‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 28 sur 96 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

2Ju i.lili;M5'i'itATI0>" SEI/E "VACAMi:,

8. Le savant Baluze, qui publia, en 1702, une édition des œuvres de saint Cypiien, y inséra toute cette correspondance. Dans une note, il s'exprimait ainsi : a Nous avons prouvé et il demeure constant pour nous que le clergé de Rome n'avait d'aucune façon ia charge de l'Église universelle, durant la vacance du Siège '. » Cette étrange conclusion, vis à vis de monuments aussi explicites, dépasse toute croyance. Il fallait compter, ou que personne ne prendrait jamais la peine de lire ces textes du m* siècle, ou que nul ne les entendrait, pour écrire de sang-froid une si lourde eontradiction. Tant l'esprit de parti peut aveugler les hommes les plus sérieux et les plus sincères! En présence de telles aberrations, consacrées chez nous par un laissez-passer de trois siècles, nous nous demandons humblement devant Dieu si aous-même nous ne serions pas le jouet d'un mirage de notre imagination ; si l'amour d'une thèse préconçue ne séduit pas notre conscience et n'égare pas notre jugement. Bien que nous ayons le ferme désir de dire la vérité, de la dire tout entière, telle qu'elle est et telle que nous la trouvons, il se pourrait que nous fussions à notre tour victime d'une illusion de parti pris, dans le sens opposé. Que sommes-nous eu effet, comme valeur scientifique et littéraire, en comparaison de ces grands hommes du xvii' siècle, qui portaient le flambeau du liéaie sur tous les points à la fois, éclairant le passé, illustrant le j'iésent et dominant l'avenir? Il faut le dire pourtant. Nous n'avons i.ucun intérêt à parler comme nous le faisons : ou plutôt, humainement parlant, nous aurions tout intérêt à prendre la thèse contraire et à maintenir dans l'ombre et le silence ce que nos prédécesseurs avaient cru devoir y laisser. Qu'on lise par exemple l'analyse des Lettres de saint Cyprien, dans VlJisioire ecclésiastique de Fleury. La correspondance avec Rome y esta peine indiquée; tout est calculé de façon à ce que Timmense question de la primauté, active, vi^i lante, administrative, de Rome sur l'Église, passe inaperçue. Or, h

' Constat clerum romanum, uti aniea dixi, non habuisse curam untversoNt Ec ci-'sit x-de vacante. (Baluzti, Innotis ad Epist. iiv; S. Cypr., Pair, lat., lom. !V, col. 2 2. not. 4ù0.)

CliAF. m. — ADMINISTÎI.VTION SEDE VACA-^Ti:. 227

l'époqae où Baluze et Fleury écrivaient, il y avait pour eux un intérêt direct, personnel, immédiat, à se taire: ils se sont tus; à dissimuler la vérité : ils l'ont dissimulée. Louis XIV régnait. Mais ces réticences par ordre, ces calculs de la faiblesse, ces tempéraments j.e conciliation officielle, ne sauraient enlever un seul iôia aux témoignages vivants de l'histoire. Il n'en reste pas moins vrai qu'en Tau 250, durant un interrègne pontifical de seize mois, les schismatiquea de Carthage écrivirent trois fois à Rome pour y dénoncer leur évoque; que saint Cyprien envoya sa justification explicite à la commission intérimaire de Rome; que cette commission, siégeant dans un cachot, répondit lettres sur lettres au clergé et à l'évêque de Carthage ; qu'elle décida sur toutes les questions; traça toutes les règles de conduite; définit les privilèges de chacun, les droits légitimes, les limites de la juridiction épiscopale. Il est avéré que saint Cyprien transmit à la commission romaine la copie intégrale de tous les mandements, circulaires et avis, adressés par lui aux martyrs, à son clergé et au peuple de Carthage. Il est constant qu'il fît prendre la mémo voie à tous les actes émanés des évêques de sa province ecclésiastique ; qu'il informa la commission intérimaire des moindres incidents de nature à modifier la situation, ou à compromettre les intérêts spirituels. Si l'on veut, et pourquoi ne pas le dire? saint Cyprien dénonça positivement Privât, l'hérétique évêque de Lambèse, absolument comme dans une précédente lettre, il justifiait un autre de ses collègues, Galdonius. Quand Cyprien agissait de la sorte, il prenait soin de nous avertir « que la raison l'exigeait, » ratio exposcit '. Mais lout cela se passait en l'an 250, durant un interrègne, au milieu des fureurs de la plus horrible persécution. Et l'on osera prétendre que la primauté administrative du Siège Apostolique est une usurpation des papes du moyen âge; une invention de quelques pontifes ambitieux, qui ont opprimé pour être oppresseurs, envahi pour être tyrans ! Non, saint Cyprien n'eût rien écrit à Rome, si, de son temps. Home n'avait pas été reconnue pour le centre dirigeant de ia chrétienté. Privât, l'évêque hérétique de Lambèse, n'aurait pas

'S. Cypr., Epist. Xîiv, Patrol. lat., tom. IV, col. 302.

envo;-é Futurus, son porte-drapeau, solliciter des lettres de communion de l'Église romaine, si l'Église romaine n'avait été qu'une- Eglise comme les autres. Enfin, et c'est par là que nous terminerons l'étude de cette correspondance si importante et si peu connue, la corâmission intérimaire, sede vacante, n'eût pas écrite saint Cyprien cette dernière lettre, qui est corame le sceau de toutes î^^ précédentes.

