CHAT. IV. — PERSÉCUTION, GUERRE ET PESTE
Elle est digne de fixer l'attention, parce qu'elle nous révèle, au sein de la primitive Église, des trésors inconnus de charité et d'amour divin. « Peut-être, continue l'évêque de Cartbage, quelqu'un de vous me dira : Dans cette épidémie, ce n'est pas la mori que je crains. Je m'étais préparé au martyre ; j'avais l'espoir d« confesser glorieusement le nom de mon Dieu dans les supplices, eê, voilà qu'un trépas obscur, au milieu des langueurs de la peste, mu prive de la couronne et met en question mon bonheur '. — Trèschers frères, écoutez ma réponse. Un de mes collègues, vénérable évêque, accablé par la maladie et déjà proche des angoisses de 1% mort, supplia le Seigneur de différer pour lui l'heure du trépas. Tout à coup le moribond vit apparaître à son chevet un jeune inconnu, au visage resplendissant et céleste. Sa taille était élancée ; des éclairs jaillissaient de ses yeux. Il était tel enfin qu'on nous dépeint les anges, dont la vue échappe d'ordinaire à nos regards mortels, et qui se manifestent parfois au chrétien, quand ses yeux prêts à se fermer aux ombres d'ici-bas, s'ouvrent déjà sur les horizons éternels. D'une voix menaçante et presque indignée, la mystérieuse apparition fit entendre ces mots : Eh quoi ! vous craignez la souiïrance ; vous refusez de mourir ! Que puis-je faire pour vous? — C'était nous dire à tous, à ceux qui redoutent, comme à ceux qui désirent la persécution, que nos vœux, nos projets, nos désirs ne sont rien ; que Dieu se réserve à lui seul le droit de régler notre avenir, et que le chemin par lequel il lui plaît de nous appeler est le seul que nous devions ambitionner et suivre '. »
3. Le contraste entre la conduite des fidèles et celle des idolâtres, pendant la durée du fléau, fut une des preuves les plus saisissantes de la divinité du christianisme. Les chrétiens étaient partout où l'on avait besoin d'un secours. Evêques, prêtres, diacres, laïques, hommes, femmes, enfants même, tout ce qui portait sur le front -le signe de la croix, et, dans le cœur, la flamme de la charité du Christ, soignaient les pestiférés, sans distinction de famille ni de culte. Loin d'ouvrir les yeux et de bénir du moins cet héroïsme,
* De Morialit., cap. xvil. — • Ibid., cap. nXi
9auf à le punir plus tard du dernier supplice, quand le danger serait passé , les magistrats païens profitaient de l'occasion pour une calomnie nouvelle. Si les chrétiens se montraient partout, disaient-ils, c'était pour propager la peste. Sous prétexte de secourir la population, ils l'empoisonnaient. Voilà les bruits que d'infâraes ééaonciatenrspropageaient parmi la foule. Le plus ardent de ces syfophantes étaii Dumetrianus, un ancien condisciple et rival d'école (le saint Cypricn. Il avait obtenu quelque succès au barreau de Carthage. Revêtu de fonctions judiciaires parla puissance romaine, "1 avait continué ses relations avec le saint évêque, et lui faisait de 'réquentes visites, moins pour discuter sérieusement avec lui que .our exhaler sa colère contre les chrétiens. Saint Cyprien l'appelait
on uboyeur. Demetrianus semait à profusion, parmi le peuple, des ;amphlets où il affirmait que la peste, la famine, la guerre, tous
