VII
uiiaa.
300 PONTIFICAT DE SAINT LUÇIUS I (2û2-2o4).
nriutie. -rraiment qu'à certaines époques le monde soit livré à l'aberraTion todomivA et au délire. Donc, au nom de César, on tuait dans cette province, située à l'extrémité des frontières romaines, tout ce qui portait le nom de chrétien. Les assemblées des fidèles se tenaient la nuit, dans des grottes souterraines, au milieu des rochers. Partout alors ['Église en était réduite aux catacombes. IMais l'expérience de sept persécutions successives avait fini par instruire les bourreaux. Us savaient que les chrétiens se réunissaient, pour manger un pain mystérieux et boire, dans le même calice, un vin auquel on attribuait des propriétés secrètes et inconnues. Or, les bourreaux, ians lautre souci que de découvrir, par n'importe quelle voie, les rebelles chrétiens, avaient imaginé de les reconnaître à leur haleine. S'ils rencontraient à l'aurore, un homme, une femme, dont la bouche «xhalât l'odeur du vin, ils rarrôtaient de prime abord; et presque toujours ils avaient en effet mis la main sur un disciple de Jésus- Christ. Les évoques de Mauritanie firent alors ce que l'Église latine fait partout aujourd'hui. Ils ne distribuèrent plus la communion aux fidèles que sous la seule espèce du pain. Seulement, comme les populations tenaient à l'usage du calice, ils prononçaient les paroles sacramentelles sur un vase rempli d'eau, qu'ils faisaient boire ensuite aux membres de l'assemblée. C'était là un véritable abus, contre lequel saint Cyprien réclama énergiquement, dans sa lettre à Caeciliii.-:, évoque de BUta, chef-lieu de la Mauritanie inférieure. « Trèscher frère, lui dit-il, ne croyez pas qu'un sentiment d'amourpropre, ou la pensée d'une téméraire ingérence, me dictent cette lettre. Dieu seul me l'a inspirée, et j"obéis humblement à cette divine volonté, en vous écrivant *. Sachez donc que, dans l'oblation du calice, il ne nous est pas permis de nous écarter de la tradition du Seigneur. Ce que Jésus-Christ a fait le premier, en offrant, lois de la dernière Cène, du vin mélangé d'eau, nous le devons faire nous-mêmes en mémoire de lui. Il avait dit: Je suis la vigne véritable '. Conséquemment le san^ du Christ ne peut être de l'eau,
s S. Cypr., Epist. LXin, cap. i; Patrpi. let., tom. IV, col. 372. — •> Jotn.. XV, 1.
niAP, IV. — PERSÉCUTION, GUERRE ET PESTE. 307
mais du vin. Et comment ce sang, qui nous a rachetés et vivifié*^ pourrait-il remplir votre calice, si celui-ci ne contient d'abord dl vin véritable, élément figuratif qui, dans le sacrement de nos autels, célébré par toutes les Écritures , se change au sang du Christ *? Remarquez d'abord que l'eau seule, toutes les fois qu'elle est mentionnée dans les Livres Saints, représente uniquement le sacrement de baptême *. « J'ouvrirai pour vous, dit le prophète, des fleuves d'eau vive '. » Et ailleurs : « Il fera jaillir pour eux, des rochers du désert, l'eau vivifiante dont mon peuple s'abreuvera à longs traits*. » Cette promesse de l'antique loi, l'Évangile l'a réalisée, lorsque le Christ, la pierre vivante^ percé d'un coup de lance, laissa échapper de son cœur l'eau avec le sang. Mais, quand il s'agit du sacrement eucharistique, l'apôtre Paul, élu et envoyé par le Seigneur, divinement constitué pour prêcher la vérité de l'Évangile, nous a fixé la règle qu'il nous faut suivre, lorsqu'il écrit, dans son Épître : « Le Seigneur Jésus, la nuit où il devait être trahi, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, le rompit, en disant: Ceci est mon corps qui sera livré pour vous. Semblablement, il prit le calice, et, après la Cène, il dit : Ce calice est le testament nouveau de mon sang. Faites cela, toutes les fois que vous le boirez, en mémoire de moi. Chaque fois donc que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à son dernier avènement ^. » Telle est l'institution dominicale, confirmée par la tradition de l'Apôtre. Il ne nous est pas permis de nous écarter en rien de ce que le divin Maître a prescrit et de ce que ses disciples nous ont enseigné *. J'ai donc lieu de m'étonner qu'en certaines de vos églises, sans respect pour l'enseignement de Jésus-Christ et la tradition apostolique, on prétende consacrer de l'eau dans le calice '. L'eau seule ne suffit pas; le vin seul ne suffirait pas; il faut du vin mêlé d'un peu d'eau. Car voici précisément le mystère du calice, figuré par le miracle de Cana. Le Christ, portant les iniquités du peuple et de nous tous, c'est l'eau que nous mêlons au calice, et
' s. Cypr.. Epist. LXiii, cap. ii. — » Ibid.^ cap. viii. — » Isa., xuii, 18-îl. — » Isa., XLviii, 21. — » I Cor., Il, 45-26. — « S. Cypr., Epist. LXiii, cap. x. — » Ibid., cap. XI.