9. « A Cyprien, pape, les prêtres et diacres constitués à Rome, salut. Une conscience pure, qui ne s'appuie que sur les règles de la vraie discipline évangélique et les préceptes divins, se peut contenter d'avoir Dieu pour témoin et pour juge. Elle a le droit de dédaigner les accusations de ses ennemis, laissant à d'autres le soin de sa propre justification. Mais c'est un double mérite de soumettre simultanément ses actes au jugement de Dieu et à l'approbation de ses frères. Nous ne nous étonnons pas de vous voir agir ainsi, frère Cyprien. Dans votre modestie et votre prudente sagesse, vous avez voulu no usavoir moins comme juges que comme complices de toutes vos actions. En sorte que si, d'un côté, nous en partageons le mérite par l'approbation que nous leur donnons, de l'autre, nous en assumons la fesponsabilité par notre concours lui-même. Tous, nous avons agi par votre organe : les mesures de discipline et de correction que fous avez prises, nous les avons sanctionnées avec vous. Quoi de plus heureux, en temps de paix; quoi de plus nécessaire, durant la persécution, que de maintenir la légitime sévérité de la législation divine ! Dès qu'on s'en écarte, on se condamne à des erreurs sa:i? fin. Privé de gouvernail, le vaisseau de l'Église heurte contre tou > les écueils, au gré des flots et des vents. Il ne saurait y avoir de salut pour l'Églis i que dans la résistance opposée aux vagues ennemies, et dans le maintien ferme du gouvernail, c'est-à-dire de h. discipline, parmi les violences de la tempête. Et certes ! ce n'est point là une doctrine nouvellement éclose dans notre esprit , un îemède inconnu appliqué à des besoins subitement manifestés. Non, c'est l'antique et vaillante tradition constamment maintenue chez nous ; c'est notre antique foi ; c'est notre discipline séculaire. L'Apôtre n'aurait pas dit, de son temps, que « la ioi de l'É^^'Is»

CnAP. m. — AlJ:«iIxNISTRAT10iN SEDE VACAKIE. 2^

romaine était célébrée dans tout l'univers S » si, dès cette époqu»-, l'arbre vigoureux de notre discipline traditionnelle n'eût été profondément enraciné. Or, quel crime ne serait-ce pas à nous de dégénérer de cette antique gloire ! Dans notre précédente lettre, non* vous avions clairement exposé les règles de conduite à tenir, vis-àvis des laj)si. Nous condamnions absolument les libellatici^ qui ont obtenu des magistrats un certificat d'apostasie. Pour se soustraire au péril , ils ont acheté des attestations menteuses. "^Tous coi*damnions de même ceux qui, sans sacrifier personnellemsat, ont cependant assisté aux sacrifices idolâtriques, comme s'ils y cassent pris moralement part. Le témoignage que nous devons à ■^sus-Christ ne saurait subsister parmi ces subterfuges. Quiconque - est donné extérieurement le mérite d'avoir obéi aux édits impériaux portés contre l'Évangile, a vraiment apostasie dans son cœuBs, Voilà pourquoi nous refusons de communiquer avec cette sorte da lapsi. A Dieu ne plaise que l'Église romaine abdique, par une profane condescendance, la vigueur de sa discipline, et énerve la sévérité apostolique, en renversant la majesté de la foi ! Comme s'il ne «uffisait pas déjà de tant de chutes ! Comme s'il fallait y ajouter de nouvelles ruines par la précipitation de remèdes intempestifs, et ouvrir des blessures plus lamentables, sous prétexte de cicatriser les anciennes par une fausse miséricorde ! A quoi servirait la faiblesse du médecin , s'il se contentait de jeter un voile sur lei plaies, sans y appliquer le pansement salutaire, qui, avec le temps, guéritles blessures? Une telle conduite ne serait pas celle d'un médecin, mais celle d'un meurtrier. Vous avez d'ailleurs entre les mains, frère bien-aimé, des lettres de confesseurs et de martyrs qui confirment notre doctrine , attestant qu'ils ont toujo'irs refusé de s'associer à des demandes injustes et qu'ils ont L'i.nindu maintenir en ce point la vigueur de la discipline évangélique. Ainsi se trouvent établis à la fois et replacés sur leurs bases légitimes le privilège du sang héro'iquement versé pour Jésus-Christ et le droit de la juridiction épiscopale. Dès lors nous ne sauriocs trop vous

* Rom., I, 8=

2'JO ADÎfilNISTRATIÛN SEDE VACANTS.

