‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 4 sur 96 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

séjour à Nicomédie m'en eût laissé le temps. Maïs, dites-vous, imment les captifs de Babylone avaient-ils conservé, dans les ;. leur autonomie? Copiaient s'en trouvait-il d'assez epuleiits ..jssôd^r des demeures somptueuses et de vastes jaidins ? Je -oiis répondrai par l'autorité du livre de ToLie. Les Juiis ne i admettent point, il est vrai; mais nos Églises le reconnaissent . jmme canonique et vous l'approuvez vous-même, puisque c'est ; ar lui que vous avez appris que les Chaldécns jouaient aux dés 1 iurs prisonniers hébreux, les tuaient impunément et laissaient lours cadavres sans sépulture dans les places publiques. Or Tobie, laptif lui-même, avait réuni une fortune considérable, quand il fut intendant de Némessar. Le neveu de Tobie, Achiachar, autre captif, était ministre du roi AcherJon (Assaraddon), qui l'avait fait (c son garde du sceau *, le dispensateur de ses trésors, et l'administrateur de ses domaines. » Néliémias n'était-il pas, dans les mêmes conditions, attaché à la personne du roi Artaxercès? Qu'y a-t-il donc de si étonnant à ce qu'un Juif du nom de Joachim, pendant la captivité de Babylone, ait possédé une maison, un dû:naine, un jardin, vaste ou non, car l'Écriture ne nous en indique pas l'étendue? Une homonymie purement fortuite vous fait prendre ce Joachim pour le roi de Juda. Je n'insiste pas sur l'équivoque. Mais j'affirme qu'il n'y a rien d'étrange, ni même d'insolite, à ce que le roi babylonien ait laissé à une grande nation comme le peuple Juif la faculté de s'administrer d'après ses ] ropres lois, pendant la période de la transmigration. J'ai visité 'es contrées habitées parles Juifs, et je suis témoin qu'aujourd'huilième, pourvu qu'ils paient le didrachme aux empereurs romains, Zèsas laisse à leur ethnarque la même autorité dont il jouirait s'il était réellement roi des Juifs. Leurs jugements se rendent encore aujourd'hui, au sein de leurs assemblées, dans les formes prescrites par la loi. Ils prononcent même quelquefois des condamnations à mort, non pas qu'ils en aient le droit absolu, mais César ne l'ignore pas et les laisse faire. J'ai habité longtemps la Palestine, et je pms

Cusios anmli. (Tob., l, 22.J

VOUS certifier ces faits. Piemarquez pourtant que les Juifs ne comptent plus aujourd'hui que deux tribus, Juda et Benjamin; iijouionj, s: v^us lo voulez, quelques débris de la tribu de Levi : tandis que. durant la captivité de Babylone, les dix tribus d'Israël et les deux de Juda formaient une population beaucoup plus considérable. Les rois d'Assyrie avaient donc tout intérêt à les rattacher à leur empire, en leur laissant la consolation de suivre leurs coutumes et leurs lois héréditaires. En terminant votre lettre, vous -dites que l'histoire de Suzanne n'est pas du même style que le reste du livre de Daniel. Je ne puis partager ce sentiment. Il faudrait ici, après tant de récriminations dont ce précieux épisode a été l'objet, en reprendre chaque mot pour en développer le sens et en faire goûter les merveilleuses beautés. C'est là un sujet qui ne peut manquer de fixer un jour l'attention des admirateurs de la divine parole. Pour le moment, je me borne à cette réponse. Tel est le son qu'a fait vibrer votre main amie, en frappant à mon humble porte. Plût à Dieu qu'il y ait pour vous quelque profit intellectuel dans ma réponse! Je ne me flatte pas au point de le prétendre. Ambroise, mon maître et frère saint, qui m'a aidé à dicter cette lettre , qui i'a revue tout entière et corrigée à son gré, vous salue. Son épouse très-fidèle, Marcella, ainsi que ses enfants, et Anicet, vous saluent. Saluez notre excellent pape (xaXov :?i[iâ)v uàTtav) Apollinaire, et tous ■ceux qui nous aiment '. »

7. Apollinaire, dont le nom est salué si respectueusement par Origène , était l'évêque d'Hiérapolis , l'auteur d'une Apologie adressée à Marc-Aurèle, dont nous avons parlé plus haut. Le titre de Pape (père), était à cette époque donné indistinctement à tous les évêques, on le trouve même attribué quelquefois à de simples prêtres^. « Chez les Grecs, dit M. Martigny, cette qualification est commune aux uns et aux autres, mais avec une prononciation et une inflexion différentes : Tcàita; pour les évêques, TraTià; pour les

* Origen., Epistola ad Âfricanum. Patrol. graec, tom. XI, col. 48-85. On sait que le mot grec itdtna; signifie « père. »

* Le nom de Popes que les Russes donnent à leurs prêtres représente asseS

exactemeuc la vdleur phonique du second vocable.

