‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 48 sur 96 · CUAP. V. — FIN DE LA HUITIÈME PERSÉCUTION GKNI-RALE · texte numérisé non relu

CUAP. V. — FIN DE LA HUITIÈME PERSÉCUTION GKNI-RALE

jiilcr la vierge Colomba, dont le culte est resté populaire sous le nom de sainte Colombe *. Colomba appartenait à la royale famille d'ur des chefs ibériques, qui se partageaient alors, par droit de conquête ou d'hérédité, le sol destiné à devenir la catholique Espagne. L'amour de Jésus-Christ avait de bonne heure absorbé toutes les facultés de son âme. Le zèle apostolique, qui devait plus tard embraser le cœur de sainte Thérèse, dévorait celui de Colomba. A quinze ans, elle quittait la maison paternelle, franchissait les Pyrénées et traversait toute la Gaule méridionale, prêchant, plus encore par ses exemples que par ses discours, le nom de Jésus-Christ. Telles autrefois les saintes femmes de l'Évangile quittaient tout pour suivre le divin Maître. Colomba était dans le chef-lieu des Senonenses, au moment où Aurélien y arrivait. Elle lui fut signalée comme l'une des plus ferventes chrétiennes. Or, Colomba n'avait pas plus de seize ans. La grâce céleste ajoutait un éclat souverain à la beauté de la jeune vierge, dont la distinction native attestait la royale origine. Quand elle parut au tribunal, Aurélien se sentit ému; il avait un fils; il songeait à l'empire : une alliance avec la fille d'un roi des Ibères ne lui semblait pas à dédaigner. Colomba fut accueillie non comme une captive, mais comme une reine. Adore les dieux et sois ma fille, lui dit Aurélien. — Il expliqua davantage sa pensée et fit briller aux yeux de la jeune vierge tous les avantages de l'union qu'il ambitionnait lui-même. A chaque instance nouvelle, Colomba répondait par ces mots : Le Christ est mon époux I — Aurélien passa de l'espérance à la fureur. II s'emporta en invectives contre le fanatisme des chrétiens, qui séduisaient ainsi les plus nobles caractères. Enfin, croyant avoir trouvé le moyen d'abattre cette fière virginité, il commanda d'enfermer l'héroïne proche du bestiaire, dans uîie des cellules de l'amphithéâtre, et il

» 31 décembre. Cf. CofHnet, Enseigne du pèlerinage de sainte Colombe de 'Sens, Troyes, 1866. Il ne faut pas confondre la vierge et martyre de Sens avec la sadnte du même nom, originaire de Cordoue. (Cf. Martyol. Baronij, Iq notis, 31 decemb.). Brullée, Histoire de l'abbaye royale de Sainte-Colombe lei Sens, iu-8». S. Bamiani, Sermo LXV, de S» Columbà; Patrol, lai., tpm. CXUV, col. 881.

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eut rinfamie d'envoyer dans ce réduit un débauché vulgaire. Quand la vierge de Jésus-Christ vit s'ouvrir la porte de son cachot, elle aperçut cet homme, dont la parole et l'attitude ne lui révélèrent que trop l'abominable mission. « Insensé ! lui dit-elle, que venezvous faire ici? Prenez garde que Jésus-Christ, mon Seigneur et mon Dieu, ne vous foudroie à mes pieds! » Puis, levant les bras ' en croix, elle se mit en prières. — A l'instant, par une porte dn bestiaire qui s'ouvrit soudain, un des ours tenus en captivité pou.' les jeux de l'amphithéâtre se précipita sur l'audacieux et le terrassa. D'un geste, la vierge dompta l'animal farouche qui repoussa sa victime et vint humblement se coucher à la porte entr'ouverte du cachot. « Vous le voyez, dit Colomba au jeune homme; cette bête sauvage elle-même reconnaît le pouvoir de Jésus-Christ, mon Dieu. Serez-vous plus aveugle qu'elle? — Le jeune homme, épouvanté de ce qu'il avait vu, s'était agenouillé. A la voix de Colomba, la grâce pénétra dans son cœur. Je crois, ditil, que Jésus-Christ est Dieu et que vous êtes sa servante ! — Il sortit ensuite, publiant dans toute la ville les merveilles dont il avait été témoin. On l'arrêta, on le soumit aux plus cruelles tortures; mais il persista à confesser le nom de Jésus-Christ, et il eut la gloire de donner son sang pour cette religion divine qu'il blasphémait la veille. Or, le nom de ce martyr gallo-romain était Baruca. Cependant l'ours, échappé de sa loge, n'avait pas voulu quitter le poste d'honneur qu'il avait pris à la porte du cachot de Jolomba. Pour le forcer à quitter ce lieu, on entassa des branchages de bois sec auxquels on mit le feu. Cerné par les flammes, l'animal se rua parmi la foule qui l'entourait, s'ouvrit un passage, et, traversant la cité, regagna les forêts voisines. Cependant Colomba • était en prières; le feu approchait de sa cellule, et la vierge en-i\ ^ ïrevoyait dans cette horrible mort la fin de sa captivité, lorsqu'une pluie soudaine vint éteindre ''incendie et retarder l'heure de son martyre. AuréUen, superstitieux comme tous les idolâtres, croyait que les fidèles du Christ étaient les plus habiles d'entre les magiciens. Il ne vit en tout cela que des opérations magiques, et se hâta de faire décapiter l'héroïque vierge. Colomba fut menée hors

