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194 LNÏi:RriEG:s£ (2Û JA^•YIER 250-2 JLIN 251).
D'autres y couraient d'eux-mêmes, criant qu'ils n'avaient jamais été chrétiens, et ne le prouvant que trop par une telle conduite. Ceux qui se laissaient traîner en prison, attendaient à peine un jour pour sacrifier aux idoles, ou, s'ils avaient le courage de supporter les premières tortures, succombaient aux secondes. La foi compta pourtant de glorieux martyrs. Julien, vieillard accablé d'infirmités, et Eunus ', résistèrent à toutes les menaces; on les mit sur des chameaux, et on leur fit faire ainsi le tour de la ville, •v;; it's fouettant; enfin on les jeta dans un biîcher, autour duquel ia populace dansait, en insultant ses victimes. Saint Macar -, égyplien, eut le même sort. Les saints Épimaque et Alexandre ', après ;ivoir souffert les fouets, les ongles de fer et mille autres tourments, furent aussi brûlés vifs. Quatre femmes, Mercuria, Denyse, et deux du nom d'Ammonaria *, eurent la tête tranchée. Héron, Ater, Isidore et Némésien, Egyptiens, quatre soldats, Ammon, Zenon, Ptûlémée et Ingenuas furent brûlés vifs ^. Un enfant, nommé Dioscore *•, fut amené devant le juge, qui, après avoir inutilement tenté de le vaincre par les flatteries et les tourments, étonné de son courage et de la sagesse de ses réponses, finit par le remettre .jn liberté, à cause de son âge a qui ne lui laissait pas, disait-il, la j ..'snonsabilité de sa conduite. » Un chrétien, nommé Ischyrion, .tait l'intendant d'un magistrat qui lui commanda de sacrifier aux .lieux ; sur son refus, ce maître barbare saisit un épieu dont il lui uansperça les entrailles, et l'étendit mort à ses pieds ^ Saint Denys, é vèque d'Alexandrie, échappa comme par miracle aux mains des persécuteurs qui l'avaient déjà saisi, et se réfugia dans une campagne uéserte, d'où U consolait et gouvernait son église, par l'interméuiaire de prêtres et de diacres dévoués qui avaient trouvé le moyen de conserver avec lui des relations secrètes. C'est ainsi que la per- >éculion générale, succédant à Alexandrie aux violences passagères d'une émeute intestine, acheva d'éprouver la vertu des serviteurs .-e Dieu. Pendant la sédition, on ne compta qu'un seul apostat :
» Martyr, rom., il feb.; Boll., Act. sanct., eod. die. — ^Martyr, rom., 8 dec — ' Ibxrf., 10 déc. — » B)id., 12 dec. — » Ibid., 14 dec. — « Ibid.^ eod. die. — 1 Ibid., 22 dec.
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après redit de Dèce, au contraire, on ne trouva qu'un petit nombre <]e vrais fidèles. C'est qu'il est assurément plus facile de résister à un soulèvement populaire, dont on espère bientôt voir la fin, qu'à une puissance souveraine contre laquelle il n'y a de ressource que jans une foi constamment humble et généreuse, prête à tout aU ^eadre de Dieu et à tout souffrir pour son nom. Saint Grégoire le Thaumaturge, à Néocésarée, dans le Pont, réussit à maintenir tous ^es fidèles desajuridictiondanslafoi et le courage des vrais serviteurs de Jésus-Christ. Il conseilla aux chrétiens de se soustraire par m fuite aux dangers de la persécution, et lui-même se retira dans une vallée déserte, où il trompa la vigilance des soldats envoyés à sa poursuite. Les bourreaux se vengèrent de cet échec, en emmenant prisonniers une foule de chrétiens qui s'étaient retirés dans les campagnes voisines. Tous confessèrent généreusement leur foi ; et quel ques-uns eurent la gloire d e donner pour elle leur sang et leur vie. Un jeune homme de noble race, nommé Troade *, fut de ce nombre ; après d'effroyables tortures, il reçut la couronne du martyre.