308 i'w.MiFICAT DE SAINT LUCIUS I (252-254).
le vin c'est 1i • -'ng même du Christ, ce sang rédempteur qui a vivifié le mir . » Nous recommandons toute cette lett/e à ia férieuse atte;.:.. i du protestantisme.
§ II. martyre de saint Lacius I.
irt et 9. Gallus avait associé son fils Volusien à l'empire et lui avait
s et Jâ , ,
>icn son fait prcndrc la place de Dèce le jeune, mort du poison, ou de la et mort pcste , au gré des politiques de l'époque, auxquels on laissait 1& nemcnt choix cntrc Ics dcux versions. Cette habileté dynastique n'était aiérien. d'ailleurs accompagnée d'aucun génie militaire. Tous les barbares, riverains du Dariube, enhardis par l'exemple des Goths, franchirent les frontières romaines. Les Scythes poussèrent leurs avant-gardes au cœur même des provinces de l'Asie-Mineure, et les Perses, refoulant les légions mal commandées, s'avancèrent jusqu'à Antioche. Un coup de main leur livra la capitale de la Syrie. Gallus et Yclusien laissaient faire. Évidemment l'empire du monde, sollicite par les barbares au nord, au sud, à l'orient, à l'occident, devait leur appartenir un jour. La résistance qui ne partait plus du chef, venait de quelque lieutenant isolé, moins lâche, ou plus habile. Ainsi Marcus- JuHus iEmilianus, qui commandait en Mésie, prit sur lui de combattre les Goths et de repousser leur invasion (253). Quelques succès partiels signalèrent son nom à la reconnaissance publique. Ses soldats le proclamèrent empereur. A peine si l'on s'en doutait seujement à Rome. Quand cette nouvelle y parvint, le sénat et le peuple protestèrent contre la tentative de l'usurpateur inconnu. Mais déjà Érailicn, remontant la côte septentrionale de l'Adriatique,, franchissant les A lues Rhétiennes, et traversant llllyrie, était, avec son armée, au pieu de l'Apennin. Gallus n'aimait pas la guerre. Il envoya d'abord son lieutenant Valérien contre le rebelle. Émilien n'ea retarda pas d'un seul jour sa marche triomphale : déjà il était aux portes de Rome, lorsque Gallus et son fils Volusien, à la tête d'une armée plus nombreuse que fidèle ^ essayèrent de lui barrep
' S. Cypr., Epi^t. LX;li, tap. un.
CUAP. VI. — MARTVr.E DE SAINT LUCIUS I. 300
^e passage. Un srrnulacre de combat eut lieu près de Terni. Gallo» ot Voliisien furent égorgés, soit par leurs propres troupes, soit par ■celles de leur rival, et Émilien reçut une députation de sénateurs qui venaient à genoux le supplier de rogner sur eux. Il accepta. Ce fut un abonnement de trois mois. Valérien, au lieu d'exécuter les ordres de Gallus, son maître, était allé pour son propre compte îocruter les légions cantonnées en Gaule et en Germanie. A leur tête il passa les Alpes, et vint demander au nouvel empereur de quel droit il pensait gouverner l'univers. Émilien reprit le rôle et les troupes de Gallus. Il mena ces dernières jusqu'à Spolète, dans Tespoir d'étouffer la rébellion. Mais les prétoriens l'assassinèrent (septembre 253), et Valérien vint k son tour recevoir les banaleâ iicclamations du sénat et du peuple de Rome. Les historiens an* iiens semblent avoir éprouvé le sentiment de dégoût qui noui «ppresse nous-mcme, au récit de ces bassesses et de ces crimes de la décadence. En enregistrant le nom d'Émilien, empereur d'un Jour, ils disent: Ohscurissime natus, obscw^ius imperavit. Ils ont évixlemment cherché à lutter d^ laconisme avec la brièveté de ces règnes éphémères.
