CHAP. VII, — PERSÉCUTION SOUS MAXÎMIEN HERCULE
leurs chefs étaient chrctii^ns. Les exactions des gouverneurs romains avaient seules armé ces légions rustiques contre leurs impitoyables maîtres. En l'absence de Maximien Hercule, saint Sébastien l'ut dénoncé à Dioclétien lui-même, durant un voyage de ce prince à Rome. Le capitaine des gardes parut donc devant l'empereur, qui lui reprocha de payer d'ingratitude ses propres bienfaits et de se servir contre son gouvernement de l'autorité dont il l'avait lui-môme investi. Sébastien répondit qu'il n'avait pas cessé d'être fidèle à ses devoirs, de faire des vœux pour le salut du prince et celui de l'empire. Mais, ajouta-t-il, depuis longtemps j'ai reconnu la folio d'adorer des dieux de pierre, de bois, d'argent, ou d'or. J'adresse uu:s hommages et mes prières au vrai Dieu qui est au ciel et à son fils Jésus-Christ. — Dioclétien, irrité de ce la gage, fit venir une compagnie d'archers de Mauritanie, qui serval parmi ses gardes. On dépouilla Sébastien de ses vêtements et archers le percèrent de leurs flèches. On le laissa pour mort sut place. Irène, veuve de saint Gastulus, vint la nuit enlever le corps du martyr. Comme il respirait encore, elle le transporta chez elle, au palais même de l'empereur, et, quelques jours après, Dioclétien fut tout étonné de trouver au milieu des courtisans rangés sur son passage, dans l'escalier d'honneur, Sébastien, son capitaine des gardes. L'empereur, furieux, le fit conduire aussitôt dans l'hippodrome du palais où le saint martyr fut assommé à coups de bâton : son corps fut jeté dans un éf "^ût, d'oii les clirétiens le firent retirer (288).
10. Ainsi le chrisi,ianisme avait tout envahi, même l'armée impé- Légion
^ Thébaln*
riale. Maximien Hercule attachait pourtant la plus grande importance à écarter cette propagande de ses soldats, surtout au moment où il marchait contre les Bagaudes dont on disait, à tort ou à raison, les chefs chrétiens. Il s'était arrêté, en traversant les Alpes, dans un village nommé Octodurum, aujourd'hui Martigny, en Valais, pour laisser quelque repos à ses troupes. Il fut rejoint en cet endroit par la léfrion Thébaine que Dioclétien avait fait venii d'Orient, et qu'il lai envoyait pour grossir ses forces. Cette légion iout entière composée de chrétiens avait reçu ses cantonnements
SAINT CAÏQS (283-295).
à Agaune, au pied du mont appelé aujourd'hui le Grand-Saint- Bernard. Maximien Hercule voulut l'employer comme les autres à rechercher les chrétiens du pays, qu'il faisait mourir. La légion Thébaine s'y refusa formellement; Maximien répondit à cette première désobéissance en la faisant décimer. On rangea au hasard tous les soldats qui la composaient sur plusieurs lignes de front. Les exécuteurs passèrent en comptant les soldats, et chaque dixième avait la tête tranchée. Ce qui resta, après cette atroce boucherie, ne consentit pas davantage à obéir aux ordres de Maximien. Une seconde décimation n'eut pas plus de résultat. Le César irrité aima mieux compromettre le succès de ses armes que de paraître céder à ce qu'il appelait l'obstination d'une soldatesque mutinée. Ce ne fut pas sans une explosion de colère qu'il lut la lettre suivante, écrite au nom de cette phalange de martyrs par Maurice, le primicier(pnmzcer2ws) de la légion : « Nous sommes vos soldats, César, mais nous sommes en même temps les soldats de Dieu. De vous, nous tenons les honneurs légionnaires ; de Dieu, nous tenons l'innocence de notre âme. Vous nous soldez nos travaux militaires; Dieu nous fait don de la vie en ce monde et en l'autre. Quand D'éu nous défend une chose, si vous nous la commandez, César, nous ne devons point vous obéir. Pour tout le reste, nous sommes à vos ordres; montrez-nous