats qu'il l'était df^jà du peuple lui-même. Son inexpérience pouvait faire craindre qu'il ne s'abandonnât trop exclusivement aux flatteurs. L'adula^ tien est de toutes les époques, et ce fléau ne manquera jamais dans les cours. Gordien le Pieux, livré d'abord à la coterie des eunuques de sa mère, laissa un instant les rênes du gouvernement à des mains indignes. On vendait les places; on trafiquait des emplois ; les provinces recevaient comme proconsuls des valets de bas étage. Cela dura peu. A seize ans (241), Gordien le Pieux épousait la fille d'un patricien, Mysithée. Celui-ci fut nommé préfet du prétoire et se chargea de mettre un terme à tant d'abus. Dans le même temps, Sapor I venait de succéder à Artaxerxès sur le trône des Perses. Il avait inauguré son règne par l'invasion de la Mésopotamie. Nisibe et Carrhes tombèrent en son pouvoir. Il marchait avec ses troupes victorieuses contre Antioche. Mysithée partit immédiatement avec l'empereur, son gendre, pour l'Orient (242). Gordien le Pieux prit sa route par la Mésie et la Thrace, dont les barbares s'étaient emparés. Rome apprit avec orgueil les premiers succès de son jeune maître. Par malheur, un crime inattendu allait tout compromettre. Mysithée mourut empoisonné. Les historiens accusent de ce forfait un Arabe , originaire de la province de Trachonite, Julius Philippus, que ses services antérieurs avaient élevé aux grades les plus élevés de la hiérarchie militaire. Que Philippe ait ou non commis ce crime, il est certain qu'il en profita. Nommé préfet du prétoire, en remplacement de la victime, il devint le maître réel de l'empire, sous le pouvoir nominal de Gordien le Pieux. Celui-ci continuait avec gloire l'expédition commencée. Dans la campagne de 243, malgré les entraves de tout genre qu'il rencontrait de la part du nouveau préfet du prétoire, lequel laissait l'armée sans munitions, sans argent et sans vivres, le jeune prince s'avança au cœur de la Mésopotamie, et infligea à Sapor une défaite sanglante dans les plaines de Rasaïn. Le roi des Perses se retira furieux, mais impuissant, dans ses États. Gordien le Pieux ne jugea point à propos de l'y poursuivre. Des intrigues subalternes, entretenues dans son camp par Philippe,

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lui aliénaient peu à peu le cœur des soldats. Un parti s'était formé, affichant la prétention de donner le trône au préfet du prétoire. Gordien le Pieux comprenait qu'à tout prix il lui fallait retourner k Rome, pour y retremper, au bruit des acclamations enthousiastes, son prestige et sa popularité défaillante. Les prétoriens ne lui en l<.:.sèrent pas le temps. Ils le forcèrent à associer Philippe à l'em- ,;::L, Le jeune empereur y consentit. L'armée se trouva dès lors

iidée en deux partis : les uns restés fidèles à Gordien le Pieux; autres ne trouvant pas qu'on eût assez fait pour Philippe, tant jj'j'îi n'était pas l'unique maître. Les armes ea décidèrent, et SaporI eut la joie d'apprendre que les Romains, au lieu de forcer sei fîOfilières et de porter dans ses États la dévastatioxi qu'il avait fdit subir aux leurs, prenaient le parti de s'égorger entre eux. L'isRue de la lutte fratricide fut fatale aux partisans de Gordien. Le jeune empereur fut massacré sous leurs youx. On leur laissa /impuissante consolation de lui ériger à Zaïtha, en Mésopotamie, entre les deux antiques cités de Garrhes {Circesium) et de Doura, iur les bords de TEuphrate, un magnifique monument où une quintuple inscription, grecque, latine, hébraïque, persane et cunéiforme rappelait les qualités d'un prince destiné à être aimé par ses sujets et tué par eux (244). Phihppe se Lâta de conclure avec Saper I ane paix sans gloire, et partit pi.'.r liome oii il avait hâte 'l'étalei' sa pcurpre d'Auguste, la pompe des triomphateurs et le ;;U'e peu mérité de Parthicus Maximus. Le sénat qui avait décerné rapothéose au jeune Gordien se préparait à recevoir à genoux son meurtrier.

11. Le nouvel empereur était né, nous l'avons dit, dans la province arabe de la Trachonite, au petit village de Piilpuden, non loin de la cité de Bosra. En retournant à Rome avec son armée, il voulut illustrer les lieux témoins de son obscure naissance. Pulpuden reçut une colonie militaire et le nom de Philippopolis ; Bosra fut élevée au rang de métropole impériale. Philippe s'arrêta quelques jours à Antioche. « Or, dit Eusèb^, on était à la veille de la glande solennité de Pâques. On raconte que l'évêque célébrait, avec tous les fidèles, la nuit fameuse de h résurrection, lorsque

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