36. Toutes les Églises d'Asie comptèrent une multitude de courageux chrétiens, que les tourments ne purent ébranler. Saint Maxime ', saint Pierre de Lampsaque ^, inscrivirent d'abord leurs noms sur la liste des martyrs. Ce dernier, jeune et d'une beauté remarquable, reçut l'ordre de sacrifier à la déesse Vénus, a Je m'étonne, répondit-il, qu'un magistrat veuille me forcer d'adorer une infâme impudique, dont toutes les actions furent des crimes Gue vous avez mission de punir sévèrement dans les autres! » — Le proconsul le fit étendre sur une roue, entre des pièces de bois xttachées à son corps avec des chaînes de ff^r tellement disposées que la roue en tournant lui brisait peu à peu tous les os. Le courage du héros chrétien ne se démentit pas un instant dans ce cruel supplice ; et le proconsul finit par lui faire trancher la tête. Comme ce magistrat, nommé Optùnus, partait pour la ville de Troade, on lui amena trois autres chrétiens, André, Paul et Nico»
* Martyr, rom.y 28 dec. — * Ibid., 28 sept.; Bolland., Ad. sanct., eod. diet
— « Martyr, ivm., 15 maii ; Boll., eod. die.
|tjG INTERRÈGNE (20 JANVIER 250-2 JUIN 2oi).
ïïiaque '. Celui-ci, plein d'une impatiente présomption, se mit ft crier à haute voix qu'il était chrétien. Ses deux compagnons, plus modestes, attendirent l'interrogatoire, et répondirent humblement qu'ils adoraient ;iussi Jésus-Christ. Nicomaque fut étendu sur le chevalet, mais ii n'eut pas la force de supporter les tourments et s'écria au milieu de la question : « Je n'ai jamais été chrétien; je sacrifie aux dieux ! » Le proconsul le fit aussitôt détacher ; mais le 2ualheureux apostat ne jouit point de la vie qu'il venait d'acheter si lâchement; il expira pendant qu'on le détachait de l'instrument de torture. Dans la foule des spectateurs, une jeune vierge, nommée Denyse, âgée d'environ seize ans, s'écria : «Fallait-il, malheureux t pour un instant de repos, te précipiter dans d'éternels supplices? » Cette généreuse parole la fit amener auprès du proconsul, qui essaya de l'intimider par les plus terribles menaces. « Mon Dieu est plu& grand que vous, lui dit-elle. Il peut me donner la force de souffrir tous vos supplices ! » Le proconsul la fit conduire dans un lieu d'infamie, et renvoya André et Paul eu prison. Par un miracle de la puissance divine, Denyse sortit pure du milieu de la corruption ; eDe eut la tête tranchée le lendemain. André et Paul furent livrés au peuple non moins cruel que les bêtes des amphithéâtres. Ils furent fouettés publiquement dans les rues de la ville, liés par les pieds, et traînés, la tête en bas, dans un faubourg oii la populace les lapida. Si nous insistons sur le récit de tant d'horreurs, qui se renouvelaient avec le même courage d'un côté, et la même barbarie de l'autre , dans toute l'étendue de l'empire , c'est pour ajouter plus de force à l'argument de la divinité de l'Église, qui se tire de la vicleuce des persécutions. La philanthropie rationaliste m essayé de révoquer en doute les atrocités des empereurs pEuens , elle passerait volontiers du côté des bourreaux contre les victimes. !1 nous importe donc de rétablir les faits, dans toute leur sanglan ter 'rite. A ce long martyrologe, nous pourrions ajouter cent autres ims illustres : à Smyrne, le saint ^jrêtre Pionius * ; à Gésarée,
rtyr. rom., 13 maii ; Boiland., eod. die. — » D. Ceillier, Hist, gémir, de» ciésiasi., tom. II j pag. 113.
