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de Dieu, qui s'est constitué le gardien jaloux de ma virginité. A la moindre tentative téméraire de votre part, sa fureur s'allumera contre vous et vous succomberez, en cette fleur de jeunesse, sous ^es coups de sa vengeance. Au contraire, si vous m'aimez d'un cœur pur et d'un amour immaculé, si vous respectez ma virginiti et la gardez inviolable, la protection dont il me couvre s'étendra sur vous et il vous comblera de ses faveurs. — Ce discours émat le jeune homme que la grâce divine voulait convertir. Il se sentit effrayé à cette révélation. Epouse bien-aimée, répondit-il, si vous voulez que j'ajoute foi à vos pciroles, faites-moi voir cet ange. Quand je l'aurai reconnu pour un véritable envoyé de Dieu, je ferai ce que vous me demandez. Mais si cette confidence n'était qu'une feinte, si vous aviez donné votre cœur à un autre homme, ma colère serait implacable, vous et lui je vous tuerais tous deux sans pitié! — Très-cher époux, dit la vierge, si vous consentez à suivre mes conseils ; si vous me promettez de faire purifier votre âme dans le bain de l'éternelle régénération ; si vous embrassez la foi au Dieu unique vivant et véritable; vous verrez de vos yeux l'ange ajui veille à ma garde. — Et quel est celui qui me purifiera ainsi, de manière à ce que je puisse voir cet ange ? demanda Yalérien. — Cécile répondit : Il y a, dans une retraite voisine, un vieillard qui a le pouvoir de purifier les hommes. Par son ministère, ils deviennent dignes de contempler les Anges. — Ce vieillard, dit Valérien, oii le trouverai-je ? — Sortez de la ville, par la voie Appienne, dit Cécile. Allez jusqu'à la troisième colonne milliaire. Là vous trouverez des pauvres qui demandent l'aumône aux passants. Je les connais ; ils sont l'objet de ma constante sollicitude. Ce sont eut qui m'ont pour la première fois dirigée moi-même sur cette route du salut. Vous les aborderez en les saluant de ma part, et vous leur direz : Cécile m'envoie près de vous, afin que vous me conduisiez près du saint vieillard Urbain. J'ai un message secret à lui transmettre. Quand vous serez en présence du vieillard, vous lui raconterez ce qui s'est passé entre nous; il vous purifiera, et vous revêtira d'un habit éclatant de blancheur. Vous reviendrez alors et en entrant dans ce cubiculum, vos yeux verront l'ange du ciel qui
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y préside. Il sera déjà devenu votre protecteur et vous obtiendrez de lui toutes les grâces que vous lui demanderez. — Valérien partit sur-le-champ ; au troisième mille de la voie Appienne , il trouva les mendiants dont la vierge lui avait parlé. Ceux-ci le conduisirent près du saint évêque Urbain, qui avait déjà deux fois confessé le nom de Jésus-Christ devant les tribunaux, et qui se tenait désormais caché parmi les tombes des bienheureux martyrs. En entendant le récit du jeune homme, tJrbain sentit une joie céleste inonder son âme. Il s'agenouilla, et les mains étendues, vers le ciel, il pria en ces termes : Seigneur Jésus-Christ, auteur des chastes résolutions, recevez le fruit de la divine semence que vous avez déposée au cœur de Cécile. Pasteur saint et miséricordieux, votre servante Cécile, pieuse brebis de votre troupeau, a rempli la mission que vous lui aviez confiée. L'époux qui venait à elle, lion impétueux, elle l'a transformé en un doux agneau. Si Valérien ne croyait pas déjà, il ne serait pas venu jusqu'ici. Ouvrez, Seigneur, la porte de son cœur à vos paroles, afin que, reconnaissant en vous son Créateur et son Dieu, il renonce au démon, ù ses pompes, à ses œuvres et à ses idoles ! — Pendant qu'Urbain priait ainsi, Valérien vit apparaître un vieillard, vêtu d'une robe blanche comme la neige, et tenant à la main des tablettes écrites en lettres d'or. C'était Paul, l'Apôtre des nations. A cette vue, le jeune homme tomba comme mort, la face contre terre. Le vieillard le releva en disant : Mon fils, lis les paroles de ce livre, et crois. Tu mériteras ainsi d'être purifié et de voir l'ange dont la vierge Cécile t'a promis de contempler ïes traits. — Valé* rien fixant les yeux sur les tablettes, lut ces mots : Un Dieu, une foi, un baptême ; un seul Dieu, Père de toutes choses, qui est en tout et au-dessus de tout '. — Mon fils, lui demanda le vieillard céleste, crois-tu qu'il en soit ainsi ? — Le jeune homme s'écria, dans un saint transport : Rien de plus vrai sous le soleil ! Rien qui commande plus impérieusement la foi! — Comme il prononçait ces paroles, le vieillard disparut, et Valérien se trouva seul avec
