CHAP. IV. — SOLLICITUDE PONTIFICALE. .M
14. Pour élever la charité chrétienne à la hauteur de pareils be- TraHô de soins, saint Cyprien adressait à son peuple, sous forme d'ins- '"deOper^f^ truction pastorale, le magnifique traité : Des bonnes œuvres et de ' .. *"" raumône *. II donne pour principe et assigne comme mesure à notre charité celle de Jésus-Christ lui-même, qui a mis au rachat du genre humain sa divinité tout entière *. « Songez-y, nos trèschcrs frères, dit-il, l'aumône est en nos mains l'instrument de la miséricorde divine, pour nous purifler de nos fautes. Or, quel est celui d'entre nous qui se pourrait dire sans péché? Quelle est la conscience qui ne se sent point atteinte par l'amour-propre, l'orgueil, la colère, ou l'envie? Bénissons donc la clémence de notre Dieu qui a placé le remède à côté de la blessure, en nous fournissant ce moyen salutaire de racheter nous-mêmes nos fautes par nos bonnes œuvres ^. — Vous craignez peut-être que les ressources de votre patrimoine soient taries par vos largesses, une fois que vous les aurez commencées. Malheureux ! de qui tenez" vous la vie? Ne comprenez-vous pas que pendant que vos mains se resserrent, pour garder une fortune d'un jour. Dieu, votre maître, peut couper le fil de vos jours *? Et quand donc la munificence du Seigneur a-t-elle laissé le juste dans la détresse?. Des corbeaux servaient le prophète Elie dans la solitude; le repas préparé pour les moissonneurs allait nourrir Daniel dans la fosse aux lions ! Cœurs étroits, âmes inquiètes et chancelantes, écoutez la parole évangélique. « Voyez les oiseaux du ciel, disait Notre- Seigneur, ils ne sèment ni ne moissonnent; ils n'entassent pas de récolte dans les greniers, et cependant votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas mieux que les oiseaux du ciel ^? » Pensczîous que si vous nourrissez le Christ, le Christ ne saura pas vous nourrir à son tour; que si vous lui sacrifiez les biens de la terre, il ne vous rendra pas au centuple les trésors impérissables du ciel? Et d'où viendrait cette défiance incrédule et sacrilège? La foi ne domine-t-elle plus vos pensées et vos affections? Non, ils ne sont plus
» Patrol. Int., totn. IV, coK 602. — * S. Cypr., de Opère et Elcemont/nis, cap. i, II. — » Ibid., cap. ni. — *>lbid., cap. x. — * Ibid., cap. n: Matlh., vi,îi»
chrétiens, ces hommes que nous voyons, dans le seic laéme de l'Éghse, demeurer sourds aux provocations de la charité. C« sont des pharisiens, comme ceux qui, dans l'Évangile, résistaient aux instances du Sauveur et se riaient de ses exhortations, parce qu'ils étaient les esclaves delà cupidité '. Dieu t'a fait riche, Dieu t'a fait opulent. Va donc, avec tes trésors, acheter de Jésus-Christ l'or éprouvé au feu qui te purifiera de tes souillures et te sanctifiera par l'aumône. Va acheter cette robe blanche de l'innocence recouvrée. Fils d'Adam, ton premier père t'avait laissé nu en ce monde ; c'est le Christ qui vient t'apporter un nouveau manteau de gloire. Vous êtes une de ces matrones clarissimes, qui avez eu le bonheur d'être enrôlée sous le drapeau du Christ. Cessez dès lors de farder votre visage, d'orner votre personne des parures du diable ; avec l'argent ainsi économisé, achetez les bracelets et les collyres de Jésus-Christ ; de la sorte vous acquerrez le droit de le voir un jour et de régner avec lui ^. Espérez-vous sans cela parvenir au salut? Quoi ! vos yeux se détournent de l'indigent et du pauvre! Vous ne jetez pas même un regard sur le corbaa de l'aumône, qui sollicite *otre offrande, et vous croyez, avec cette dureté de cœur, servir le Dieu des miséricordes ! Vous prétendez participer au sacrifice, sans tontribuer en rien au sacrifice 1 Elle vous condamnera, au jour du jugement, la pauvre veuve de TÉvangile, laquelle, sous les yeux du Sauveur, déposa dans le Gazophilacium du temple les deux oboles qui lui restaient à la main. Sa foi et sa charité émurent le divin Maître. « Envérité, en vérité, je vous l'affirme, dit-il à ses disciples, cette veuve a plus donné à Dieu que tous les autres. Pendant que ''.l'ux-ci offraient de leur superflu au Seigneur, elle a donné tout ce vue possédait son indigence, tout ce qui lui restait pour acheter un morceau de pain ^ ! )> Voilà les offrandes que Notre-Seigneur air..*. Et ne croyez pas que la pensée de vos enfants, le souci de u'ur fortune, de leur avenir, puissent vous dispenser du devoir de la charité. Jésus-Christ doit passer avant vos proches, avant vos
s. fypr., de Oprt-e cl Kleemosi/nis, cap. ill; Lfic., ivi, 14. — * ihid., «ap. £!ï - ' //(>/., c;;p. XV; Luc, X.\l 13.