prêtres. Peu à peu, dans l'Église orientale, cette dénominatioc fut étendue aux clercs inférieurs : un lecteur est appelé pape dans une Novelle d'Alexis Coranène. Mais enfin, à une époque qu'il n'est pas facile de déterminer, le nom de pape fut réservé, principalement dans l'Église latine, au pontife romain, à l'exclusion de tous les évêques. Le premier exemple que aous ayons du titre de pape, attribué par antonomase au souverain pontife, est tiré du concile de Tolède, tenu en 405. Et depuis, nous le voyons ainsi qualifié dans les auteurs du vi* siècle, entre autres Ennodius, saint Avit, Cassiodore, Libérât, etc *. Auparavant, le nom de pape n'était, pour le souverain pontife comme pour les autres, qu'une marque d'afFection filiale que lui donuciient les fidèles. Ainsi, dans une inscription catacombaire, le diacre Severus appelle ainsi Marcellin, qui siégeait de 296 à 304, et avec la permission duquel il avait ouvert dans le xot[iyiT7iptov une double chambre avec arcosolium et Jucernaire, pour sa propre sépulture et celle des membres de sa famille, IVSSV PAPAE SVI MARGELLINI 2. „ Plus tard, sous le pontificat de saint Damase I (366-384), Philocalus, cet épigraphiste si longtemps inconnu, dont M. de Rossi a retrouvé les titres de gloire, inscrivait ces paroles en caractères damasiens, dans la catacombe de Galiiste : FVRIVS DIONISIVS FILOGALVS SGRIB- SIT DAMASI SVI PAPAE GVLTOR ATQVE AMATOR \ Quoi qu'il en soit de la date précise où ce terme générique de paternité fot ' réservé exclusivement aux souverains pontifes, il est certain que ' le nom de père fut donné aux évêques dès les premiers siècles de l'Église, absolument comme nous le leur donnons encore aujourd'hui. Il est certain que la paternité suréminente du successeur de saint Pierre le fit désigner par Tertullien lui-même sous les diffé rents titres de « Pontife suprême, » Summus pontifex, et d' « Évêgue des évêques, » Episcopus episcoporum. Avec la succession des temps, le Ttàua; grec, transporté dans la langue latine sous la forme

*Cf. Benedict. XIV. DeSynodo diœcesana, lib. I, cap. iil, n. 4. Theolog, cursus ewupletus, tom. XXV, col. 814.

• De Rossi, ïnscriptiones christianœ urbis Romœ, tom. I, Prolegom., pag. 115. 'Id., ibid., pag. 56; Martigny; Dict. (f antiquités chrétiennes, pag. 502, 503,

CHAi'. 1. — MOUVEIdERï INTELLECTUEL.

actuelle de Papa^ se présenta à l'esprit comme un diminutif à double consonnance, dont la signification étymologique était : Pater patrum, «Père des pères. » C'est en ce sens qu'il a été adopté par l'Eglise, pour devenir la qualification exclusive du vicaire de Jésus- Christ, Verbe incarné, par lequel, comme dit S. Paul, tous les chrétiens ont le privilège de saluer Dieu sous le nom de Abba Pater *. 8. Ces notions d'archéologie sacrée nous ont éloignés un instant du débat engagé entre Origène et Jules Africain. On a déjà pu remarquer, dans la correspondance échangée entre les deux docteurs, rimportance que les études bibliques a.vaientdeleur temps, La méditation et la lecture des Livres saints étaient tellement fami' iières aux simples fidèles qu'Origène constate, comme un fait de notoriété publique, la concordance de deux passages prophétiques, reproduits simultanément dans le livre d'Isaïe et dans celui de Michée. Nous sommés encore bien loin aujourd'hui de cet heureux âge où la parole divine était l'objet d'une étude et d'une attention universelles! Sous ce rapport, notre siècle a beaucoup à apprendre. L'obligation pour nous est la même que pour les chrétiens de la primitive Église; avec cette différence à notre avantage qu'aujourd'hui le texte autorisé des Livres saints se trouve partout, tandis qu'à l'époque de Jules Africain , outre la rareté des exemplaires, la fixation du Canon des Écritures n'était pas encore défînitivement prononcée. A ce point de vue, la controverse dont nous avons présenté l'analyse offre un intérêt considérable. L'Église catholique exerçait alors, comme elle exerce aujourd'hui le droit absolu de prononcer sur l'authenticité des Livres saints. Ce droit elle ne le reconnaissait ni aux Juifs, dont le catalogue plus restreint avait subi les retranchements d'un esprit de secte ; ni aux hérétiques dont Tertullien disait : Jus ad Scripturas hœreticis non competd. Nulle alliance donc n'était dès lors ni légitime, ni praticable entre les hébreux, les sectaires et les cathohques, pour une interprétation en commun des Livres saints. Depuis Papias gui donnait aux Ecritures le nom de Aoyia parce qu'elles sont la mam-"

» Rom.j viii, 15.

poNTTF'r.AT ht: satnt urbain I (255-230).