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le saint évêque Urbain, qui commença à l'instruire des vérités de la foi. L'ayant ensuite baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, il acheva de lui enseigner les mystères, et le renvoya à Cécile. Quant Valérien, vêtu de l'habit blanc des néophytes, arriva, Cécile était en prières dans le cubiculum. Près d'elle se tenait un ange, au visage resplendissant, aux ailes de flamme. Il portait en chaque main une couronne entrelacée de roses et de lys, qu'il déposa sur la tête des deux époux, en disant : Méritez de conserver ces couronnes par la pureté de vos cœurs et la sainteté de vos corps ; c'est du jardin du ciel que je vous les apporte. Ces fleurs ne se faneront jamais ; leur parfum sera toujours aussi suave ; mais nul ne pourra les voir, s'il n'a mérité comme vous par sa pureté les £-veurs du ciel. Maintenant, ô Valérien, parce que tu as acquiescé aux pieux désirs de Cécile, le Christ, Fils de Dieu, m'a envoyé vers toi pour recevoir toute demande que tu aurais à lui adresser. — Le jeune homme, prosterné aux pieds de l'ange, répondit : La plus douce affection que j'aie en ce monde est celle de Tiburce, mon frère unique et bien-aimé. En ce jour où j'ai é*^é déhvré de la servitude des démons , je n'ai qu'une seule demande à formuler ; celle de voir ce ft-ère partager mon bonheur. Je supplie donc Jésus-Christ, mon Dieu, de lui accorder la même grâce et de nous rendre tous deux parfaits dans la conîession de son nom. — A ces mots, la figure de l'ange prit une expression de joie céleste : La grâce que tu demandes au Christ, dit-il, était celle que le Christ désire le plus t'accorder. De même qu'il a gagné ton cœur par Cécile, sa servante, ainsi toi-même tu gagneras le cœur de ton frère, et tous deux vous obtiendrez h\ palme du martyre. — En prononçant ces paroles, la vision angclique remonta aux cieux '. »
• • rsion 14. «Les deux époux continuèrent à épancher leur âme dans nw "i-M-de' entretien plein d'effusion sainte et de pieuse tendresse, lorsque
*" °" Tiburce, frère de Valérien, entra; et s'avançant vers Cécile
^Aclasanct. Cœcilice, édit. de Bosio (1600), de Laderchi (1723), et de Suriua,
psproduite ; Patrol. grcec. tom. CXVf, col. 163.
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devenue sa sœur, il lui déposa sur la tête un baiser fraternel. Quel est le parfum qui s'exhale de vos cheveux? lui dit-il. D'où vient, dans la saison où nous sommes, cette odeur de roses et de lys? Quand j'aurais en ce moment sous la main ces fleurs ellesmêmes, elles ne répandraient pas un parfum plus frais et plus délicieux que celui que je respire. Il me semble qu'il pénètre dans tout mon être et qu'il me régénère. — Frère bien-aimé, dit Valérien, c'est moi qui t'ai obtenu de Dieu le privilège de sentir ce parfum céleste. Si tu veux croire, tes yeux verront les fleurs, maintenant invisibles pour toi, d'oii cette suave odeur s'exhale. Alors tu connaîtras celui dont le sang est vermeil commes les roses, et dont la chair est blanche comme le lys. Cécile et moi, nous portons une couronne que tu ne saurais voir encore; les fleurs qui la composent ont l'éclat de la pourpre et la blancheur de la neige.
— Est-ce un songe? s'écria Tiburce. Parles-tu sérieusement? — Un songe ! répondit Valérien. Notre vie passée en était un. Maintenant nous sommes dans la vérité ; l'illusion et le mensonge ont perdu sur nous leur empire. Car les dieux que nous avions adorés jusqu'ici ne sont réellement que d'impurs et malfaisants démons.