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entants, avant vous-mêmes. Tl l'a dit expressément : «Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi '. » Le Dieu qui multipliait la goutte d'huile, dans l'urne de la veuve do Sarepta, n'est-il plus votre Dieu ? Et cependant la veuve de Sareit' a ne connaissait pas encore les préceptes ni la loi de Jésus-Chri-^t. Elle n'avait point encore été rachetée par la passion et la croix du Sauveur ; elle n'avait point mangé la chair, ni bu le sang du Fils de l'homme. Combien plus n'est-il donc pas coupable le chrétien qui se préfère, lui et ses enfants, au Christ, et refuse de partager son patrimoine avec ses frères indigents ^ ! Je suppose que le démo:i s'avance tout à coup avec ses esclaves, c'est-à-dire avec tout son peuple voué à la perdition et à la mort, et qu'en présence du Christ, le prenant lui-même pour juge, il compare ainsi les siens aux disciples du Sauveur : Tu vois ceux qui sont à mes côtés ; ja n'ai été ni fouetté, ni souffleté pour eux ; pour eux je n'ai ni porto la croix, ni répandu mon sang ; je n'ai pas racheté ma famille an prix de mes souffrances et de ma passion ; je ne lui promets pas un royaume céleste ; je ne l'appelle pas à retrouver l'immortalité dans le paradis. Et cependant quels jeux splendides ma famille apprête à mon honneur ! Temps, fatigues, dépenses, rien ne lui coûte pour en rehausser l'éclat ; elle va même dans ce but jusqu'ii engager sa fortune, jusqu'à vendre ses patrimoines; et si lapompej si la richesse du spectacle ne répond pas à l'attente générale ^ l'ordonnateur est sifflé ; parfois même il courrait le risque d'êtrû lapidé par le peuple en furie ! Eh bien ! ô Christ, montre-nous chez les tiens de pareilles largesses. Ils peuvent être riches, nager dans l'opulence ; mais donnent-ils jamais, au sein de ton Église, devant toi et sous ta présidence, des spectacles aussi magnifiques/ Les voit-on jamais engager à cet effet, ou distraire une partie dt leur fortune, ou même- l'échanger contre une meilleure possession, contre les trésors du ciel? Dans mes fêtes toutes frivoles, toutes
1 S. Cypr., de Opère et Ekemosyms. cac. «vi- Mattb., r, 87. — » IbiJ., cap-
d'Ârlet.
