‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 77 sur 96 · CHAP. VII. — SYNCHRONISME · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — SYNCHRONISME

Étendus d'abord sur le chevalet, et cruellement flagellés, ces héros de la solitude refusèrent de sacrifier. Le gouverneur fit placer Victorinus debout dans un mortier, puis, avec un pilon, le bourreau commença à lui broyer les pieds, et les jambes, répétant à chaque coup : Malheureux 1 aie pitié de toi-même. Abjure le Christ! — Successivement tous les membres du martyr furent écrasés. Sabïnus montrant alors cet horrible mélange de chair, d'os et de sang à Victor, lui dit : Sacrifieras-tu maintenant? — Oui, je sacrifieim mon corps sous le pilon de vos bourreaux, et comme Victorinus, mon îrère, dans ce mortier, je trouverai l'éternelle vie. — Il parlait encore lorsqu'un soldat, d'un coup de bâton, lui fendit le crâne et retendit mort sur la place. Nicéphore, sans attendre qu'on l'interrogeât, courut se placer lui-même dans le fatal mortier; il épuisa la rage des bourreaux qui se réunirent tous pour le frapper à la fois. Claudien fut coupé en morceaux et l'on jeta ses membres palpiiants aux pieds des trois confesseurs survivant à cette sauvage boucherio : Dioscore, Sérapion et Papias. Il ne tient qu'à vous d'éviter un pareil sort, leur dit Sabinus. Je ne vous force pointa souffrir. — Vous nous connaissez mal, répondirent-ils. Avez-vous encore quelque supplice plus cruel que ceux dont nous venons d'être témoins? Nous sommes prêts à les subir pour le nom du Dieu véritable et de Jésus-Christ, son Fils! — Dioscore fut brûlé vif, Sérapion décapité et Papias jeté, une pierre au cou, dans les flots du Nil '. Le martyrologe a enregistré tous ces massacres de chrétiens sous la rubrique : Numeriano imperatore, sans doute par abréviation, au lieu de Carino et Numeriano imper atoribus. Mais l'histoire a su faire à chacun des deux frères couronnés la part qui lui revient dans la responsabilité de ces actes sanguinaires. Numérien y resta complètement étranger. Les ordres de proscription rédigés en nom collectif émanèrent réellement de Garinus qui continuait à Rome sa vie de plaisirs sanglants et d'ignobles voluptés.

4. Numérien continuait son funèbre voyage à travers l'Asie. Le Meurtre gros de l'armée était encore à Chalcédoine , lorsqu'une sinistre AïScTue

:.2'i PONTIFICAT DE SAINT CAÏUS (283-293).

nouvelle se répandit parmi les légions, La litière fermée qui portait Numérien marchait toujours à la suite du catafalque où les restes de son père Carus avaient été déposés. Seulement il s'en exhalait une odeur putride qui éveilla les soupçons. On ouvrit la litière ; le malheureux Numérien gisait assassiné. Le sang de ses blessures s'était coagulé et le corps était déjà dans un état avancé de décomposition. Le préfet du prétoire, Aper, avait égorgé de sa main son impérial gendre (septembre 284). Au cri d'indignation qui s'éleva dans le camp romain succéda bientôt le sentiment de la vengeance. Aper fut enchaîné au pied du tribunal militaire, pendant que les légions réunies procédaient au choix d'un empeîeur. Tous les suffrages se portèrent sur l'ancien esclave dalmate, Dioclès. Il parut bientôt sur l'estrade de gazon, trône improvisé par les soldats, et, tirant son épée : «Je jure, dit-il, de venger le meurtre de Numérien! » Descendant du tribunal, il s'approcha d'Aper. « Voilà, reprit-il, l'auteur du crime 1 » Il lui plongea son glaive dans la poitrine, et, en le retirant, il s'écria : a Enfin j'ai tué le fatcd sanglier I » Dioclétien, le cousingermain du pape Caïus, venait ainsi de rougir sa pourpre de sanguine Apriy selon le mot de la druidesse gauloise. Carinus n'était pas de taille à lui disputer sérieusement la couronne. II l'essaya cependant. En apprenant la mort de Numérien, les légions de la Vénétie s'étaient révoltées, et pour se soustraire au joug honteux et tyrannique de Carinus, avaient donné la pourpre à leur général Sabinus Julianus. Ces nouvelles arrivèrent en même temps h Rome, et interrompirent les fêtes du palais impérial. Carinus comprit que le temps des lits de roses et des festins était passé. II se mit à la tête des troupes romaines et quitta, pour ne plus y revenir, le palais souillé de ses débauches. Détesté des officiers et des soldats, il en fut pourtant servi avec fidélité dans sa rencontre avec Julianus. La bataille s'engagea sous les murs de Vérone. Carinus vainqueur fît massacrer son rival, et se porta, plein d'ardeur et d'espéranoe, au-devant de Dioclétien, qui pressait lui-même sa marche, et avait déjà atteint la Mésie supérieure. Les deux armées se joignirent dans les plaines de Murgun^ actuellement PassaroTiitz.

