‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 29 sur 96 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

242 l'ÙNTIFlCAT DE .SAi.NT CUiUNELIUS (251-252).

îdolâtriques. J'espère vous convaincre que ma conduite a toujours ^té dictée par des motifs réfléchis et consciencieux. Au moment oîi h fer brillait aux mains des persécuteurs; quand l'essaim des confesssKïs se pressait autour des ruches du martyre; il fallait, de tout l'eiTort de notre zèle et de notre éloquence, encourager la ferveur des athlètes : il fallait, aux sons de la trompette évangélique, réveiller Tâme endormie des lapsi. Ce n'était point assez de leur montrer toujours ouverte la voie de la réhabilitation par la pénitence et les larmes. Le champ de bataille, non fermé encore, leur offrait l'occasion de réparer une première défaillance et de renouveler le combat. C'est dans ce but que nous avons multiplié les acicnts de notre voix. Les prêtres et les diacres de Carthage me mandaient que les lupsi insistaient pour obtenir une réhabilitation immédiate ; qu'ils avaient hâte de rentrer dans la communion de lÉglise. Je répondais alors : Si tel est leur empressement, l'occasion les sert à merveille, et au delà même de leurs vœux. La lice est toujours ouverte ; la lutte se renouvelle chaque jour. Pénitents sincères, et déplorant amèrement leur première apostasie, qu'ils aillent conquérir, sous la main du bourreau, non plus seulement une réhabilitation, mais une couronne ' ! Yoilà ce que j'écrivais. Quant au fond même de la question, je la réservais au jugement définitif d'un coneile d'évêques, pour une époque de tranquillité et de calme, alors que, pesant toutes les raisons pour et contre, lious pourrons statuer en liberté sur le sort de chacun. Jusque-là nous avons interdit, sous peine d'excommunication, d'admettre téinérairement les /apsi à la paix de l'Église. J'informai le clergé (institué à Rome durant l'interrègne de cette décision. Mes lettres ;i'!ressées au*prêtre Maxime et aux autres confesseurs détenus pour la foi et aujourd'hui en communion avec Cornélius, furent à te sujet aussi explicites que possible. Leur réponse ne le fut pas moins. Vous l'avez reçue ; cependant je crois bon de vous en rappeler les termes. Nous approuvons entièrement, me disaient-ils,

1 Ces paroles sont en effet textuellemeot extraites de la lettre xrv* de e&int Cyprieu : Circa causant iapsorum.

CHAP. III. — l'antipape NOVATIEN.

votre conduite en cette importante affaire. 11 faut pourvoir en ce momenr au maintien de la paix, et renvoyer pour l'examen définitit la cause des lapsi à un prochain concile, où les évêques se réuniront avec les confesseurs et en présence des fidèles laïques C était précisément Novatien qui était alors le secrétaire de la commission romaine. Il lut aux confesseurs la lettre telle qu'il 1 avait rédigée, mais le prêtre Moïse, alors prisonnier pour la foi mamtenant martyr S fit ajouter la clause spéciale qu'on admettrait à la communion les lapsi en danger de mort. Ces lettres lurent expédiées dans le monde entier et portées à la connaissance de nos frères dans toute l'Église. Cependant, par un miséncordieux dessein de la Providence, la persécution s'étant assoupie Il nous a été permis de nous réunir. Un grand nombre d'évêques' demeurés fermes dans la foi et conservés par la toute-puissante protection du Seigneur, se sont assemblés à Garthage Là examinant scrupuleusement les textes de l'Écriture, nous avoni ' adopté en commun, dans une délibération consciencieuse, un moyen terme qui permet de ne point fermer tout espoir aux lapsi. Une décision contraire, en les bannissant pour jamais du sein de

I Eglise, les eût rejetés sans espoir au sein de la gentilité. Cependant

II ne fallait point non plus affaiblir ni relâcher le frein de la disci phne évangélique; il ne fallait pas profaner la communion de I Eglise, en y admettant sans discernement les coupables Voilà pourquoi on exigea une pénitence préliminaire ; on fixa les délais indispensables pour l'examen de chaque cause et l'appréciation des dispositions et des besoins individuels, dans un esprit de paternelle mansuétude. Je suppose que vous aurez reçu d'ailleurs

exemplaire des Actes du concile qui vous a été adressé Si Uutorité des évêques d'Afrique ne vous paraissait pas suffisante j ajouterai que nous en avons référé à Rome, près de notre collègue Cornélius. Celui-ci, dans un concile nombreux, après une délibération solennelle, a cru devoir adopter les mêmes

