CUAP. II. — RÉVOLUTIONS SOCIALES
Philippe se présenta dans l'assemblée et demanda à être admis aux prières, parce qu'il était chrétien. Mais le pontife, avec un courage véritablement épiscopal, ne lui permit point l'entrée du saint lieu. Il exigea de lui qu'il fît préalablement la confession de ses crimes, et il le plaça parmi les autres pénitents qui attendaient l'absolution en cette fête pascale. Sans cette réparation, le saint évêque l'eût inflexiblement banni de l'assemblée. On dit que l'empereur se soumit humblement à cette réparation, et que, dans la suite, il témoigna par ses œuvres une religion sincère et un véritable esprit de crainte de Dieu. » Tel est ce récit malheureusement trop laconique d'Eusèbe. Il n'est guère permis de douter, après un pareil témoignage, que l'empereur Philippe ait été chrétien. Saint Jérôme l'affirme, en termes non moins explicites : « Lo premier des empereurs chrétiens fut l'Arabe Philippe *. » Paul Orose répète les mêmes paroles et y ajoute un autre détail : « Par une coïncidence remarquable, dit-il, la millième année de la fondation de Rome échut sous le règne du premier des empereurs chrétiens, qui eut ainsi l'honneur de célébrer 1? premier millésime de la ville éternelle par des jeux d'une magnificence inouïe 2. » La Chronique d'Alexandrie nous a conservé un récit de l'épisodû pascal qui complète celui d Eusèbe, et que nous traduisons int6 gralement. «La tradition des anciens, dit cette Chronique, a enre gistré plusieurs suuvenirs relatifs à saint Babylas, évêque d'Antiuclie. Ainsi le bienheureux Léontius, l'un de ses successeurs, racontait, à propos de ce saint, le fait suivant : Saint Eabylas fut mis à mort par l'empereur Dèce ^, non point seulement en haine d;.' la religion des chréliens, mais pour un motif politique. On considéra comme un crime de lèse-majesté la conduite que le saint évêque avait tenue vis à vis de Philippe, prédécesseur immédiat da Dèce. Philippe et Timpératrice sa fename étaient chrétiens. Tous deux s'étant présentés à l'assemblée des fidèles d'Antioche. Dabylas eut le courage de leur en interdire l'entré®, parce que
» Hierouym., ds Viris illust., cdp. Liv. — * Paul. Gros., Uislor., lib. VII, cap. XX. — ^ Dans le cours de la septième persi^'ution générale dout uous iarierons Lieu Lot.
i'^H PONTIFICAT DE SAINT FABIEN {23Q-2o()).
Philippe venait de perpétrer un crime odieux. Nommé par Gordien le Jeune préfet du prétoire, il avait, en cette qualité, reçu l'ordre de veiller à la conservation des jours d'un enfant impérial, fils de son maître. Or, après la défaite et la mort de Gordien le Pieux, Philippe tua de sa main l'enfant dont il avait la tutelle, et usurpa l'empire '. » Le document fourni par la Chronique d'Alexandrie jette une nouvelle lumière sur le crime dont l'arabe Philippe s'était rendu personnellement coupable. On n'a pas jusqu'ici profité, comme on l'aurait dû, de cette importante révélation. La lutte entre Gordien le Pieux et son préfet du prétoire, telle qu'on la connaissait par les historiens profanes, avait abouti d'abord à un compromis qui éleva le sujet au rang du maître et fit deux empereurs au lieu d'un. Les partisans de Philippe voulurent davantage; la guerre éclata, Gordien le Pieux fut tué dans le combaL, et Philippe régna seul. Ces événements, préparés sans nul doute par l'ambitieux Philippe, constituent, au point de vue du droit strict, une série de faits où les lois de la morale reçurent plus d'un échec, mais ils ne sortent pas de la sphère des intrigues politiques. PhiUppe, après le succès, pouvait dire que ses mains étaient pures du sang de son ancien maître, mort dans une guerre civile, et subissant le sort des vaincus. Philippe n'avait pas tué lui-même Gordien ; nul ne l'en accusait. Au besoin, comme tous les conspirateurs heureux qui cherchent à se refaire après coup une auréole d'honneur et de moralité, il pouvait décliner le poids le plus odieux de la responsabiUté du fait accompli, en le rejetant sur la pression des partis, les nécessités d'une situation extrême et parvenue aux dernières limites de la violence. Il est vrai que l'opinion lui reprochait l'empoisonnement de Mysithée ; mais , entre la rumeur publique et la constatation officielle d'un crime avéré, il y a une large distance ; et, dans ce cas de conscience impérial dont la solution allait revenir à l'Église, il n'y avait qu'une question privée à .juger dans le secret du tribunal de la pénitence, entre le confesseur et le coupable. Rien n'autorisait saint Babylas, avant
« CliroDic. Paschale, Patrol.grcec, tom. XCII, co!. 667.