Le choc lut terrible, les soldats de Carinus firent des prodiges de valeur; un instant, ce prince put se flatter qu'un nouveau succès allait couronner ses armes. Debout sur son char, il encourageait ses défenseurs de la voix et du geste, lorsqu'un tribun, dont il ' avait quelques jours auparavant déshonoré la femme, lui plongea un poignard dans le cœur (mai 283). Cet incident mit fin au combat. Lfcs deux armées acclamèrent avec enthousiasme le nouvel empereur Dioclétien. Un mui:> après, les mêmes démonstratioi?^ se renouvelèrent à Rome, où h sénat et le peuple décernèrent à ] ancien esclave d'Anulinus un honneur jusque-là inusité. Il fut décrété que les années compteraient à l'avenir de la date du 17 septembre 284, jour où Dioclétien avait revêtu la pourpre impériale. On donna à cette ère nouvelle le nom d'ère de Dioclétien. L'Église l'appela ère des martyrs. Elle fut usitée dans le calendrier romain pendant deux cent quarante-quatre ans, jusqu'à ce que Justinienîa remplaçât par l'ère immortelle de l'incarnation de Jésus-Christ. Toutefois, aujourd'hui encore les chrétientés Cophtes ont retenu à leur usage l'ère de Dioclétien, ou plutôt l'ère des martyrs et continuent à enregistrer ainsi leurs années trop souvent sanglantes.

5. Nul doute que durant ce premier séjour à Rome, le César Ère âa

. ^ '' ' Dioclétien ofl

dalmate ne se soit fait présenter les divers membres de sa famille. <^''^ martyr».

^ Nicomédia.

Le pape Caïus, le saint prêtre Gabimus et sa fille la vierge Suzanne, îlurent être reçus dans le palais impérial. Dioclétien n'avait point, fomme ses prédécesseurs, de parents dans le patriciat. Mais il était devenu assez grand pour illustrer sa propre famille. Il se réservait donc, quand le temps serait venu, de faire contracter à la jeune Suzanne un mariage qui la rapprochât du trône. S'il fut question de religion , dans cette première entrevue , il serait difficile de le conjecturer. D'ailleurs l'impératrice Prisca et sa fille Valérie étaient chrétiennes. Le capitaine des gardes, Sébastien, était l'un des plus fervents disciples de Jésus-Christ. La cour de Dioclétien était remplie de fidèles. On aurait pu croire que l'avènement du nouvel empereur, au lieu de s'appeler l'ère des martyrs, allaiï inaugurer le règne du Christ. Peut-être saint Caïus eut»il cet espc:: .

52C l'u.sxiFiCAT DE SAINT CAÏus (28;i-:2'JdJ.

