‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 38 sur 96 · CUAP. IV. — SOLLICITUDE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

CUAP. IV. — SOLLICITUDE PONTIFICALE

progrès dans les Gaules, que saint Gyprien écrit au pape d'adresser des instructions explicites aux évêques, ses collègues, étnhlis ààns les Gaules. Est-ce assez multiplier les difllcultés, les conjectures, les hypothèses, sans trouver une solution, je ne dis pas concluante, mais seulement satisfaisante? Nous demandons pardon d'avoir tant insisté sur ce texte ; Launoy eût voulu s'en débarrasser beaucoup plus simplement, en le rejetant comme apo« cryphe. Mais Baluze ne lui laisse pas cette ressource suprême. « La lettre de saint Gyprien, dit-il, se trouve dans les divers manuscrits de Saint-Maur-des-Fossés, de Gorbie, de Foix, appartenant aujourd'hui à M. de Golbert, aussi bien que dans ceux de Vérone, de Saint-Martin de Tours, de Saint-Pierre-le-Moustier, de Saint-Victor, Son style , ainsi que le font observer Nicolas Rigault et Jean Fell, évêque d'Oxford, dans leurs éditions de saint Gyprien, est parfaitement conforme, pour les expressions et les tours de phrase, au style connu de ce Père. Nul ne doit donc s'arrêter aux objections conjecturales par lesquelles Jean de Launoy s'est efforcé d'en rejeter l'authenticité. Gette lettre doit plutôt servir à réfuter l'erreur de ce critique célèbre, qui prétend qu'à l'époque du pape saint Etienne, le siège d'Arles était occupé par saint Trophime : tandis qu'il est certain que, l'an 450, longtemps avant Grégoire de Tours, sur l'autorité duquel s'appuie principalement Launoy, les évêques de Provence, dans leur lettre au pape Léon-îe-Grand, tenaient pour un fait incontestable que saint Trophime avait été envoyé à Arles par saint Pierre '. »

1 « Exstat enim [hcec Epistola) in Fossatensi, Corbeiensi, Fuxmsi, nune Colber» iino, Veronensi, luronensi, scilicet, S. Mai'thii, S. Pétri Mimosteriensis, Victon'no manuscriptis. Prœterea styli ejus cum cœteri's summa consnnsio, ut etiam Nicol. Rigaltius atque Oxoniensis editor observarunt , et verhorum ac sententiarum Cypriano familiarium vsus de vero ejus parente dubifare nos non sinit. Uinc moveri nullus débet conjecturis, quibus Joannes Launoius epislolam tôt momentis fultam Cypriano abjudicare niiitur. Inde potius clarissimi hujus viri opinio, quA Trophimum Arelatensi Ec.clesiu Stephani temporibus profuisse censet, corrigenda est. Certe anno 450, adeoque longe ante Gregorium Turonensem, cuj'us in prima aucioritfde nititur Luunoîus, episcopi Provincia ad Leonem papam scribentes, Irophirnum a B. Petro Arelulem miasum pro certo habebant. » (Bâluziu8| In op. S. Cypr., nota; Patrol. lat., tom. III, col. 990, 991.)

17. La lettre de saint Cyprien au sujet de Marcien, suffirait à elle seule en l'absence de tout autre document historique, pour renverser complètement le système qui faisait arriver les ^îi-emiers missionnaires de la foi dans les Gaules au plus fort de la persécuiion de Dèce, en /'an 250. Une autre lettre de saint C> prien , relative à doux évêques espagnols, Martial d'AstorgaetBasilide de Léon, vient encore indirectement protester contre la théorie gallicane. Ces deux évêques avaient eu la faiblesse d'apostasier durant la persécution. Au retour de la paix, ils furent déposés par leurs collègues de la péninsule Ibérique. Ils recoururent à Rome, implorèrent la miséricorde du pape saint Etienne I, se soumirent à la pénitence qui leur fut imposée et revinrent en Espagne, réhabilités par une décision du Saint-Siège. Mais, dans l'intervalle, on leur avait donné pour successeurs Sabinus et Félix. Dès lors surgit une compétition dont nous allons suivre les diverses péripéties. Notons d'abord que la tradition espagnole n'a jamais compté les sièges de Léon et fl'Astorga comme les premiers érigés dans l'antique Ibérie. Tous les monument» locaux s'accordent à reconnaître qu'après la courte apparition de saint Jacques le Majeur et de l'apôtre saint Paul dans la péninsule, les premiers disciples de Jésus-C^^il t gui y abordèrent étaient compagnons de saint Denys l'Aréopagite. Tolède, la grande et antique primatie de l'Espagne, a toujours honoré saint Eugène I, disciple de l'apôtre d'Athènes et de Lutèce, comme son fondateur. Indirectement donc, l'épisode de Martial d'Astorga et de Basilide de Léon, en 254, confirme la tradition et met à néant les prétentions du moderne système de Baillet et de Launoy. Quoi qu'il en soit, les deux évêques espagnols, cà leur retour de Rome, avec les lettres de communion de saint Etienne I, ne furent point remis en possession de leurs sièges. Sabinus et Félix, leurs successeurs, protestèrent contre laj sentence de réhabilitation. Ils prétendirent qu'on avait surpris la] bonne foi du pontife romain. Or, à cette époque, l'Afrique chrétienne était émue par la grande controverse des Rebaptisants^ dont nous allons avoir à nous occuper bientôt. Un concile était en ce moment r' mi \i Cirtliâge^ SttAt C.i'tri'o. uni le prèsi<iait, avait