festation du Aôyo; Verbe divin descendu sur la terre pour uousiei. donner le véritable sens; depuis saint Augustin qui âîsaîLî «Je ne croirais pas à l'Évangile, si l'autorité de.l'Église ne me '.expliquait; » jusqu'au Concile de Trente, dans son immortel décret: De editione et usu Sacrorum D'brorum ', l'Église catholique a toujours maintenu son droit strict, inviolable, aosolu. Disons d'ailleurs que la prétention de ceux qui solliciteraient d'elle le contraire équivaudrait à une demande formelle d'abdication. Si Jésus-Christ ese Verbe de Dieu; s'il a institué l'Églisosur le fondement immuable de la a Pierre contre laquelle les portes de l'enfer ue prévaudront point; » il est évident que la Bible, parole écrite du Verbe, appartient exclusivement à Jésus-Christ, et par conséquent à l'Église instituée par Jésus-Christ pour a enseigner toutes les nations. » Voilà ce qu'on savait et ce qu'on pratiquait au temps d'Origène. Voilà ce qu'il nous faut aujourd'hui réapprendre et surtout pratiquer. La Bible, entre les mains d'un hérétique quelconque qui l'interprète à sa guise , sans autre préoccupation que celle de snn libre arbitre; ou, si l'on veut, la Bible entre les mains d'un saviat quelconque, qui n'y cherche qu'un parfum littéraire et une étude purement philologique, n'est plus qu'un livre antique ou curieux, comme serait un texte de Sanchoniaton ou des Védas. Pour rayonner sur les âmes comme doctrine de salut, comme enseignement pratique du vrai, du beau et du bien, il faut aux Aoyia le Aôyo;, à la parole muette son commentaire vivant, à l'Évangile de Jésus- Christ l'autorité dogmatique de l'Église instituée par Jésus-Christ. Aussi Origène insiste près de l'Africain sur cette autorité des Églises, dont la majorité admettait déjà de son temps l'histoire de Suzanne au nombre des Écritures canoniques. Cette observation domine toute la controverse. Ainsi qu'on l'a vu d'ailleurs, l'autorité prééminente et souveraine de l'Église n'exclut nullement l'étude particulière, l'investigation individuelle, les efforts de l'intelligence privée. L'exemple d'Origène qui passa vingt années à conférer jjgne à ligne, mot à mot, lettre à lettre, tout l'ensemble aea

* ConcUh Tridenlini canones et décréta^ sessio IV. De Canonicis scripturu.

CUAP. I. — MOUVEMENT INTELLECTUEL. 23

Écritures, et qui employa toute sa vie à commenter le texte sacré dans Ses 'Eï/îyiîTixa, prouverait surabondamment cette thèse, s'il était nécessaire de la démontrer.

9. En dirigeant tout l'effort de son intelligence vers ce but presque exclusif, le docteur alexandrin ne faisait que suivre les traces d'un des maîtres du didascalée, contemporain de Clément, peut-être son collaborateur. Nous voulons parler d'Ammonius Saccas. L'origine et l'éducation première d'Ammonius ne semblaient point l'appeler à la destinée que la Providence lui réservait. Il commença par être portefaix, dans le quartier du Driichiura. De là le surnom de Saccas, souvenir des sacs de blé qu'il chargeait sur ses épaules et déposait à bord des navires expédiés d'Alexandrie pour l'approvisionnement de Rome. Les parents d'Ammonius n'avaient pu donner à leurills une autre profession; c'était la leur; mais ils avaient le bonheur d'être chrétiens, et, en élevant Ammonius dans l'amour de Jésus-Christ, ils firent plus pour lui que s'ils lui eussent légué des trésors, n Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, dit le Sauveur, et tout le reste vous sera ajouté par surcroît. » Cette parole se vérifia, au pied de la lettre, pour Saccas. Sa modeste industrie le mena à une fortune considérable; il devint l'un des plus riches habitants d'Alexandrie. Comment la science lui vint-elle avec la richesse? Les fragments de sa biographie, conservés dans le Myriobiblon de Photius, ne nous l'apprennent point. Quoi qu'il en soit, l'ancien portefaix ouvrit, dans SOS jardins du Bruchiuni, une école de philosophie chrétienne, oii les disciples accoururent en foule. Origène, Hiéroclès, qui devint plus tard évêque d'Alexandrie, Plotin, Herenmus, Longin se faisaient gloire de suivre ses leçons. Saccas s'était proposé pour but de concilier les doctrines de Platon avec celles d'Aristote, et de 'os faire servir toutes deux à la glorification de l'Évangile. Cette ^-ue est à elle seule un trait de génie. La méthode scolastique à laquelle la théologie doit tant de chefs-d'œuvre, fut empruntée, comme chacun le sait, à la philosophie d'Aristote. Quand la Renaissance abandonna la scolastique pour inaugurer dans l'enseignement îa méthode platonicienne dont le règne exclusif persiste