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en Cappadoce ", saint Mercure * ; à Mélitine , en Arménie , sain^ Polyeucte ', tous deux officiers distingués dans l'armée; en Lycîf . îe berger saint Thémistocle ^. Ce dernier faisait pEiître ses brebis se une montagne dans les gorges de laquelle un chrétien s'était retii'4 Il préféra souffrir la mort plutôt que de révéler lâchement la retraite du proscrit. Dansl'Ionie, les sept dormants, c'est-à-dire sept frères qui, pour échapper à la persécution, sortirent d'Éphèse, et se retirèrent dans une caverne oii ils furent enfermés et s'endormirent ainsi dans le Seigneur *; dans la Pamphylie, saint Nestor, évêque de Syde, avec saint Conon s, jardinier, et plusieurs autres; dans ) île de Crète, saint Cyrille ^, évêque de Gortyn-e, et dix autres martyrs. A Nicée, en Bithynie, les' saints Tryphon et Respicius '; en Sicile, enfin, l'illustre vierge et martyre sainte Agathe, dont le nom occupe une place d'honneur au Canon de la messe. Agathe était aussi distinguée par sa naissance que par les vertus dont son Ame était ornée. Le gouverneur, épris de sa beauté, la fit arrêter comme chrétienne, et la remit aux mains d'une femme de mauvaise vie, pour la corrompre. Cet infâme calcul fut déjoué. Dans un interrogatoire oh il lui parlait de la noblesse de sa naissance : « La plus illustre noblesse, lui dit Agathe, la vraie liberté, c'est d« servir Jésus-Christ! » Gomme il lui commandait d'adorer les dieux: « Trouveriez-vous bon, reprit-^ lie, que votre femme fût une Vénus, ■et celle-ci souhaiterait-elle que vous fussiez un Jupiter ? » Le gouverneur, sans lui répondre, la fit frapper au visage et conduire ea prison. Le lendemain, elle souffrit la torture avec tant de courage, que le juge, irrité, y ajouta un supplice horrible; il lui fit arracher je sein. Dieu voulut faire éclater la gloire de sa servante ; dans ia nuit suivante, elle se trouva miraculeusement guérie. Enfin, quatre 'ours après, elle rendit l'esprit, au milieu des tournicnts, en faisan! cette prière : « Seigneur, mon Dieu, vous m'avez protégée dès le berceau, vous avez déraciné de mon cœur l'amour du monde et
* Martyr, rom., 25 nov. — « Ibid., 21 maii ; Boll., Act. sanct., eod. die. — * Martyr, rom., 21 dec. — ''Martyr, rom., 27 jul.; Bolland., Act. satict., eod die. — * Martyr, vont., Î6 febr. ; Boll., Act. sanct., eod. die. — « Martyr, rom., 9 jul.; Boll., Act. sanct., eod. die, — '' Martyr, rom., 10 nOY.
J'isidie.
m'avez donné la patience nécessaire pour souffrir. Recevez maintenant mon esprit '. »
lEierropa. 37. Nous ne voulons pas omettre un trait qui contraste avec ti' '
toire de saint
Acace, de cruaufcs ; il est relatif à samt Acace, éveque d Anlioclie, ■
é*ê<}ne d'An« . .
ticche, de Pisidie. Acace fut amené devant le proconsul Marcion, avec Pisi^.: évêque delaTroade,etlei)rêtreMénandr8. «Vous devez bien ain!;: nos princes, dit le proconsul, vous qui vivez sous les lois romaine • — Et qui aime plus l'empereur que les chrétiens? répondit Acit; . Nous prions continuellement pour lui, afin qu'il vive lùngteiii] . qu'il gouverne les peuples avec une puissance juste, que son rcg!:cf soit paisible; nous prions aussi pour les soldats, et enfin pour tout l'univers. » — Le saint évêque continua de répondre avec tant de sagesse et d'à-propos, que le proconsul crut devoir adresser le procès-verbal de l'interrogatoire à l'empereur. Dèce en iiit dans l'admiration ; il rendit la liberté à l'évêque, et donna pour récompense à Marcion le gouvernement de la Paraphylie. Un enseignement profond ressort de ce fait, il nous montre en actio:i la Traie politique des chrétiens, qui n'ont que des prières, mOr:!:; pour les gouvernements qui les oppriment. C'est le mot de sunit Paul : Obedi'e prœpositis vestris etiam dyscoJis. Si, dans la suite d* l'histoire, certains événements paraissaient, au premier coup d'o-il, contraires à cette règle générale, il ne serait pas difficile de faiin rem«-rquer qu'ils se passaient dans une société profondément mo difiée, dont les bases étaient devenues chrétiennes. Les fidèles n% Paient plus alors, d'un côté, sujets; de l'autre, chrétiens. Ces d ;i devoirs se confondaient. Ils étaient sujets de Jésus-Christ, dont It Tois se proclamaient eux-mêmes les ministres : et c'est ce qu'i: exprimait admirablement par le mot alors en usage de répuhliti . chrétienne. Nous venons plus tard l'application de cette doctii.i
38. A côté des exemples de courage que donnaient tant de mriilyrs et de confesseurs sur tous les points du monde, l'Église eut à gémir sur de terribles défections. L'évêque de Smyrne, Eudémon, icdigne héritier des grands saints 3ui avaient illustré ce siège,
dori)ir. rom., 5 febr. ; 6oll., Act. sanci., eod. die.