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pris, dans la question , une altitude manifestement hostile aux décisions de Rome. Sabinus et Félix vinrent donc à Garthage et y apportèrent leur protestation contre la mesure prise par le pape en laveur de Basilide et de Martial. Dans les dispositions où se trouvait alors l'église d'Afrique, la plainte de Sabinus et de Félix ne pouvait manquer d'être accueillie. Voici la lettre que saint Uyprien au nom du concile, leur remit pour les fidèles d'Astorga et de Léon. (( Notre assemblée a reçu, frères bien-aimés, les lettres que vous nous avez fait remettre par Félix et Sabinus, nos collègues dans l'épiscopat. Nous y avons reconnu votre zèle pour la pureté de la doctrine et l'intégrité de la foi. Vous nous informez que Ba^ silide et Martial ont été déposés de l'épiscopat et du sacerdoce^ comme UheUaîici; vous désirez savoir si nous tenons leur déposition pour légitime, et l'élection de leurs successeurs pour irrévocable *. Après avoir sérieusement examiné les faits il noul a paru que l'élection de Sabinus au siège d'Astorga s'est ac compiie conformément aux règles de la tradition divine et aul prescriptions des apôtres 2, observées dans toutes les Églises du monde pour les élections canoniques. Les évêques de la provincf y assistèrent; le peuple fut convoqué; les suffrages se sont portes en connaissance de cause sur un candidat dont la vie, les actions et les moeurs sont irréprochables. Le témoignage de tout% l'éghse d'Astorga, celui des évêques présents, et les lettres df communion adressées par les évêques absents, ont donc très-légiti* mement conféré le siège épiscopal à Sabinus, substitué ainsi à Basilide. Cette ordination, inattaquable en droit, n'a pu être rescindé» pnr les faits subséquents. Il est vrai qu'après que ses crimes Cillent été découverts, et qu'il en eut fait lui-même Taveu, IJasilide partit pour Rome. Là, trompant la vigilance d'Etienûô

' S. Cypr., Epiit. Lxviii, cap. j; Valrol. M., tom. Ill, col. lOîS..

* De traditione divina et apostolicd ohservantia. Ces dernières parodies se ré for.îut évidemment à un ensemble de prescriptions apostnliques, connuese oi.Sf rvées du temps de saint Cyprien. Il y a donc lieu de s'étonner qu'eu ait constamment n'prité que salât <Qyprien ne fait pas une seuJe fois allusion aux Canons apoit'jLqi^e"

notre collègue, lequel dans son éloignement ne put être instruit de la vérité, ni de la portée réelle des faits, il travailla à être rétabli injustement sur un siège dont il avait été juridiquement déposé. Mais loin de se justifier, en agissant de la sorte, Basilide n'a fait que mettre le comble à la mesure de ses fautes, ajoutant le dol et la tromperie à ses crimes précédents. Nous n'accusons point en effet celui qui a, par négligence, rendu une décision évidemment subreptice ; nous faisons retomber toute la responsabilité sur celui dont les coupables manœuvres ont extorqué la sentence. Si Basilide a pu tromper les hommes, il ne saurait tromper Dieu. Il en est de même de Martial, qui ne peut, après les crimes dont il s'est rendu coupable, exercer le ministère épiscopal. L'Apôtre l'a dit : « Il faut qu'un évêque soit irréprochable *. » Ainsi, frères bienaimés, des lettres que vous nous avez écrites, du témoignage de Félix et Sabinus, nos collègues, et d'une attestation écrite que nous a envoyée l'évêque de Cœsaraugusta (Saragosse), Félix, autre défenseur de la vérité et gardien de la foi, il résulte clairement, d'une part, que Martial et Basilide sont des /«'ée/Za^îW notoires; que Basilide, tombé malade, aspontanément confessé sa faute, avouant son apostasie,la déplorant, et consentant, pour l'expier, à être déposé de l'épiscopat et admis le reste de ses jours à la communion laïque. D'autre part , il est également avéré que Martial s'est montré, durant la persécution, aux festins idolâtriques du collège des augures et des prêtres païens ; qu'il a fait ensevelir ses fils dans les sépultures païennes de ce collège, avec les rites des gentils, et dans les tombeaux profanes. 11 est constant, d'après les registres officiels, qu'au tribunal du procureur fiscal [procuratorem ducenatium), il a déclaré qu'il embrassait le culte des idoles et reniait hï loi de Jésus-Christ. En présence de ces faits graves, nombreux, et de notoriété publique, ce serait en vain que Basilide et Martial prétendraient continuer les fonctions de l'épiscopat. De tels hommes sont évidemment inJignes de présider dans l'Eglise du Christ, et d'offrir à Dieu le sacrifice auguste ; d'autant plus que, de concert