?5 fléaux qui dévastaient en ce moment l'empire, étaient l'œuvre lies chrétiens. Eux seuls devaient être responsables de tant de calamités. Ennemis des dieux , ils méritaient la haine du genre humain. L'illustre évêque répondit à ces outrages par son Épîlre À Demetrianus. Il flétrit énergiquementla lâcheté cupide des païens '. D face du fléau. « La peste, dit-il, a révélé, ou grossi, la liste de vos crimes. Elle a montré d'une part l'insensibiUté de l'égoïsme et de la peur qui refusent des secours aux malades; de l'autre, l'avarice convoitant, bouche béante, la dépouille des morts. On a vu des hommes sans entrailles fuir la couche d'un parent atteint du fléau et se [.lécipiter ensuite sur la succession du défunt, afin de mieux constat'.'r qu'ils délaissaient le moribond uniquement dans la crainte de » etarder sa mort par quelques soins charitables ! Parmi les ravages de l'épidémie, l'eff'roi ne parvient pas à conseiller la vertu. A l'aspect des victimes qui tombent par milliers, nul ne songe que lui ilussi est mortel. C^i se presse, on pille, on vole. Plus d'hésitation fians la rapine ; partout on jette le masque. A voir l'empressement, la rapacité cupide de chacun, vous diriez que la spoliation est de- ■«renue licite ; que le déprédateur rempht un devoir; et que, s'abstenir du bien d'autrui, ce serait perdre le sien. Les brigands, dans les rochers de leurs montagnes, gardent du moins quelque retenue ;
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ils vont cacher leurs crimes dans la solitude ; leurs forfaits ont pour voile les ténèbres de la nuit. Ici la cupidité ne se dissimule même plus. Protégée par son audace, elle marche la tête haute, elle étale au grand jour sa brutale convoitise. Les faussaires, les empoisonneurs, les assassins, promènent en plein forum leur scandaleuse impunité. Les scélérats pullulent et il ne se trouve pas un homme vertueux pour les flétrir et les cliâuer ! Juges, tribunaux, accusateurs, tout est muet contre eux; ils n'ont plus à redouter n! institutions, ni magistrats. Les gens de bien se taisent; les témoins tremblent; les juges sont vendus, les tribunaux impuissants'. Voilà ce que vous êtes ; et c'est nous que vous accusez ! N'est-ce donc point assez de cette explosion sauvage de vices, de crimes, de turpitudes et de rapines, dont vous donnez le spectacle au monde? Ne vous suffit-il pas de déshonorer la religion véritable par des superstitions infâmes, et vous faut-il encore déchaîner les fureurs de la persécution et de la haine populaire sur des innocents qui adorent le vrai Dieu. Vous refusez vos hommages à ce Dieu ; mais du moins respectez ceux qui ont le courage de mieux faire. La fumée des victimes remplit vos temples ; vous égorgez à votre aise des troupeaux entiers Cependant vous renversez partout les autels du vrai Dieu. Oa vous voit prostejiiés devant des crocodiles, des cynocéphales, des cailloux, des serpents! Dieu seul n'est point adoré sur la terre, ou, si vous rencontrez un de ses adorateurs, vous le tuez ! On compte par milliers les justes, les innocents que vous avez faitpérir au supplbe, les foyers que vous avez dépeuplés; les patrimoines que vous avez spoliés; les victimes que vous chargez de fers, que vous précipitez dans les cachots, que vous jetez au glaive, aux bêtes, aux flammes des bûchers 2. Ah ! vous ne méritez que trop les fléaux que Dieu multipUe sur vos têtes ^ ! — Tu rejettes sur les chrétiens la caducité de ce monde qui chancelle sous le poids de ses crimes, et qui s'éteint dans l'impuissance ! Sans doute les vieillards nous rendront bientôt responsables de ce que leurs oreilles n'entendent plus, de ce que leurs yeux s'éteignent ; de ^a que leurs jambes ne les veulent plus sou-
» S. Cypr., Liber ad Demetrian., cap. x^ xi; Patrol. iat., tom. IV, col. 552.— • Ibid., cap. XII. — » lùic/., cap. ix.
