CHAI". II. — RÉVOLUTIONS SOCIALES. Ï
d'avcir entendu ce pt^nitent impérial dans le secret de la confeas.on sacramentelle, â le bannir de l'assemblée ou à le ranger, avant le jugement préalable, dans l'ordre des pénitents publics. Mais Philippe venait d'égorger de sa main publiquement, ostensiblement, un jeune prince rerais à sa garde, le fils de son ancien maître. Voilà un attentat notoire, un crime constaté. L'Église catholique, par l'organe de saint Sabylas, excommunia le coupable. Or, le coupable portait alors le sceptre du monde. Sénat, peuple, l'univers entier s'agenouillaient pour baiser cette main couverte de sang. Seule l'Eglise se dresse de toute sa majesté devant le criminel et lui dit : Tu ne passeras pas! Et, qu'on veuille bien le remarquer, l'Église du iir siècle, qui agissait ainsi dans l'indépendance de son divin ministère, exerçait ce pouvoir entre deux persécutions, et vis avis du seul empereur chrétien qui eût encore porté une couronne. Ajoutons que le meurtrier impérial s'humilia docilement sous la main qui le frappait. Qui dira ce que cette humiliation pieusement acceptée renferma d'expiations salutaires pour le coupable? c'est le secret de Dieu. Quoi qu'il en soit, la Chronique d'Alexandrie nous fait connaître un détaillaissé dans l'ombre par les historiens profanes, savoir que Gordien le Pieux avait ua fils, et que ce fils, orphelin au berceau, fut mis à mort par l'empereur Philippe. Cette indication nous aidera à comprendre un récifc plein d'éloquence et de mouvement oratoire que saint Jean Chrysostome a introduit dans son éloge de saint Babylas. Né à Antioche, familiarisé dès l'enfance avec les traditions de cette Église patriarcale, saint Chrysostome s'exprimait en ces termes, vers 'an 382, un siècle après l'événement : « Nos pères ont vu le règne d'un empereur dont je ne veux rappeler ni le nom, ni le caractère. jB récit de son crime vous fera suffisamment apprécier la cruauté ^e ses mœurs. Dans une lutte engagée, après des flots de sang rersés de part et d'autre, on s'accorda enfin à sceller un traité d'alUance pour mettre un terme à des massacres réciproques. La paix fut signée. Un enfant au berceau, fils unique du prince ennemi, fut remis en otage aux mains de l'empereur. On ne pouvait mieux attester la bonne foi avec laquelle on voulait observer
^^Q l'O.MlllCAT DE SA1>JT FABIEN (23t3-2o0).
les stipulations de l'alliance. Le père avait cru confier son jeune enfant à des amis, à des alliés; il l'avait jeté à une bête féroce ! Sans égard pour la foi jurée, la religion du serment, le droit sacré des nations ; foulant aux pieds tous les sentiments de crainte de Dieu, d'honneur et d'humanité, cet empereur romain qui avait promis de veiller affeclueusement à l'éducation de l'enfant royal, porta sur cette tendre victime, encore baignée des larmes de son père, une main homicide. Voyez ce scélérat s'armer d'un glaive; de la môme main qui avait scellé la paix dans la main de son allié, il plonge le fer dans la gorge du malheureux enfant. Voilà le cjime ! Le meurtrier songea-t-il seulement h faire jeter quelques poignées de terre sur le cadavre qu'il venait d'étendre à ses pieds? Je n'en sais rien, et qu'importe? Il osa ajouter à son forfait une .mpudence qui le rend plus atroce encore. D'un cœur plus dur '] l'un rocher, il se présenta à l'Église de Dieu. Or, à l'époque de e drame horrible, un homme, un saint, le grand évêque Babylas gouvernait l'Église d'Antioche. En lui se retrouvait l'esprit d'Élie et de Jean-Baptiste. Le meurtrier qu'il eut en face n'était pas un vulgaire tétrarque, le roi d'une petite tribu, d'une province isolée; il commandait à l'univers et promenait à travers l'Orient una e'.rmce immense, «abylas eut le courage de le bannir de rassemblée des fidèles. Tant il est vrai que posséder toutes les couronnes du monde, régner sur tous les mortels n'est rien, si l'âme est esclave du péché! Le moindre des fidèles dont la conscience était en paix, :?ans cette solennelle assemblée d'Antioche, quoique sujet, était ■'iriiment roi. L'empereur était esclave. Babylas, sujet de l'emperciu\ commande à l'empereur en maître; il juge le juge du monde et prononce contre lui la sentence de condamnation '. « Ainsi par- 'ii't saint Chrysostome, à Antioche môme, au milieu d'une société vli rétienne où un souvenir si glorieux pour l'Église avait dû se tr msmettre des pères aux enfants, depuis un siècle, par une tra- ' :lion ininterrompue. Cela n'empêcha point les Bénédictins, édi-
' 8. Joau. Chrysost., De S. Babulâ contra Julianumet GentUes. Patrol. grceCf tom. L, col. 539-541.