‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 66 sur 96 · CHAP, VI. — CLAUDE LE GOTUIQUE · texte numérisé non relu

CHAP, VI. — CLAUDE LE GOTUIQUE

qui avait plusieurs fois déjà confessé le nom de Jésus-Christ devant les tribunaux. Elle avait fait de son prœdium une assemblée de iidèles, et vivait ainsi dans la société des chrétiens, des veuves et des vierges consacrées au Seigneur. Chaque jour elle allait porter des secours et des vivres à Censurinus dans sa prison. Elle lavait le visage, les mains et les pieds du confesseur et baisait pieusement ses chaînes. Or, le prêtre Maxime, assisté du diacre Archelaiis, célébrait chaque jour les saints mystères, au chant des hymnes sacrés, dans le prœdium de Chryséis. Ils accompagnaient la bienheureuse vierge dans ses visites quotidiennes à Censurinus. La sainteté de Maxime était si grande que Dieu la glorifiait par des miracles. Un jour qu'il entrait dans le cachot, les chaînes du prisonnier se détachèrent d'elles-mêmes, et Censurinus put se lever pour saluer le prêtre de Jésus-Christ. Témoins de ce prodige, les gardes restèrent stupéfaits. Maxime leur dit alors : Frères, abandonnez le culte des démons; abjurez de vaines idoles, et reconnaissez la souveraineté de Jésus-Christ , roi immortel des siècles, qui viendra juger le monde elle condamner au feu éternel. Le ciel et la terre passent. Jésus-Christ, mon Seigneur et mon Dieu, était hier; il est aujourd'hui; il régnera dans l'éternité. »— Mais comment, répondirent les gardes, serons-nous admis à connaître le Christ, ce Dieu que vous nous prêchez? — Que chacun de vous, dit Maxime, se prépare à recevoir le baptême. Commencez d'abord par croire à la divinité de Jésus-Christ; renoncez aux idoles et faites pénitence. Ainsi ce grand Dieu vous pardonnera d'avoir précédemment blasphémé son nom saint et rais ses serviteurs à mort. — Or, les gardes, au nombre de dix-sept, savoir: Félix. Maxime, Taurinus, Herculanus, Neberius, Storacinus, Men- Das, Commode, Hermès, Maurus, Eusèbe, Rusticius, Monaxius, Amandinus, Olyi'^pius, Cyprius et leur tribun Théodore, se jetant aux pieds du saint prêtre, le supplièrent de leur conférer le baptciiie. Après qu'ils eurent été instruits des vérités de la foi, le bienheureux évoque Cyriaque les baptisa et les marqua sur le front de lonction du Christ. Quelque temps après, Cyriaque, Maxime n Id vierge Chryséis passaient dans une rue de la ville, se rendant viii. 29

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à la prison , lorsqu'ils entendirent, dans une échoppe voîsîûe, de«

gémissements et des sanglots. C'était un artisan qui pleurait la mort de son fils, jeune enfant âgé de douze ans. Maxime s'approcha du malheureux père. Croyez en Jésus-Christ, lui dit-il, et votre fils vous sera rendu. — Hélas ! répondit-il en versant un torrent de larmes, je suis habitué dès mon enfance à blasphémer le nom du Christ, comment pourrai-je croire en lui? — Faites pénitence, dit Maxime. Notre Dieu ne mesure pas les fautes selon leur énormité. Il vous pardonnera et vous fera miséricorde. — Cet homme dit alors : Je crois que Jésus-Christ est Dieu. Baptisez-moi en son nom. — Maxime le marqua du signe de la croix, et entra avec l'évoque Cyriaque dans la chambre où l'enfant venait de rendre l'âme. L'évêque saint Cyriaque se mit en prières et parla ainsi : Seigneur Jésus, vous qui avez daigné revêtir la forme d'un esclave pour nous arracher à la servitude du démon; vous qui d'une parole avez ressuscité Lazare, et rendu à une pieuse veuve con fils unique; faites éclater aujourd'hui votre puissance miséricordieuse en faveur do cet enfant. Rendez-le à la vie, afin qu'il apprenne à vous connaître et à vous aimer, vous le Dieu qui régnez dans les siècles des siècles. — Amenl répondirent les assistants avec un élan d'espérance et de foi. En ce moment, le jeune mort ouvrit les yeux. Quand il put prononcer quelques paroles, il dit : J'ai vu Jésus-Christ, mon Dieu! C'est lui qui m'a rappelé de la mort à la vie. L'enfant fut instruit des vérités de la foi. Cyriaque lui administra le baptême et lui donna l'onction sainte. La vierge Ghryséis le reçut au sortir de la piscine baptismale. Or If bruit se répandit que les prières des chrétiens avaient ressuscité un mort. Claude en fut informé et s'écria: C'est encore là une des opéra-' tions magiques qui leur sont familières! — Il appela Romulus] Ulpius et lui dit : Ghryséis continue à deshonorer son nom et s.i i-aco par son commerce sacrilège avec les chrétiens. Qu'on la con-j traigne de sacrifier aux dieux; sinon, qu'elle soit mise à mort aveci tous ceux qui partagent son impiété. »