24 PONTIFlCA'i' DE SAINT URBAIN I (222-230),

encore, oq crut à un progrès. Ce n'était qu'un changement. Le progrès vériLablene saurait consister que dans l'alliance parfaite entre les deux méthodes. Répudier l'une et adopter l'autre, ou réciproquement, c'est couper en deux, pour en sacrifier une moitié, l'instrument philosophique qui nous sert à démontrer la vérité, au lieu de réunir les deux parties ensemble et d'avoir sous la main l'instrument complet. Nous ne saurions trop déplorer la perte des ouvrages dans lesquels Ammonius Saccas développait sa théorie. Saint Jérôme et Eusèbe s'accordent à louer l'élégance du style et l'élévation des pensées d'un de ses traités intitulé: Conformité de Moïse avec Jésus-Christ. Nous ne le possédons plus. Porphyre disait d'Ammonius Saccas qu'il était « le plus grand de tous les philosophes contemporains. » — « En ce siècle, disait Longin, la plus haute intelligence qui ait paru fut Saccas. » Un tel concert d'éloges, émanés de témoins placés à des points de vue si divers, nous donne l'idée de la valeur philosophique de ce grand docteur. «Les aristotéliciens et les platoniciens, dit Hiéroclès, semblaient s'être donné pour mot d'ordre d'opposer l'un à l'autre Platon et Aristote, cherchant de préférence dans leurs ouvrages les maximes divergentes pour en faire saillir les contrastes, falsifiant au besoin les textes, afin que l'opposition fût plus flagrante. Cette jutte, devenue classique dans les écoles, dura jusqu'à l'apparition du disciple de Dieu, Ammonius d'Alexandrie. Vraiment inspiré, cet homme admirable aperçut enfin la lumière de la véritable philosophie. Il prit son essor, et, planant au-dessus des vaines disputes de parti, :1 pénétra jusqu'au cœur des deux méthodes, en fit saisir la conformité et enseigna à ses auditeurs, Plotin, Origène, ainsi qu'à une foule d'autres illustres disciples, les règles d'une saine philosophie, dégagée de toutes les inutiles controverses. » Hélas! le secret de ce maître alexandrin est perdu. Dieu sait pourtant quel besoin aous aurions aujourd'hui d'un second Ammonius, pour compense: alerte du premier. Il ne nous reste plus de lui qu'un ouvrage

* Hierocles, de Providentia, citatus a Phot., Myriobiblon, codex 251 ; Vatrol, grcec., tom. Cl Y, col. 77.

CUAP. I. — MOUVEMENT IKIfiLLJiGïUBI*» 25

fort important d'ailleurs, mais complètement étranger aux spéculations de la philosophie. C'est une Harmonie des Évangiles ', dont Victor de Gapoue, au vi* siècle, entreprit une traduction latine. Le texte évangélique y est absolument semblable à celui que nous possédons aujourd'hui. Par conséquent, l'Évangile n'était point flottant à l'état d'un petit livret auquel chaque chrétien, comme le prétendent nos modernes rationalistes, ajoutait à son gré les passages intéressants qu'il rencontrait dans d'autres exemplaires. Les faits viennent ainsi successivement démentir toutes les hypothèses de l'incrédulité, et renverser les arguments d'une critique aussi prétentieuse que frivole.

10. Cependant l'Orient, préoccupé de la gloire et de la réputation d'Origène, se passionnait dans la discussion qui venait de s'élever à Alexandrie au sujet de ce grand homme. Un concile des évêques de la province, présidé par le patriarche Démétrius, avait d'abord examiné l'afTaire de son ordination. Il avait été décidé qu'Origène ne serait pas déposé du sacerdoce, mais qu'il s'éloignerait d'Alexandrie, et n'aurait plus la faculté d'y continuer ses leçons. Le célèbre catéchiste n'avait pas attendu le résultat des opérations de l'assemblée; il s'était d'avance retiré en Palestine, laissant la direction des catéchumènes à Hérac.las, son disciple. L'affaire ne devait pas en rester là. Dans le nombre prodigieux d'ouvrages sortis de la plume du docteur alexandrin, on crut remarquer de nombreuses erreurs. Étaient-elles le fait des hérétiques qui les y avaient interpolées à son insu; étaient-elles de simples hypothèses que sa riche imagination avait pris plaisir à créer sur des points non encore définis; étaient-elles enfin le fruit de la faiblesse humaine à laquelle les plus beaux génies doivent payer leur tribut, aussitôt qu'ils s'écartent des règles tracées par l'Église? Quoi qu'il en soit, examinées dans un second concile rassemblé de nouveau à Alexandrie par les soins et sous la présidence de Démétrius, elles furent jugées assez graves pour amener la déposition

* Ammonius Saccas, Evangelica harmonia; Victor Capuanus, Patrol. tat.^ lom. LXVlii, coi. 2S3.