tenir, et de ce qu'un octogénaire n'est plus un jeune homme * I — Vous outragez le vrai Dieu ; vous blasphémez son nom ; et vous vous étonnez que la pluie ne descende plus sur vos champs arides; que le sol desséché produise des plantes maigres et avortées; que la grêle laboure vos vignobles ; que la tempête déracine vos oliviers; que les fontaines tarissent; que des souffles pestilentiels infectent l'air et moissonnent les populations ! Etonnez-vous donc de vos crimes et mettez-y un terme. Ce sont eux qui ont produit tous ces déscLstres ^. — Tu te plains que les éléments se refusent à la satisfaction de tes besoins, ou de tes plaisirs ! Mais toi, sers-tu le Dieu par qui toutes les créatures te servent? Obéis-tu à celui qui a mis la nature entière sous tes lois? Tu exiges bien de ton esclave une soumission absolue ; homme, tu exiges d'un autre homme une obéissance aveugle. Et pourtant, vous ne différez en rien l'un de l'autre pour les conditions de la naissance et delà mort; votre corps est de même matière, votre âme d'une commune nature ; c'est à égal droitet en vertu des mêmes lois que tous deux vous êtes entrés en ce monde et que tous deux vous en sortirez. N'importe ! Si ton esclave ne te sert pas suivant tes caprices, s'il oublie ou néghge la moindre de tes volontés, tu prends le fouet pour venger ton autorité méconnue. Faim, soif, cachot, croix, que sais-je? tout sera mis en œuvre pour punir la faute d'un moment. Malheureux ! C'est ainsi que tu abuses de ta domination tyrannique et tu ne veux pas te soumettre à l'autorité légitime de Dieu ! Ose encore te plaindre que la main du Seigneur s'arme à son tour des fléaux de la vengeance, pour châtier des coupables endurcis, des blasphémateurs rebelles ' I »
4. Telle était l'attitude officielle du monde romain. Il tremblait devant la peste, mais il redoutait encore plus la contagion du christianisme. Ce qui se passait à Carthage avait lieu de même en Asie, en Grèce, en Italie, dans les Gaules. « Un jour, un préfet romain, nommé OlDjrius, se rendant de Marseille en Germanie, traversait sur son char les campagnes voisines d'Alesia, jadis illustrées par la victoire de César et la défaite de Vercingétorix. Il aperçut
* S. Cypr., Liber ad Demefrian., cap. iv. — » Ibid., cap. vii. — *Ibid.f cap. vin
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une jeune fille de quinze ans, qui faisait paître ses brebis dans la plaine. La beauté de cette inconnue le frappa. Il voulut l'interroger. Qui est-tu? lui demanda-t-il. — Je me nomme Regina. — Quelle est ta condition ? — Je suis de race libre, et je professe la religion de Jésus-Christ. — Vraiment, toi aussi, tu appartiens à la secte Galiléenne? Tu adores l'imposteur de Nazareth ! — Oui, j'adore le Christ mon Seigneur et mon Dieu. Puissé-je être digne de sa protection ! — Le magistrat la fit arrêter et conduire à la prison d'Alesia. Lui-même, à son arrivée dans cette ville, ordonna de préparer un sacrifice aux dieux ; et, prenant place au tribunal, il procéda publiquement à l'interrogatoire de la captive. J'ai pitié de ta jeunesse et de ta beauté, lui dit-il. Reconnais la majesté do nos dieux, et tu n'auras qu'à te louer de moi. Sinon, les bourreaux sont prêts. — La jeune martyre refusa noblement. Le Romain la fit dépouiller de ses vêtements , étendre sur un chevalet, et flageller par ses soldats. Les fouets plombés meurtrissaient ses membres et faisaient voler des lambeaux sanglants de chair. A ce spectacle, quelques-uns