10. Valérien régnait donc. Le hasard des révolutions qui l'amenait au trône ne lui ôta rien des préjugés dynastiques de tous les parvenus, ses prédécesseurs. Il se hâta d'associer à l'empire son féîicitatic
. . de saioi
fils Publius Licinms Gallien. Ce nom devait s'associer à de notf- ^rka \ eaux désastres. Dans Tintervalle, le souverain des catacombes, It, pontife exilé, saini' Luciuà profitait de ces révolutions soudaines pour rentrer, aux acclamations d\i peuple fidèle, dans sa ville l'piscopale. Saint Cyprien, informe de cet heureui: événement, lot écrivait en ces termes : « Il y a quelques mois, frère bien-aimé, 4 • ous écrivais pour vous féliciter du double honneur auquel 4 miséricorde divine vous réservait, en vous api^'lant à diriger l'É i^lise et à l'illustrer en même temps par votre couiession glorieuse. Aujourd'hui je vous adresse de nouveau, à vous, à vos compagnons, à toute la chrétienté, mes congratulations. Le Seigneur vous a enfin ramené de l'exil; le pasteur est rendu au troupeau; le pilote au gouvernail; le chef à son peuple. En sorte que votre
bannissement semble avoir été ménagé par la Providence, no» pour que l'Église restât veuve de son évêque, mais pour que l'évêque revînt plus grand et plus honoré à son Église. Si les jours d'épreuve ont été abrégés pour vous, l'autorité de votre épiscopat n'a fcdt que s'accroître. Pontife, en montant à l'autel de notre Dieu, vous n'aurez plus besoin de paroles, pour confirmer la foi du peuple; votre passé est assez éloquent. Pour armer les fidèles contre la persécution imminente, il vous suffira d'en appeler à votre exemple et à votre précédent martyre. Il nous est maintenant permis, frère bien-aimé, de scruter les conseils de la divint Providence, à l'égard de son Église. Nous comprenons pourquoi la fureur de la persécution et toutes les haines du pouvoir civil se sont déchaînées sur le bienheureux martyr Cornélius, votre prédécesseur, et sur vous; pendant que le chef de la faction schismalique demeurait tranquille à Rome. Dieu voulait ainsi manifester Bolennellement au monde quels étaient son Église véritable, le pasteur de son élection, divinement ordonné, chef légitime du clergé et du peuple. Satan laissait en paix sa créature, pendant qu'il faisait bannir ou mettre à mort les pasteurs légitimes. C'est que l'ennemi du Christ ne sévit que contre les vrais soldats du Christ. Il dédaigne et foule aux pieds les schismatiques, qui se sont prosternés sous son empire. Satan n'attaque que ce qui est debout, il écrase ce qui est à ses pieds. Et plût à Dieu, frère bien-aimé^ qu'il me soit donné, en ce moment, de me mêler à la foule pieuse qui acclame votre retour! Quelle allégresse chez tous les frères t (Juel immense concours des fidèles de Rome, pour vous recevoir cî vous embrasser! Tous les yeux fixés sur vous, tous les cœu)-.s volant sur votre passage, tel est ce spectacle, que je contemple en esprit, et qui me fait songer aux joies inénarrables dont le secoue) avènement de Jésus-Christ sera le signal. De même que Jean le Précurseur annonça la venue du Christ, ainsi l'évêque confesseur qui nous revient aujourd'hui nous apparaît comme le précurseur du souverain Maître. Mes collègues et moi, ainsi que les chrétientéde nos provinces, me chargent de vous transmettre, par ci ;'-<î épître collective, leurs sentiments de joie et de fidélité. Dans no»
CHAP. lY. — MARTYRE DE SAINT LUCIUS I. 31f
Bacrifices et nos prières, nous ne cessons de rendre grâces à Dieu le Père et à Jésus-Christ son Fils et Notre-Seignenr, lui demandant de vous conserver et d'accroître encore la gloire que vous avez acquise par cette première confession. Peut-être Dieu ne vousa-t-ii rappelé à Rome que pour donnera votre futur martyre un théâtre plus éclatant. Il convient que la victime qui ofTre à toutes les chrétientés l'exemple de la foi poussée jusqu'à l'héroïsme, consomme son sacrifice sous les yeux de tous les frères •. »