Mais Dieu ne voulait pas que le triomphe définitif d'une Église persécutée durant trois siècles, pût être attribué à une influence de famille. Tout avait été surnaturel dans la fondation et la propagation de l'empire spirituel des âmes; tout devait l'être dans sa victoire. Les espérances du saint pontife furent courtes, et les événements déconcertèrent toutes les prévision? humaines. Dioclétien, en politique habile, avait compris que la capitale du monde ne pouvait plus être utilement le centre d'un empire qui avait en Orient la Perse pour frontière, et ne reconnaissait point de limites en Occident, puisque le territoire occupé par les Barbares était considéré comme usurpé sur le domaine impérial. Il quitta donc Rome, après un mois de séjour, et vint se fixer à Nicomédie. La situation de cette ville sur l'Hellespont lui paraissait admirablement convenir comme point central. Rome, en effet, ne suffisait plus à l'empire fondé par elle, et dont la circonférence s'était développée en une mesure qui changeait toutes les anciennes relations. De Nicomédie, au colitraire. César donnait une main à l'Europe, l'autre à l'Asie; les flottes de la Méditerranée le tenaient en communication avec lltalie, la Gaule, l'Espagne, l'Afrique, l'Egypte, la Syrie, l'Archipel, la Grèce, la Thrace et l'IUyrie. Tous les hommes d'État applaudirent à cette mesure. Elle était tellement alors dans les nécessités de la situation que Constantin le Grand dut l'adopter lui-même, quelques années plus tard, et élever près de Nicomédie, sur les ruines de Byzance, la fameuse cité de Constantinople, capitale forcée de toute monarchie universelle, qui réussirait, comme"' l'empire romain, à s'annexer les trois parties de notre ancien continent. Telles étaient alors les préoccupations des maîtres du monde. Dieu se servait de leur grandeur même pour les éloigner de Rome, qui allait devenir la métropole de l'empire de Jésus-Christ.

6. Comme corollaire au dédoublement de la capitale, Dioclétiei crut devoir partager avec un collègue le pouvoir impérial. Ici^ Dioclétien se trompa. L'unité de chef est la condition absolue dt l'unité de gouvernement. Il est impossible, en multipliant les têtes couronnées, de conserver l'uniformité d'action, de vues et d'in-

CUA.'. Nil. — fLKSLCUTIOK SUCS MaXIMIEN UEUCULE.

térêts. Celte faute, politiquement parlant, était considérable. Dioclctien en fit plus tard une cruelle expérience. Mais, en ce moment, ébloui par la facilité avec laquelle il était parvenu au trône, et effrayé de la responsabilité qui pesait sur lui seul, il crut de bonne foi servir l'empire en le divisant. Cette résolution supposait d'ailleurs un désintéressement personnel digne d'une grande âme. Son choix tomba sur l'un de ses compagnons d'armes, soldat de fortune comme lui, Marcus-Aurelius Valerius Maximianus. Les prénoms glorieux de Marc-Aurèle et de Valerius, associés au nom de Maximien, n'étaient qu'une adjonction adulatrice , de même que le titre d'Uerculius qui lui fut encore donné par surcroît. Dans la réalité. Maximien Hercule était fils d'un paysan des campagnes de Sirmium en Pannonie. Sans éducation aucune, il s'était élevé uniquement par sa bravoure personnelle aux premiers rangs de l'armée. Les panégyristes de cour comparaient ses exploits à ceux de Scipion l'Africain ou de Metellus; mais ils s'excusaient de citer devant lui ces noms inconnus, et lui demandaient pardon de nommer ainsi les héros du passé devant un homme qui les avait éclipsés tous, sans avoir jamais lu leur histoire. Du reste, en dehors de sa valeur militaire. Maximien n'était qu'un soldat grossier, brutal, violent et débauché. Le 1" avril 286, en présence d'une foule immense et de toutes les 'égions réunies, Dioclétien proclama consul, César et Auguste, ce farouche guerrier. Il lui jeta un manteau de pourpre sur les épaules et l'envoya gouverner l'Occident.

§ II. Persécution sons Maxinafieaa-llcrcnle.