des assistants ne purent retenir leura larmes. Ils disaient à la martyre : Peux-tu sacrifier ainsi ta jeunesse et t'obstiner dans ton incrédulité 1 — Non ! dit Regina. Ne me donnez point de tels conseils. J'adore Jésus-Christ, c'est lui qui m'inspire la force de souffrir pour son nom ! — Le juge irrite lui fit arracher les ongles, et donna ordre aux bourreaux de lui labourer tout le corps avec des crocs de fer. Le supplice fut tellement horrible que le juge lui-même se couvrit le visage d'un paa do sa chlamide. Regina, dit-il enfin, mets un terme à tes propres tortures. Sacrifie aux dieux. Si tu n'y consens point, je n'ai pas le pouvoir de t'absoudre. — Elle répondit encore par un refus, et le juge la fit reconduire dans sa prison. La nuit suivante, la bienheureuse était en prières, quand elle aperçut une colombe et une croix lumineuses, qui se dessinaient sur la muraille obscure du cachot. Une voix céleste lui dit : Salut, Regina ! La couronne de gloire se prépare pour toi au ciel. — A ces mots, la vierge, dans le transpoi t de son allégresse, rendit grâces à Dieu. Le lendemain, présentée de nouveau au magistrat elle fut encore appliquée
au chevalet, et les bourreaux approchèrent de ses flancs des torches ardentes. On lui garrotta ensuite les pieds et les mains, et on la jeta da:is un bassin plein d'eau ; mais son corps, soutenu par une force ilivine, surnageait, et la martyre rendait grâces au Seigneur : Soyez lu' h, disiiit-elle, Jésus-Christ, mon Dieu. Vous avez eu pitié de votre liiimble servante i ôa la retira de l'eau, et le magistrat lui fittrantlicr la tête ' ! » Nous avons reproduit, dans leur simplicité antique, cl'S Actes de sainte Reine. Cette fleur de virginité, éclose l'une des [iremières pour l'honneur du Christ sur le sol de nuiic ..-'hMique ]".ourgogne, est restée en vénération dans sa patrie. Son cuuo ^ a l'.sistô aux dénégations du gallicanisme. En traduisant aujourd !uii, d'après les BoUandistes, la A/s*'/û si longtemps oubliée de sainte r! .'ine, nous nous demandons ce qui, dans cette pièce si simple et u un caractère si manifestement archaïque, avait pu choquer la ciiLique du xvir siècle et offenser la sévérité de son regard, s-rmonde ;",, Pour les chrétiens, le martyre était un triomphe, la peste une ■.\i.s:.!i:i.ii; {"^.!;. Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de cette dernière pa- '^e '■" .(i<;, suffisamment expliquée d'ailleurs par les textes de saint -> j.iien, que nous hsions tout à l'iieure. On a vu, dans toutes les Oii.lémics, des monstres à face humaine défier les rigueurs du fléaii, profiter des calamités publiques, s'enrichir du deuil géné- .-t!, et s'enivrer de luxure ou de vin sur les cadavres des vieil mes. Ce n'est point en ce sens que les fidèles de Jésus-Christ iuceptaient les terribles invasions des maladies contagieuses. Ils se mettaient au service des pestiférés, en attendant que, frappés à leur tour, la mort, obscurément subie dans l'exercice de la charité, <înt leur ouvrir la porte du ciel. La joie, bannie du reste du A">onde, se retrouvait, pure et sincère, dans les fêtes chrétiennes. V^oici un discours que saint Denys d'Alexandrie adressait à son peuple, lors de la solennité pascale de lan 253. « Pour les païens, It temps présent ne paraît guère propre à célébrer une fête. Hélas i fussent-ils au milieu des prospérités qu'ils regrettent, il n'y a jamais pour eux de motifs de joie véritable 1 Mais enfin, à i'aeure
* Boll., AcL «ancL, 7 sept.
