CHAP. Y. — PORPHYRE
en Europe, en Asie. Il n'est pas sans intérêt d'étudier ici, parallèlement aux grandes figures de l'Église, un de ces personnages qui se levaient de temps en temps pour prendre en main la causa Burannée du paganisme. Nous avons eu déjà l'occasion d'insister sur les doctrines de Porphyre, ce « Malch » tyrien, disciple d'un illustre philosophe, traître à la mémoire de Plotin, son premier maître, et distillant, sous le nom de ce grand homme, une haine acharnée contre les chrétiens. Tant qu'il se borna à mutiler ou à tronquer les manuscrits de Plotin, Porphyre ne fut qu'un éditeur infidèle. Il avait une ambition philosophique plus haute, et nous ne craindrons pas d'avouer qu'il la Justifia, en un certain degré, par une valeur intellectuelle considérable et par une sérieuse érudition. Il crut donc pouvoir entrer personnellement en lice contre la religion de Jésus-Christ. En quarante ans d'efforts et de labeurs opiniâtres, il accumula contre ce nom détesté une prodigieuse quantité de sophismes. Tous ne nous sont point parvenus. La list' des œuvres de Porphyre comprenait : 1° Vie et doctrine de tous ki philosophes; 2» Philosophie tirée des oracles; 3» Lettres à Marcella son épouse ; 4° L'Antre des nymphes; 5° Les statues des dieux; 6» Le Styx, ou l'enfer des païens; 7° Quinze livres Contre la religion dm Christ; 8° Traité de r abstinence des viandes. Ce dernier écrit est le seul qui nous soit resté. On ne saurait trop déplorer la perte de l'immense encyclopédie en quinze hvres, oii Porphyre avait réuni tout ce que son érudition païenne, doublée des réminiscences de Celse l'épicurien, lui avait fourni d'arguments contre la foi. Peutêtre ce monument de polémique antichrétienne sera-t-il un jou exhumé des catacombes de l'histoire, et retrouvé dans quelqu. poudreux manuscrit de l'Orient. Quoi qu'i ^ soit de cette espérance, il nous est dès ce moment possible d'avoi»* une idée assez nette du système de Porphyre, par les nombreux fragments de ses divers ouvrages, cités dans la Préparation évangélique d'Eusèbe, Avant de les passer rapidement en revue, nous ne voulons pas omettre une tradition que l'historien Socrate nous a conservée. Elle porte avec elle son enseignement. « Porphyre avait d'abord embrassé le christianisme, dit l'annaliste du iv* siècle. Un jour,
eonime il était à Césarée, quelques uns de ses coreligionnaires, qui avaient à se plaindre de lui, l'injurièrent, et allèrent, dit-on, jusqu'à le bâtonner. Dès lors Porphyre ne mit plus de bornes h son ressentiment. Il abjura la religion des chrétiens, et commença contre elle cette lutte acharnée qui ne finit qu'avec la vie du philosophe. Eusèbe de Césarée a raconté le fait dans l'un des ouvrages qu'il composa pour la réfutation de Porphyre '. » Le livre d'Eusèbe auquel Socrate empruntait ce témoignage, n'est point arrivé jusqu'à nous. Reste donc uniquement la mention de l'épisode tel que Socrate nous le raconte. Ainsi Porphyre aurait été un apostat. Sa défection eût été provoquée par une vengeance fort peu évangélique, exercée contre lui par quelques chrétiens de Césarée. Un emportement injustifiable de la part de ces chrétiens, aurait produit ce résultat sinistre, et donné à l'Église un de ses plus fougueux adversaires. Qui pourrait compter les flots de sang que la rage de Porphyre a fait répandre, en déchaînant, par tant de pamphlets, l'indignation publique contre la foi des chrétiens? Cependant, la faute des fidèles de Césarée ne saurait légitimer celle de Porphyre lui-même. Malheur au chrétien qui n'a point appris, à l'école de la croix, le pardon des injures! La flétrissure de l'apostat demeurerait donc tout entière et marquerait d'une empreinte meffaçable la mémoire de Porphyre, si le fait raconté par Socrate pouvait être authentiquement prouvé. Mais, en l'absence de tout autre témoignage identique et par conséquent d'un moyen quelconque de contrôle, nous croyons devoir laisser à ce récit son caractère traditionnel, sans l'en faire sortir pour le ranger au nombre des vérités historiques.
'.•/.■?f4«3ic« 17. La donnée fondamentale du système de Porphyie paraît afliHifci-' avoir été celle d'un vaste éclectisme philosophique et religieux, "fb^iZ t» dans lequel il avait la prétention d'amalgamer toutes les théories «a fvatite et tous les cultes, prenant à son gré des unes et des autres ce qui lui semblait acceptable, et répudiant de même tout ce qui lui sem-
* Socrat., Hivt. eccles.j iib. III, cap. xxiii; Patr. grcBC,, tom. LXVII, col. 445.