et même l'excommunication d'Origène. Saint Jérôme, en embrassant avec chaleur la défense du savant alexandrin, nous apprend que Rome et les cvêques de l'Église universelle adhérèrent aux actes du concile d'Alexandrie. La Palestine, l'Arabie et la Phénicie seules se refusèrent à croire à la culpabilité d'Origène. Il est de fait que cet illustre docteur, en apprenant sa condamnation, écrivit aux Eglises d'Egypte une lettre, dans laquelle il s'exprime d'une manière orthodoxe sur tous les points contestés, et demande qu'on ne le rende pas responsable des interpolations faites à ses écrits. Ces tcmoignagçs spontanés d'attachement à la vérité catholique suffirent aux amis d'Origène pour soutenir son innocence. Néanmoins voici quelques-unes des doctrines erronées qu'on lui attribuait. Elles sont pour la plupart extraites de son livre llepC 'Apx<^» ou des Principes. Il y est dit : 1° Que la matière a été créée de toute éternité; qu'après ce monde il y en aura plusieurs autres, de même qu'avant lui beaucoup d'autres ont existé, Dieu n'étant jamais oisif et ne pouvant se passer de monde; 2° Que tous les esprits ont été créés avant le monde, dans une égalité parfaite et avec un corps subtil, qui en est inséparable; qu'étant tombés en diverses fautes, ils furent relégués dans la nature angélique, dans le corps humain, et même dans le soleil et les astres , suivant leur degré de culpabilité; que l'âme, qui resta intimement unie par la charité à son Créateur, mérita, par sa persévérance, de s'unir d'un lien indissoluble à la personne du Christ; 3° Que, déhvrées de leur esclavage, les âmes vont au ciel recevoir le prix de leurs mérites, ou dans l'enfer, subir la peine de leurs péchés ; mais que ni la récompense ni la punition ne sont éternelles, parce que les damnés et les bienheureux, conservant leur libre arbitre, ceux-ci peuvent être expulsés du ciel pour une nouvelle faute, et ceux-là, par leur repentir, participer aux biealails de la rédemption universelle, dont la bonté divine n'exclut même pas le démon; 4° Que le feu de l'enfer n'esî autre chose que le remords de la conscience. — On a encore reproché à Origène de favoriser le pélagianisme, de supposer l'homme capable de s'élever à une perfection qui l'affranchisse de tout pécoé et même de toute tentation. Ou l'a accusé de ne pas avoir une

CHAP. I. SAINTE CKCILH. 27

croyance ferme sur la transraissioa du péché origîneS, et Retraiter d'irrémissibles les péchés commis après la réception de l'Esprit- Saint. — S'il est permis de penser qu'Origène fut étranger lui-même à ces erreurs, on ne peut toutefois nier que les hérétiques lea aient données comme de lui. C'est le malheur des grands hommes que leur autorité serve souvent à accréditer des opinions qiii ne furent pas les leurs, mais dont on croit découvrir le germe dans leurs écrits. Tout l'Orient fut troublé par des novateurs, qui sa couvraient du nom d'Origène, pour nier la divinité de Jésus-Christ, réternité des peines, soutenir la préexistence des âmes et la réalité d'une vie antérieure dans laquelle elles avaient été capables de nv'rile ou de démérite. Noul verrons plus tard, l'an 553, l'origéiiisme condamné par le second concile de Constantînople , cinquième œcuméaique. Nutis examinerons plus à fond les diverses erreurs reprochées à Origène dans l'analyse détaillée des œuvies de ce ;j;'n.nd ho::: me,

§ m. Snlnie CécSle^

lî. Malgré la bienveillance d'Alexandre Sévère pour le christianisme, la législation romaine n'avait pas été changée dans ses dispositions hostiles contre les dîsciplesde Jésus-Christ. La superstition populaire et la haine des légistes veillaient ensemble au maintien des édits sanguinaires antérieurement portés contre l'Eglise. La tolérance du prince pouvait bien en suspendre provisoirement l'exécution, mais elle n'allait pas jusqu'à les effacer du code de l'empire. 11 suffisait donc d'un caprice de la populace, ou du mauvais vouloir de quelque magistrat subalterne, pour renouveler les anciennes persécutions. Ce fut ainsi que la noble vierge Martina Tatiana eut la gloire de verser son sang pour Jésus-Christ. Elle était d'une famille patricienne; son père, dont le nom ne nous a point été conservé dans les Actes, avait été appelé trois fois à l'honneur de porter les faisceaux consulaires. Martina avait ambitionné pour elle-même une gloire plus solide; elle avait voué 'sa virginité au Seigneur; l'Église l'avait enrôlée Darmi ses dîaco-

t'S PONTIFICAT DE SAINT URBAIN I (222-230).