l'ennemi, vous nous verrez à l'œuvre ! Mais nous ne sommes ni des bourreaux ni des tortionnaires. Nous savons manier la lance et l'épée dans les batailles ; jamais nous n'emploierons les crocs de fer, les torches enflammées contre des victimos innocentes. Qui nous retient sous vos drapeaux? La foi que nous vous avons jurée. Mais quel cas pourriez-vous faire de no^re serment, si nous violions celai que nous avons fait à Dieu ? Le Christ a reçu le premier nos serments. Nous étions ses soldats, avant de devenir les vôtres. Pouvez-vous croire que , capables d'une trahison envers Dieu, nous !e serions de fidélité envers vous ? Il vous plaît de faire égorger les chrétiens ? Nous le sommes. Commencez par nous. Tout à l'heure , nous avons vu nos compagnons de tente, nos frères d'armes, tomber comme une hécatombe autour de nous»
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^" JUS sommes encore couverts de leur sang, et pourtant nous ni (es pleurons pas! Ce n'est ni le deuil, ni la tristesse qu'on remarqua 5ur nos visages, parmi ces funérailles fraternelles. Non, nous envions le sort de ces martyrs ; nous remercions Dieu qui les a trouvés dignes de souffrir et de mourir pour lui ! Traitez-nous da mcme, César; ne craignez pas de nous un acte de désespoir. Nous avons des armes, nous ne les emploierons pas pour notre défense. ^os glaives resteront au fourreau; ils ne pareront pas les coups de vos licteurs. Prenez tel parti qui vous conviendra; faites-nous brûler vifs dans nos tentes; envoyez une armée de bourreaux; mettez tout ce qui reste de la légion à la torture; qu'on nous pass3 au fil de l'cpée, nous sommes prêts; nous ne nous défendrons pas; nous sommes chrétiens. Jamais nous ne verserons le sang de nos frères! » — La réponse de César, à cette éloquente requête dign^ d'un Tacite chrétien, fut une boucherie sauvage. Par ses ordres, la légion Thébaine fut réunie dans une vallée qu'il cerna de ses troupes. Il fit massacrer sous ses yeux cette foule de héros qui so laissèrent égorger pour le nom da Christ dont ils étaient les soldats, avant d'être ceux de l'empire.
11. Le voyage de Maximien Hercule à travers les Gaules ressemblait à une exécution générale des chrétiens. En passant à Marseille, un officier, nommé Victor, ayant refusé devant le César lui-même de sacrifier aux dieux, fut traîné dans toutes les rues de la ville, pieds et mains liés, exposé aux injures et aux outrages d'une vile populace. Apphqué ensuite au chevalet, jeté dans le fond d'un cachot souterrain, Victor convertit les soldats qui le gardaient et les fit baptiser durant la nuit. Le lendemain, ces néophytes eurent la tête tranchée en sa présence par ordre de Maximien. Pour Victor, on le suspendit k une poutre et on le frappa à coups de nerfs de bœuf jusqu'à ce que, lassés e'sxmêmes, les bourreaux le jetèrent mourant dans son cachot. Le César Hercule voulait essayer de vaincre la patience du martyr par la longueur et la diversité des supplices. Trois jours après, il le fit amener en sa présence, et lui montrant un trépied sur un autel portatif, il lui ordonna d'y brûler de l'encens en l'honneur
de Jupiter. Victor s'approcha comme pour obéir : mais du pied il renversa l'autel portatif. L'empereur furieux lui fit aussitôt couper la jambe. On le mit ensuite sous la meule d'un moulin à bras, que les bourreaux firent tourner lentement pour lui briser peu à peu les os. Durant cette horrible opération, la machine vint à casser. Pour en finir. Maximien fit trancher la tête à ce corps mutilé et meurtri qu'on jeta ensuite à la mer; les flots le ramenèrent sur la rive. Ces restes précieux, recueillis par les fidèles, furent ensevelis dans une grotte pratiquée au flanc d'un rocher voisin.