dale':utt:eri>rr"" '''' "^^"^^^^ '^ ^^^"^ ^«^-> prêtre et oiartyr. à la

règles ^e conduite. Cet exposé des faits suffira, je pense, à ma justification personnelle. J'arrive maintenant à ce qui concerne l'élection de Cornélius, notre collègue. Il faut que vous connaissiez avec Sous ce pontife sous son véritable jour; non pas tel que l'ont dépeint ia malveillance et la calomnie de ses détracteurs, mais ce qu'il est l-éellement, au jugement de Dieu qui l'a établi évêque, et d'après le témoignage unanime de nos frères dans l'épiscopat, qui, de tous les points du monde, ont embrassé sa communion. Un trait qui relève singulièrement notre bien-aimé Cornélius devant Dieu, devant Jésus- Christ et son Église, devant tous ses collègues, c'est qu'au lieu d'arriver subitement à l'épiscopat, il a passé d'abord par tous les ordres^ inférieurs de la hiérarchie ecclésiastique, et mérité les faveurs divines parson zèle dans l'administration des choses saintes. C'est ainsi qu'il a, de degré en degré, atteint au faîte sublime du sacerdoce. Un second point, non moins considérable, c'est que nonseulement il n'a point brigué l'épiscopat, comme tant d'ambitieux gonflés d'orgueil; mais il repoussait le choix qu'on voulut faire de sa personne. Doux et modeste, ainsi qu'il convient à ceux que Dieu appelle, il a fallu faire violence à la pudeur virginale de sa conscience et lui imposer de force un honneur qu'il récusait. Il a été ordonné évêque par plusieurs de nos collègues qui se trouvaient alors à Rome et qui nous ont écrit, dans leurs lettres de notification, les témoignages les plus honorables pour la personne de l'élu. C'est donc par le jugement de Dieu et de son Christ, sur le témoignage presque unanime du clergé romain, par le suffrage du peuple présent, et par une assemblée d'évêques non moins vénérables par leur âge que par leurs vertus, que Cornélius .; été fait évêque. Depuis la mort de Fabien, aucune autre éleCion n'avait eu lieu; le siège de Pierre et la chaire pontificale éLai t vacants. Désormais, ce trône est occupé par un pontife élu k Dieu et confirmé par l'adhésion unanime '. Dès lors, quiconque prétend se faire

* M. l'abbé Freppel fait remarquer fort judicieusement que la forme adoptée aujourd'hui pour l'élection des papes par le :i,!l.'gft des cardinaux • fort heureusement coupé court aux tentatives de ^ihisme que l'élection ^its populaire encourageait trop souvent. « Les lois oui règlent cette élec-

CUAi. m. — LANi'll'Al'E xNUVATlE.N. 245

évêgnp de Rome, se place en dehors de l'unité de l'Église et usurpe l'ordination ecclésiastique. Quel qu'il soit, malgré sa jactance et son orgueilleuse prcsorontion, c'est un profane, un étranger, un excommunié. La primauté n'admet pas de second rang; quiconque veut s'introduire après le seul et unique pasteur légitime, n'est point un second; il est nul. Ainsi, d'une part, dans Cornélius, le mérite d'un épiscopat qui ne fut arraché ni par la brigue, ni par ia violence, mais reçu de la main de Dieu qui seule fait les prêtres. D'autre part, quelle vertu, quelle force d'âme n'a-t-il point déployées en acceptant cette charge ! Reconnaissons-le, dans la simplicité de notre cœur, et disons-le à sa louange. Il fallait une foi bien ferme pour s'asseoir sans pâlir dans la chaire pontificale de Rome, h l'époque oii un tyran acharné contre le sacerdoce de Jésus-Christ «sait de toute sa puissance pour l'anéantir ; préférant, disait-il, apprendre la révolte d'un compétiteur, plutôt que l'élection d'ua évêque de Rome. Je vous le demande, frère bien-aimé, n'est-ce point là donner une preuve irrécusable de courage et de foi? Ne faut-il pas ranger parmi les plus glorieux confesseurs et martyrf ce pontife qui siégea si longtemps sous le coup des menaces d'utt tyran ; attendant à chaque heure la torture du bourreat foulant aux pieds les édits do mort ; bravant tous les périls ; ne sachant si sa tête n'allait point tomber sous le glaive, s'il ne serait point «rucifîé, brûlé vif, ou si, par un raffinement de cruauté particu* liôre, on ne l'éventrerait pas pour lui arracher les entrailles,' et dépecer ses membres par morceaux ! Cependant Notre-Se!* gneur, dans sa miséricorde, a protégé son élu jusqu'à ce jour. IMais Cornélius n'en a pas moins subi ces terribles épreuves; il a triomphé du tyran , de sa colère, de ses armes et de sej menaces. Qu'un tel pontife ait pu être en butte aux traits de la

tioa, telle qu'elle se pratique de nos jours, sont les décrets de Nicolas I[ (an 2» concile de Latran, 1059); ceux du 3» concile de Latrau (1179); de Gré» f^oire IX (au concile de Lyon, 127'4) ; de Clément V (au concile de Vienne^ M.3I1); de Clément VI (1354); de 'ulop II (1505); de Pie IV (1562); de Gré- ;;oire XV (1610) ; d'Urbain VHÏ V*626) ; de Clément XII (1731). (Voyez J. G. Menschen, Ceremoniali'X electionis et consecratiom's pantificis Romaiéig Francfort, 1732. Noti de M. Freppel, S. Cypnew, pag. 248.)