— Comment as-tu pu t'en convaincre? demanda Tiburce. — L'ange de Dieu m'a instruit, répondit Valérien : il se manifestera de même à toi, si tu veux te purifier de la souillure des idoles. — S'il m'était possible de voir un ange, reprit Tiburce, je ne demande pas mieux. Mais combien de temps me faudra-t-il pour la purification préparatoire ? — Elle sera prompte, dit Valérien. Jure-moi seulement que tu renonces au culte exécrable et maudit des idoles; que tu crois au Dieu unique et véritable qui règne dans les cieux.
— Je ne comprends pas, dit Tiburce, à quelle fin tu exiges de moi cette promesse. — Cécile prit la parole : Quoi I dit-elle, vous ne comprenez pas que des statues d'albâtre, de marbre, de terre, de bois, de pierre, d'airain ou de tout autre métal, ne sauraient être des dieux ! Ces vaines idoles sur lesquelles l'araignée tend sa toile et où les cigognes vont nicher; ces statues dont la matière est tirée des entrailles du sol par des malfaiteurs condamnés aux mines, vous pouvez prendre cela pour des dieux ! Entre un ca-
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davie et une idote, il u'y a nulle différence. Un cadavre a tous ses membres, mais il n'a plus ni souffle, ni sentiment, ni voix. De même l'idole a aussi tous ses membres, mais leur inertie est la même que dans le cadavre ; cela porte des noms de dieux, mais cela n'exprime que folie, crimes et mensonges. Du moins, quand l'homme était vivant, ses yeux, ses oreilles, sa bouche, ses pieds, ses mains, remplissaient leur office ; mais l'idole a commencé par la mort, et elle y demeure ; elle n'a jamais ni vécu, ni pu vivre. — Tiburce, ù-appé d'un rayon de la vérité, s'écria vivement : Oui ! c'est vrai. Il faudrait, pour ne le point comprendre, être une brute ! Moi aussi, je le proclame, il n'y a d'autre Dieu que le Dieu des chrétiens. Je veux désormais l'adorer. — En l'entendant parler ainsi, la vierge le serra sur son cœur et l'embrassant, lui dit : C'est maintenant que je vous reconnéds pour mon frère. L'amour du Seigneur a fait de Valérien mon époux ; le mépris que vous faites des idoles fait de moi votre véritable sœur. Le moment est venu où vous allez embrasser la foi de Jésus-Christ ; allez donc avec votre frère, pour recevoir dans le baptême la purification spirituelle. Ainsi vous verrez les anges et vous obtiendrez le pardon de toutes vos fautes. — Tiburce, s'adressant alors à son frère, lui dit : A qui veux-tu me conduire ? — Près d'un grand personnage , répondit Yalérien, il se nomme Urbain. C'est un vieillard à cheveux blancs, d'une figure an géhque, aux discours véritables et remplis de sagesse. — Ne serait-ce pas, reprit Tiburce, cet Urbain que les chrétiens nomment leur pape ? J'ai ouï dire qu'il a déjà subi deux condamnations devant les tribunaux, et qu'il se tient caché dans je ne sais quels souterrains. S'il est découvert, il sera livré aux flammes, et nous, si l'on nous trouve avec lui, nous partagerons son sort. Ainsi, pour avoir voulu chercher une divinité qui réside aux cieux, nous rencontrerons sur la terre un affreux Bupplice. — La bienheaieuse Cécile dit alors : En effet, si cette vie était la seule, s'il n'y en avait pas une autre, ce serait avec raiton que nous pouirions craindre de la perdre. Mais il y a une autre vie plus subhme et plus grande que celle-ci ; elle ne doit jamais finir. En perdant celle-ci, nous conquérons celle-là. Dès
lors, qu'avons-nous à craindre? — Je n'ai jamais entendu dire, reprit Tiburce, qu'il y eut une autre vie après celle-ci. — Sachezle donc, bien-aimé frère, car cela est certain, dit Cécile. La vie que nous passons ici-bas, dans l'angoisse et la douleur, parmi tant de labeurs et d'afflictions, se peut à peine appeler du nom de vie. Après une série de vicissitudes de tout genre, entre la santé et la maladie, les passions des différents âges, les conditions variables de fortune ou d'indigence, cette vie se termine uniformément pîtr la mort, qui met fin aux plaisirs ou aux peines. Quand elle est terminée, on dirait qu'elle n'a pas même été ; car ce qui n'est plus ressemble fort à ce qui n'est point. Mais l'éternelle vie qui succède à notre existence caduque, misérable et brève, celle-là a des Joies sans mélange et sans fin pour les justes, comme