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tomba dans l'apostasie, et, par sa chute, entraîna un grand nombr'^ de fidèles. Repostus, évêque de Sutui-, en Afrique; Joviii e! Maxime, dont le siège n'est pas connu, dans la même province ; Fortunatien, d'Assur, également en Afrique, sacrifièrent aux idoles. En Espagne, Basilide, évêque de Léon, et Martial, évêqu;; d'Astorga, déclarèrent, par un acte public, qu'ils renonçaient à !ii foi. Mais aucune cité, après celle d'Alexandrie, ne ^jt plus de ces douloureuses apostasies que la ville de Garthage. La fureur des païens s'y tourna d'abord tout entière contre l'évêque saint Cyprien. Le cirque et l'amphithéâtre retentissaient du cri mille foi> répété de : Gyprien aux lions! Le saint évêque crut, en se retirant,, apaiser la violence de la sédition. Il fut proscrit ; sa tête mise à prix, et ses biens confisqués. De sa retraite, il assistait son troupeau par ses exhortations, ses encouragements, ses prières ; mai.^ il eut la douleur do voir ses efforts trop souvent inutiles. Voici comment il s'exprime hii-môrae : « Aux premières menaces de l'ennemi, le plus grand nombre de nos frères a trahi la foi ; il n'a joint été abattu par la violence de la persécution, mais s'est abattu Kii-même par sa chute volontaire. Sans qu'on les eût pris encore on interrogés, clergé et peuple couraient spontanément aux autels idi)lâtriques du forum, comme sïls n'eussent attendu que l'occasion d'upostasier. lisse présentèrent en si grand nombre, pour renon-cer au christianisme, que les magistrats voulaient les remettre ati lendemain, parce que la journée était trop avancée; mais ils sup- . liaient qu'on ne différât point. Plusieurs, non contents de se ;i ordre eux-mêmes, pervertissaient encore les autres et les entrailaient à l'autel des idoles. Quelques-uns apportaient leurs enfanU ;iax prêtres païens, pour leur faire perdre la grâce du baptême, î.es riches surtout montrèrent le plus de faiblesse, et leurs biens t'.' vinrent la cause de leur ruine. Plusieurs, cependant, soufTrirenS I ourageu-sement la mort pour Jésus-Christ. Mappalieus , Paul, "foitumon, Bassus, expirèrent dans les tourments, et un grand t! ombre de confesseurs mourut en prison *. »
> s. Cypr., Epis;, vîi, viu. « pass.
2C0 INTERBÈG^•E (20 JANVIER 230-2 JUIN 23i
39. Il y avait des degrés dans Tapostasie ; on classa ces chrétiens timides en trois catégories différentes, qu'on appelait ihurificati, sacrificad, libellatici. Les tkurificati avaient seulement offert de l'encens aux idoles. Les sacrificati avaient sacrifié aux faux dieux, ou mangé des viandes immolées. Les libellatici étaient allés trouver les magistrats, déclarant qu'en qualité de chrétiens il ne leur était pas permis de sacrifier, mais offrant de l'argent pour qu'on les exemptât ae cette cérémonie. Par avarice ou par huma- Jiité, les proconsuls ou les gouverneurs leur remettaient alors uu certificat [libellum), portant qu'ils avaient renoncé à Jésus-Christ e; sacriiié aux dieux de l'empire, quoiqu'ils n'en eussent rien fait. Or; lisait ces Lillets ou libelles publiquement, et on laissait leurs porteurs en repos. On désignait indistinctement sous le nom général do lapsi (tombés), tous ceux qui appartenaient à ces trois catégories, pour chacune desquelles on établit des pénitences canoniques. À inesure que la persécution se ralentissait, par épuisement, ou parce que les gouverneurs attendaient l'issue de la guerre dans laquelle l'empereur Dèce s'était engagé contre les Goths, un grand nombre ds chrétiens tombés, parmi le clergé et parmi le peuple, voulaient rrstrer dans l'Église, participer à la sainte Eucharistie, ou même c'prendre leurs fonctions sacerdotales, sans pénitence préalable, •.s abusèrent pour cela d'une pratique très-sainte. Les martyrs ou •ionfesseurs donnaient à ceux qui avaient eu le malheur d'apostantv des lettres de recommandation pour les évoques. L'Église y avait beaucoup d'égard, et lorsque les suppliants étaient bien disposés d'ailleurs, elle abrégeait pour eux le temps de la pénitence ïatisfactoire. Mais on ne s'en tint pas là. Plusieurs confesseurs, et particulièrement un d'entre eux, nommé Lucianus, à Carthage, sp mirent à donner indistinctement, soit en leur nom, soit au nom det: inaityrs dont ils se disaient les délégués, de ces lettres de recom- ...andation ou d'indulgence conçues en termes généraux : « Que N. >uit admis à la communion avec les siens. » De la sorte le porteur a'un seul billet pouvait présenter vingt ou trente personnes, comme raenLDres de sa famille ou de sa maison. Il se trouva mêm':-. de.s gens qui trafiquèrent de ces billets d'indulgence ; et quelques