42. Arles eut aussi son martyr célèbre dans la personne de saint Genesius (Genès), greffier du tribunal proconsulaire, qui, ne pouvant se résoudre à transcrire les injustes sentences dictées contre les chrétiens, jeta à ses pieds les tablettes de cire sur lesquelles il écrivait, 3'enfuit et traversa le Rhône à la nage. Atteint sur l'autre bord, J se déclara chrétien et paya de sa tête cet acte de courageuse indignation. L'archéologie moderne a retrouvé le buste de saint Genès, le célèbre martyr d'Arles, reproduit sur un grand nombre de tombeaux chrétiens de cette ville, dans le cours du iv* et du V* siècles. «La première fois que je visitai la nécropole Arlésienne, dit M. de Rossi, je remarquai la répétition sur une foule de monuments chrétiens d'une tête sculptée dont le type , toujours le même, accusait l'intention de représenter un véritable portrait. Le musée d'Avignon m'olfrit plus tard quatre nouveaux exemplaires du même buste. Celui de Lyon en possède un cinquième. On sait que les musées d'Avignon et de Lyon se sont enrichis de sarcophages chrétiens empruntés à la nécropole d'Arles. Je me rappelai les vers de saint Prudence :
Teque prœpollens Arelas habebit Sancte Gènes* f
Le culte filial que la cité rendit tout d'abord à son jeune martyr me fit supposer que les médaillons des sarcophages pouvaient reproduire les traits exacts de saint Genès. En étudiant de plus près ce point jusqu'ici négligé da ''iconographie chrétienne, je retrouvai dans les manuscrits de Marini, à la bibliothèque Vati-
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-cane, le dessin d'un vase de verre provenant des catacombes, où deux personnages sont représentés, l'un avec le nom LVCAS, l'autre avec celui de GENESIYS. Il se pourrait que le Genesius du vasede verre fût le martyr romain homonyme qui versa également son sang pour la foi dans la persécution de Diocîétien, et qui u'eiit de commun avec le Genesius d'Arles que cette similitude de vocaljiis. Cependant, l'accolade de saint Luc et de saint Genès sur nu même moEument ne saurait laisser aucun doute sur l'usage des premiers chrétiens d'associer dans leur vénération et leur culte les noms les plus anciens des temps apostoliques avec ceux des plus récents martyrs. Dès lors, ce qui se pratiqua pour le Genesius de Rome, dont les traits authentiques étaient conservés sur les monuments religieux de cette époque, put de même avoir lieu pour le Genesius d'Arles. Quoi (ju'il en soit, pendant que je me préoccupais de cette intéressante question à Rome, le savant abbé Marti gny l'élucidait de son côté en France. Dans un mémoire intitulé : Explication d'un sarcophage chrétien du musée lapidaire de Lyon * , il arrivait à la même conclusion que moi et établissait l'identité du buste jusque-là inconnu de la nécropole Arlésienne avec le véritable portrait de saint Genè d'Arles *. »
13. Chaque pas de Maximien était marqué par de nouvelles Martyr« victimes. Sainte Fides (Foi), vierge, près d'Agatha (Agde); saint Le l^,",*!! Caprais, évêque d'Agedunum (Agen) ; Tibère, Modeste et Flo- once à "'^"varus."'" Vienne; Ferréol, tribun militaire, et un de ses soldats, nommé Julien, et s^a^int^" à Brivas (Brioude); Vincent, Oronce et Victor, à Ebrodunum (Embrun) ; à Nantes, saint Donatien et saint Rogatien, deux frères illustres par leur naissance, eurent la tête tranchée, après avoir subi tous les genres de torture. La Belgique fut surtout le théâtre de la cruauté de Maximien Hercule secondé dans ses projets sanguinaires parUicciusVarus, gouverneur de la Gaule-Belgique, province qui comprenait une partie de la France septentrionale actuelle. Le»
> Paris, 1864, pag. 21, 22. M. l'abbé Martigny est l'auteur du Dictionnaire ■!es nnll'jinié^ chrétienne-;, œuvre d'uce iii^meuse et consciencieuse érudition dont uous ne sauiiou? troji recommander l'étude. — * Rossl, Bulletino d'Âr ^heologia christiana. juin 18G4, pag. 4G.