7. Maximien détestait d'instinct la religion de Jésus-Christ. Ce Martyr.nom divin ne lui était historiquement pas plus connu que celui ^

de Scipion; mais il réveillait dans son âme des idées de moralité, de foi et de vertu qui lui étaient odieuses. Cela suffisait. L'empereur délégué se prosterna devant Dioclétien Jovius, tel était le nouveau surnom de l'esclave dalmate. lUuijura une éternelle fidélité, et ayant ainsi pris possession de la massue d'Hercule, il parfft bien décidé à exterminer tous les chrétiens, comme le dieu bon

528 PONTIFICAT DE SAINT caIus (283-295).

homonyme avait jadis exterminé tous les monstres. Dès ce moment on peut suivre à la trace tous les pas de Maximien. Ils sont marqués à travers le monde par le sang des fidèles. Les martyrs d'JEgée furent ses premières victimes. Lysias, récemment nommé gouverneur de Cilicie, était la créature de Maximien. En arrivant à Tarse pour prendre? \a direction de sa province , il fit arrêter les trois frères Claude. Asterius et Néon, qui édifiaient par leur foi la petite chrétienté d'^Egée, port de mer de Cilicie, à quelques lieues de Tarse. Claude fut suspendu au dessus d'un brasier ardent. On lui coupa les talons et on les plaça dans les mains du martyr, afin que les laissant retomber sur les charbons, il parût les avoir sacrifiés lui-même aux dieux. Asterius eut tout le corps déchiré avec des tenailles ardentes. Néon eut la plante des pieds rôtie au feu. Lysias, désespérant de vaincre leur constance, les fit tous trois crucifiera la porte de la ville et abandonna leurs corps aux oiseaux de proie. En même temps que les trois frères, on avait emprisonné deux chrétiennes, Domnina et Theonilla. Elles comparurent successivement au tribunal : « Femme, dit Lysias à Domnina, tu vois ce bûcher, le chevalet et les autres instruments de torture. Si tu veux les éviter, viens et sacrifie aux dieux. — Domnina répondit : Je ne crains que les tourments éternels. Votre feu s'éteint, celui de Fenfer jamais. J'adore le Dieu qui a créé le ciel et la terre; j'adore Jésus-Christ, son fils. — Qu'on la dépouille de ses vêtements, dit Lysias, et qu'elle soit flagellée. — L'ordre fut exécuté, et le spiculator Archelaûs vint quelques minutes après dire au magistrat : Seigneur, cette femme a expiré sous les fouets. — Qu'on jette son corps dans le fleuve, reprit le proconsul. Il fut fait ainsi, et l'on introduisit Theonilla dans l'enceinte du prétoire. Sacrifie aux dieux, dit Lysias, et ta seras libre. — Je ne sacrifie point aux démons, répondit-elle. — Lysias la fit dépouiller de ses vêtements et fouler aux pieds par ses soldats. — Je suis une femme, une étrangère, et vous me traitez ainsi! s'écria la martyre. Dieu, qui voit votre indigne conduite, vous jugera. — Qu'on la suspende par les cheveux et qu'on la flagelle, dit Lysias. — Misérable, s'écria la sainte, ne vous souvenez-vous pas que vous devez le jour à une

CHAP. YII. — PERSECUTION SOUS MAXIMIEN nERCULE. f.29

femme et qu'en ma personne vous outragez votre mère. — Es-tu ma r iue ou veuve? demanda le gouverneur. — Il y a vingt-trois ans déjà que je persévère dans la viduité, répondit-elle. Depuis que Jésus Christ, mon Dieu, m'a fait la grâce de le connaître, j'ai passé ma vie ilans le jeûne, les veilles, la prière et les œuvres de charité. — Qu'on lui rase les cheveux, dit Lysias; elle ne mérite que trop cet infâme t-aitement ! Qu'on lui enfonce une couronne d'épines sur la tête ; qu'on l'attache par les pieds et les mains à quatre pieux; qu'on laboure ses flancs avec des tenailles et des crocs de fer. — La sentence fut exécutée. L'héroïque veuve mourut dans les tortures, et son corps, cousu dans un sac auquel on attacha une lourde pierre, fut jeté à l'eau. Lysias voulait, par cette précaution barbare, priver les fidèles du bonheur de recueillir les précieuses reliques des martyrs *. »