346 PONTIFICAT DE SAINT CORNELIUS (2o 1-252).

malveillance et de la calomnie, ne vous en étonnez point, frère tien-aimé. Ne savez-vous pas que le démon travaille sans cesse h déchirer par le mensonge l'honneur des serviteurs de Dieu et à outrager les plus illustres réputations ? Partout où éclatent une gloire et une vertu sans tache, on cherche à les ternir dans l'opinion. Ainsi on avait dit que Cornélius avait acheté durant la persécution un libelle d'apostasie. On avait dit qu'il avait alor? communiqué avec des év/^ques qui avaient eu le malheur de sacrifier aux idoles. Or, ces griefs prétendus ont été l'objet d'une scrupuleuse enquête, de la part de ceux de nos collègues qui ont ordonné Cornslius. Il nous ont écrit que c'étaient là autant de calomnies, sans aucune espèce de fondement. En ce qui concerne spécialement l'affaire de Trophime, sur laquelle vous me demandez des éclaircissements, la réalité est fort différente des bruits accrédités par la rumeur publique et de la version mensongère forgée par les apostats. Cornélius, notre bien-aimé frère, n'a fait qu'imiter en cette circonstance la paternelle mansuétude dont nos prédécesseurs nous ont donné tant d'exemples. Trophime était à la tête d'un parti tellement nombreux que la majorité du peuple lui était presque acquise. Quand il eut demandé à rentrer au sein de l'Église, confessant son erreur passée, offrant delà réparer par la pénitence, et implorant avec .humilité la faveur de rentrer dans la communion ecclésiastique qu'il avait précédemment rompue, Cornélius prêta l'oreille à son repentir et exauça si prière. Trophime a été réintégré dans l'Église de Dieu ; celt>r réhabilitation était commandée moins encore par sa situatio.v personnelle, que par la nécessité de pourvoir au salut de ses non;- ,breux adhérents, lesquels ne se fussent point soumis, si l'on eut f.iiL une exception contre leur chef. Ce grand acte fut l'objet d'une délibération solennelle du concile de Rome. C'est à la suite de cpifdélibération que Trophime a été rétabli dans la communion de l'iiglise. Le fruit de cette sentence de miséricorde a été le retour h l'unité et le salut d'une portion considérable de nos frères. Du reste, il est faux que Trophime ait été réhabilité avec son inng (i'/vT; jue. C'est encore là une calomnie mise en avant par les aposlaU qui

r,\[\v. m. — l'antipape novatien. 247

vous ont mandé le fait. Trophime n'a été admis qu'à la communion laïque. L'autre reproche fait à Cornélius, de communiquer indistinctement avec tous les lapsi, n'est pas mieux fondé. Les schismatiques entretiennent ces rumeurs mensongères. Du jour où ils 8® sont séparés de nous, ils ont été dans Tobligation de tout calomnier chez nous. Rebelles à l'Église, ils ne peuvent se maintenir qu'en arrachant par tous les moyens des enfants à l'Église. Ainsi, désormais, frère bien-aimé, n'acceptez pas si légèrement les accusations colportées sur le compte de Cornélius et sur le mien '. »

14. Nous croyons devoir interrompre la lecture de cette Épître, si pleine de faits et de particularités intéressantes, pour relever @a passant une prétention assez singulière de certains critiques d'j xvii" siècle, lesquels, profitant habilement d'une homonymie tout* fortuite, songeaient à identifier le Trophime dont il est question ici avec le fondateur de l'Église d'Arles. Cette thèse favorisait, on le conçoit, le système qui faisait évangéliser pour la première fois notre patrie, sous le règne de Dèce, en l'an 250. Mais, il faut le dire, la tentative échoua complètement, en présence d'une autre lettre de saint Cyprien au pape saint Etienne I (253), oii l'évêque d'Arles est formellement appelé Marcien et non point Trophime. Il est donc impossible de confondre le Trophime, disciple de saint Paul et premier évêque d'Arles, avec le personnage du même nom dont saint Cyprien nous raconte la pénitence et la réhabilitation à Rome. Toutefois, à un autre point de vue, la mention faite incidemment du rôle joué par Trophime, sous le pontificat de Fabien et (!e Cornélius, mérite de fixer l'attention. On n'a point oublié la révélation que les Philosophumena nous ont apportée sur l'existence d'une série d'antipapes, jusqu'ici négligés ou inconnus, dont le premier anneau remonte à Natalius 2. L'auteur des Philosophumena, Béron, ou tout autre que l'avenir nous fera sans doute connaître plus exactement, avait recueilli le siège schismatique laissé vacant par la pénitence de Natalius. A ce second antipape, un

'<■ s. Cypr., Epist. lu, ad Antonian., 1» pars, Pairol. iatf tom. III, COl. 162-779. — * Cf. tom. VII de cette Hist., pag. 598.