• 9. Cypr., Epist. Lxviii^ cap. v; Patrol. lat., tom. 111, col. 1028, tit. I, 7»

CUAP. IV. SULLICITUPE l'ONl li-iCALE, 327

avec nous et avec tous les évêques du monde entier, Corneliu'5, notre collègue, ce pontife de justice et de paix, honoré depuis de fa palme du martyre, a décrété que les lapsi de cette catégorie pouvaient être admis à la pénitence, mais qu'ils seraient privés des honneurs du sacerdoce et de l'ordre même de la cléricature K Ne vous étonnez pas d'ailleurs, frères bien-aimés, si, dans ces derniers temps, la foi paraît, dans un grand nombre d'âmes, défaillir e{ chanceler; si la crainte religieuse des jugements de Dieu sembll s'affaiblir; si la concorde fraternelle s'ébranle de toutes parts. Les prophètes nous ont appris qu'il en devait être ainsi au dernieï jour. Le Seigneur lui-même, et les apôtres après lui, nous ont révélé qu'à l'approche de l'Antéchrist et au déclin du monde, le bien, la justice, la vertu, seraient bannis de la terre et que le mal seul triompherait '. Grâce à Dieu, il n'en est point encore ainsi. Malgré les apostasies de ces derniers temps ; bien que la vigueur évangélique paraisse énervée dans l'Église de Dieu , que l'énergie du courage et de la foi chrétienne soit fort languissante , il reste pourtant encore debout une légion épiscopale et sacerdotale qui proteste contre ces défaillances , et maintient héroïquement l'honneur dû à la majesté divine, en même temps que la dignité du sacerdoce. Pendant que les autres cèdent au torrent et succombent, nous nous rappelons l'exemple de Malhathias, et nous cherchons, comme lui, à faire triompher la loi de Dieu. Puisque tout homme est sujet à l'erreur; puisque Dieu seul ne se trompe jamais, que devons-nous faire, nous les serviteurs et les prêtres de Dieu, sinon répudier les mensonges et les erreurs des hommes, pour demeurer fermes dans la vérité et l'observance des lois du Seigneur 3? En conséquence, frères bien-aimés, la conduite de ceux de nos collègues qui, au mépris de la disciplino ecclésiastique, osent admettre Basilide et Martial à leur commua nion, ne doit point ébranler votre âme. L'Esprit-Saint a flétit ces lâches complaisances quand il dictait cette parole au Psalmiste : «Si tu voyais un voleur, tu t'empressais de couriràluiettuparta-

» S. Cypr., Epist. lxviii, cap. vi. — ^Ibid., cap. vil — » lUd., cap. viii.

328 rO.NTlFICAT DE SAINT ÉTIENiNE I (254-237).

geais le pain de l'adultère ' ! » Nous ne pouvons donc que vous féliciter sincèrement du zèle que vous avez montré jusqu'ici pour le maintien de la discipline et l'intégrité de la foi. Autant qu'il est en notre pouvoir nous vous exhortons à persévérer dans cette ligne de conduite et à ne pas, dans une communion sacrilège, vous joindre à des évêques profanes et souillés ^. »

18. Telle est cette fameuse lettre de saint Gyprîen et du iv* Eoncile de Garthage, aux églises espagnoles d'Astorgaet de Léon, ta sentence de réhabilitation prononcée par le pape saint Etienne Ji'y est point présentée comme un abus de pouvoir, une immixtion usurpatrice, une tentative de despotisme pontifical. On insinue J3ulement qu'elle a été extorquée à la bonne foi de l'évêque de Home par deux intrigants qui ont dissimulé la vérité, dénaturé les aits et profité de l'éloignement pour tromper la vigilance romaine, ïette accusation est déjà fort grave. Car enfin les cités d'Astorga et de Léon n'étaient pas plus voisines de Garthage que de Rome. Qui donc pouvait assurer saint Gyprien et son concile qu'ils n'étaient pas trompés eux-mêmes en sens contraire par les dépositions intéressées de Félix et de Sabinus? La première condition de tout jugement Impartial, c'est d'établir préalablement un débat contradictoire. Or, le concile de Garthage n'entendit qu'une seule des parties et ne se crut pas moins en droit de condamner l'autre. De plus, avant de taxer de subreptice la sentence romaine, il eût fallu établir, autrement que par une simple hypothèse, que cette sentence avait été rendue sur un exposé incomplet ou faux. Le concilo de Garthage n'administre aucune preuve de ce genre. L'eût-il fait, eût-il prouvé que réellement le pape saint Etienne I, exilé en ce moment pour la foi, avait été trompé par des manœuvres frauduleuses et des témoignages suspects, c'était à Rome mieux informée qu'il aurait fallu en rappeler. Saint Gyprien le comprenait; il le laisse suffisammciu entendre, quand il formule cette réserve significative : « Autant qu'il est en notre pouvoir : » Quantum possumus. i)'uac part donc, le concile de Ciirt'uagci p'avait pas autorité pour

» Podlui. XLix, 18. — 'S. Cypr., E/jist i.xvui, lap. ix et nlliin.