Cre*
pioma.
principaux martyrs furent, à Amiens, l'évêque saint Firmin, Victoncus, Lucien et Gentianus; l'évêque Quintinus, à Augusta-Veromaudnonim, capitale du Vermandois, ville depuis ruinée et rebâtie sous le nom de saint Quentin ; à Turnacum (Tournay), saint Piat, prêtre ; à Fines Remorum (Fismes), près de Reims, la vierge sainte Mœcra ; à Lupara (Louvre), près de Lutèce, saint Just ou Justin ; enfin un grand nombre de martyrs à Trêves, résidence habituelle de Riccius Varus. Le nom de ce gouverneur obtint une cruelle célébrité dans les martyrologes de la Gaule. Ses dernières victimes furent les deux frères Crispinus et Crispinianus, dans la cité de Suessiones, (Soissons). Venus de Rome avec Quintinus (saint Quentin), ces deux hommes apostoliques s'étaient donné la mission de prêcher la foi aux populations idolâtres de la Gaule-Belgique. Autrefois saint Paul fabriquait des tentes : Crépin et Grépinien, citoyens romains comme saint Paul, et issus d'une famille distinguée par le rang et la fortune, se présentèrent à Soissons comme de modestes artisans. Ils fabriquaient des chaussures et se montrèrent si habiles dans cet humble métier que leur échoppe était devenue le rendez-vous de toute la province. Les deux frères se préoccupaient moins de vendre leurs produits que de sauver les âmes. Ils n'exigeaient jamais d'argent de leurs visiteurs, se contentant de ce qu'on voulait bien leur offrir ; mais à tous, ils prêchaient le nom de Jésus-Christ. Leur apostolat fut fécond ; bientôt une chrétienté nombreuse et fervente se forma sous leur direction. Durant une courte apparition dans la capitale des Suessionenses^ Maximien Hercule se fit amener les deux frères. Dans un long interrogatoire, il apprit leur origine illustre et les renvoya au tribunal de Riccius Varus, avec ordre à ce gouverneur de sévir contre les rebelles. Les ordres du tyran furent exécutés avec la plus atroce barbarie. Crépin et Grépinien étendus d'abord sur un chevalet à poulie furent frappés à coups de bâton; de temps en temps on suspendait cette flagellation cruelle pour arracher de leurs plaies saignantes des lambeaux de chair meurtrie et pour leur enfoncer sous les ongles des mains et des pieds des broches de fer. Les deux martyrs, pendant ces horribles supplices, ne cessaient de bénir le. nom d«
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Jésus-Christ. On suspendit à leur cou une de ces meules si nombreuses alors qui servaient en chaque famille à broyer le grain, et on jeta les deux frères dans la rivière d'Oesis (Oise). Mais, par un miracle de la protection divine , les deux meules surnagèrent et les saints martyrs soutenus par le flot furent doucement ramenés au rivage. La fureur de Riccius Varus , à cette nouvelle, devint une véritable rage. Poursuivi par le souvenir de tant d'exécutions sanglantes qu'il avait présidées, par le remords de tant de crimes ordonnés de sang-froid contre les fidèles, il ne se possédait plus. Un bûcher immense fut dressé par ses ordres. On y mit le feu. Quand les flammes s'élevèrent ea brillante colonne, au centre du brasier ardent, il y fit jeter les deux frères. Nouveau prodige ! les flammes s'élevèrent comme uq arc au-dessus de leur tête, en respectant les martyrs. Riccius Varus saisit un croc de fer et s'approcha du foyer pour en attiser les flammes. Dans sa précipitation, il fit un faux pas et tomba la tête la première sur le bûcher ardent. Il y fut étouffé. On le releva, mais il était mort. Les deux martyrs prièrent alors à haute voix Jésus-Christ, leur maître, de leur accorder enfin la couronne du ciel qu'ils avaient si bien méritée. Ils furent exaucés ; on les fit descendre du bûcher toujours inoffensif pour eux, et un licteur armé d'une hache fit tomber leur tête '.