rendre grâces et vous féliciter du zèle avec lequel vous civaz illuminé par vos lettres le cachot des martyrs. Vous avez sa vous introduire dans leur retraite si soigneusement gardée ; vous avez gu triompher des obstacles et rompre toutes les barrières ; vous êtes parvenu a relever le courage de ces glorieux captifs, et tout en glorifiant, comme il convenait, la grandeur de leurs sacrifices, "VOUS avez exalté leur âme et l'avez préparée au combat suprême. En sorte que, bien que le dernier triomphe soit dû à leur foi, à leur fidélité et à la grâce divine, vous y avez cependant eu personnellement une part considérable. Quant aux points particuliers sur lesquels vous nous interrogez, il nous suffira, pour toute réponse, de vous transmettre les instructions que nous avons récemment envoyé 3s en Sicile, relativement à des objets analogues. D'ailleurs il nous paraît nécessaire de suspendre tout jugement définitif. I jpuis le martyre de Fabien, de très-noble mémoire, il n'a pas ercore été possible, au milieu de la rigueur de la persécution, de lui dv^nner un successeur. C'est à lui qu'il appartiendra de régler ces questions et de déterminer , dans son autorité et la prudence de ses conseils, les mesures à prendre vis à vis des lapsi. En attendant, nous donnons notre approbation à la conduite tenue par vous dans cette importante affaire. Vous avez pourvu au maintien de la discipline et de la paix de l'Église, vous réservant de traiter la cause des lapsi dans une réunion d'évêques, de prêtres, de confesseurs et de laïques. 11 convient en effet qu'une faute qui a été si commune, soit soumise à l'examen d'une assemblée générale ; le décret qui y sera sanctionné puisera une nouvelle force dans le concert qui l'aura produit. Jetez un regard sur l'univers chrétien ; voyez les ruines qui le couvrent de toutes parts ; nne dévastation si universelle appelle la solennité d'une grande restauration. Le remède doit être proportionné à la blessure. C'est la témérité aveugle des coupables qui les a précipités dans l'abîme ; il faut, pour les en retirer, la prudence, la circonspection et la sagesse de tous les conseils réunis. Dans cette union de vues, nous qui avons jusqu'ici échappé à ces désastres, aussi bien que les malheureux qui se sont laissés entraîner, redoublons tous de prières et implorons

avec larmes la majesté divine, pour que la paix se rétablisse en i;i forme que l'Église demande. Que cette association de voîux réciproques soit notre arme défensive, notre sauvegarde et noir • encouragement. Prions pour les lapsi, afin qu'ils se relèvent, prions pour ceux qui sont encore debout, de «peur qu'ils ne tombent ; prions pour que les coupables, reconnaissant la grandeu:r de leur faute, cessent de prétendre à une réhabilitation instantanée qui ne saurait, dans sa précipitation intempestive, produire que de nouvelles catastrophes. Prions poj^ qu'ils recourent à la pénitence, complément indispensable et efficace de l'indulgence dont l'a seront l'objet. Qu'ils prennent patience jusque-là; qu'ils n'ajoutent point aux malheurs de l'Église celui d'une persécution intestine ; qu'ils ne mettent point, par leur turbulente agitation, le comble à leurs crimes. L'humilité leur est d'autant plus nécessaire que c'est l'orgueil qui les a fait tomber. Qu'ils frappent donc à la porte de l'Éghse, mais ne la brisent point ; qu'ils se tiennent au seuil de nos assemblées, mais ne le franchissent point ; qu'ils veillent à l'entrée des pavillons célestes, reprenant pour armes l'humilité et la modestie, dont ils ont été les déserteurs. Qu'ils fassent retentir, non la trompette du combat, mais celle de la prière. La crainte de la mort les a fait jeter le bouclier de la foi ; qu'ils le ressaisissent de nouveau pour lutter, non contre l'Église qui a déjà gémi de leur apostasie, mais contre Satan et ses auxiliaires qui ont triomphé de leur chute. Ainsi ils obtiendront le pardon qu'ils sollicitent : car, s'il faut compter sur la clémence de Dieu, il faut également , compter avec sa justice : Sicut respici débet divina dementia , sic ; respici débet et divina censura. Telle est la ligne de conduite que I nous nous sommes efforcés de suivre, d'accord avec les évêquos d'Italie, nos voisins ; d'accord avec un grand nombre d'évêques étrangers que la fureur de la persécution a chassés de leur siège et qui sont accourus ici. Il nous a parc convenable de ne rien décider définitivement, avant la promotion d'un nouvel évêque da Rome. Voilà pourquoi nous jugeons à propos de différer la cause des lapsi, jusqu'au jour oii la miséricorde de Dieu nous aura accordé un pasteur. Ceux des coupables qui peuvent attendre ce