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de la ville, sur les bords d'une source qui se nomme aujourd'hui Fontaine d'Azon, entre les deux villages de Saint-Clément et de Saint-Denys. Là elle remit son écharpe aux bourreaiî>:, en leur de mandant quelques minutes pour faire une dernière prière. Eh ■ s'agenouilla, et, tenant les bras en croix, les yeux levés vers le cicL elle pria avec ferveur. En ce moment une voix intérieure lui disait : Viens, Colombe bien-airaéc, ta couronne est préparée au ciel ! — L® bourreau lui trancha la tête (31 décembre). Plus tard un prieuré, maintenant détruit, s'éleva près de la fontaine d'Azon que la piété des pèlerins de la Bourgogne et de la Champagne visite encore. En 620, Clotaire II fondait le royal monastère de Sainte-Colombelez-Sens, non loin du lieu oii l'héroïque vierge avait versé son san pour Jésus-Christ. Enfin, au xviP siècle, la critique gallicane passait à son tour, semblable au glaive du soldat romEiin, et prétendait effacer le nom de sainte Colombe du souvenir des populations chrétiennes. Comme s'il n'avait pas suffi aux martyrs de la Gaule d'être décapités une première fois, une science posthume venait gravement leur infliger à nouveau ce supplice ! Grâces à Dieu, la reconnaissance publique a protesté contre le vandalisme d'une prétendue science; et le culte de sainte Colombe a survécu aux attaques des modernes dénicheurs de saints.

9. En la cité des THcasses (Troyes), un Gallo-Romain , d'une naissance illustre, nommé Patrocle, fut signalé à Aurélien comme l'un des plus fervents disciples de Jésus-Christ. Patrocle habitait ane villa, à quelque distance de la cité. Le gouverneur donna l'ordre de l'arrêter et le fit comparaître devant son tribunal. Quel Dieu adores-tu? — Le Tout-Puissant qui habite les cieux, et dont la providence gouverne le monde. — Laisse-là cette folie : adore les dieux de l'empire. — Il n'y a qu'un seul Dieu. -=• Vainement Aurélien essaya d'ébranler le courage du confesseur. Ses promesses et ses menaces furent inutiles. Il fit rougir au feu des chaînes de fer; on en garrotta les mains du martyr, qui fut jeti» en prison. Trois jours après, Patrocle, dans un second interrogatoire, persista dans son noble refus d'offrir de l'encens aux statues de Jupiter, d'Apollon et de Diane. Aurélien le condamna à être VIII. 2a

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décapité. L'exécution eut lieu hors de la ville, sur les bords de la Seuic. Deux vieillards chrétiens enlevèrent le corps du martyr, et ia nuit suivante, le prêtre Eusèbe, assisté du diacre Libère, lui donna la sépulture '. » Une autre perle, détachée de l'écrin hagiographique de la Gaule, nous a été révélée en ces derniers temps, au sein des catacombes de Rome. Une illustre chrétienne, du territoire des Ambiani (Amiens), fut martyrisée dans la capitale du monde, sous l'empire de Valérien. Elle se nommait Aurelia Theudosia. Voici l'inscription trouvée sur sa tombe, dans la crypte de Saint-Hermès, en l'an 1842 :

AYRELLÎi TnEYDOSI^

BENIGNISSm^ ET

INCOMPARABILI FEMIN^

AVRELIYS OPTATVS

CONIYGI INNOCENTISSIMiE

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