14. Tant de cruautés contre les chrétiens de la Gaule semblaient à Maximien Hercule un acte de haute politique. Ce prince avait triomphé, mais avec des peines infinies, de la révolte des Bagaudes. 11 croyait, de bonne foi peut-être, que les fidèles n'étaient pas demeurés étrangers h cette formidable insurrection. Dans la réalité il n'avait eu affaire qu'avec le sentiment national, si puissant dans les Gaules, et toujours^ prêt à transformer en héros les plus humbles enfants de notre race belliqueuse. L'histoire ne nous a pas conservé les détails de cette expédition si intéressante pour notre patrie. On sait seulement que, refoulés pied à pied par les armées victorieuses de Maximien, les Bagaudes, nom insultant donné par les Romains aux paysans gaulois, vinrent s'enfermer dans un cas-
.'23 octob.
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tellum, voisin de Lutèce, situé dans la presqu'île formée par la Marne à son confluent avec la Seine. Cette forteresse jadis construite par César pour contenir les soulèvements des Parisii^ servit de retraite aux Gaulois dans leur lutte désespérée contre Maximien. lis y soutinrent un long siège et furent enfin pris d'assaut. L'empereur fit passer au fil de l'épée tous les soldats qui tombèrent sous sa main, et rasa le castellum dont il ne resta plus que les fossés. Plus tard, sur cet emplacement, devait s'élever la célèbre abbaye bénédictine de Saint-Maur-des-Fossés. On ignore ce que devinrent /Elianus et Amandus, les vaillants chefs gaulois qui avaient si longtemps tenu en échec la puissance romaine. Ce qui est certain, c'est que les chrétiens n'eurent aucune part, comme direction politique, à ce mouvement national. Le manichéisme lui-même ne > jt pas y avoir une influence appréciable. Il n'en fut pas de même dans une seconde révolte des Bagaudes, au v* siècle, dont Salvien nous a conservé le récit. Mais, à l'époque de Maximien Hercule, les disciples de Manès n'avaient pas encore eu le loisir de se rendre redoutables en Occident. Ils étendaient lentement, comme une lèpre, la contagion de leurs doctrines perverses parmi les provinces orientales, et nous trouvons, en 290, leur trace nettement accusée dans une secte nouvelle qui venait de prendre naissance en Egypte.
15. Son auteur, Hiérax, évêque de Léontopolis, était un homme de vie austère, de mœurs rigides, ne mangeant rien de ce qui avait eu vie et s'abstenant de vin. 11 paraît se rattacher à cette classe d'esprits outrés dans leurs vues qui prétendaient imposer à tous les chrétiens un genre de vie saint en lui-même, mais auquel tous ^e sont pas appelés. Le rigorisme de ses principes le conduisit à jic voir dans le corps qu'une émanation du génie du mal. Sous ce rapport, il se rallie aux manichéens parmi lesquels Baronius le rangre, jiiérax partit de ce fondement pour nier ia résurrection delà lîliair» rapportant les textes les plus formels de l'Écriture qui éta- /jlissent ce dogme à la résurrection spirituelle de î'âme. Il condam- /lait le mariage et n'admettait à sa communion que les vierges, excluant tous les autres du royaume des cieux. Il rejetait aussi la doctrine dp. UÉglise sur les enfants baptisés morts avant l'âge de
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raison et prétendait qu'ils ne pouvaient entrer dans le ciel, ni être couronnés, puisqu'ils n'avaient pas combattu. On trouve encore dans ses écrits des erreurs sur la sainte Trinix?; dont if voulait, selon la marche ordinaire des hérétiques, élucider le mystère par des images et des idées tout humaines. Ainsi iï compars.:^ les trois personnes divines à trois mèches allumées dans une mêra-î lampe et alimentées de la même huile : ce qui semblerait indiquer une substance distincte dans les trois personnes. La régularité de ses mœurs, l'érudition qu'il déploya dans ses ouvrages, entraî-^ nèrent un grand nombre de chrétiens dans sa fausse doctrine. Quand il mourut, la plume à la main, âgé de quatre-vingt-dix ans, la secte des Hiéracites était une des plus considérables de i'Égypte. On ne voit pas que l'Église l'ait condamnée avant le concile de Nicée, qui répondit victorieusement aux erreurs sur la Trinité par la magnifique et si juste expression de a Lumière de lumière, » appliquée à la génération du Fils de Dieu.