4. « Ulpius se transporta lui-même à Ostie, et fît immédiatement , arrêter taus les saints. Le jour suivant, la vierge Ghryséis fati

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amenée devant son tribunal. Renonce aux infâmes pratiques de la ArRncians. magie chrétienne, lui dit-îl; c'est trop longtemps insulter à l'hon- viir^' ciry. neur de ta famille et de la pourpre sénatoriale ! — Je n'ai insulté liiiiu >io" que le démon, répondit Chryséis. J'ai renoncé au culte des vaines Sabiniano?. idoles pour adorer le Dieu véritable, Jésus-Christ, juge suprême des vivants et des morts. — Abjure ces illusions sacrilèges, dit Ulpius; abandonne ce culte misérable et montre-toi digne de ta noble race. — La vierge, en entendant ces paroles, fit une insufflation, comme si elle eût voulu repousser la tentation de Satan, et s'écria : Malheureux! si vous connaissiez le Dieu qui a créé le ciel et la terre , vous ne blasphémeriez pas ainsi sa puissance ! — Le magistrat la fît alors appliquer au chevalet. Pendant que les bourreaux ressen-aient les cordages , la vierge, dont les membres distendus craquaient sous la pression , paraissait souriante et disait : Soyez béni, Jésus-Christ, mon Dieu ! Vous m'arrachez aux douleurs de cette vie pour m'introduire dans les joies du ciel. — Ulpius l'interrompit: Où est-il donc, ce Jésus-Christ que tu invoques? disait-il. Qu'il vienne t'arracher à nos mains. — Je no suis pas digne d'une telle faveur, reprit la vierge. Cependant Jcsus-Christ, mon Dieu, est assez puissant pour vous anéantir, vous et l'empereur dont vous exécutez les ordres. — En ce momeïit le chevalet se rompit. Ulpius fit alors soumettre la vierge aii-ssif plice de la flagellation. Pendant que les verges frappaient la m'^Sittyre, un héraut criait h la foule : Apprenez, par l'exemple de cette femme impie, à adorer les dieux et à respecter la puissance du César Claude, le maître du monde ! — La martyre continuait à prier : Jésus-Christ, mon Dieu, disait-elle, c'est maintenant qu'il m'est donné de vous voir! — Ulpius dit aux bourreaux: Brûlez-lui les (lancs avec des torches ardentes. — Misérable! s'écria la vierge. Ne respecteras-tu point, dans une femme, le sexe qui t'a donné ta mère? — Une magicienne, rebelle à la majesté des dieux et a l'au^ loritéde l'empereur, dit Ulpius, a perdu tous ses droits au respec^i et à la pitié. — L'ordre fut donc exécuté sans pudeur, et Clïryséis, à demi morte, fut réintégrée dans son cachot. L'évoqua Cyriaque, le prêtre Maxime, et le diacre Archelaiis parurent aîofS