218 rONTIFICAT DE SAINT CORNELIUS (251-232).

troi^i(>m; aurait succédé, qui eût été Trophime. Le passage malheiiieusement trop peu explicite consacré à ce personnage par saint Cyprien, nous semble autoriser cette conjecture. On faisait un crime à saint Cornélius d'avoir reçu ce Trophime à la communion de l'Église. Trophime n'était point du nombre des lapsi ordinaires. C'était un hérétique qui venait spontanément confesser son erreur passée, errorera pristinum co fitente. La faveur qu'il réclamait, la communion qu'il sollicitait, ikes avait dédaignées aupara- ■"ant : jraternitatem quam nuper abstraxeratrevocante. Sa conversion «-p.traîna celle d'un parti tellement nombreux qu'il comprenait la majorité du peuple de Rome : cura Trophimo pars maxima plebis absce^scrat. Trophime était donc à Rome, et non point à Arles; il y était le chef d'une faction schismatique. Il y exerçait les fonctions et l'autorité épiscopales, puisque saint Cyprien ajoute qu'en le réhabilitant Cornélius ne l'avait cependant admis qu'à la communion laïque. Enfin, il est impossible d'identifier la faction de Trophime avec celle des partisans de Novatien, puisque ce sont ces derniers qui se scandalisent de voir Cornélius communiquer avec Trophime. Tous ces caractères réunis nous semblent parfaitement convenir à un troisième antipape, qui aurait continué, après l'auteur des Philosophitrnenu, à combattre, au sein même de Rome, IV.'jtorité de l'Église catholique, travestie par les partisans de . I secte sous le nom d'école Callistienne. Ainsi, le dénoûment -li! schisme inauguré sous le pontificat de saint jZéphyrin et un i:;stant ébranlé par la conversion de son premier antipape Nataii,;s, aurait été le retour définitif de Trophime, troisième antipape, avec tous ses adhérents, à la communion de l'Église, sous le pontiîlcat de saint Cornélius.

'.c. Quoi qu'il en soit, après avoir si noblement vengé Cornélius C!"-; accusations répandues contre lui, saint Cyprien, dans la ^(.'Conde partie de sa lettre, nous fait connaître le caractère et les inUigues de Novutien, qui faisait succéder un nouveau schisme à celui qui venait dôtre si heureusement éteint par la péniience sincère de Trophime. Le grand évêque de Carthage établit d'abord les vrais principes qui dominaient la au^'^tion alors si vivement

CUAl'. 111. — l'ANTIPAI'E ISOYAÏIE^. 245

controversée des lapsi. Ti rappelle les distinctions à observer par rapport aux degrés divers de culpabilité ; puis il ajoute : « Au lieu de ces préceptes de miséricorde qui s'allient avec ceux de la justice, dans la pratique de l'Église, les sectaires afîectent une rigidité stoïque ; ils prétendent que tous les péchés ont la même ^qravité, et que l'austérité du christianisme n'admet pas facilement 11' pardon. Entre cette théorie des philosophes et la mansuétude de Jésus-Christ, il y a uq abîme. L'Apôtre a dit : « Prenez garde de vous laisser séduire par les déceptions mensongères d'une fausse philosophie '. » C'était nous prémunir contre le rigorisme présomptueux de ces durs sectaires du stoïcisme. Les Écritures nom apprennent de Moïse qu'il fut le plus doux des hommes. Notre- Seigneur, dans l'Évangile, nous dit lui-même : « Soyez miséricordieux pour les autres, dans la proportion oii votre Père céleste l'a été vis-à-vis de vous ^. » Ailleurs, il s'exprime ainsi : <c Ceux qui sont en santé n'ont que faire de médecin ; ce sont les malades qui en ont besoin ^ » Or comment pourraient-ils exercer un ministère médical, ceux qui disent : Je n'admets au traitement de l'Église que les âmes saines; et je bannis absolument toutes celles qui auraient besoin de guérison ! Il est donc évident que nous devons aux âmes blessées et malades les secours de notre ministère. Gardons-nous do considérer comme des morts sans espérance les lapsi que la persécution a jetés à terre. Ils ne sont qu'étourdis de leur chute ; ils peuvent i^evenir à la vie : la preuve, c'est que nous se voyons tous les jours se relever d'une première défaillance poar affronter de nouveau le combat et mériter la palme du martyre. Na iToyez pas non plus, frère bien-aimé, qu'en leur ouvrant la perte de la pénitence et du salut, nous énervions le courage des frèrei et que nous tarissions les sources de l'héroïsme chrétien. N'admettuiis-nous point tous les jours des adultères à la pénitence, afin de les préparer à la réhabilitation? Est-ce que cette mesure de miséricorde a éteint dans l'Église la glorieuse pratique de la virginité, ou celle de la continence? Ne brille-t-eile pas toujours immaculé.", au milieu iJl' nous, cette couronne virginale do Jésus-Christ.