îîpsse?, et H fille des consuls devint l'humble servante des pauvres de .Îésus-Christ, consacrant ses richesses au soulagement de toutes les indigences. Martina fut arrêtée dans la basilique récemment d!;(li'''9 par saint Calliste dans le quartier des Urberavennates. Un iremblement de terre qui, à cette époque, jeta l'épouvante à Home et brisa une des statues les plus vénérées d'Apollon, avait (^i6 le signal d'un redoublement de fureur contre les chrétiens, -ïlartiria fat souffletée par la populace; des soldats lui labourèrent ensuite les paupières et tout le visage avec des ongles de fer. Son hérotiTue constance au milieu des tortures produisit sur les bourreaux eux-mêmes une impression telle qu'ils s'écrièrent: a Le Dieu qui la protège est certainement le vrai Dieu ! Elle ne sent même pas les plaies dont nous la couvrons! » Cette parole valut aux soldats la palme du martyre. On les égorgea, sous prétexte qu'ils s'étaient laissés séduire par la magicienne. Dans la réalité, la grâce de Jésus-Christ, sollicitée par les prières de Martina, avait touché leur cœur; avant d'expirer, ils tracèrent sur leur poitrine le signe triomphant de la croix qui leur ouvrit les portes xlu ciel. On dépouilla ensuitela vierge chrétienne de ses vêtements; tout son corps fut déchiré, comme l'avait été son visage, avec des ongles de fer : ainsi empourprée de son sang elle fut étendue par les mains et les pieds à quatre poteaux fixés en terre, et des centurions se relayèrent pour la flageller. La sainte continuait à prier avec ferveur; quand peuple et bourreaux se furent rassasiés les uns et les autres de ces cruautés inutiles, on jeta la martyre dans un cachot. Quelques jours après, devaient avoir Heu les combats de bêtes qu'on donnait dans l'amphithéâtre, au renouvellement de l'année. La vierge fut exposée à un lion qui vint se couéner à ses pieds et léchait ses blessures. Le glaive d'un confecteur trancha enfin cette tête glorieuse réservée aux couronner immortelles *.

*Bolland., Act. sanct., 1 januarii; Martyr, rom., eod. die. La plupart des auteurs hagiographiques s'accordent à reconnaître l'identité de sainte Martina et de sainte Tatiana, dont le Martyrologe romain fait une double mentioa le !«' janvier sous le nom de Martina, le 12 du même mois sous le nom de

CHAP. r. — SAINTE CÉCILE. 2^

12. C'est à la même période que se rapporte le glorieux martyre de sainte Cécile. Avant d'en reproduire les Actes, dont /authenticité a été réhabilitée en ces derniers temps par dom Guéranger et par les découvertes de l'archéologie catacombaire, il nous faut jeter un coup d'œil sur la situation de l'empire. Alexandre Sévère avait atteint l'âge de la majorité. Fidèle aux enseignemenis de Mammœa sa mère, il entreprit énergiquemeni- de réagir contre la dissolution dont le règne précédent avait donné l'exemple. L'aérolithe d'Héliogabale fut renvoyé à son temple d'Émèse; et le palais impérial vit disparaître la tourbe infâme de courtisanes et de débauchés qui s'étaient partagé les faveurs du dernier César et de son prédécesseur Caracalla. Ces mesures de restauration morale ne s'accomplirent point sans secousses. Le meurtre d'Ulpien égorgé par les troupes prétoriennes, en est la preuve. Ce magistrat, sauf la haine innée qu'il portait à la religion chrétienne, avait un sentiment profond de l'équité; il poursuivait un idéal de réforme administrative, politique et judiciaire, qui eût pu rendre quelque splendeur à l'empire, si son œuvre n'eût été tragiquement interrompue. L'émeute dont son premier ministre fut victime, ne découragea point l'empereur. La justice se montra plus que jamais impitoyable dans ses rigueurs contre les concussionnaires et les dilapidateurs de la fortune publique. « La vue d'un de ces criminels, dit Lampridius, soulevait le cœur d'Alexandre Sévère, et lui faisait monter le sang au visage. » Pour extirper jusque dans son germe cette race ignoble, fîéau de toutes les civilisations où le pouvoir est trop centralisé, Alexandre s'imposa la loi de ne nommer à aucune des grandes charges de l'empire sans qr^ le choix eût été préalablement examiné et ratifié par le sénat. En rendant ' à ce corps éminemment conservateur quelques-unes de ses an-

Tatiana. Le récit des Actes est absolument le même sous ces deux rubriques Tout porte donc à croire que la double mention au Martyrologe se rapporte à la même sainte, dont on célèbre au 1er janvier la fête anniversaire à la date de son martyre, et au 12 janvier la translation des reliques, à la date de «a fepulture dans la oalacombe. D. Guéranger a cru cependant devoir main^ tenir la distinction des saintes Martine «t Tatiana. (Cf. Hist. de sainte Cécile ehap. m, pag. 20.)