8. Quelques semaines après, cinq frères étaient amenés au tribunal du gouverneur. Cosmas, Damianus, Anthymos, Léonce e-; Euprépès, originaires d'Arabie, avaient été élevés par une mère chrétienne, Théodotis. Leur vie offrait un admirable spectacle de dévouement et de charité. Cosmas et Damianus, jumeaux et aînés de cette famille héroïque, avaient étudié la médecine près des plus illustres praticiens ; mais leur foi, accompagnée du don des miracles, dépassait encore leur science. Le peuple, qui les voyait chaque jour opérer gratuitement les cures les plus merveilleuses, les avait surnommés les frères Anargyres. Au lieu de l'argent qu'ils refusaient de recevoir, Cosme et Damien communiquaient à la foule immense qui se pressait autour d'eux le trésor inappréciable de la foi en Jésus-Christ. Ils comparurent les premiers devant Lysias. « Il est donc vrai, leur dit-il que vous parcourez les cités et les provinces, soulevant le peuple contre les dieux de l'empire, et prêchant le culte d'un misérable crucifié ! Infâmes séductenftj, si vous ne sacrifiez immédiatement à Jupiter, vous alies expirer dans les tourments. De quel pays êtes-vous ? Quel est votre nom et l'état de votre fortune? — Nous sommes nés en Arabie, répondirent les deux martyrs. L'un de nous se nomme Cosme ; l'autre

* Bolland., Act. sanct-,' Martyr, rom., 23 aug.

YIIl. 3ê

Daraien. Nous avons encore trois frères qui se glorifient comme nous d'appartenir à la religion de Jésus-Cbrist. Quant à notre fortune, les chrétiens n'en reconnaissent point d'autre que d'adorer le vrai ïlieu et de s'abandonner à sa providence éternelle. — Lysias fit introduire Anthymos, Léonce etEuprépès, qui montrèrent le même courage que leurs aînés. Les cinq frères furent donc étendus sur le clievalet. Pendant que les fouets des bourreaux tombaient sur leur cliair ensanglantée, ils chantaient les louanges du Seigneur. Si vous avez des tortures plus cruelles, disaient-ils, faites-nous les soufTrir. Nous ne ressentons point la violence de celles-ci. Avec la grâce de Jésus-Christ, nous avons la force d'en subir de plus grandes! — On les jeta à la mer; leurs corps surnagèrent et revinrent au rivage. Lysias criait à la magie. Non, dirent les généreux confesseurs, nous ne sommes point des magiciens; c'est la puissance divine de Jésus-Christ qui se manifeste en nous. Devenez chrétiens et vous en ferez vous-mêmes l'expérience ! — Après les avoir inutilement exposés aux flammes du bûcher et aux tortures de la lapidation, le gouverneur leur fit trancher la tête *. Plus tard les reliques des saints Cosme et Damien furent transférées ci Rome, où le pape saint Félix III (483-492) fit ériger enl'honneur des deux martyrs une basilique qui devint dès lors un titre cardinalice de l'Église romaine. Leur nom prit place au Canon de la messe ; leur culte se répandit en Orient et en Occident. L'illustre solitaire, Sabas, fit construire sur l'emplacement de leur maison paternelle une église qui devint bientôt l'objet d'un célèbre pèlerinage. Quelques reliques des saints Cosme et Damien, rapportées de Palestine à la suite des croisades par le chevalier Jean de Beaumont, furent déposées à Luzarches, dans une magnifique collégiale dédiée sous l'invocation des deux martyrs. L'église métropolitaine de Paris obtint une portion notable de ces précieux ossements, et la dévotion de la capitale de la France envers les saints martyrs iVJEgëe se signala par l'érection d'une église paroissiale en leur houaeur.

î 11 sept.