16. Maximien Hercule se promettait d'étoufTer dans le sang la fit~:e>-3
eainc A ibca
foi chrétienne et le dévouement patriotique des peuples qu'il avait <^'-» ;«
tratjtie-
à gouverner. Il se trompait, comme se trompent toujours les Bihahm. tyrans. La Grande-Bretagne, administrée par ses lieutenants d'après les mêmes principes de brutalité farouche et d'inexorable barbarie, frémissait sous le joug. C'est à cette époque que se place le martyre de l'illustre saint Alban. Albanus, né d'une famille romaine fixée à Verulam, avait reçu à Rome une éducation distinguée mais païenne. Après les premières années de sa studieuse jeunesse, il était revenu au lieu de sa naissance. Un prêtre chrétien poursuivi pour la foi lui demanda asile dans sa demeure, Alban qui ne voyait en lui qu'un malheureux à secourir, lui rendit volontiers ce service. Il ne tarda pas à admirer la vertu, la résignation et la ferveur de ce proscrit qui passait les jours et le» nuits en prières. Son calme surnaturel dans une position si critique frappa l'esprit du jeune Romain. Il voulut connaître plus à fond une religion qui opérait de telles merveilles dans une âme. Le prêtre commença à l'instruire. A mesure que le vojle de ténèbres qui avait jusque-là couvert les .veux d'Albanus se dissipait, la
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grâce agissait sur son cœur. Il reçut le baptême et n'eut plus qu'un seul désir, celui de verser son sang pour le Dieu qui venait de se révéler inopinément à lui. Cependant la retraite du proscrit avait fini par être découverte. Un jour, les soldats du gouverneur se présentèrent à la porte de la maison pour arrêter le prêtre chrétien. Albanus changea de vêtements avec l'étranger qu'il eut le temps de faire évader par une issue secrète, et jetant sur ses épaules la caracalle que le fugitif venait de quitter, il se présenta aux soldats. Celui que vous cherchez, dit-il, n'est plus ici. Mais si vous voulez ua chrétien, je le suis. — On le traîna au prétoire. Infâme sacrilège! lui dit le magistrat, tu as eu l'audace de donner asile à un blasphémateur et à un rebelle. Sacrifie aux dieux de l'empire, ou meurs ! — Je ne sacrifierai point à des idoles muettes, à d'impuissants démons! répondit Alban. — On le flagella sans pouvoir ébranler sa constance; le juge le condamna à être décapité. Pour se rendre au lieu du suppHce, en dehors de la cité, il fallait traverser un pont jeté sur la rivière de Coin. La foule, avide d'assister au cruel spectacle d'une exécution . s'était entassée sur le pont et obstruait le passage. Vainement les soldats, la lance au poing, essayaient de s'ouvrir une route. On fût resté jusqu'au soir sans avancer d'un pas. Alban fit le signe de la croix, se précipita dans le fleuve, gagna l'autre rive et alla placer sa tête sous la hache du bourreau. La multitude le suivit par ce chemin. Cependant le bourreau, stupéfait de cet acte héroïque, jeta son épée, et se prosternant aux pieds du martyr, lui dit : Dieu seul peut inspirer un pareil courage. Je crois en Jésus-Christ! — Il fallut trouver un autre soldat pour décapiter les deux chrétiens *. On montre encore aujourd'hui, à l'endroit oij tomi:>a la tête sanglante de saint Alban, une source qui jaillit soudain du sol et reste comme un monument de la foi primitive, dans cette île des saints, longtemps infidèle, mais que Dieu se réserve, à l'heure du triomphe définitif, de rappeler à la croyance de ses aïeux '.
17. Le sol de la Grande-Bretagne produisit par milliers des . martyrs, à cette sanglante époque. Loin de fortifier la domina,tion
i 2-2 junii.