ciennes prérogatives, Alexandre Sévère se ménageait un point d'appui contre l'influence de plus en plus despotique des prétoriens, et se dégageait ainsi de la tyrannie nr.Iitah-e crui allait bieniùt absorber toute la puissance effective au profit de la soldatesqi;. Personnellement le jeune empereur donnait, par sa conduite privée et par la régularité de ses mœurs, le modèle des vertus qu'il voulait faire refleurir au sein de Rome dégénérée. Nous insistons sur cette tentative de restauration. Elle fut essayée avec une entière bonne foi ; poursuivie par Alexandre Sévère avec une abnégation et une grandeur d'âme incontestables; appuyée par toutes les forces dont disposait un maître du monde. Et pourtant elle n'aboutit pas. C'est que, dans l'histoire du passé, on ne trouve pas un seul essai de morale indépendante qui ait réussi. Il importe de dire ces choses à un siècle et à un pays où, dédaignant la force surnaturelle du Dieu qui a fait « les nations guérissables, » l'utopie rationaliste prétend trouver le remède aux défaillances sociales et à la décadence universelle dans la notion abstraite d'une vertu dépouillée de croyances et d'une morale dépourvue de sanctions Le devoir est le pivot des sociétés : mais, dans sa notion étymologique, le devoir, debitum, suppose absolument deux termes corrélatifs : le créancier suprême envers qui le débiteur humain doit acquitter sa dette. Profonds philosophes! vous commencez par supprimer le terme supérieur et divin; vous dites à l'homme, débiteur moral : Je supprime ton créancier! et vous prétendez lui réclamer encore la dette! Quand il n'y a plus de créancier, le debitum, la dette est éteinte; quand il n'y a plus de Dieu, il n'y a plus de devoir pour l'homme. Quand il n'y a plus de foi sociale, pratique, obligatoire, au sein d'un peuple; inutile d'y chercher une vertu, une justice, un droit quelconques. La force brutale 50US ses deux manifestations extrêmes, la tyrannie d'un seul ou l'anarchie démagogique, devient la seule perspective d'une pareille société. Quoi qu'il en soit, l'Alexandre romain porta aussi loin que possible l'énergie du bien. On le vit reprendre la tunique hérissée de poils de Septime Sévère; il bannit de la cour, avec les étoffes de soie et les robes à l'orientale, les eunuques, les proxénètes, les

CUAP. J. — SAIKTi: CÉCILE.

houffoos, les comMiens et toute celte foule infâmo qni pourvo»,!aux débauches de Calisula et d'Héliogabale. LataL;. du palais fUt soum,se a une réglementation somptuairê dont la sévér;' ,' fut imif 'e

ITm "T ^''"*"'-^''=- ^^'°™- --" -t'oint, sous les règ,:. précddents.des proportions colossales, .«oxandre Sévère 4 T prêteur; ,1 fournissait de l'argent à quatre pour cent au commères,' a Imdustne, à I agriculture. Des établissements de crédit fu-enJ -ondes sur ces bases. Tous les désœuvrés de la capitale furent renvoyés aux campagnes qui manquaient de bras. Les impôts fonciers furent réduits dans la proportion de trente à un, et remnla.és

pardestaxesportantexclusivementsurlesobjetssuperflus qui; dans es c,v,l,sahons avancées, Hnissent p.r devenir le nécessdre artiHcel. Que manqua,t.il à toutcet ensemble de mesures, aussi habiles que sages, pour être durables et fécondes? Une foi religieuse. Au lieu laratT ?" ""?-«-"" divin Jet de placer sa statue dans le Iara.re du palais entre celles d'Orphée, de Jupiter et d'Abraham

TuJZnVZ '"'"' P"" '^^ ''''"''' ""^ "'-"'« inépuisable. Le fils de Mamm^a n'eut pas ce courage. On dit que chaque

ma m et chaque soir 11 s'enfermait pour prier, devantes sMu

de ce. divm. es s, b.zarrement amalgamées. Mais sa piété ne fran.

ch.ssa,t point le seuil du cuUculum impérial. Autour de lui les

hommes d'Etat, les juristes, les philosophes ne croyaient pl^ à

. rien, pas même aux faux dieux au nom desquels ils envoyaient

haque jour es chrétiens à la mort. Le christianisme seul aviit un

élément de régénération qui pouvait sauver l'empire. Or le chris

..amsme était, parmi tant de milliers de certes divers,' l'unique

■el,g.on qn on s'obstinai, à proscrire. En ce moment une nsurrec

i.on générale des Perses appela le jeune empereur en Orient li

partit plein d'ardeur et d'espérances, pour cette expédition où il

deva, faire ses premières armes, laissant Rome an pouvoir de

magistrats hostiles au Christ. Durant son absence, lapersécuUoa

reprit un nouveau degré de fureur.

l^écL'intlln f °"°^°^:^"^--* '^ -é-t du martyre de sainte décile, dont les Actes s'expriment en ces termes : « Jésus-Christ

rONTIFiCAT DE SAINT URBAIN I (222-230).

avait dit : Venez à moi, vous tous qui portez le poids du travail et de la douleur, et je vous referai. Cette parole convertissait le monde. La vierge Cœcilia, d'une famille clarissime*, avait goûté la douceur et les charmes de cette voix divine. Elle portait, caché sur sa poitrine, un exemplaire de l'Évangile, qu'elle lisait nuit et jour, accompagnant de prières continuelles ses pieuses méditations. La bienheureuse avait été fiancée par ses parents au jeune patricien Valerianus, lequel, dans l'ardeur de son amour, obtint qu'on fixât le jour du mariage. Or, Cécile portait un cilice sons les riches tissus d'or et de soie dont elle se paraît extérieurement. Devant la volonté de sa famille et les instances de son fiancé, la vierge se sentait défaillir ; son corps affaibli et languissant témoignait que son cœur était uniquement captivé par l'amour du Christ Sauveur,