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OÙ je parie, des lamentations retentissent de ^.outes parts; les larmes tombent de tous les yeux; en face des miH ers de morts et des milliers de mourants, la ville entière pousse un cri de gémissement vers le ciel. L'immense clameur des Égyptiens pleurant leu::» premiers-nés, comme parlent les Livres saints, se répète au milieu de nous. Pas une maison sans funérailles et plût à Dieu qu'il n'y eût qu'un mort en chaque maison ! D'autres calamités ont pour nous précédé le fléau. On nous avait bannis de la cité. Seuls, expulsés par tous, opprimés, persécutés, nous avons toujours célébré nos fêtes. Quelque fut le lieu de notre exil, les champs, le désert, les pontons des navires, les étables, les cachots, partout, comme dans un temple, nous nous sommes réunis pour nos assemblée» saintes. Dans ce concert de pieuse allégresse, ceux qui ont I? plus heureusement fêté nos solennités, furent les martyrs qui allèrent achever au ciel le festin de délices commencé ici-bas. A la persécution vinrent se joindre la guerre et la famine. Ces deux derniers fléaux, les païens les ont supportés comme nous, en les aggravant, à notre charge, des supplices qu'ils nous ont fait endurer à nous seuls. Puis vint cette paix bénie que le Christ daigna nous accorder. Nous respirions à peine, quand la peste s'est abattue sur la cité; la peste, terreur des païens, fléau qui, pour me servir des expressions d'un de leurs auteurs, dépasse en ce moment la crainte et l'imagination universelles! Mais, pour nous, la peste n'a point ce caractère; elle est, comme tous les maux que Dieu nous envoie, une épreuve et un moyen de dévouement; elle nous tue comme les autres; elle ne saurait nous vaincre. Combien d'entre nos frères, oubliant le soin de leur propre conservation, n'écoutant que la voix de la charité, se sont audacieusement établis au chevet des malades- ont assisté les moribonds, porté des médicaments aux victimes ! Quelques-uns , comme s'ils avaient attiré \ eux et abèorbé la contagion, sont morts, à côté de ceux qu'ils avaient guéris. Des prêtres, des diacres, de pieux laïques, ont succombé de la sorte, héros de la charité ! Pensez-vous que ce genre de mort soit beaucoup moins glorieux que le martyre ! Soulevant dans îciirs bras, appuyant snr leur poitrine le corps des saints, nos chrétiens
leur fennent la bouche et les yeux, les portent sur leurs épaules, les lavent soigneusement, les revêtent de leur dernière parure, et, après leur avoir donné le baiser de paix les déposent dans le tombeau. Bientôt après, victimes de leur dévouement, ils meurent à leur tour et d'autres frères leur rendent les mêmes honneurs. Cependant que font les païens ? Dès qu'un membre de leur famille est atteint, ils l'expulsent de leur maison, ou s'enfuient eux-mêmes , laissant le moribond dans la solitude et le désespoir. Les rues sont pleines de ces infortunés, gisant à côté de cadavres privés de sépulture. Voilà les cruelles lâchetés de la peur! Les idolâtres craignent de contracter la contagion; ils fuient la vue même des pestiférés et pourtant ils ne réussissent point à éviter la peste * ! »
6. Cette horrible épidémie, l'une des plus désastreases à la fois et des plus longues dont l'histoire ait gardé le souvenir, présentait, nous l'avons déjà fait observer ^, la plupart des caractères de notre choléra, lequel n'a de moderne que son nom. L'itinéraire du fléau, en 233, fut exactement celui que les communications internationales de cette époque rendaient vraisemblable. De Carthage, il longea le littoral africain jusqu'à Alexandrie, importé par les navires qui reliaient ces deux grands ports de commerce. De Carthage encore, il dut être, par la même voie, directement transmis à Rome, où son appeirition permit à Gallus de se débarrasser sourdement de son collègue impérial, Dèce le Jeune. Les vaisseaux d'Alexandrie, qui sillonnaient incessamment la route maritime des côtes de la Syrie et de l'Asie-Mineure, ne tardèrent pas à disséminer la contagion sur tout ce vaste parcours. Les concentrations d'hommes agglomérés, soit pour les nécessités de la guerre contre les barbares, soit pour des pèlerinages idolâtriques, activaient l'intensité du foyer pestilentiel et centuplaient son énergie. Ce fut ainsi qu'en 253, durant la célébration des fêtes annuelles eu l'hoaueur des dieux, à Néocésarée, dans le Pont, la foule
* Euseb., Hist. eccle»., lib. VII> cap. xzii. — * Tome VII de cette Bittoirêi
pag. /i57, note.