CUAP. IV. — DE REBAPTIZANUJS. 32'J

juger cette affaire. Il apporte à Félix et à Sabinus, non le concours li'LiiiG sentence juridique et définitive, mais l'appui de son opinion : Avxilhim nostrœ sententiœ. D'autre part, la véritable qucstiou qui surgissait là, n'est pas môme effleurée par la lettre de saint Gyprien, Les griefs articulés à la charge de Basilide et dû Martial ne faisaient pour personne l'omlire d'un doute, puisque l^s deux évoques les avaient confessés onx-iucmes, en avaient téu!ui;4ii('; h;ur rcpc'itii* et s'étaient publiquement soumis à la pénitence caaonique. Mais ii s'agissait de savoir, s'il existe, au sein de l'Église catholique, un pouvoir suprême qui a le droit prééminent de faire grâce. Basilide et Martial, pénitents sincères ou non, s'étaient adressés à ce tribunal, et ils en avaient obtenu leur réhabilitation. Pré'^demment, saint Gyprien avait eu recours à la même juridiction, non pour solliciter l'indulgence dont il n'avait pas besoin, mais pouf demander justice.. Aujourd'hui, il semble croire que le pape saint Etienne, irrévocablement enchaîné par la constitution disciplinai] e de saint Cornélius, son prédécesseur, n'avait pa* le pouvoir de se montrer miséricordieux et clément envers des évêques coupables. En cela, saint Gyprien se trompait : le droit de grâce, combinS avec celui de la Justice, est expressément renfermé dans les parole» de Notre-Seigneur à saint Pierre : « Tout ce que tu lieras sur lî^ terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terrt sera délié dans les cieux. »

§ II. De Bebaptizandis.

19. Il est facile de sentir, dans la dernière lettre de saint Gyprien, Le bnpi*>u.^ un ton d'aigreur et d'amertume contre Rome. Le parallèle plutôt tiqutb. Ojj-

nion d^ i-aial

insinué que dessiné entre la fermeté apostolique de Gornelius et la Cyp-ien. mollesse de son successeur saint Etienne I; les allusions aux défaillances de la foi, à l'énervement de la discipline, àTaliaissement (les courages, se rapportent évidemment à la personne du souverain pontife. Ce qui avait rompu la bonne harmonie, si longtempi

330 PONTIFICAT DE SAl.NT ETIENNE I (254-257).

existante entre le Saint-Siège et l'évêque de Carthage , était la question inopinément soulevée du baptême des hérétiques. Saint Cyprien professait, comme toute l'Église catholique, la foi à la déchéance originelle et à la nécessité du sacrement de baptême pour le Scdut. Dans une lettre qu'il adressait à un évêque africain, Fidus, nous avons la preuve incontestable de sa parfaite orthodoxie sur ces deux points fondamentaux. Fidus avait émis une opinion erronée sur le baptême des enfants. Il prétendait qu'on ne devait pas le leur conférer avant le huitième jour, parce que, disait-il , toi était le délai fixé pour la circoncision mosaïque. Saint Cyprien releva vigoureusement l'erreur de son collègue africain. Dans la lettre synodale écrite à ce sujet, il prouve que l'enfant, dès sa formation au sein maternel, est susceptible de la grâce du baptême. « S'il pouvait y avoir, dit-il, un obstacle à la réception de ce sacrement, il existerait plutôt pour les adultes et les personnes avancées en âge, dont les fautes sont plus graves. Mais puisque les plus grands pécheurs, quand ils ont embrassé la foi, sont admis au pardon des fautes innombrables accumulées dans tout le cours de leur vie précédente ; puisque nul n'est exclu ni du baptême, ni de la participation à la grâce rédemptrice ; encore moins faut-il en éloigner l'enfant qui vient de naître. En ouvrant les yeux à la lumière du jour, il n'a point commis de péché; il a seulement, comme fils d'Adam, contracté, par sa naissance, selon la chair la contagion originelle. Dans cette situation, il est d'autant plui, apte à recevoir la grâce du sacrement que la faute dont il est purifié ne lui est point personnelle ; qu'elle est ti'ès-réellement la faute d'autrui, dont il a subi la solidarité par sa filiation charnelle *. » Il est certes impossible d'imaginer une décision plus conforme à la rigueur théologique du dogme chrétien. Mais ce fut précisément la nécessité absolue du sacrement de baptême pour le salut des âmes rachetées par Jésus-Christ, qui fit dévier l'esprit de saint Cyprien et celui