> C..1.. 11,8. — ^ Luc, VI, 3C. - yarc, :i, 17; Luc, \- :Jl,

2oU lu.>--xiCAT DE SAINT CORNELIUS (2oi-2o2).

rehaussée bien davantage encore par la pénitence de ceux qui ont failli? Quant à ce qui concerne personnellement Novatien, vous désirez que je vous fasse connaître exactement la nature de l'hérésie qu'il professe. Permettez-moi de vous faire observer d'abord que, dès qu'il enseigne en dehors de l'Église, son enseignement est conti'aire à l'esprit de l'Église. Par le seul fait de sa situation, et quel qu'il puisse être d'ailleurs, cet homme a cessé d'être chrétien puisqu'il ne fait plus partie de l'Église du Christ. Qu'il s'enorgueillisse donc à son gré de sa sagesse ou de son éloquence ! En rompant le lien de la charité fraternelle ; en brisant l'unité de l'Église ; il a perdu tous les mérites qu'il pouvait avoir précédemment acquis. Un évêque légitime avait été donné à l'Église; il avait reçu la consécration pontificale des mains de seize de nos collègues ; et voilà que Novatien prétend se faire ordonner à son tour ! Non , ce n'est point un évêque, c'est un adultère et un intrus ; il s'est servi du ministère de quelques déserteurs pour usurper un titre qui ne lui appartient pas. L'Église du Christ est une ; les évêques dispersés par tout l'univers ne forment qu'un seul épiscopat. Après qu'une élection légitime avait transmis le pontificat à Cornélius, dont l'Église catholique tout entière a reçu la communion; Novatien se lève et dit : Je vais constituer une autre Église! Il envoie ses émissaires dans les cités, avec ordre d'y asseoir les fondements du schisme nouveau. Aux évêques constitués depuis longtemps dans les provinces et dans chaque chrétienté, à ces évêques que la majesté de l'âge, l'intégrité de la foi, les épreuves de la persécution, ont rendus si vénérables, il oppose de pseudo-évêques, ses créatures ! Vraiment, croit-il , dans son obstination , qu'il lui sera donné de triompher de tout l'univers et de briser le faisceau compacte de l'Église catholique ? Ne sait-il pas que tous les schismes, à leur début, ont une sorte d'ardeur factice? Mais avec le temps vient la réflexion. Tout ce beau feu s'éteint, et la tache d'origine empêche l'œuvre de croître. Quiconque n'observe pas l'unité de l'Esprit, le lien de la paix, l'union du collège sacerdotal et de l'épiscopat, ne saurait prétendre à l'autorité, à l'honneur des pontifes '.»

» S. Cypr., Epist. ad Antonian., pars altéra, ibid.

CHAP. III. — l'antipape novatien. 251

16. Des renseignements plus étendus sur Novatien manquaient Letîreda

. . pape saint

probablement encore à l'évêque de Garthage , lorsqu il écrivit comeiiusà

,,■,... Fabius d'An-

cette belle lettre. Nous allons en trouver de plus explicites uoche, au

> sujet de

dans les monuments contemporains, qu'il nous reste a étudier. Vantipapc e»

^ ^ da concile

« Novatien, prêtre de l'Eglise romaine, dit Eusèbe, se mit a la tête do aome. d'une secte d'hérétiques qui s'appelaient les purs (Kaeapol), et refusaient, même après les épreuves d'une confession sincère et d'une pénitence satisfactoire, d'admettre les lapsi à la communion et à la paix de l'Église. Soixante évêques, et un nombre beaucoup plus considérable de prêtres et de diacres, se réunirent en concile à Rome pour examiner cette affaire. D'un concert unanime, on rédigea le décret suivant, qui fut promulgué dans tout l'univers, comme règle de conduite et de foi. Novatien, avec ses adhérents et tous ceux qui partageraient sa doctrine rigoriste, contraire à l'esprit de fraternelle charité et de mansuétude évangélique, sont bannis du sein de l'Église. Les frères qui ont eu le malheur de succomber durant la persécution seront soumis à la pénitence et admis à la paix, quand ils auront donné des marques sincères de repentir. — Nous avons encore la lettre-circulaire adressée par le souverain pontife à Fabius, évêque d'Antioche, pour lui notifier ce décret et les autres actes du concile romain *. A cette première Épître officielle en était jointe une seconde dans laquelle Cornélius faisait connaître - '

en détail les attentats schismatiques de Novatien'. Nous allons en donner quelques extraits pour que le lecteur puisse apprécier exactement le caractère et les mœurs du sectaire. Depuis longtemps, dit Cornélius, cet ambitieux nourrissait l'espoir d'arriver au ponlificat; mais il dissimulait soigneusement sa pensée. Il réussit, dans le premier moment, à séduire les confesseurs qui l'avaient associé aux travaux de la commission intérimaire. C'est ainsi qu'on vit un instant dans son parti les prêtres Maxime et Urbain, illustrés peir une double confession de la foi devant les persécuteurs, et deux autres martyrs, Sidonius et Gelerinus. Ce

' npftp lettre, dont parie Eusèbe, ne uous est point parvenue. — * Cette »f.-u:ide Kpîtrt; est éjj:aiemeal perdue ; nous n'en avons plus que les extrait» Biléé pur Euièbe. Nous les reproduisons en entier.