232 ADMIKISTRATION SEDS VACANTE.

délai patienteront jusque-là. Quant à ceux qui seraient en danger ce mort; s'ils donnent des signes non équivoques de repentir; s'ils eonfessent leur crime avec les pleurs et les gémissements d'une véritable pénitence ; on les admettra à la communion, et comme le temps leur manque ici-bas pour les œuvres salisfactoires, Dieu, dans sa miséricorde ei sa justice infinies, y pourvoira. Par ce tempérament, nous éviterons à la fois le reproche de relâchement dans la discipline et celui d'une cruauté inflexible vis-à-vis des pénitents sincères. Sur ce, très-bienheureux et illustre pape, nous taisons des vœux pour que vous vous fortifiiez toujours en Dieu et que vous daigniez vous souvenir de nous *. »

iO. Quand cette lettre fut rédigée dans la prison romaine, d'où la commission intérimaire présidait aux destinées de l'Église unirerselle, le saint prêtre Moïse vivait encore. Le Liber Pontificalis nous apprend qu'il succomba peu de temps après aux rigueurs de la captivité, et qu'il mourut dans son cachot, après une détention de onze mois. Saint Cyprien nous fait connaître un autre détail dont l'importance n'est pas moins considérable. C'est que le secrétaire qui écrivit cette lettre portait le nom depuis si fameux de Novatien. « Ce fut Novatien qui rédigea cette lettre, dit l'évÊque de Carthage ; il la lut ensuite à haute voix aux confesseurs. Le prêtre Moïse, alors confesseur, maintenant martyr, la souscrivit. Il avait personnellement insisté pour faire insérer la clause relative à la réconciliation des lapsi malades et en danger •Je mort. Des exemplaires de cette lettre turent expédiés dans tout i'univers et portés à la connaissance de toutes les Églises et de ions les frères, dans le monde entier -. ;> Ainsi, d'une part, les brèves indications du Liber Pontificalis concordent admirablement ôiv-sc les renseignements plus détaillés fournis par les Lettres au-

à. Cypr., Epist. ixxi. Pair, lat., tom. IV, col. 307-316.

« Âddilum est etiam Novatiano tune scrihenie et quod scripserai sua voce rectîarde et presbyiero Moyss tune adhuc confessore, nunc Jam martyre, suiscribente ut lupsis infirmis et in exitu constituas pax daretu Quœ litterue per totum mundum missœ sunt, et in notitiam ecclesiis omnihus tt universis fratrihus perlatœ. ;S. Cypr., Epist. Lllj Patr. lai., tom. 111, ad Antonianum, col. 766.J

îlienliques de saint Cyprien. D'autre part, il est manifeste que la r-:'cr6taire Novatien, le futur antipape, commençait dès lor*? à pro- Ti-ssor le rigorisme outré dont il devait faire la base de sa doctrine Gchismatique. Il ne consentit ù. introduire la miséricordieuse réserve pour les lapsi en danger de mort, que sur les instances fcrmelles da saint prêtre Moïse. Enfin l'autorité administrative exercée sur toutes les Églises du monde par la commission intérimaire de r.ome, sede vacante, s'affirme dans toute cette correspondance et s'élève à la hauteur d'un fait historique désormais incontestable, Cyprien, au reçu de la sentence de Rome, la notifia immédiatement à son clergé et à son peuple. Nous avons reproduit plus haut 1g? instructions spéciales dont il la faisait suivre *. Cependant les cinq prêtres schismatiques de Carthage, Novat, Fortunatj Donat, Gordius et Pupien, ne se soumirent, ni à la sentence venue de Rome, ni à l'autorité de leur évoque. Novat, chef de cette faction, paraît avoir eu l'administration d'une paroisse de Carthage. ÎI s'était adjoint un diacre de mœurs scandaleuses, du nom do Félicissime ". Lui-môme était une de ces natures profondément perverses qui dissimulent, sous les dehors d'un rigorisme hypocrite^ une effroyable corruption. Voici le portrait que saint Cyprien î tracé de ce prêtre et de ce diacre indignes. Malgré la crudité du texte , nous n'hésitons pas à le reproduire intégralement , pour qu'on sache bien que les abus, les désordres et les passions les plus regrettables n'ont jamais, à aucune époque, cessé leur lutta contre la sainteté de l'Eglise de Dieu. En présence de ces réalités de tous les temps et de tous les pays, on compreiid mieux l'assis- :ai^e divine qui n'a jamais fait défaut à l'Église, assurant le triom- •r)'.ie de cette institution immortelle sur tant d'ennemis domestiques, j;tis de son propre sein. « Je n'ai pas voulu, écrivait plus tard saint Cyprien au pape Cornélius , vous informer à l'avance dô ce qu'était réellement Novat. J'ai attendu que vous en ayez pu faire vous-même l'expérience, et qu';'! '^a fût montré à vous tel qu'il

» Cf. n. 1 de «e chapitre.— * S. Cypi\, Epist. ::s::y::z, ÂdultefH etiam cri' tnen accedit.