* 8. Cypr., Epiât. Lix; Patrol. lat., tom. III, col. Ifilli

CUAl". lY. — DE lUCBAl'TlZAiMJiS. o3l

d'un très -grand nombre d'évêques d'Asie et d'Afrique, en lei jetant dans une exagération d'autant plus dangereuse qu'elle prenait sa source dans un sentiment en apparence plus légitime. Si la baptême, disaient-ils, est l'unique porte du ciel, comme Jésus- Christ seul est venu nous ouvrir, au prix de sa passion, cette porte» 6i longtemps fermée, il s'ensuit qu'un seul baptême est valide, celui-là seulement qui est conféré par l'Église catholique, uniqu» héritière des clefs du ciel. En dehors de son sein, il ne saurait y avoir de sacrement de baptême. Donc, celui que les hérétiques, les apostats, les schismatiques, prétendraient conférer, est nul de soi; donc, il faut renouveler le baptên^e, ou plutôt, car ce terme de rôt tération qui conviendrait à nos anabaptistes modernes, était biet. loin de la pensée de saint Gyprien, il faut, dis-je, conférer réellement le baptême à ceux qui font retour à l'unité de l'Église et qui n'ont reçu de la main des sectaires qu'une cérémonie sans efficacité, sans valeur, sans production de grâce spirituelle. Voilà comment la question se présentait à l'esprit de saint Gyprien. Dans la lutte si longue et si laborieuse contre les deux schismes de Roma et de Garthage, le grand évêque avait profondément médité sur l'importance capitale du dogme de l'unité de l'Église. On trouve déjà, dans le beau traité de Unitate Ecclesiœ, publié trois ans auparavant, le germe de l'erreur que saint Gyprien va désormais soutenir, de bonne foi sans doute, mais avec une persistance qui touche à l'opiniâtreté. Il partait de ce principe incontestable qu'il n'y a pas de salut hors de l'Église, et que rompre avec la grande société fondée sur Pierre, c'estsedétacherde Jésug-Ghrist lui-même, « Assurément, dit M. Freppel, rien n'est plus vrai que cette proposition, mais n'y avait-il pas moyen d'excéder la mesure en soutenant une thèse si exacte au fond ? De ce que les hérétiques ne participent plus à la grâce sanctifiante, ni aux dons de l'Esprit- Saint, doit-on en conclure qu'ils perdent toute espèce de droit oa de pouvoir dans l'ordre surnaturel? G'est ici que l'opposition de saint Gyprien se produit sous une forme trop exclusive. «Ilna peut y avoir qu'un baptême, dit-il dans le traité de Unitate EccU&ics^ et les hérétiques se croient en droit de l'administrer I Ils oat

abandonné la source de la vie et ils promettent la grâce de l'eau qui vivifie pour le salut ! Qu'ils ne s'y trompent pas ! Leurs eaux souillent, au lieu de purifier ; elles mettent le comble aux péchés et ne les effacent pas. Cette naissance illégitime donne des enfants au démon et non à Dieu '. » Déjà Tertullien, dans son traité du Baptême, avait dit : a Le point capital, c'est que d'après les paroles 'te l'Évangile ^ et celles de l'Apôtre 3, il n'y a qu'un seul baptême; comme il n'y a qu'une Église et qu'un Christ. Or les hérétiques n'ont rien de commun avec nous, puisqu'ils sont séparés de notre communion. Donc je ne puis reconnaître qu'ils aieat avec nous lé même Dieu, le même Christ, et par conséquent non plus, le même baptême *. » Le rigorisme exagéré de Tertullien trompait ici sa logique. Il est parfaitement clair que les hérétiques, par le seul fait de leur séparation d'avec l'Église, ne perdent ni la foi au vrai Dieu, ni la foi au Christ notre Sauveur. Saint Cyprien, dans la question du baptême, se laissa donc visiblement égarer par l'in- Suence de Tertulhen son maître. L'illustre évêque de Carthage ?vaitertore un autre orécédcnt^ et comme un héritage traditionnel Çùi le j*oussa dans cette voie. L'un de ses prédécesseurs, l'évêque Agrjçpinus, à la fin du ii* siècle, dans un concile tenu sous sa présmence à Carthage même , avait statué que « nu . ne pouvait recevoir le baptême hors de l'Église, parce qu'il n'y a qu'un seul 'japtême établi par Notre-Seigneur ^. En conséquence, le sacrement conféré par les hérétiques était nul de soi, et ne produisait »Jicun effet spirituel '. » Ajoutons enfin que les Canons et les Constitutions apostoliques, cet ensemble de règles traditionnelles, Cent l'existence plus ou moins dissimulée par la loi du secret, n'en est pas moin; 'nstoriquement constatée au m' siècle, prêtait encore R l'équivoque en ordonnant de renouveler le baptême conféré par ies aectateurs de la gnose, désignés m globo sous le terme général