:ii)-2 ro.NTiFiCAX de salnt ci)!;.NE;.;tii {-loi -'-loi).

dernier, véritable héros de courage et de constance, avait supporté, malgré la faiblesse de sa constitution, les plus cruelles tortures : il avait triomphé de toute la rage des bourreaux. Ces quatre confesseurs ne tardèrent pas à découvrir l'hypocrisie , la fraude , les laensongeF et les parjures de Novatien. Ils eurent horreur du cruel rigorisme de ses principes et rentrèrent bientôt dans le sein de l'Église. En présence des évêques, des prêtres et des fidèles rassemblés, ils nous dévoilèrent toute la série des attentats de cet homme. Leur récit était entrecoupé de larmes : ils s'accusaient, en pleurant, d'avoir un instant abandonné la sainte Église pour s'attacher à ce mercenaire, loup dévorant, introduit dans Î3 bercail du tlhrist. Le fait est, frère bien -aimé, que l'hypocrite Novatien s'était démasqué, avec une promptitude vrairo.ent extraordinaire. La veille, il avait juré devant quelques évêques, avec les serments les plus terribles, qu'il ne songeait i>oint au pontificat; et le lendemain, comme par un coup de iiiéâtre, on le vit apparaître revêtu des insignes épiscopaux. Ce prétendu vengeur de la discipline ecclésiastique et de la foi rigide .l'avait pas reculé devant un crime, pour usurper le trône pontifical auquel Dieu ne l'avait point appelé. Deux de ses émissaires s'é- .uient rendus par son ordre dans une province lointaine de l'Italie, /'.s se mirent en rapport avec trois évêques, hommes simples, auxtjueis ils persuadèrent de se rendre avec eux à Rome, sous prétexte d'y assister au concile réuni pour traiter la question des lapsù Arrivés en cette ville, ces trois évêques, incapables de soupçonner jH malice de leurs guides, fu^-ent circonvenus par les affidés de .'ûn'atien. On les tint enfermés dans une maison où on leur servit Lin copieux repas ; et vers la dixième heure * , quand ils furent /■nrgés de vin et de viandes, Novatien les contraignit, dans une vaciiîcge parodie, de lui imposer les mains. Telle est la prétendue ordination dont il revendique aujourd'hui les droits. L'un de ces cvêques ne tarda point à revenir à l'Église. Il confessa en pleurant sa faute. Tout le peuple intercéda pour lui et nous l'avons admis à la communion laïque. Les deux autro» oi'i- été déposés ; leuis suo-

* Quatre heures du soir.

cuAP. III. — l'antipape novatien. 253

cesseurs, ordonnés et envoyés par nous, ont pris possession de leurs sièges. Tel est ce Novatien, qui se pose en défenseur da l'Évangile ! Il ne pouvait ignorer cependant qu'un seul évêque préside à l'Église catholique. Il savait que, sous cet évêque unique, la ville de Rome compte quarante-quatre prêtres, sept diacres et autant de sous-diacres; quarante-deux acolytes; cinquante-deux exorcistes, lecteurs et portiers, et enfin plus de quinze cents pauvres, infirmes et veuves '. A tous, par la grâce et la bonté de Dieu, l'évêqua répartit les secours nécessaires. Le spectacle de cette imposante unité, dans une si grande multitude; la vue de ce peuple immense des laïques réunis sous la direction d'un pasteur légitime, n'ont Doint ému cet ambitieux, qui a osé déchirer le sein de l'Église sa mère ! Mais, il nous faut remonter plus haut dans son histoire, pour le connaître plus à fond. Novatien est-il un de ces prêtres vertueux, dont toute la vie se serait écoulée dans la fidélité au Seigneur; dont les longs travaux auraient été couronnés par une courageuse confession de la foi, devant les persécuteurs? Non. Voici les circonstances qui déterminèrent sa conversion au christianisme. Il était devenu possédé du démon, et resta quelque temps en cg^ état. Des exorcistes commencèrent à lui donner les secours de leur ministère, lorsqu'il tomba gravement malade. On le croyait à toutf extrémité, et il avait entièrement perdu connaissance, lorsque, sut son lit de douleur, il reçut le baptême par infusion. Echappé à cette maladie, il ne se mit point en peine d-e se faire suppléer les autres cérémonies fixées par la règle ecclésiastique, et ne reçut jamais la confirmation de la main d'un évêque. Quand donc aurait-il reçu l'Esprit-Saint, lui qui ne fut jamais confirmé ? Lorsque la persécution fut déclarée, Novatien eut une telle frayeur de la mort qu'il abdiqua son caractère sacerdotal. Des diacres vinrent le trouver dans la cellule oii il se tenait caché, et ie prièrent d'allep porter les secours de son ministère à quelques infirmes. Sur soi refus, ils insistèrent. Novatien, dans sa fureur, prit la fuite, en leur

' Cette énnmération suppose, suivant Jes calculs les plus modérés, uOA population d'au moins cinquante mille fidèles.