H. La prophétie de l'illustre évêque de Carthage devait se réaliser bientôt. Un antique manuscrit du Mont-Gassin, édité par les Bollandistes dès l'année 1578 ^ mais tenu dans l'ombre, je ne saia trop pourquoi, par tous nos historiens français, nous apprend que saint Lucius I, en présence des désastres causés par la peste, multiplia les efforts de sa charité, et envoya des secours à toutes les chrétientés du monde. Les efforts de son zèle ne passèrent point inaperçus. Le peuple de Rome s'habituait déjà à tourner ses espérances vers les vicaires de Jésus-Christ, comme vers ses véritables pères. Ce mouvement des esprits devait provoquer une réactior» païenne. Les prêtres de Jupiter Capitolin, les sénateurs idolâtres, la majorité officielle qui représentait alors le pouvoir, organisèrent une véritable émeute contre saint Lucius. Traîné devant les tribunaux et sommé de sacrifier aux dieux de l'empire, le pape répondit pair un refus. En ce moment, la populace soudoyée qui remplissait le prétoire, éclata en injures et en vociférations. On se précipita sur le vénérable pontife ; on l'entraîna, en l'accablant d'outrages. Lucius se laissa conduire, comme un agneau docile, et, après avoir subi tous les genres de tortures, il eut la tête tranchée par le glaive du bourreau (4 mars 2oi). Bien que ce martyre ait eu lieu sous le règne de Valérien, il précéda cependant de cinq années l'édit de persécution générale que ce prince devait promulguer plus tard contre les chrétiens. Ce fut un épisode isolé, uniquement dû à la haine du parti idolâtrique. Valérien ne s'y opposa pas. baa pou-
1 S. Cypr., Epist. ad Lucium Papnm; Patrol. lat., tom. llf, col. 572. — • Bnil., Act. sanct., 4 marlii ; Vilu S. Lucii I, papce, auclore Gaiierio ujouacIi« ex 3is. Cassioeasi. Ex Breviario Sleswicensi.
312 rONTIFICAT DE SAINT ETIENNE I (2o4-2o7).
Tcir, d'origine si récente, était encore mal afîermi. îl ne jugea point à propos de le compromettre, ni dans un sens, ni dans l'autre. Personnellement, loin de songer à frapper l'Église, il eût voulu alors la protéger, comme il le fit dans la suite. Mais, incapable de constance dans ses idées et dans son caractère, on le vit tour à tour subir la pression des magistrats hostiles; puis réagir contre elle en se déclarant favorable aux chrétiens; enfin en dernier lieu tourner contre ceux-ci toutes les armes que lui donnait le pouvoir souverain.
§ s. Sollicitndc pontificale.
N.,.tire 12. «Etienne, Romain d'origine, dit le Liber Pontificalis, était
riionrTi, fils de Julius. Il siégea * quatre ans, deux mois, dix jours et reçut Li/jr^rr,,!:.. la couronne du martyre. Il gouverna l'Église sous le règne de Yalérien et Gallien depuis le consulat de Valérien II (254) jusqu'à celui de Yalérien IV et GaUien III (257). Exilé d'abord pour la foi, il revint ensuite, par la grâce de Dieu, sain et sauf, à son Église. Ma3s trente-quatre jours après, arrêté par ordre du préfet Maxijn'en, il fut jeté en prison avec neuf prêtres, les deux évêques lîOT'oratus et Castus, et les trois diacres Sixte, Denys et Caïus. Dans sa prison do VA7xus Stellœ. il tint un synode, remit tous les vases sacrés, ainsi que le trésor de l'Église, à Sixte, son archidiacre. Six jours après, il fut extrait de la prison sous escorte et conduit au temple de Mars. Bientôt après, il eut la tête tranchée. Etienne définit, par une constitution, que les vêtements sacrés, réservés exclusivement au ministère ecclésiastique, ne pourraient jamais servir à l'usage ordinaire des prêlr^es et des lévites. En deux ordinations au mois de décembre, il ii^posa les mains à sept prêtres,
P-Cuilii.
* Noos avons préoédemment expliqué le sens réel de cette expression. Elle -- rapporte non \.<nai au règne comme pape^ mais à la date de la consécration épiscopale. C'est là ce qui explique la dirergence qui existe, dans presque toutes les notices du Liher Pontificalis, entt e le« dates consulaires et les années d'épiscopat de chaque souverain pontift» l** critique du xvii» siècle n'avait pu éclaircir ce mystère, que les modefusu Ixîncdictins de Solesmea oot otia daoe ' -^ * «on jour.