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terrestres, pas d'indigence soulagée, pas de nudité recouverfe, pa! de soif éteinte, pas de faim apaisée. Entre la folie ambitieuse qui donne et l'aveugle admiration qui regarde, tout périt, infructueux sèment consumé dans des prodigalités extravagantes. Pour toi au contraire, tu prétends être vêtu et nourri dans tes pauvres. A qui les assiste, tu promets la vie éternelle ; et cependant tes serviteurs auxquels tu assignes le ciel pour récompense, soutiennent à peine le parallèle avec les miens, qui n'ont à espérer que la mort * 1 » Nous ne connaissons pas de mouvement oratoire plus touchant à la fois et plus sublime que cette prosopopée. corregpon- 15. La réputation de vertu et de science de saint Cyprien le fai- ^d^saYn"^ sait consulter de toutes parts, comme l'oracle de l'Église univerleureTsaiDi selle. Il succédait à l'éclatant héritage d'Origène; sa volumineuse an'snj'/t de' Correspondance atteste son zèle pour le maintien de la foi et de la évêqne' discipline ecclésiastique. Fortunatien, évêque d'Assur, ayant apostasie pendant la persécution, avait été déposé et remplacé par Epictète. Quand la paix fut rendue à l'Église, Fortunatien voulut reprendre possession de son siège. Saint Cyprien écrit à Epictète et aux fidèles d'Assur qu'ils ne doivent point le souffrir. — Un évêque, nommé Encratius, consulte saint Cyprien, au sujet d'un comédien qui, après avoir quitté le théâtre, s'était converti, mais qui continuait à former des jeunes gens pour la scène. « Je crois, répond l'évêque de Carthage, qu'il ne convient ni à la majesté de Dieu, ni à la discipline de l'Évangile, de souiller la pureté de l'Église par une telle infamie. Si ce comédien allègue sa pauvreté, qu'il soit secouru avec les autres pauvres nos frères. » — Un prêtre de l'Église de Furnes, en Afrique, nommé Geminius Faustinus , avait accepté l'administration d'une tutelle. Saint Cyprien rappelle la discipline dès lors en vigueur, et notamment le décret d'un des précédents conciles de Carthage, qui défendait de riommer par testament un clerc tuteur ou curateur, pourne le point idétourner de la prière et du ministère des autels, a Si quelqu'un, dit-il, malgré cette défense, osait le faire, on n'offrirait point poui
» 8. Cypr., de Opère et Eleemosyms, cap. iiii.
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lui' le saint sacrifice. » — Marcien, évoque d'Arles, dans les Gaules, s'était séparé de la communion catholique pour s'attacher à l'autî» pape Novatien. Faustin, évêque de Lyon, et les autres évêquea de la province, le mandèrent à saint Cyprien, qui en référa au pape et le pria d'interposer son autorité dans cette affaire. Voici les paroles de l'illustre évêque de Carthage : « Faustin, évêque do Lyon, notre collègue, m'a écrit à deux reprises pour me faire des communications qui vous ont été en même temps adressées à vous-même, je le sais, et par lui et par les autres évêques nos collègues, établis dans cette province, au sujet de Marcien, évêque d'Arles, qui s'est jeté dans le schisme de Novatien. Il vous faut donc adresser les lettres les plus explicites aux évêques, nos collègues, établis dans les Gaules, pour qu'ils ne laissent pas plus longtemps insulter à l'honneur de l'épiscopat, par Marcien, cet esprit obstiné et superbe, ennemi de la divine piété et du salut de ses frères. Il ne conviendrait pas qu'il fût supporté davantage par nous, quand, dans son orgueil, il se vante, depuis longtemps, de son adhésion à la secte de Novatien, et de sa rupture ouverte avec notre communion. — Adressez donc à la province et au peuple d'Arles des lettres où vous ordonnerez de déposer Marcien, et d'élire un évêque à sa place, afin que le troupeau du Christ, aujourd'hui scandalisé et dispersé par un apostat, soit de nouveau réuni au bercail. C'est déjà trop que, dans les années qui viennent de s'écouler, un si nombre grand de nos frères soient morts sans avoir reçu la paix de l'Église '.»