* « La race des CoeciliHS-Metellus se glorifie d'avoir pour aïeule Caïa Cœcilia Tanaquil, femme de Tarquin l'Ancien, Sous la Répulilique, la splendeur des Meteilus monta à son comble. Consuls, dictateurs, censeurs, pontifes, ses membres conquirent successivement les titres victorieux de Macéionique, Baléanque, Creiiqtte, Numidique, Dalmatique. Une Cœcilia, fille de L. Meteilus le Dalmatique, fut épouse du dictateur L. Sylla. Une autre Cœcilia, fille de Q. Meteilus le Crétique, épousa le triumvir Crassus, et lui fit élever un élégant et magnifique tombeau, encore aujourd'hui le plus remarquable monument de la voie Appienne. Sous les empereurs, la famille des Cœcilius fut plusieurs fois honorée du consulat, et avant l'époque où elle eut la gloire de produire l'heureux rejeton qui l'a plus honorée à elle seule que tous les grands généraux dont elle était si fière, les fastes consulaires noua offrent sous Vitellius, le nom de Cueius Cœcilius Simples, et, sous Trajan, celui de C. Cœcilius Classions, coûime revêtus de cette magistrature. Uni! ancienne tradition de Rome chrétienne place au Champ-de-Mars la maison où fut élevée Cécile, et où elle passa ses années jusqu'à l'âge nubile. Une chapelle célèbre marque l'emplacement du palais, et on y lit cette inscriji-

tiOQ :

H^C EST DOMVS IN QVA ORABAT SANCTA CŒCILIA.

Le titre populaire [Il Divino Amore), qui s'est attaché à cette chapelle, relie le monument moderne à la maison païenne des Cœcilius, qui fut véritablement, pendant le séjour de la vierge, un temple auguste de Vamour divin. Au sein de cette demeure opulente, décorée de toute la pompe païenne, au milieu des trophées et des couronnes, Cécile, étrangère au faste et aux a^ traits du siècle, pratiquait, avec une entière fidélité, la loi divine que le Christ est venu apporter aux hommes. » (D. Guéranger, Hist.de sainte CécUey pag. 29-31.)

iïnfin le jour arriva où le lit nuptial fut dressé. Pendant que l'ûjvilente demeure retentissait du concert des instruments profanes, Cécile, dans son cœur, chantait à Dieu cette parole du Psalmiste : I « Faites, ô mon Dieu, que mon cœur et mon corps demeurent i mmaculés dans le sentier de vos justices, et que mon front n'ait / point à rougir ' ! )> Depuis deux jours, elle n'avait pris aucune nourriture. A ce jeûne rigoureux, elle avait joint la prière, se ecommandant avec ferveur à la protection céicste. Elle invoquait los anges du Seigneur; suppliait avec larmes les Apôtres; invoquait les saintes servantes du Christ, afin d'obtenir par leur intercession la faveur de conserver intacte la fleur de sa virginité. Cependant vint la nuit où elle se trouva seule avec son époux, dans le cubiculum silencieux. Très-doux ami, lui dit-elle, j'ai un secret à vous confier, mais jurez-moi que vous ne le révélerez à personne. — Valérien en fit le serment. La vierge reprit alors : Je dois vous apprendre que j'ai pour protecteur un ange

1 Cnntantibus organis, CœcilUi Domino decantabat, dicens : Fiat cor 7veum tmmaculutum, ut non confundar. Telle est encore aujourd'hui, dans la liturgie romaine, la première aulienne des 1-audcs, à l'office de sainte Cécile. L'antienne abrège le texte des Actes, dont elle se borne à reproduire le sensi. L'art musical, transformé par le christianisme, a compris que nulle situation n'expriiïîait mieux la sublime mission de l'harmonie, dont le but supérieur est d'élever l'âme au ciel, en la détachant des choses de la terre. Voilà pourquoi il s'est constitué sous le patronage de sainte Cécile. « Les corporations de musiciens se placèrent àl'envi sous la protection de la vierge romaine; le jour de sa fête fut marqué par l'exécution des plus brillantes compositions eu son honneur. On voit, dès l'an 1501, une célèbre confrérie musicale, à Rouen, porter le titre de Sainte-Cécile, dans un acte où elle renouvelle se^* statuts antérieurs. (Ouin-Lacroix, Histoire des corporations et des confréries aa Rouen, pag, 453.) A la même époque, les musiciens de Rome fondaient leur Aca-' hernie de Sainte-Cécile. (Alfieri, Notizie storiche sulla congregazio>ie ed' A'cnilemia di santa Cecilia, et un excellent article de M. Morelot, dans la tlevae de musique religieuse ÛG M. Danjou ; novembre, 1845). La sainte Cécile de Raphaël, qui remonte à 1513, est représentée tenant dans ses mains un instrument de musique qu'elle abaisse pour écouter lee concerts célestes. Lucas de Leyde la peignait accompagnée d'un ange, qui tient devant elle un petit orgue sur les touches duquel la sainte promène ses doigts. Dans le tableau de Garofalo, sainte Cécile touche un orgue^ en présence de la sainte Vierge et de saint Antoine de Padoue. » (Henrion, Cours complet d'Histoire eccle's., tom« XII, coî. 167, note 447.)

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