* s. Cypr., de Vnitat. eccles., cap. xi; Patrol.lat., tom. IV, col. 508; Freppel, S. Cyprien, pag. 380. — » Joan., m, 5. — ' Ephes., iv, 5. — * Tertull., de Bapiisnio, cap. xv; Palrol. l'il., tom. I, col. 1216. — * S. Cypr., Epist. lx.t, cip. i; Pntrol. lat., to:n. III, cul. 1638. — « 8. Cypr., Epist. LX"'- cap. 11; lutr. f tt ■ 'oui- 'M. ftoi, 1104^

cil A p. IV. — DE REBAPTIZANDIS. 'à'Si-

d'hérétiques. Nous avons eu précédemment l'occasion d'en faire la remarque *. Toutes ces circonstances donnèrent à la question dfi baptême des hérétiques un caractère particulier de vivacité, d'ardeur, de passion même.

20. Aujourd'hui que la lutte est depuis longtemps oubliée, et iK^csHon que nous considérons de sang-froid l'origine, le but et les phases dans k-'Vi"!' de la controverse, avec la rectitude dogmatique que les décisions °* ""^"'^ de l'Église, depuis longtemps acceptées et connues, ont établie sur ce point, nous sommes forcés de convenir que le génie africain, dans sa rigueur absolue, méconnaissait complètement la mission du baptême, et voulait emprisonner, dans un cercle par trop étroit, l'efficacité du sang rédempteur. L'Incarnation du Verbe, ce grand acte d'adoption do l'humanité par le Fils de Dieu, avait, à elle seule et indépendamment de la création postériaare de l'Église, constitué, entre le genre humain et la divinité réconciliée , une alliance intime et des rapports nouveaux qu'il ne sera plus posrsible aux hommes, malgré leur perversité, de rompre entièremeiii. Aussi, dans la question spéciale du baptême, que saint Cyprien e» les évêques d'Orient envisageaient au point de vue exclusif dûi schisme contemporain , non-seulement les hérétiques, les partisans de l'antipape, les sectaires de tout genre, avaient le privilège de conférer validement ce sacrement essentiel ; mais tous ler» païens, tou? les hommes en général, par le bénéfice de rincarna-"tien, avaient ce même pouvoir. En administrant le baptême avei de l'eau naturelle, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans l'intention réfléchie et sérieuse de faire ce que fait l'Église, ils conféraient réellement la grâce sacramentelle. Ce n'est pas un vain mot que le titre de frère de Jésus-Christ, conquis pour tous les hommes, au prix du sang d'un Dieu. Saint Cyprien ne comprit pas ces grandes vues. Lui en ferons-nous un crime" Hélas ! que saurions-nous de ces sublimes vérités, si l'Église Romaine ne nous les avait enseignées? Il serait donc à la fois et souverainement injuste, et profondément ingrat, le catho-

• Cf. ton». VI de cette Bist.*Pag. 615-<615; ibid., pag. 623, 624.

po^'TiFICAT DE SAINT éïien>:e I (254-257).

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ticité des tuoDcmeots.

îjque qui se prévalant de nos jours d'une science que le catéchisme met à la portée des enfants, oserait se montrer sévère vis-à-vis d'une mémoire aussi illustre que celle de saint Cyprien, pour lui reprocher d'avoir ignoré de son temps ce qui est pour nous d'une notoriété vulgaire. Ce que nous connaissons maintenant, c'est ITi^glise Romaine qui nous l'a enseigné. Elle seule, résistant aux entraînements du génie, aux sollicitations de la foule, aux injures mêmes de ses plus chers et de ses plus glorieux enfants, a maintenu dans son intégrité la foi catholique dont nous sommes si fiers. Je dis les injures. Elles ne furent point en efîet, durant cette controverse, épargnées au pape saint Etienne. Nous allons les reproduire, telles qu'elles sont inscrites dans les monuments. Chose singulière ! aucun des documents émanés du souverain pontife et signés de son nom glorieux, dans cette lutte ardente des Behuptisanis, n'est parvenu jusqu'à nous. De même que, dans l'attaque posthume des Philosophumena , c'est le mémoire de la partie adverse qui nous a été seul transmis; ainsi, dans la querelle théologique engagée à propos du baptême des hérétiques, ce sont les pièces hostiles Sau aint-Siége qui nous restent. Et pourtant la doctrine soutenue alors avec tant d'abnégation et d'énergie par saint Etienne I, est demeurée la foi de l'Église catholique. Tous les efforts de saint Cyprien, corroborés par trois conciles provinciaux d'Afrique, par les synodes d'Icône et de Synnade, par l'assentiment d'une foule d'évêques d'Asie, n'ont pu prévaloir contre cette pierre de l'immuable vérité, sur laquelle Jésus-Christ a édifié son Église !