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ao tribunal. C'est vous, leur dit Ulpius, qui séduisez les hommee par vos doctrines impies et les détournez du culte des dieux? — Nous ne séduisons personne, répondit Maxime. Mais, avec la grâce de Dieu, nous travaillons à délivrer le monde du règne de l'erreur, pc'ir lui donner, au nom de Jésus-Christ, la grande émancipation des âmes. — Le magistrat ne voulut point en entendre davantage. Ceux-ci ont mérité la mort, dit-il. — Il les fit donc conduire, avec tous les gardiens qui avaient embrassé la foi, sous le portique du théâtre. Là ils eurent la tête tranchée et leurs corps furent jetés à \-\ mer. Le prêtre Eusèbe eut la joie de les recueillir, à mesure que le flot les ramenait sur le rivage. Il réussit à soustraire son pieux fardeau à la vigilance des persécuteurs, et donna la sépulture aux martyrs dans une catacombe peu éloignée de Rome sur la Via Ostiensis. A l'exception de Taurinus, Herculanusetdu tribun Théodore qui furent ensevelis à Porto même, tous les autres furent déposés dans la catacombe, près de l'évêque Cyriaque et du prêtre Alaxime. Cinq jours après, Uipius fit de nouveau comparaître la vierge Chryséis devant son tribunal. Celle-ci l'interpella la première, et, dans la ferveur de sa charité, lui parla ainsi : J'ai pitié de vous. Pourquoi perdre votre âme, quand le temps présent ne vous est accordé que pour la sauver? Cessez d'adorer des statues de bois, d'airain, d'argent ou d'or, vaines et muettes idoles. Reconnaissez l'unique Dieu véritable qui a créé le monde, et adorez Jésus-Christ, son Fils et notre rédempteur. — Ton Christ, répondit Ulpius, tu le verras bientôt, si tu refuses de sacrifier aux dieux! — "Vous dites plus vrai que vous ne pensez, répliqua la vierge. Il est certain que je ne sacrifierai point aux dieux, et dès-lors il est certain que je verrai Jésus-Christ, mon Dieu, dans sa gloire. — Le magistrat, irrité, la fit frapper au visage à coups de pierre. Gloire à vous, Jésus-Christ, mon Dieu! s'écria la martyre. Vous daignez donc me compter au nombre de vos serviteurs! «^ Tendant le supplice, Ulpius redoublait ses instances : Songe donc h. les nobles aïeux, disait-il; adore les dieux de l'empire, comme ils les ont adorés eu:^-raêrae5. César voudrait te donner un époux digne de toi. — Urt étouxl <iitU vlergf. Celai qae j'ai choisi corn-

t:iAi'. \i. — Ci. Ail. h: i.k (.ui.jvlL. 4Ô3

mande à la terre et aux cieux. Il se nomme Jésus-Christ. Hélaal pourquoi le blasphémez-vous sans le connaître; pourquoi, au liea de l'adorer, vous êtes-vous fciit l'esclave des démons? — Ulpius ordonna de la ftageller à coups de fouets plombés, jusqu'à ce qu'elle rendît l'âme. Mais on eût dit que Ghryséis puisait de nouvelles forces dans les tortures. Les bourreaux se lassèrent inutilement à la frapper. Le magistrat lui fit alors attacher au cou une lourde pierre et on la précipita ainsi dans les flots. Le bienheureux évoque Hippolyte, alors nonagénaire, recueillit sur le rivage le corps inanimé de la martyre. Il l'ensevelit dans le prœdium, qu'elle avait si longtemps habité, hors des murs d'Ostie, le ix des calendes de septembre (24 août 269). Sabinianus, intendant de la vierge Ghryséis, avait été arrêté le lendemain de la mort de sa maîtresse. La sacrilège Ghryséis a expié ses forfaits, lui dit Ulpius. Elle avait confiance en toi. Dis-moi donc oii elle a caché ses trésors Après ta déclaration juridique, tu sacrifieras aux dieux et tu seras libre. — La vierge Ghryséis ne m'a laissé qu'un seul trésor, dit Sabinianus. G'est Jésus-Christ, mon Dieu, qu'elle m'apprit à connaître et à servir. — Misérable ! dit Ulpius. Les biens confisqués aux sacrilèges sont la propriété des empereurs. Hâte-toi de faire ta déclaration, ou tu vas expirer sous le fouet. — Frappez, répondit le généreux chrétien. L'or que vous cherchez a depuis longtemps été distribué aux pauvres. Quant à moi, je ne sacrifierai jamais aux idoles. Faites ce que vous voudrez. — Ulpius le fit frapper à la tête à coups de fouets plombés, et cependant le héraut criait: Apprenez à respecter les dieux et les déesses de l'empire! — En ce moment, le bienheureux vieillard Hippolyte, s'ouvrant un passage ;i travers la foule qui assiégeait le tribunal, vint se placer en face d Ulpius et lui dit : Malheureux! vous ne savez ce que vous faites en torturant de la sorte les serviteurs de Jésus-Christ. C'est lui seul qui est le Dieu véritable, et cependant vous adorez des idoles insensibles! — Ulpius, sans répondre, fit saisir le vicill; rd. On lui lia les pieds et les mains, et il fut précipité du haut d'une tour du palais dans une fosse profonde, où il eut la tête brisée. Il expira aur-lc-champ. Cependant les Romains présents à son suppli:e