* « Faustinus collega noster Lugduni consistens, ser,\el atque iterum mihi scripsit, significans ea quœ etiam vobis scio utique nunciala, tnm ab eo quam a cœteris coepiscopis nostris in eâdem provinctâ constitutis, quod Marcianus Arelute consistens, Novatiano se conjunxerit... quapropter facere te oportet plenissimas litteras ad coepiscopos nostros in Galliis constilulos; ne ultra Marcianum pervicacem et superbum, et divivœ pictalis ac ftaterna salutin inimicum, collegio nostro insultare patiantur; quod n€cdu?n videatur a nobis abstentus, qui j'um pridern j'actat et prœdicat, quod Novatiano studens, et ejus pervicacium sequens a communione se nostra segregaverit... Dirigantur in Provinciam et ad plebem Artlate consistentem a te litterœ, quibui abstento Marciano alius in locum ejus substituatur, et grex Christi, qui in hodiernum ab illo dissipatus et vulneratus contem^ nitur, colligatur. Sufficiai multos illic ex fratribus nostris, annis istis superioribus, excessisse sine pace, » (Epistola S. Cypriani Carihag, episcop. ad StepliaauiB Papam; Patrol. lat., tom. III, col. 990, 931, 99a. <wu \
16. Voilà comment saint Cyprien parlait, en 234, de la chrétienté d'Arles. Cela n'empêche pas les adversaires de l'apostolicité de nos Églises de soutenir, d'après le fameux texte de saint Grégoire de Tours, que le fondateur de l'Église d'Arles, saint Trophime, avait mis pour la première fois le pied sur la terre des Gaules, en l'an 230. Est-ce possible? Comment saint Trophime, arrivé à Arles en 230, avait-il en 234 un successeur qui depuis longtemps se faisait gloire de couvrir le schisme de Novatien de son autorité épiscopale, et qui avait laissé mourir, dans les années précédentes, un grand nombre de frères séparés de la communion de l'Église? Qu'il nous soit permis d'insister un peu sur ce passage de saint Cyprien, pour en faire ressortir toute la portée. Si l'on songe à l'état des communications entre l'Afrique et les Gaules, tellement accéléré aujourd'hui, mais si lent en 234, combien n'avait-il pas dû s'écou^ 1er de temps entre la lettre de Fauslin de Lyon à Cyprien de Carthage, et la lettre de ce dernier au pape saint Etienne? Et quand Fauslin écrivait la lettre à laquelle saint Cyprien fait allusion , il réitérait une instance précédente : Semel atque iterum mih\ vripsit. Précisons, par un calcul approximatif, la durée vraisemblable des négociations qu'entraîna cette affaire. En 234, saint Cyprien écrit la lettre que nous avons citée au pape saint Etienne. La dernière lettre de Faustin de Lyon, qui l'y détermine, devait bien avoir trois ou quatre mois de daèe. Ce n'est pas peu présumer de la rapidité de la correspondance, si l'on tient compte de la nécessite où se trouvaient les évoques de confier leurs lettres à des exprès, qui devaient attendre souvent l'occasion d'un navire dont les départs n'étaient point réguliers. Or Faustin avait déjà écrit une première fois à saint Cyjuien sur le même sujet : Semfl atgia iterum mihi scripsit. Un assez long intervalle s'était nécessairemenl écoulé depuis cette première communication, pour que l'évêque de Lyon lui eût laissé le temps de produire l'effet qu'on s'en promettait. Il dut attendre, et que saint Cyprien eût reçu sa lettre; et qu'il eût pu en écrire à Rome; et que le pape saint Etienne eût pris le temps d'examiner l.irfaire ; et que la décision du siège apostolique eût pu arriver dans les Gaules. Ce ne fut qu'après