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romaine, ces cruautés gratuites la rendirent odieuse. L'île tout entière songeait h se délivrer de la tyrannie des Oésars. Maximien Hercule était occupé sur les bords du Rhin à repousser une invasion de Germains et de Francs, quand il apprit que la Grande- Bretagne, de concert avec les tribus saxonnes, avait organisé une immense flottille qui couvrait ses rivages, interceptait les communications avec le continent et pillait toutes les côtes. L'empereur comptait alors parmi ses meilleurs généraux un Gaulois, Carausius, issu d'une famille obscure des Menapii, peuplade qui occupait les territoires situés entre la Mosa et la Scaldis, la Meuse et l'Escaut. Dès son enfance , Carausius avait été formé sur les barques de pêcheurs au rude métier des hommes de mer. Plus tard, engagé dans les armées romaines, il avait porté sur les champs de bataille sa bravoure opiniâtre et téméraire de matelot. Maximien Hercule jeta les yeux sur lui pour repousser les nuées de pirates anglosaxons qui infestaient l'Océan. Il le chargea de rassembler une escadre, dans la rade de Gessoriacum, la, Bononia des Romains, aujourd'hui Boulogne-sur-Mer. Carausius avait conservé parmi ses compatriotes des relations et un ascendant qui s'étaient accrus à mesure que l'officier de fortune s'était élevé successivement aux plus hauts grades militaires. Il eut bientôt sous ses ordres une véritable armée, dévouée à son chef immédiat mais détestant le joug des Romains. Le brigandage des navires anglo-saxons ne fut nullement entravé. Seulement les pirates payèrent un droit à Carausius, qui tenait la mer pour son propre compte. Maximien s'aperçut trop tard qu'il avait été joué. Il donna l'ordre d'arrêter Carausius et de le faire passer devant un conseil de guerre. Mais il était plus facile d'emprisonner un chrétien que de mettre la main sur un général adoré de ses troupes et résolu à vendre chèrement sa vie. La flotte de Carausius fit voile pour la Grande-Bretagne. Les Anglo-Saxons l'accueillirent avec des transports d'allégresse; on égorgea la légion romaine campée dans l'île et Carausius, acclamé par les soldats et le peuple, revêtit la pourpre. Il était empereur. On peut mieux imaginer que décrire la fureur de Maximien. Il lui fallut un an pour improviser une flotte nouvelle, dont
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les .mviragj venus à grands frais des ports italiens, furent arrai^s à la bâte et équipés par des recrues inexpérimentées. C'était là tout ce que Mnximien Hercule était en mesure d'opposer à son rival, qui de son côté avait augmenté démesurément sa marine, fortifié ses côtes et grossi son armée de tous les Barbares, Francs, Saxons, Germains, Gaulois, à qui il avait fait appel. La lutte en de pareilles conditions ne pouvait être sérieuse. La première fois que l'escadre romaine mit à la mer, elle n'osa pas même affronter le choc des navires de Garausius et rentra précipitamment dans le port, sous prétexte que les vents et les flots lui étaient contraires. Maximien Hercule ne s'obstina pas davantage. Il écrivit à Garausius pour lui donner solennellement l'investiture d'Auguste et d'empereur de la Grande-Bretagne. Des monnaies furent frappées à l'effigie des trois Césars : Dioclétien, Maximien et Garausius. La paix fut conclue et prit le nom de Pax Augustorum. L'ancien lieutenant gaulois était devenu l'égal de ses maîtres. Malheureusement pour sa mémoire, il en imita la violence et les crimes. La population qui lui avait confié ses destinées ne devait pas tarder à s'en repentir. Les massacres de chrétiens continuèrent: les exactions, les violences, la rapine et les débauches furent impitoyablement exercées au nom de l'empereur Garausius, comme elles l'étaient précédemment au nom de l'empereur Maxiïnien Hercule. On eût dit que tous ces parvenus impériaux, sortis de la Dalmatie, de la Pannonie, ou de la Gaule, n'avaient de comjnun qu'une seule chose, la soif du sang!
§ DI. Klartjre de saint Caîns.
*rnobe, i8. Pendant que Maximien Hercule multipliait les martyrs pour
éteindre dans leur sang la religion de Jésus-Christ, un rhéteur fameux né à Suia, dans l'Afrique proconsulaire, étudiait en silence cette religion tant persécutée. La vérité se fit jour dans son âme 7usque-là sincèrement attachée au culte païen. Lui-même avoue gauchement qu'il était idolâtre pratique et de bonne foi. « Quand j'apercevais, dit-il, des bandelettes coloriées dans le creux d'un arbre, ou des pierres arrosées d'huile, je les adorais, je les sup-