CHAP. V. — LES TRENTE TYRANS
lien, dit l'auteur anonyme, les Alamanni, sous la conduiie de Chrocus, leur roi, avaient passé le Rhin et envahi la Gauie. Ils su répandirent comme un torrent dans la région 4e Gabala (Mende). Les habitants épouvantés se réfugièrent sur .a montagne forlifiée de Gredona (La Grèze). Or, l'évoque de ce lieu, Privatus, s Otai.^ depuis longtemps ménagé , dans une grotte de la montagne , \me retraite 011 il vivait en solitaire, ne paraissant au raih'eu d ' <on peuple qu'aux jours des grandes solennités. L'invasion des barbares fut si rapide qu'il n'eut pas le temps de rejoindre son troupeau. Chrocus mit le siège devant Gredona. La situation était favorable aux assiégés ; l'armée barbare s'arrêta près de deux ans devant cette forteresse. Tous les recoins de la montagne furent fouillés par les assiégeants. On leur disait que l'évêque de Gabala, n'était point avec son peuple; qu'il n'avait pas eu le temps de la rejoindre; et qu'il demeurait caché dans une des anfractuosités dâ la montagne. Les Alamanni avaient appris, chez les Lingons eé les Arvernes, ce que valait un évêque. Ils recherchèrent donc activement Privatus; ils espéraient s'en servir, soit comme d'un négociateur, soit comme d'un otage, pour déterminer les défenseurs de Gredona à une capitulation. La retraite du saint évêque fut bientôt découverte. Privatus, amené devant le chef des Alamanni, fut sommé par Chrocus de servir d'intermédiaire près des assiégés, pour les déterminer à une capitulation. Vous pouvez me tuer, dit Privatus, mais je ne me prêterai point à votre désir. — On flagella le saint évêque, sans pouvoir ébranler sa détermination. Chrocus le fit conduire en vue des assiégés, et lui ordonna de leur conseiller de se rendre. Ils ne me croiraient pas, répondit le martyr. Un évêque ne peut donner un tel conseil. — Du moins, sacrifie aux dieux, lui fit dire Chrocus par son interprète. Je sais que les empereurs romains l'exigent. — Il est vrai, dit Privatus ; ils ont le malheur d'être païens comme vous. C'est précisément ce qui attire sur leurs peuples tant de calamités. Mais je n'ai jamais en ce point obéi aux empereurs, et je ne vous obéirai pas davantage. — Sur cette réponse, le courageux évêque fut mis à la torture. Les barbares ne se lassaient pas de le faire soutîrir et lui ne se VIII. 28
'■]i PONTIFICAT DE SAINT DEXYS (259-269).
lissait pas de confesser le nom de son Dieu, lorsqu'une sortie des iissiégés vint changer la situation. Ghrocus, désespérant de venir a bout de la résistance de Gredona, fit subitement lever le siège. Les chrétiens délivrés accoururent en foule près de leur saint évêque. Privatus vivait encore, mais il expira bientôt, entouré de ses pieux fidèles qui baisaient respectueusement les plaies du martyr *. » Le chef des Alamanni poursuivit sa route à travers la Gaule, laissant partout une longue traînée de sang chrétien. A Vesontio (Besançon), l'évêque saint Antidius était massacré par ses ordres. La ville d'Albi conserve le souvenir d'un courageux chrétien, Amaranthus, qui fut martyrisé dans le por/us de Viana (Vians ou Vieux). Cependant la vengeance divine attendait le barbare Ghrocus sous les murs d'Arles. Vaincu par le général romain Marius, le roi des Alamanni fut fait prisonnier. On le donna en spectacle aux populations que son rapide passage avait terrorisées. Successivement il traîna ses chaînes dans toutes les villes de la Gaule où il s'était montré en vainqueur. Nul supplice ne pouvait valoir celui-là. Néanmoins on n'épargna point les tortures à un tyran qui en avait tant abusé pour les autres; après qu'il eut subi la flagellation, les torches ardentes et le chevalet, il eut la tête tranchée.
39. L'invasion alamannique dans la Gaule fit comprendre aux i:;Opulations de cette province la nécessité d'un pouvoir plus fort que celui de Gallien. Posthumus, général des légions campées à Cologne, se fit proclamer empereur. Il avait dans son armée un des fils de Gallien, le César Saloninus. Ce jeune prince fut égorgé et Posthumus régna pendant sept ans sur cette immense province romaine, qui s'étendait depuis le Rhin jusqu'à la Méditerranée £t l'Océan, comprenant la Belgique, la France et l'Espagne actuelles. La vigilance- de Posthumus et son activité militaire ne suffirent pas à arrêter les invasions des Barbares. Les Francs, montés sur une llotlille de petites barques grossièrement construites, eurent l'audace d'affronter les périls d'une longue navigation. Ils arrivèrent
* BoUand.j Act. sancU, 21 august.