2o4 l'ONTlFIGAT DE SAINT CORNELIUS (231-252).

criant : Je ne suis plus prêtre ! J'ai embrassé une autre philosophie ! Ainsi, il abandonnait lâchement cette Église de Dieu qui, après la grâce du baptême , lui avait conféré la dignité du sacerdoce. L'évêque • lui avait en effet imposé les mains, malgré la protestation de tout le clergé et d'un grand nombre de fidèles, qui rappelaient la règle ecclésiastique par laquelle il est interdit d'admettre au rang de la cléricature ceux qui ont reçu le baptême par intusioii. en danger de mort'. L'évêque demanda qu'on fît exception à cette loi, en faveur de Novatien. Ce dernier devait, hélas ! se montrer trop tôt indigne d'une telle dispense. Depuis qu'il a consommé son schisme, chaque fois qu'il célèbre les saints mystères, au moment où il distribue la communion à ses malheureux adeptes, voici l'horrible serment qu'il substitue aux paroles de la bénédiction sacramentelle. Chacun d'eux s'approche tour à tour, s'agenouille devant le sectaire, qui lui prend le main droite dans les deux siennes et lui dit : Jure-moi, parle corps et le sang de Jésus-Christ Notre-Seigneur, que tu n'abandonneras jamais mon parti ; que tu ne retourneras point à la communion de Cornélius! — Nul ne reçoit l'Eucharistie avant d'avoir prononcé cette imprécation. Quand on lui présente le pain sacré, au lieu de répondre Amen ! le communiant dit : Je ne retournerai jamais à l'Église de Cornélius ! Malgré ces précautions sacrilèges, j'ai le bonheur, frère bien-aimé, de pouvoir vous assurer que chaque jour voit diminuer le nombre des schismatiques. Novatien restera bientôt seul ; les frères le quittent tous, pour rentrer au sein de l'Église. J'ajoute que le bienheureux martyr Moïse, qui a naguère si glorieusement consommé son témoignage, avait, de son vivant, pressenti l'audacieuse ambition du sectaire. Il l'avait «excommunié, avec cinq autres prêtres qui s'étaient déjà séparés de i'Église pour s'attacher à lui. — Après cet exposé, dit Eusèbe, la

» Cet évoque, ainsi désigné, dut être vraisemblablement saint Fabien.

« Telle était en effet la discipline de l'Église à cette époque. Les clinomènet, «'esl-à-dire ceux qui avaient reçu le baptême dans leur lit et en danger de mort,, étaient exclus des ordres. Mais la dispense légitime de l'évêque pouvait relever de cette irrégularité : ce fut ce qui eut lieu pour l'ordination àe Novatien.

CHAP. III. — l'antipape NOVATIEN.

îettre pontificale donnait le nom et le siège de tous les évêques qui, dans le concile tenu à Rome, avaient souscrit la condamnation solennelle de Novatien. Elle y joignait ceux des autres évêques de toutes les provinces de l'Occident, qui n'ayant pu assister au concile, avaient écrit des lettres d'adhésion *. »

17. Nous ne saurions trop regretter qu'au lieu de cette dernière et brève analyse, Eusèbe n'ait pas jugé à propos de reproduire intégralement la nomenclature des évêques qui siégèrent au concile de Rome et de ceux qui adhérèrent depuis à sa sentence. Nous y trouverions, sans aucun doute, la liste des évêchés de notre patrie. Si l'on considère, d'une part, que le nombre des évêques réunis en concile à Rome, fat de soixante-quatre, et, de l'autre, que les évêques absents envoyèrent leur adhésion par écrit; on se rend parfaitement compte que tout l'Occident chrétien dut être représenté dans cette liste. Dès lors les Gaules, la Germanie, la Grande-Bretagne, rillyrie, la Grèce, la Thrace, occupaient certainement une place dans ces archives, aujourd'hui perdues pour nous. Dans sa lettre à Fabius d'Antioche, le pape saint Cornélius ne nomme pas les trois évêques qui avaient consacré Novatien. Mais son silence, imposé par une mansuétude et une charité paternelles, est suppléé par un monument ancien, qui nous apprend que ces trois évêques étaient Marcel d'Aquilée, Agamemnon de Trêves, etEvariste, dont le siège nous est inconnu -. On conçoit que la présence d'un évêque ùe Trcves à Rome, en l'an 230, renverse de fond en comble le système suranné qui assignait précisément cette date à la première évangélisation de la Germanie et des Gaules. Il en est de même de la lettre suivante, adressée par saint Cornélius à Lupiein, évêque de Vienne : «Vous n'ignorez pas, bienheureux frère, dit le pape, que !e souffle de la persécution balaie en ce moment l'aire du Seigneur; et que les décrets des empereurs livrent les chrétiens au bourreau, sur tous les points du monde. Dans notre ville de Rome, le préfet a été spécialement chargé de veiller à la stricte exécution de ces lois

Lettre do papo saint

Cornélius à Liipioin,

évêque de Vienne.