elle a des supplices infinis pour les pécheurs. — Pour le savoir, interrompit Tiburce, il faudrait un témoignage. Qui donc est allé dans cette autre vie? Qui en est revenu pour nous apprendre ce qui s'y passe ? — La bienheureuse Cécile se levant alors avec majesté, fit entendre ces imposantes paroles : Le Créateur du ciel et de la terre a engendré, avant tous les temps, de sa propre substance, un Fis ; il a produit par sa vertu divine l'Esprit-Saint. C'est le Fils, engendré du Père, qui reçut la mission de créer toutes choses ; l'Esprit-Saint les vivifie. Tout ce qui existe, le Fils de Dieu l'a créé ; tout ce qui est créé. l'Esprit-Saint l'anime. — Comment ! s'écria Tiburce, tout à l'heure, vous me disiez qu'il n'y a qu'un Dieu, et maintenant vous en nommez trois ! — C'est là précisément, répondit Cécile, l'auguste Trinité, dans la majestueuse unité d'un seul Dieu. Que si vous voulez avoir une idée de ce mystère saint, écoutez une comparaison. Voici un homme qui possède la sagesse ; par sagesse nous entendons le jugement, la mémoire, l'intelligence ; le jugement qui discerne les vérités, la mémoire qui les conserve, l'intelligence qui les explore. Reconnaîtrons-nous pour cela trois sagesses dans le même homme? Si donc un mortel possède trois facultés en un seul esprit , devons-nous hésiter à reconnaître , dans l'uniqu'C essence du Dieu tout puissant, le mystère radieux de la Trinité ? — En ce moment, la grâce de Jésus-Christ éclaira le cœur de Ti-
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burce. L tomba à genoux, en s'écriant : Cécile, sœur bien-aimée, une langue humaine ne parle point ainsi ; c'est l'ange du Seigneur qui S'est exprimé par votre organe ! — Puis il rendit grâces à Dieu de ce que le dogme de l'unité divine en trois personnes lui avait été si clairement manifesté. S'adressant alors à son frère : Valérien, lui dit-il, je le confesse, le mystère de l'unité de Dieu n'a plus rien qui m'arrête ; je ne désire qu'une seule chose, c'est que tu continues à éclaircir les doutes qui restent encore dans moB esprit sur d'autres sujets. — Adressez-vous à moi, reprit Cécile. Votre frère, encore revêtu de la robe blanche des néophytes, ne saurait peut-être pa" répondre à toutes vos questions. Pour moi, instruite dès ma plus tendre enfance dans la sagesse du Christ, vous me trouverez mieux préparée. — Tiburce dit à la vierge : Je l'ai déjà demandé et je renouvelle ma question. Quel est le messager, revenu de l'autre vie, qui vous en a révélé les secrets? — Le Père, répondit Cécile, a envoyé du haut des cieux son Fils unique, qui naquit de la Vierge Marie. Il a paru sur la montagne sainte de Sion, d'où il a fait entendre la parole du salut : « Peuples, venez tous à moi, disait-il, et je vous donnerai l'éternelle vie. » Alors sont accourus vers lui tous les âges, tous les sexes, toutes les conditions. A tous il disait : « Faites pénitence pour vos ignorances passées ; car le règne de Dieu, qui doit mettre fin au règne des hommes, est arrivé. Dieu veut faire part de son royaume à ceux qui croiront, et celui qui sera le plus saint y recevra le plus d'honneurs. Les pécheurs seront tourmentés par d'éternels supplices, par des feux qui les dévoreront sans les consumer. Les justes resplendiront au sein d'une éternelle gloire ; ils auront les délices sans fin pour partage. Enfants des hommes, ne cherchez donc plus les joies fugitives de cette vie, mais assurez-vous l'immortelle félicité de la vie future. La première est courte, la seconde n'aura point de fin. » En 1 entendant parler ainsi, les peuples infidèles lui demandaient : « Quel est celui qui est entré dans l'autre vie et en est revenu pour nous certifier la vérité de votre doctrine? » Le Fils de Dieu leur répondait : « Si je ressuscite devant vous des morts, persisterez- vous à rejeter mon enseignement? Si vous ne croyez pas