entendirent, durant une heure, des voix pareilles à celles d'une troupe d'enfants qui disaient : Gloire à Dieu ! — Encore un prestige ' de leur magie! s'écria Ulpius. S'acharnant donc avec une nouvelle fureur contre Sabinianus : Voleur et magicien, je t'anéantirai, lui dit-il, ou tu sacrifieras aux dieux! — Des bourreaux se relayèrent alors pour frapper le martyr à coups de bâton. Le héraut criait : Ne recelez point les trésors des empereurs et reconnaissez la puissance des dieux de la république. — De son côté Sabinianus priait en ces termes : Je vous rends grâces, Jésus-Christ, mon Seigneur et mon Diea, de ce que vous daignez m'associer aux souffrances de vos serviteurs. — Son visage respirait une joie céleste au milieu des tortures. On l'étendit sur le chevalet, il continua sa prière : le magistrat, furieux de cette constance invincible, disait : Insensé, il compte probablement sur les ressources de sa magie ! — On mit le feu à un bûcher *, et on y précipita le martyr. Une dernière fois la voix de Sabinianus se fit entendre : Seigneur, disait-il, recevez mon esprit. — En prononçant ces paroles, il expira. Son corps, à demi consumé par les flammes, fut jeté dans un puits. A quelque temps de là, le prêtre Concordius vint pendant la nuit enlever les précieuses reliques et les déposa dans le tombeau de la vierge Ghryséis, lev des calendes de janvier (28 décembre 269), sùus le règne de Jésus-Glirist , notre Seigneur, auquel Jappar tiennent la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles *. » Mort do 5. Pendant que le sang chrétien inondait Rome et l'Italie.

Claude ic ^ " '

GoiLiquc. Claude II avait été appelé en Macédoine par une nouvelle invasion

Avenemcut '■ '■ *•

i AuréiiuD. des Goths. Trois cent-vingt mille de ces barbares, suivis par une flotte de deux mille voiles, dévastaient la Grèce. A l'approche de Tannée impériale, cette nuée d'ennemis abandonna ses conquêtes, Claude les poursuivit à marches forcées et les atteignit enfin à Naïssus, ou Nissa, ville de la Servie actuelle. Une lutte terrible s'engagea. Les Romains, inférieurs en nombre, comptaient sur la eupériorité de leur tactique. Cependant ils allaient être contraints

1 Les païens croyaient que tous les artifices de la magie étalent iinpuisrants contre le supplice du feu. — * Acla S. Hippolyti ; Pair, grcec, tom. X> 1*1. 551-570.

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de lâcher pied, lorsque l'empereur, à la tête d'un détachement, réussit , par des sentiers presque impraticables au flanc de rochers abrupts , à tourner la position des barbares et vint Im attaquer de revers. Cette manœuvre décida la victoire. Les Gothl prirent la fuite dans toutes les directions, laissant cinquante mille morts sur le champ de bataille. Vaincus, mais non découragés, les barbares se raUièrent et firent tête aux Romains. Il fallut une nouvelle série de combats pour les anéantir. Claude en vint à bout ; il expédia au Capitule un message annonçant une doubla victoire: trois cent mille barbares exterminés, et deux mille navires coulés à fond. Rome n'était plus guère habituée à des triomphes de ce genre. Celui-ci souleva un enthousiasme indescriptible. On érigea au César victorieux une statue d'or de dix pieds de haut, en face du temple de Jupiter Capitolin. Une autre statue d'argent massif, du poids de quinze cents livres romaines, s'éleva dans le Ifostrum, en face de l'ancienne tribune aux harangues. Les noms les plus chéris du peuple furent donnés par acclamation au triomphateur impérial. On le surnomma Trajan, Antonin, Auguste. De ces glorieux surnoms, auxquels il faut joindre celui de Gothique, le seul qui lui soit resté, Claude ne devait guère jouir. La peste vint l'atteindre, au milieu de ses conquêtes , et il mourut à Sirmium (mai 270), sans avoir eu le temps d'apporter lui-même ses lauriers au Capitule. La Rome païenne pleura sa mort inopinée, dans laquelle Rome chrétienne vit un juste châtiment des cruautés exercées contre l'Église. Du reste, en ces siècles de luttes incessantes enti'e le paganisme et la foi de Jésus-Christ, un persécuteur nouveau succédait presque sans interruption au persécuteur de la veille. Claude le Gothique laissait un frère, Quintilius, qui se hâta de prendre la pourpre à Aquilée, où il se trouvait alors. Mais les légions d'Illyrie ne ratifièrent point sa promotion spontanée. Un général de cavalerie, dont le nom nous est déjà coauLi par de nombreux massacres de chrétiens dans les Gaules, Aiirélien, venait de se couvrir de gloire, sous les ordres de l'empereur Claude, à la dernière expédition contre les barbares. Ce fut lui que les soldats choisirent pour leur chef, déms

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