est : iDrouîllon, intrigant, à la piste de toutes les nouveautés scandaleuses , d'une avarice insatiable , arrogant et bouffi d'orgueil. Il n'y a pas un seul évêque de cette province qui ne le connaisse sous le jour le plus défavorable. Hérétique, perfide, condamné par la voix de tout le clergé de Carthage , toujours en quête d'un trahisuu nouvelle ; il ne flatte que pour tromper ; il n'a jamais été fidèle à une affection. C'est la torche et la flamme allumées pour tous les incendies ; le tourbillon et la tempête soulevant sans cesse de nouveaux orages contre la foi ; l'ennemi des fidèles paisibles; l'adversaire du calme et de la paix. Quant il partit pour Rome, il nous sembla être délivrés du génie du mal. La tranquillité se rétablit partout, et les confesseurs qu'il avait séduits rentrèrent dans le sein de l'Église. Il avait été en effet parmi nous le promoteur d'un schisme véritable. Par son influence, il avait détaché un certain nombre de frères de la communion épiscopale ; durant les horreurs de la persécution, il avait fomenté une persécution intestine non moins redoutable. Son satellite, le diacre Félicissime, agent dévoué de ses ambitieuses menées, avait été constitué par lui, à mon insu, et maintenu plus tard malgré moi. Ces deux pestes publiques ont renouvelé à Rome les désordres de Carthage, rompant de même le lien de l'unité et organisant un nouveau schisme , avec cette différence toutefois que , selon la différence hiérarchique , Rome a vu un plus grand désastre que Carthage. Novat s'était contenté ici d'instituer un diacre schismatique ; à Rome, il a inauguré un antipape. Ne nous étonnons pas d'une semblable perversité. Les méchants progressent toujours dans le crime ; il semble que l'aiguillon du remords les pousse à de nouveaux attentats. D'ailleurs, pensent-ils rester dans le sein de l'Église, ces hommes qui n'ont observé ni les règles de la discipline, ni le lien de la paix ? On a vu Novat dépouiller les orphelins, frauder les veuves, nier le dépôt des biens ecclésiastiques remis entre ses mains. Tous ces attentats exigent un châtiment. Il a laissé son vieux père mourir de faim dans une bourgade ignorée. Crime non moins épouvantable, d'un coup de pied brutalement lancé à sa iemme, il s'est iiùt infanticide, pour dissimuler

un sacrîl(?ge adultère ' ! Voilà l'homme qui refuse la communion aux lapsi en danger de mort. Il priHend qu'une main sou 11168 par un sacrifice iJoîâtrique, ne saurait jamais être purifiée par l'Église. Et lui, d'un pied homicide, il a tué son propre fils ' ! >» Tel était le prêtre qui osait lever à Carthage le iJrapeau du schisme. On pourrait s'étonner qu'après des crimes si monstrueux Novat n'eût point encore été frappé des foudres de l'i^glise. Sa nomination remontait, on so lo rappelle, à une époqus antérieure à l'épiscopat de saint Cyprien. Celui-ci nous apprend que, dès son avènement, il s'était préoccupé de la situation d©

» Pour faire comprendre à ce sujet quelle était la discipline en vigueur au III» siècle, vis à vis des prtUres qui avalent été mariés avant leur entrée claur* les ordres, nous reproduisons ici unii note de D. Coustant : Prioribus Ecclesiw scBculis ut Hieronymus, Ub. 1, contra Jovinianum notât, quia virgines aut non tanti erant quanti neceFmrii, sœne in sacerdotium cligebantur marili ; sed ea ief-i ordinabantur ut ab opéra nuptiarum deinceps abstinerent. Ipse Jovinianus, quantumuis continentiie adversarius, faieri compulsas est non posse esse episcopum qui in episcopatu fllios liabeat; alioquiu si deprehensus fuerit, non quasi vir tenebitur, sed quasi adiilter damnabitur Quocirca Hieronymus adversus Vigilant ium a ffirmaj-e non dubitat : Orientis Ecclesiae, ^Egypti et Sedis apostolic» aut virgines clcricos accipiunt aut continentes. Ipsi adstipulantur Siricius, Epist. 1 ad Himerium, cap. vu; Innocent., Epist. n ad Victricium , cap. x; Ambronus, lib. I, Offtc, cap. l, n. 257 et Epist. lxi ad Vercell., n. Q2 ; Epiphani'M^-, Hœres., 59, n. 4; antiquissimus scriptor Quœst. ex utroque lestamento apud tom. III, pag. 142. Notât et Augustinus ad calcem, lib. Il, de Aduiterio : Conjugis clericis etiam improvisa vi ad hune honorem suscipieudum sœpius coactis, continentiae necessitatem nihilominus imponi solere. Neque tamen ^ogebantur uxores a se dimittere. Unde inquit Léo, Epist. Il ad Rusticum, cap. ui Ut de carnali fiât spiritale cunjugiuui, oportet eos nec dimittere uxores, et • luasi non habeant sic habere; quo et saiva sit charitas conoubiorum a£ ■cesset opéra nuptiarum. (Meminerif lector hanc doctrinam prius expositn^x fuisse in constHutionihus Apostolicis.) Hinc ut nonnulli ad pristinam consuetudinem redirent, aliquando contigit. Sed hoc delictuin non impune ferebatur, ut exenit lit est Genebaldus Laudunensis episcopus, quem S. Remigiuj Remensis archiprœsid hujus rei causa diu inclusiim tenuit. In eamdem cul/mnj (npsus hic notatur No» valus ; nec inde censendus videtur Cyprinnus ^em velut lictMrn. probare, quod parricidii horrore perculsus, ad hujus criminis itnmanitatem exponendam iotut ahripiatur. Si etiam uxorem ideo sir percussit Novalus, ut abortione properantt delictum Intérêt : et hinc continentiœ legem presbyterii tum impositnm esse pro labitur. (Constant, la Epist. Cypr. xlix, not., Patrol. lat., tom. III, colj 729, 730 )

' 5. Cypr., Epist. XLix, a. 2, Pitr. UU^ iom» III, aoî. 127-729.