21. Je ne dois pas cependant dissimuler qu'en face de ce torrent de calomnies et d'outrages qui va se diriger de l'Afrique et de l'Asie contre la personne et l'autorité du souverain Pontife, en l'absence significative de tous les monuments émanés du Saint-Siège et ravis subrepticement à notre appréciation, un doute légitime est venu à quelques doctes esprits. Les pièces du procès conservées par les hérétiques ont pu être sciemment exagérées, falsifiées même. En 1862, un savant professeur d'histoire ecclésiastique, aujourd'hui pffchevêque de Nisibe, M*' Tizzani, publiait à Rome une remar-

CilAl'. IV. — HE RliBAPTlZAISDiS 335

quable dissertation intitulée : La célèbre contesa fra san Siefano et son Cypriano *, avec cette devise empruntée aux œuvres de saint Augustin : « Beaucoup de personnes croient que les lettres attribuées à saint Cyprien, dans cette affaire, ne sont pas de lui, et qu'elles ont été publiées sous son nom par des faussaires posthumes *. » Dans l'opinion du docte prélat, les historiens qui depuis quatorze cents ans ont enregistré comme authentiques toutes les lettres de saint Cyprien, relatives à cette discussion, auraient été induits en erreur par une fraude posthume des Donatistes. «Je sais, dit-il, que cette proposition fera jeter les hauts cris à la foule des indifférents qui aimeraient mieux laisser dormir une controverse éteinte; aux ennemis du Saint-Siège qui ont, de temps immémorial, la ressource de puiser dans cette partie de la correspondance de saint Cyprien comme dans un arsenal; enfin à l'immense majorité des lecteurs qui se font, avec les opinions convenues, une habitude équivalente à une seconde nature '. Moi-même, ajoutet-il, dans les premières années de ma vie, je dus subir la contagion du préjugé dominant, et tOut en rendant ici justice à mes illustres professeurs d'histoire ecclésiastique, J.-B. Palma et P. di Signore, ■■e conviens qu'ils partageaient sur ce point le sentiment général. Mais depuis j'ai étudié sérieusement les pièces. Pour moi, ce n'est plus une question : il est indubitable que les monuments acceptés jusqu'ici avec bonne foi sont réellement apocryphes *. » Une déclaration si nette et si énergique, lorsqu'elle émane d'un professeur émérite de l'Université romaine , élevé depuis à un rang d'honneur dans la hiérarchie ecclésiastique , mérite de fixer sérieusement l'attention. Nous en prenons acte, et nous ferons connaître les motifs sur lesquels elle s'appuie. Mais il nous faut

* La célèbre controverse entra le pope saint Etienne I et saint Cyprien. Roma, Salviucci, 1862, 1 vol. in-S» de 305 pages.

' Quanquam non desint qui hoc Cyprianum prorsus non sensisse contendunt, sed riêi ejus nomine a prœsumptoribus atque mendactbui fui. se confectum. (S. August., Spist. xcill, ad Vincentiiim ; Patrol. lat., tom. XXXIIl, col. 340.)

«Tizzani, Coniesa fra S. Stefano e S. Cypriano, pag. 10, H.

* Ibid., pag. 12.

33f "ONTIFlfft-T DE SAINT ETIENNE I (2o4-2o7).

auparavant esquisser à grands traits l'historique de la question lel qu'il était adopté jusqu'ici , et reproduire intégralement toutes les injures contre le Saint-Siège, qu'on est depuis des siècles habitué à voir figurer à ce point précis de l'histoire ecclésiastique *. ^ ConcHe 22. Parmi les évêques orientaux, dont le retour à l'unité, après

Syr.mrie en les erreurs momentanées da schisme, était annoncé par saint Denys M.i..ur<j. d'Alexandrie au pape saint Etienne, figuraient Helenus de Tarse et Firmilien de Cappadoce ^. Ce n'était pas sans raison que saint Denys faisait au souverain Pontife une mention spéciale de ces deux évêques, qui venaient d'abjurer le parti de l'antipape Novatien. Déjà saint Etienne leur avait adressé un rescrit pontifical destiné à toutes les chrétientés deCilicie, de Cappadoce, de Galatie et de l'Asie-Mineure, où il leur enjoignait de ne pas renouveler le baptême aux schismatiques, qui rentraient dans la communion de VÉglise, sous peine d'encourir eux-mêmes une sentence d'excom- Uîunicatlon ^. Nous n'avons plus cette lettre de saint Etienne I : mais son existence affirmée par saint Denys d'Alexandrie lui-même tst incontestable. Or Helenus et Firmilien ne se soumirent pas à la