' Euseb., Hist. écoles., lib. VI, cap. XLHI.

» D.Coustaut, NotœadEpistol. Cornelii ad Fab., PatroL laL, tom. III, coi. M.

256 rr..NTIFICAT DE SAINT CORNELIUS (251-252).

de sang. Il ne nous est plus possible de célébrer les saints mystères, je ne dis pas en public, mais même dans les catacombes, dont quelques-unes, les plus illustres, ont été découvertes par les païens. C'est doL'j maintenant qu'il vous faut redoubler d'ardeur et de zèle, pour ' encourager les fidèles. Redites-leur la parole évangélique : « Ne craignez point ceux qui ne peuvent tuer que le corps; craignez uniquement celui qui peut tuer à la fois et l'âme et le corps *. » Déjà un grand nombre de nos frères ont reçu la couronne du martyre ; priez pour qu'il nous soit donné à nous-même de consommer glorieusement notre témoignage. Fortifiez-vous dans le Seigneur» et saluez de notre part tous ceux qui nous aiment dans le Christ ^. » L'école gallicane fut unanime à répudier l'authenticité de cette lettre. On pourrait demander quand et par qui elle eût pu être inventée. Evidemment le faussaire supposé qui l'eût écrite postérieurement, aurait été un habile homme. Il aurait su à merveille ia topographie de la Rome chrétienne ; il aurait connu l'importance des catacombes au point de vue de la célébration des saints mystères, et leur division en deux catégories, selon leur plus ou moins de célébrité. Ces données pratiques, si pleinement confirmées par les explorations catacombaires de l'archéologie moderne, échappaient à l'appréciation des critiques du xvii^ siècle. Ils relevaient dans cette Épître deux notes qui leur semblaient apocryphes au premier chef : l'une était l'expression de Missas agere qu'on y rencontre ; l'autre la suscription ainsi conçue : Cornélius ipiscopus, fratri Lupicino archiepîscopo Viennensi\ salutem. Or, digaient-ils, le mot latin de Missa, pour désigner le sacrifice eucharistique, ne fut employé que plus tard. Il en est de même du titre d'archevêque, qui ne fut usité dans l'Église qu'à une époque posiérieure : donc la lettre est fausse. Nous avons déjà répondu à ces deux fins de non-recevoir, par l'observation fondamentale que la iettre de saint Cornélius à Lupicin, comme celle du même pape à Fabius d'Antioche, avait dû être primitivorîent rédigée en grec. Le traducteur latin, dans sa version posthume, a fort bien pu

* Mattb.^ î, 28. — *ComeHi Epist. ad Lupian., Patr. lat„ tom. III, col. S39.

ccAP. III. — l'antipape nûvaticn. 257

rendre les termes correspondants à l'idée du sacrifice eucharistique etau titre métropolitain de Vienne, par ceux de Missa et d'Archiejjis^ copus, usités de son temps, sans que cette modification ait en riea ;;ltéré le caractère d'authenticité de la lettre pontiiicale. Ajoutons :;u'i\ l'époque oii cette lettre fut écrite, les diptyques de l'église (C Vienne nous apprennent que l'évêque FlorKiiLius, mort quelques mois auparavant, avait en réalité pour successeur saint Lu- |)icin. En tout état de cause, il faut convenir que rien, ni dans la lettre pontificale, ni dans les diptyques de l'église viennoise, n. justifie l'idée de faire évangéliser pour la première fois notre patrie en 250. Aussi croyons-nous devoir reproduire intégralement U paragraphe assez embarrassé que Fleury consacrait à celte question. H Ce fut cette môme année, 2o0 de Jésus-Christ, sous le cor.sulat de Decius et de Gratus, dit-il, que saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, commença à s'y établir; et dans le même temps, plusieurs autres évêques fondèrent des églises en diverses villes considérables des Gaules, savoir : GratienàTours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, Denis à Paris, StremoineàClermonten Auvergne,MartialàLimoge&.SaintDenis, de Paris, etsaintSaturnin, de Toulouse, furent martyrs, mais apparemment dans quelqu'une des persécutions suivantes ; autrement ils n'auraient pas eu le temps de former des disciples, et de fonder ces célèbres Églises qui ont toujours subsisté depuis. Toutefois, une autre tradition porte que Paul I", évêque de Narbonne, etTrophimc d'Arles, étaient disciples de l'apôtre saint Paul; et il est certain d'ailleurs que du temps d? Decius, l'évêque d'Arles se nommait Marcien, et favorisait l'antl râpe Novatien *. » '\'oilà tout ce que la question des origines chrétiennes de notre patrie , demande d'érudition à Fleury. 0/ peut s'étonner qu'une thèse aussi peu sérieusement défendue et présentée d'une manière si dubitative, ait obtenu la rare fortune d'être citée partout comme péremptoirement prouvée par le grave et judicieux Fleury. Dans la réalité, cet historien s'est montré en effet grave et judicieux, en laissant indécise une aues-

* Fleury, Hist, ecclés., liv, VI, § 4», loin. II, pag. 223.

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