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avoir vu échouer chacune de ces espérances que Faustîn dut se résoudre à invoquer de nouveau l'intervention de l'évêque de Carthage. Fixer à un an ces divers intervalles ne semble pas exagéré : nous remontons ainsi au commencement de 253, cpoquï à laquelle vraisemblablement Faustin écrivit sa première lettre h Carthage. Mais, entre la chute de Marcien et cette premier'? démarche de l'évêque de Lyon, il dut encore s'écouler un certair. laps de temps. C'est chose éminemment grave, même de nos jours, de faire parvenir au Saint-Siège une information canonique contre un évêque. Quand cette information y est solennellement envoyée par d'autres évêques, comme dans le fait qui nous occupe, elle ne peut être l'œuvre de la précipitation. Un acte irréfléclu" et i'solé, une démarche imprudente ou mal interprétée, uns parole équivoque recueillie ou commentée par la malveillance, ne suffiraient point pour déterminer les évêques à prendre, contre un de leurs collègues dans l'épiscopat, une semblable mesure. Il faut une succession de faits constants, parfaitement établis, de notoriété publique, avérés enfin. Le respect pour le caractère et la dignité épiscopale en fait une loi. Or cette loi existait, au temps de saint Cyprien, comme au nôtre; tant de saints évêques qui illustraient alors les sièges des chrétientés diverses la rendaient , s'il est possible , plus inviolable encore. Ainsi la chute de Marcien d'Arles; l'éclat qui la suivit; les informations dont elle fut l'objet de la part de Faustin de Lyon et des autres évêques des Gaules, avant qu'ils eussent pris le pari* d'en référer au pape et de recourir à l'intervention de saint Cyprii>w. près du Saint-Siège, durent occuper un intervalle qu'on peut, sans exagération, évaluer encore au moins à six mois. Nous somme* donc conduits au milieu de i252. Il faut encore maintenant remar qucr qu'entre la chute de Marcien et son élection au siège d'Arlep il avait dû s'écouler un certain temps. Le choix d'un schismatiqu»? avoué eût éveillé des protestations dont on ne trouve aucune traça dans la lettre de saint Cyprien. Supposons que Marcien n'ait attendu qu'une année après sa promotion pour donner à l'Église la VIII. 2J
322 rOMIFiCAT LE SAIM- E'UKK.^E 1 (254-237}.
Bcandale de sa chute , nous arrivons à fixer son électioa à l'an 231. Mais, dans le système qui fait arriver saint Tropbime à Arles, en 250, pour y prêcher la foi, ce ne pouvait être Marcien qui fut évêque d'Arles en 251. Saint Trophime, tout le monde en convient, tut le premier évêque de cette ville ; de plus tous les martyrologes s'accordent à lui donner le titre de confesseur, et non celui de martyr. Apud Arelatem, natûlis sanctt Trophimi, episcopi el confessons^ disent les martyrologes d'Adon, d'Usuard, aussi bien que celui de Rome; en sorte qu'on n'a pas même la ressource de le faire mourir sous le coup de la persécution, dans l'intervalle de 250 à 234, pour expliquer l'apparition de Marcien en cette dernière année. Et nous sommes bien forcé d'ajouter que, quand même on s'inscrirait en faux contre le titre de confesseur, donné unanimement à saint Trophime par la tradition ; quand on supposerait, pour les besoins du système préconçu, qu'il fat martyrisé dans cet intervalle de deux ans, il resterait encore à faire mourir dans ce même espace de temps les quinze ou dix-huit successeurs que les dyptiques d'Arles lui donnent jusqu'à Marcien; il resterait à expliquer comment tant d'élections épiscopales furent renouvelées de mois en mois, sous la hache des bourreaux. Supposons pourtant que tant d'invraisemblances accumulées ne fussent péis suffisantes pour décourager le génie le plus inventif, il faudrait encore expliquer comment des martyres si fréquents d'évêques n'auraient point laissé de traces dansle souvenir, danslatradition, ni dans les écrits contemporains. Il faudrait expliquer comment cette persécution locale fut si acharnée à Arles, quand la persécution générale deDèce avait cessé en 231, par la mort de cet empereur, et ne fut renouvelée par Valérien, que vers l'an 259. Et en admettant comme possible, à la rigueur, cette persécution locale dans les Gaules, on ne ferait qu'aggraver une dernière difficulté : celle d'expliquer comment les premiers apôtres, n'étant arrivés sur le sol de notre patrie qu'en 250, et y ayant rencontré une persécution telle qu'en un an elle moissonne dix-huit évêque^ d'Arles, la foi avait cependant pu faire en 234 de si grand