CDAP. IV, — SOLLICITUDE l'ONTIFiCALli;. 313
cinq diacres et trois évêqnes destinés à diverses provinces. Il fut enseveli dans le cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, le i? (!es nones d'août (12 août 257). Après lui, le siège épiscopal demeura vacant vingt-deux jours. »
Saint Etienne I, durant son exil et sa captivité, choisissait pour son vicaire l'archidiacre Sixte. Lui-même avait rempli les mêmes fonctions, pendant la rélégation de saint Lucius I. Il faut noter avec soin que cette investiture d'un pouvoir délégué par le pontife vivant, ne constituait point une nomination anticipée de successeur. La preuve c'est qu'à la mort de saint Lucius I le siège épiscopal demeure vacant trente-cinq jours; après la mort de saint Etienne I, vingt-deux jours. Bien que, dans l'un et l'autre cas, l'élection ait appelé au souverain sacerdoce le vicaire du pape défunt, ce ne fut point en vertu de ce titre, périmé au décès du pontife qui l'avait conféré, mais en vertu du choix libre du clergé et du peuple, déterminé par le mérite personnel de ces illustres personnages, que chacun d'eux put s'asseoir sur le trône pacifique et sanglant de saint Pierre. — Le sens de la constitution relative aux ornements sacrés, édictée par saint Etienne^ nous est clairement indiqué par le passage suivant de la lettre de ce pontife h Hilarius, évêque dont le siège n'est point désigné: «Les ornements et les habits ecclésiastiques employés pour le ministère du Seigneur et pour le culte divin, doivent être considérés comme des objets saints et sacrés. Dès lors qu'ils ont été dédiés et consacrés au Seigneur, ils ne peuvent plus être convertis à aucun autre usage , ni employés à autre chose qu'à cet auguste ministère. Les laïques d'ailleurs ne peuvent jamais s'en servie Jadi^ îa vengeance divine éclata contre l'impie Balthazar^ pour une transgression de ce genre. Elle frapperait également ceux qui, de nos jours, tenteraient de renouveler ce sacrilège *. »
13. Au moment où saint Etienne I inaugurait son pontificat, Lettre de l'antipape Novatien siégeait toujours, avec l'appui du pouvoir dÀ'iexamî'ru impérial, sur sa chaire usurpée. Ce fut vraisemblablement Euecû'e
» Epist. 1 Slephani Papa I ad Bilarium ^ite- P^îrol. !at., tom. III, col. 1008.
314 PONTIFICAT DE SAINT ETIENNE I (2o4-2o7).
/.onrini»»- EUX dénonciations de sa faction schismatique que fut dû l'exil retour de du pontife légitime. Séparé de son peuple fidèle, saint Etienne eut wté eaibf- la consDlation de recevoir, de saint Denys d'A.lexandrie, l'assurance que, si le schisme avait encore assez de consistance, à Rome même, pour tenir le pasteur éloigné du troupeau, il avait du moins perdu, en Afrique et en Asie, tout son crédit sur les fidèles. « J'ai la joie de vous informer, frère, écrivait saint Denys, que toutes les églises de nos provinces et celles de l'extrême Orient qui avaient eu le malheur de s'engager dans le schisme, sont enfin revenues à l'unité ; en sorte que, dans toutes les chrétientés, tous les évêques n'ont plus qu'un cœur et qu'une âme. Dans le sentiment commun d'une même foi, ils font monter vers le Seigneur des actions de grâces continuelles pour le bienfait de la paix qui nous est inopinément rendue. Je cite nommément Demetrius, évêque d'Antioche; Theoctiate de Césarée; Mazabanes, successeur d'Alexandre à ^lia • ; Marin à Tyr; Héliodore, successeur de Thelymidris à Laodicée; Helenus à Tarse; toutes les églises de la Cilicie ; enfin Firmilien, avec la Cappadoce entière. Je me borne à mentionner les sièges les plus importants, pour ne pas surcharger cette liste outre mesure. Je veux cependant désigner spécialement les provinces de Syrie et des chrétientés arabes, auxquelles votre charité a fait passer nagiière des secours importants, ainsi que la Mésopotamie, le Pont et la Bithynie. En un mot, dans tout notre Orient, les fidèles tressaillent d'allégresse et rendent grâces à Dieu d'avoir vu partout se rétablir la concorde et la charité fraternelles *. » Les secours en argent que saint Etienne envoyait en Syrie et dans les provinces arabes, étaient nécessités par le double fléau de l'invasion barbare et de la peste. Cette dernière venait d'éclater à Rome, avec une foudroyante intensité. On y compta jusqu'à cinq mille victimes par jour. Il est probable que la charité du monde catholique fit alors retour au centre de la cathohcité, et que l'Église romaine, qui avait envoyé ses largesses à tous les points du monde, fut à son tour secourue, dans cet immense désastre, par les libéralités de l'univers.
* Jérusalem, appelée, depuis Adrien : yElia Capitolina, — • Euseb., Hist. eccles., lib. VU, cap. v.