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\ mes paroles, croyez du moins à mes prodiges. » On le vît alors, pour fixer les incertitudes et dissiper tous les soupçons, rappeler à la vie, en présence de la foule assemblée , des morts ensevelis depuis trois et quatre jours, et déjà en proie à la corruption du tombeau. Il marchait à pied sec sur les flots de la mer, il commandait aux vents, il apaisait les tempêtes. Il rendait la vie aux aveugles, la parole aux muets, l'ouïe aux sourds, l'usage de leurs membres aux boiteux et aux paralytiques ; il guérissait les lépreux ; délivrait les possédés et mettait les démons en fuite. Cependant des Pharisiens impies, d'orgueilleux pontifes, voyaient le peuple les abandonner pour courir à Jésus. Les multitudes étendaient leurs vêtements sur son passage et criaient : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Princes et prêtres s'unirent pour traduire Jésus au tribunal de Pilate, un gouverneur romain. Il l'accusaient du double crime de magie et d'impiété. Leurs manœuvres firent éclater une sédition tumultueuse, au sein de la populace qui le mit en croix. Or Jésus, dans sa prescience, savait que sa mort devait opérer le salut du monde; il se laissa prendre, insulter, flageller et mettre à mort. Il savait que sa Passion seule pouvait enchaîner le démon et les forces de l'enfer. Il fut donc chargé de chaînes, lui qui ne commit jamais le péché, afin que le genre humain fut affranchi du joug du péché ! Il fut maudit, lui qui est l'objet de toutes les bénédictions de la terre et du ciel, afin d'eff"acer la sentence de notre malédiction ! Il souffrit d'être le jouet des méchants, afin de nous arracher à l'illusion des démons dont nous étions le jouet ! Il se laissa couronner d'épines, pour nous soustraire à la peine capitale suspendue sur nos têtes ! Ses lèvres furent trempées dans le fiel, parce qu'il voulait rétablir oans l'homme le sens du goût altéré chez notre premier père, le jour 011 la mort entra dans le monde. Il fut abreuvé de vinaigre ; pour absorber en lui toute l'acreté du principe de corruption, qui nomine notre nature, voulant boire lui-même le calice que noua avions mérité. Il fut dépouillé, pour couvrir d'un vêtement éclatant de blancheur la nudité que la perfidie du serpent dévoila à nos premiers ancêtres. Il fut cloué au gibet de la croix, pour détruire
la prévarication de l'arbre qui nous fut fatal au premier jour. Il se laissa atteindre par la mort, pour détruire la mort et l'enchaîner à jamais. Enfin, lorsque les éléments contemplèrent leur Créateur (ievé sur ce bois infâme, un tremblement d'horreur les saisit; la jerre s'ébranla ; les rochers se fendirent ; le soleil épouvanté S'oljscureit et un voile lugubre couvrit le monde. Un nuage sanglant intercepta les pâles rayons de la lune, et les étoiles s'enfuirent du ciel. Gémissante, comme une mère dans les dtîuleurs de l'enfantement, la terre, ouvrit son sein et rendit à la lumière le corps de plusieurs justes, ressuscites en ce jour pour attester que le Sauveur était descendu aux enfers, qu'il avait arraché le septre de la puissance au démon, et qu'en mourant il avait dompté la mort. Yoilà pourquoi nous nous réjouissons lorsque nous avons le bonheur de souffrir pour son nom ! Voilà pourquoi les persécutions forment notre gloire î Nous savons en effet que notre vie fragile et misérable fait place à rétemelle vie que le Fils de Dieu, ressuscité d'entre les morts, a promise à ses Apôtres, le jour où ils le virent, sous leurs yeux, monter an cFel. Songez-y, Tiburce , frère bien-aimé. Il suffit en justice de la déposition de trois personnes intègres et désintéressées pour constituer un témoignage légal. Or, le Christ ressuscité ne s'est pas seulement fait voir à ses douze apôtres ; il s'est manifesté à plus de cinq cents personnes assemblées. Il voulut que l'ombredu doute le plus léger ne pût planer sur un prodige aussi étonnant. Ses disciples, envoyés par lui pour annoncer au monde ces merveilles, ont eux-mêmes appuyé leur prédication sur des miracles incontestables et sans nombre. Au nom du Christ, ils ont guéri toutes les maladies, chassé les démons et ressuscite les morts. Telle est ma réponse à votre question. Vous comprendrez maintenant si nous n'avons pas le devoir de mépriser la vie présente, pour diriger toalcs nos aspirations et nos espérances vers la vie future. Là mort est impuissante contre le fidèle de Jésus-Christ. A l'instanl où il dépose ce corps périssable, les anges saints reçoivent son âme et l'introduisent dans les régions fortunées du paradis. Toutefois la mort persiste dans son alliance avec le d-émon, pour