■:?>o ADMINISTRATION SîiDS VACANTE.

Hovat, et des bruits infamants qui couraient sur son compti?. « Une enquête fut ordonnée, dit-il, nos frères en pressaient (a raarcbe ; elle allait s'ouvrir, lorsque survint la persécution '. i> !> désastre inopiné qjîi fondit sur l'Église interrompit br svi'>ment les mesures (iécrétées contre Novat. On comprend ''' < lors quel intérêt [x-rsonnel cet esprit intrigant et brouillon ■ .."■•;!: à perpétuer les troubles parmi les fidèles de Carthago. ;•;: 'ndant Cyprien songeait h rîîvenir bientôt dans sa ville épisco- ■>'i!e. La persécution s'était ralentie, depuis l'expédition de l'empe rr^iir Dôce contre les Goths. Les levées d'hommes, que cette gufir ■ nécessitait, avaient forcé les magistrats à suspendre les tortures contre les chrétiens. Pour préparer son retour, Cyprien avait (ir-légué ses pouvoirs à trois évoques de Numidie, Caldonius, Victor et Herculanus, qui se trouvaient alors à Carthage. Assistés des prêtres Rogatien et Numidique, ils devaient procéder à une enquête sur la situation des frères pauvres et sur la manière dont les jecours de l'Église avaient été répartis durant la persécution. Ils avaient ordre également de dresser un catalogue exact des fidèles, en mentionnant l'âge, la condition, le mérite de chacun, afin que Cyprien pût choisir, d'après cette liste, ceux qu'il conviendrait d'appeler aux ordres. Enfin, et par- dessus tout, ils devaient veiller à la stricte exécution de la sentence venue de Rome.

il. Novat refusa de les reconnaître en qualité de délégués de révêque. Il protesta contre la décision qui permettait de recevoir à la communion de l'Église les lapsi en danger de mort, et partit pour Rome, dans l'espérance de faire revenir la commission intérimaire sur cette sentence. Félicissime, son diacre, se chargea de diriger à Carthage la résistance de la faction. Les trois évêques Caldonius, Victor et Herculanus, l'excommunièrent. Nous avons encore cette formule, la plus ancienne de toutes les excommunications canoniques proprement dites. La. voici : a Caldonius, et ses collè- -«rues Herculanus et Victor, assistés des prêtres Rogatien et Numièique. Nous vous donnons avis que nous avons retranché de la «rriuimunion : Félicissime; Augendus ; Repostus, du nombre des

• S. Cypr., Epist. lxiz, n. 8^ Pair. iat. tout. III, col. 730i

bannis; Irène de Rutile, et l'ouvrière Paula. Nous avons pri? la même mesure à l'égard de Sophronius, et de l'artisan Soîiosse condamné de même au bannissement *. » Cet incident émut touto la chrétienté de Carthage. L'impression fut si vive que saint Cyprîea crut devoir différer son retour et laisser aux esprits le temps de se calmer. La mesure qui venait d'être prise par ses délégués avait été solennellement commandée par lui-même, ainsi que le prouve :a lettre suivante : « Cyprien à Caldonius et Herculanus ses collègues et aux prêtres Rogatien et Numidique, salut. Votre lettre m'a plongé dans la consternation, très-chers frères. Tous mes travaux et tous mes désirs n'ont d'autre but que de conserver dans l'unioa de l'Église la communauté fraternelle confiée à ma direction.. Jugez de ma tristesse, en apprenant les nouvelles intrigues de Félicissime. Je connaissais depuis longtemps ses manœuvres coupables et ses anciennes rapines. Maintenant vous me mandez qu'il s'efforce d'établir un schisme entre l'évêque et les fidèles, entre les brebis et le pasteur, entre le père et les fils; sépai-ant ainsi et divisant les membres du Christ. Je vous ai choisis pour mes vicaires à Carthage. Au moyen des sommes que j'ai mises à, votre disposition, vous deviez subvenir aux nécessités des frères^ et procurer aux artisans les ressources dont ils ont besoin pour reprendre leur commerce ou leur métier. Vous deviez vous enquérir de l'âge, de la condition et du mérite de chacun. II m'importe en effet au plus haut degré, à moi qui ai la charge de toute cette église, d'avoir ces renseignements, pour élever aux fonctions ecclésiastiques des sujets vraiment dignes par leur humilité, leur douceur et leur vertu. Félicissime a eu l'audace d'entraver votre mission. Ceux d'entre les frères qui se sont présentés d'abord pour réclamer de vous des secours, ont été de sa part l'objet des plus terribles menaces. Il les a effrayés par les allures de son despotisme arbitraire et les violences de sa tyrannie. Il a déclaré qu'il refuserait la communion à quiconque obtempéreraife

* S. Cypr., Epist. xxtix. Pair, lat., tom. IV, col. 331, 332. Les banni» extorres étaient ceux d'entre les confesseurs de la foi que les tribunaux paîeaS ayaicat condamnés à l'exil»

■^So 1-UMiFICAT DE SAIST CORNELIUS (:i51-252).