CUAP. MI. — PERSÉCUTION SOUS MAXIMIEN IlEilCULE. 531

9. Maximien Hercule se trouvait, à Rome, en face d'une légion de fidèles non moins courageux que leurs frères d'Orient. A leur tête se faisait remarquer le capitaine d'une compagnie des gardes prétoriennes, le gallo-romain Sebastianus, originaire de Narbonne. Il visitait les chrétiens emprisonnés pour la foi ; les servait de son crédit et de l'influence que lui donnait son grade; encourageant les faibles ; exhortant les païens qu'il convertissait en grand nombre à la religion de Jésus-Christ par ses exemples et sa parole. Un ancien préfet de Rome, Ghromace, toute sa famille, ses clients et ses esclaves, au nombre de quatorze cents personnes, reçurent le baptême par ses soins. La maison de Ghromace devint comme un temple, oîi le pape saint Caïus célébrait les divins mystères et distribuait à ces néophytes le corps de Jésus-Christ et le pain delà parole évangélique. Cependant les progrès du christianisme portèrent ombrage à Maximien Hercule. Pour éviter une persécution ouverte, Chromace, nue sa qualité de sénateur retenait à Rome, soUicita et obtint de l'empereur, sous prétexte de rétablir sa santé chancelante, la permission de se retirer dans ses terres de Campanie. Le jour de la séparation étant arrivé, Caïus vint encore une fois offrir le saint sacrifice dans cette maison bénie. Prenant ensuite la parole : «Notre-Seigneur Jésus-Christ, dit-il, connaissant la fragilité humaine, a étabh deux degrés parmi ceux qui croient en lui : les confesseurs et les martyrs. Ceux qui ne se sentiraient pas assez forts pour supporter le poids de la persécution sont libres de se retirer. Tout en laissant la principale gloire aux soldats du Christ, ils pourront du moins les assister dans leurs combats. Que ceux donc qui le désirent suivent dans leur retraite Chromace et son fils Tiburce; que ceux qui en ont le courage demeurent avec moi dans la ville. La distance ne saurait séparer des cœurs unis par la grâce de Jésus-Christ. Si nos yeux ne peuvent plus vous voir, vous serez sans cesse présents au regard intérieur de notre âme. » — C'était Gédéon, ne prenant pour le combat que ses plus braves soldats. Tiburce s'écria, en entendant ces paroles ; a Je vous en conjure, ô Père et Évêque des évêques, ne m'ordonnez point de fuir la persécution. Tout mon désir est de donner ma vie pour mon Dieu.

Puissé-je en avoir mille à lui offrir ! » — Saint Caïus se rendit ec pleurant aux instances de ce noble jeune homme et l'assemblée sa sépara. Les uns suivirent Chromace en Campanie, les autres restèrent avec le pape. Saint Sébastien fut de ces derniers. Un autre officier de la cour, Gastulus, intendant des bains, les reçut dans le palais même de l'empereur, oii Caïus se tint plus en sûreté que dans la catacombe. On commençait en effet à persécuter les chrétiens. Sainte Zoé, pieuse matrone, qui allait prier au tombeau de saint Pierre et de saint Paul, le jour de leur fête, fut traînée devant le magistrat. Celui-ci n'ayant pu la contraindre de sacrifier aux idoles, la fit pendre à un arbre par les cheveux et ordonna d'aliumer à ses pieds un feu de fumier qui l'étouffa. On lui suspendit ensuite au cou une pierre énorme et on la jeta dans le Tibre; « de peur, disaient les bourreaux, que les chrétiens n'en fissent une déesse. » Nicostrate, premier secrétaire de la préfecture de Rome, époux de sainte Zoé, Tranquillin, Claude, Castor, Victorin et Symphorien furent aussi arrêtés. Le préfet de Rome les fît jeter tous dans le Tibre. Le généreux fils de Chromace fut pris, par la perfidie d'un faux frère payé par la police impériale pour jouer le rôle d'espion dans les assemblées des chrétiens. « Quoi ! disait Tiburce aux magistrats, parce que je refuse d'invoquer une prostituée dans la personne de Vénus, d'adorer l'incestueux Jupiter, un fourbe comme Mercure, et Saturne, le meurtrier de ses enfants, je déshonore ma race, je suis un infâme! » — Ce héros de la foi eut la tête tranchée. Gastulus, l'hôte des chrétiens,^ victime de la même trahison que Tiburce, subit la question et fut enfin jeté tout vivant dans une fosse qu'on rempht de sable. Saint Sébastien, sous l'uniforme de capitaine des gardes prétoriennes, n'avait point cessé de visiter les martyrs, de les encourager dans leurs tourments, et de recueiUir leurs restes après leur mort. Maximien Hercule qui avait ordonné tous ces supplices venait de /.asser dans les Gaules pour y combattre une insurrection formidable des Bagaudes, paysans de la Belgique, qui commençaient une révolte assez semblable à celles qui éclatèrent en France au moyen âge. On a dit mais sans preuve qu'^lianus et Amandus

Page 1