Ou t'ms a souvent demandé si nous publierions in extenso les pièces historiqueà ■ ■•H]"s à U papuilé et contraires à la suprématie du Saiut-Siége. 11 fallait, P" ' toos adresser une pareille question, bien peu nous connaître. Est-ce que .c, *T'tngélistr's ont dissimulé les injures que les Pharisiens ^dressaient à Jésuo-Christ Notre-Seigueur? La vérité n'a besoin ni de rétitences, ni de palliatifs. Nous iusisterioQS plus volontiers sur les injures que iur les élogeSj par la rnison fort siinpie que la vérité, en ce monde, est beaiitoap plus souvent outragée et méconnue que respaclée et servie. L'Église tathoSique, née à l'aurore des siècles, combattue daus sa période préparatoire pendant quatre mille ans, et depuis son avéneineut dôSnltif peudant mille Ûuit cent soixante-six aas, uo cruiut ni les altupKs.. ai les récrimiuutious, ni les calomnies. J^lle a ét'i trempée dans le sang du Calvaire. Les coups de lance que l'eni.iiini croit lui porter au cœur ouvrent pour elle des •ources inépuisables de vie et d'immortalité. » Cf. uo 13 de ce chapitre.

• 'Eirs'ffTaXxsi (jlév oîiv itpÔTepov (Sta^avoc) xal Ttepî 'E)ivou nal jtepC 4>tp[i.i/iavoiJ, ««l ixàvTiov Ttjiv T£ à.nb T7\i KtÀi/.ia; xal KaTCitaSoxta; xal FaXaftaç, xaî TiràvTwv tûv |ï;-; O'Xopo'JvTwv Èôvoc.v, <b; ovoè sxeivoi; xoivwvrjawv 5spt ii^v aùxiriv TaOTYjv aîvtav, è-£'.or, TO'j; ahsTixoù;, çyitIv, àvaSaTri-iv»^'-- (S- DioPyà. Ahxand., Ad Sixt. // Epi^l. fragm.; Pair, lat., tom. V, col. ùô-

sentence venue de Rome. Trente ans auparavant, deux synodes de Phrygie, tenus à Icône et à Synnade, avaient formellement embrassé le sentiment contraire. Helenus et Firmilien, qui habitaient la Phrygie, se crurent donc en droit de préférer leur tradition locale aux décisions du souverain Pontife. Ces faits résultent implicitement d'un récit, plein d'intérêt, qu'Eusèbe emprunte à l'Épître adressée par saint Denys d'Alexandrie au prêtre romain Philémon, relativement à la question de la réitération dii baptême. « Depuis quelques jours, dit le saint évêque, je me suis mis à lire les ouvrages des hérétiques, au risque de me souiller un peu à un tel contact. Cependant j'y trouve un avantage réel, c'est qu'à part moi je réfute en secret l'erreur qui me frappe les yeux, et je la déteste davantage. Tel ne fut pas toutefois l'avis d'un de mes frères, de l'ordre des prêtres. Il m'avertit que je courais là un véritable danger *; je sentais pourtant qu'il n'en était rien et une vision céleste me confirma dans cette pensée. Une voix divine se fît entendre au plus intime de mon âme ; elle me disait : Lis tout ce qui pourra te tomber sous la main. Tu es suffisamment préparé à choisir entre la vérité et l'erreur. Du reste, c'est par des lectures de ce genre que tu fus amené à embrasser la foi du Christ. Je m'arrêtai à cette solution. Elle me semble conforme à la parole apostolique : Soyez comme les habiles changeurs *, qui savent parfaitement connaître le poids et la valeur de la monnaie.

1 Oq peut voii ici l'aotiquité de la mesure disciplinaire par laquelle l'Eglise interdit la lecture des livres hérétiques ou dangereux.

* EivgffSe Sôxtyioi tpaTisÇitai. Hcec verba non (egunlur in Apostoio. In prima quidem Epistoia ad Jhcssalonicenses, cap. v, hœc leguntur : Omnia probaie qaod bouutn est tenete. Quœ profecio eamdem vim habent ac priora illa : Estot boni trapezitae. Sed On'genes, tomo X : In Evangelium Joanni?, et post illun Hieronymus in Epistoia ad Minervium et Alexandruni, diserte affirmant hoc mandatum : Estole boni trapezitae, a Christo tradiium esse, eique consentira doctrinam Pauli in Epistoia ad Tnessalonicenses. Quare assentior doctissimo vira Jacobo Vsserio, qui hoc Christiverbum ex Evangelio secundum Hebrceos desumptun esse censuit in Prolegomenis ad Ignatii Epistolas, cap, vill. Citantur hcec verbt etiam a Cyrillo Hieroso/ymitano in Catechesi sexlâ, sub finem : Tivou 56xt[iof tpaitsj^'tr);, tè xa),),àv xaTé^wv, ànb «avio; etSou; Ttovrjpoû ànex6|Aevo;. » (Henri d^ Valois, In Euseb. Ilist. eccles., lib. VU, cap. Vllj not. 93; Patrol. grcec^ lom. XX, col. 647.)

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