Omes ordres. Non content de cet outrage fait à mon droit, à votre

Jjgnité et à la majesté de votre présence, il s'est laissé emporter à VJle la fougue de ses instincts ; il a organisé une véritable rebel- .ion dont il se déclare le chef. Ici je dois féliciter publiquement de icur courage la majorité des frères qui ont protesté contre son udace et qui se sont soumis à votre autorité, restant ainsi étroifsiz-Z unis à l'Église, leu/ Sière, et recevant, par l'intermédiaire de lerr évêque, les secours légitimes que celle-ci leur dispense. Je ^is de source certaine que les autres ne tarderont pas à suivre 2et exemp]'^, et abandonneront une direction schismatique. Cependant, puisque Félicissime a menacé de refuser la communion à ieux cjii nous obéiraient, il est juste de lui appliquer à lui-même ■%a propre règle. Qu'il sache donc que nous le retranchons de notre ommunion. A ses fraudes et à ses rapines anciennes, dont nous vons eu des preuves péremptoires, il a ajouté, en ces derniers ?mps, l'horrible scandale d'un sacrilège adultère. Des témoignages émanés de frères graves et dignes de foi nous en ont informé. Ces témoignages seront produits publiquement et les faits ^ront démontrés dans le prochain concile, où il nous sera donné ie nous réunir avec nos vénérables collègues. Sans respect pour son évêque et pour l'Église, Augendus s'est associé à la faction et aux intrigues de Félicissime ; la même sentence devra être prononcée contre lui, ainsi que contre tous les autres adhérents du ichisme, s'ils persévèrent dans leur révolte. Veuillez notifier cette ^ttre à tous les frères et en adresser des copies au clergé de Carnage, e:^ ajoutant les noms des partisans obstinés de Félicissime, uï auront Oîjcouru l'excommunicatioa. Adieu, frères bien-aimés, eouvenez-YOus toujours de nous '. »

§ I. L'Antipape Novatien.

i2. Cependant Rome avait un pape. « Cornélius, romain d'origine et fils de Castinus, dit le Liber Pontificalis, siégea an an,

* S. Cypr., Epist. xixnii, Pair. laU, tom. IV, col. 349-32U

CliAP. III. L'AlNi-Ji'Atii i-vUVAliliW. 239

vrols mois et dix jours, depuis le consulat des deux Dèce (2S2), jusqu'à celui de Gallus et Volusiea (253). Il reçut la couronne ê\] martyre. Sous son épiscopat, Novatas ordonna Novatien antip.ipe, et voulut faire de Félicissime un évêçue de Cartilage. Cep<'iidant les confesseurs qui, sous la direction de Maxime, succer sour du prêtre Moïse, s'étaient d'abord séparés de Cornélius, revinrent à résipiscence et rentrèrent dans le ja de rÉgiise, Cornélius, banni de Rome par les magistrats païens, fut exilé (^entumcelles (aujourd'hui Civita-Yecchia). C'est là qu'il reçut df lecteur Celerinus la lettre par laquelle Cyprien reconnaissait l'aii' torité du nouveau pontife. Durant son séjour à Rome, à la sollici-' tation d'une pieuse chrétienne, nommée Lucina, Cornélius transféra pendant la nuitles corps des apôtres Pierre et Paul, et les sortit des catacombes. Les reliques de saint Paul furent déposées par la bienheureuse Lucina dans son. prœdium, sur la voie d'Ostie, au lieu même 011 l'Apôtre avait souffert le martyre. L'évêque Cornélius replaça le corps du bienheureux apôtre Pierre, avec ceux des saints évêques ses successeurs, sur la colline vaticane où il fut crucifié, près du temple d'Apollon au Mont d'or, dépendance du palais de Néron. Cette translation eut lieu le vi des calendes de juillet (26 juin). Cependant l'empereur Dèce, informé que Corni;Iius avait reçu une lettre du bienheureux Cyprien, évêque de Carthage, envoya à Centumcelles l'ordre de lui amener le pontife. Le préfet de Rome le lui présenta, la nuit, dans le fameux temple de Tellus, dédié à Pallas. Tu as donc juré, dit l'empereur, de fouler aux pieds ïe respect dû aux dieux, aux lois de l'empire et à mes propres décrets I Tu écris et tu reçois des lettres subversives de l'oîdra public ! — Le pontife répondit : J'ai reçu en effet des lettres qui m'é* talent adressées par une réunion d'évêques du Christ. Mais cef lettres ne renferment rien d'hostile à l'empire ; elles concernei^ uniquement les moyens de sauver les âmes. — Dèce entra en fureur, il fit frapper le saint viellard au visage, à coups de fouets plombéa et donna l'ordre de le conduire au temple d j Mars pour y sacrifier^ Sinon, ajouta-t-il, qu'on lui tranche la tête. Or, dès le m desuoneL de mars (4 mars), le bienheureux Cornehus» iivait remis tous les

240 pj:;TiriGAT de saint Cornélius (231-252).

biens de l'Église entre les mains d'Etienne, son archidiacre. Ei deux ordinations au mois de décembre , ce pontife imposa les mains à quatre prêtres, quatre diacres et sept évêqaes destinés à diverses églises. 11 fut décapité au temple de Mars. La bienheureuse Lucina, avec les clercs de Rome, recueillit son corps et l'ensevelit dans une crypte de son prœdium, dépendante du cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, le viii des calendes de septembre (24 septembre 253). Le siège épiscopal demeura vacant trentecinq jours. » Cette notice du Liber Pondficalis et l'extrait des Actes de saint Cornélius qu'elle renferme, ont été amplement confirmés, au point de vue de l'authenticité historique, par la fameuse découverte du tombeau du saint pape dans la catacombe de la Toie Appienne. Nous y reviendrons plus loin, tre de 13. Pour le moment, il nous faut suivre le cours des agitations

Cyprlen . i, • ,

Dtonin, extérieures et intérieures qui menaçaient alors 1 Eglise. L'élection

;ne de

rni.iie. régulière de saint Cornelms au souveram pontificat avait eu lieu

mière in t-v< r% •

î : légi- durant une courte absence de 1 empereur Dece. « Ce prince, dit

ité de . , . ,

;tion de saint Cyprien, eut supporte plus patiemment un compétiteur au iiiuB. ' trône impérial qu'un pontife de Dieu à Rome » Mais les succès d'une invasion de Goths dans la Mésie et la Thrace, vinrent le détourner quelques instants de l'attention exclusive qu'il apportait aux massacres des chrétiens. Il avait d'abord envoyé contre les barbares son fils aîné Herennius Etruscus, qui ne put réussir à les repousser. Obligé de se mettre en personne à la tête de ses légion'^, Dèce quitta Rome, au printemps de l'an 230, avec le regret d'y laisser des chrétiens après lui. Les fidèles profitèrent de l'intervalle, et, le 4 juin, saint Cornélius prenait place sur le trône de saint Pierre. Sain! Cyprien nous a conservé les détails de cette élection, et nous a fait connaître, en même temps, les manœuvres schismatiques que Novatien, soutenu par Novat, l'hérétique transfuge de Carthage, essaya vainement contre elle. La catholicité tout entière fut émue par la faction d'un antipape qui prétendait , en face de la persécution sanglante , élever autel contre autel , et déchirer la tunique sans couture de Jésus- Christ. Antonien, évêque de Numidie, s'était adressé à saint Cy-

CUAP. III. — l'antii'àpe novatien. 24i

prien pour en obtenir une règle de conduite. Nous citons ea entier la réponse de l'évêque de Carthage. C'est l'histoire écrite suf place, et racontée par un de ses plus illustres témoins. « J'ai reçf de vous, bien-aimé frère, une première lettre, dans laquelle, fermement uni à l'Église catholique et fidèle observateur de la couporde épiscopale, vous m'annonciez que vous aviez refusé d«ï communiquer avec Novatien ; que, suivant mon conseil, voua demeuriez attaché à la communion de l'évêque Cornélius. Vous me chargiez même de transmettre une copie de votre lettre au pontife romain, afin de dissiper son inquiétude à votre égard et de l'assurer que vous étiez en communion avec lui , c'est-à-dire avec l'Église catholique. Mais depuis, le prêtre Quintus m'a remis de nouvelles lettres où j'ai cru remarquer que vous vous êtes laissé ébranler par les communications émanées du parti de Novatien. A^'ous semblez revenir sur votre détermination première, et vouis me demandez de vous préciser nettement en quoi Novatien est hé» rétique, et pourquoi Cornélius admet à la communion Trophime et les autres thuriflcati. S'il n'y a là qu'un scrupule de votre conscience, cherchant la vérité pour elle-même, sans autre arrièrepensée, je ne saurais blâmer votre demande. Mais, en vous voyant revenir sur votre première détermination, il me semble opportun, très-cher frère, de vous faire observer qu'un homme grave, lorsqu'il s'est fixé une fois sur la pierre immuable de la vérité, ne doit pas se laisser ainsi agiter, je ne dis pas au souffle léger de l'opinion, mais même aux efforts les plus violents de la tempête. Pour prévenir, vis à vis de vous et de nos autres collègues, ce déplorable effet des lettres de Novatien, je crois utile de répondre à votre désir, en vous exposant toute la suite de l'affaire. Comme vous me paraissez attacher une grande importance à mon sentiment personnel, je commencerai par ce qui me concerne moi-même. Il importe qu'on ne puisse me taxer de légèreté, et qu'après m'avoir vu énergiquement défendre les fermes principes de la discipline évangélique, on ne croie pas que je les abandonne maintenant, pour accorder indistinctement la communion de l'Église à tous les apostats qui ont acheté des billets d'infamie, ou participé auj sacrifices

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