‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 79 sur 96 · CHAP. VII. — MAUTYRR DE SAINT CAÏUS · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — MAUTYRR DE SAINT CAÏUS

p!iais, comme si elles eussent renfermé quelque vertu secrète, et l'adressais sérieusement mes vœux à un ti-oiic insensible. » Enfin la grâce fut victorieuse et Arnobe demanda le baptême. Pour donner un gage éclatant de sa conversion, il n'hésita point à brûler publiquement ce qu'il avait adoré. Il écrivit donc, d'un style vigoureux et énergique, sept livres contre l'idolâtrie où il répond ;? toutes les objections des païens contre l'Église. Le scandale de lu croix étonnait surtout les gentils : «Votre Dieu, disaient-ils aux chrétiens, est mort sur un gibet. — Eh! qu'importe? reprend Arnobe. Pythagore a été brûlé vif; Socrateaété condamné àboiio la cigûe; Régulus a péri par le plus cruel supplice; sont-ils pour cela déshonorés? Ce n'est pas la peine, c'est le crime qui fait l'infamie. — Vous avez fait un dieu de Bacchus, parce qu'il enseigna aux hommes l'usage du vin ; une déesse de Cérès, parce qu'elle leur apprit h cultiver le froment. Quels honneurs ne mériterait donc par- Jésus-Christ, même quand il ne serait qu'un homme, pour avoir ap porté la science la plus nécessaire au genre humain, pour noua avoir appris à connaître Dieu, le monde et nous-mêmes? Mais le Christ n'est pas un homme ; le Christ est Dieu, Dieu par-dessus toutes choses. Dieu par la racine même de son être. Encore une fois. malgré votre dédaigneux sourire, malgré vos injures, et dussiez.* vous en avoir les oreilles rompues, le Christ est Dieu, Dieu nous apparaissant sous la forme d'un homme ! Vous en avez sous les yeux la preuve la plus frappante, la plus incontestable. Voyez en combien peu de temps sa religion s'est répandue par toute la terre. Y a-t-il une nation si barbare que cette foi n'ait adoucie et civilisée? Considérez la foule d'hommes de génie, orateurs, grammairiens, jurisconsultes, philosophes, qui sollicitent ses enseiijae* ments et abjurent pour elle les croyances de tonte leur vie. Plu.^ vous multipliez les menaces et les supplices contre la religion de Jésus-Christ, plus cette religion progresse. Vous employez les bourreaux et les ongles de fer pour l'anéantir : les ongles de fer et les bourreaux sont un nouvel attrait pour croire au Christ, et préférer sa doctrine à tous les biens de ce monde. Le doigt de Dieu n'est-il pas là? — Vous nous raillez de notre crédulité, du VIII. 3o

penchant que nous avons à accepter la foi. Mais tout en ce monde commence par la foi. Vous-mêmes, dans l'ordre intellectuel, vous aftachez foi aux paroles de tel philosophe. Nous, nous avons foi au Christ, parce qu'il a prouvé par des miracles la vérité de sa doctrine. Vos philosophes, à vous, quels miracles ont-ils faits? Quel est celui d'entre eux dont la parole ait jamais pu calmer les tempêtes, rendre la vue aux aveugles, ressusciter les morts? » — Tout l'ouvrage d'Arnobe est rempli de pareils traits. II l'écrivait, dans la première ferveur de sa conversion, n'étant encore que simple catéchumène et imparfaitement instruit des vérités dogmatiques. Cette circonstance explique comment on rencontre sous sa plume quelques inexactitudes, quelques erreurs même, qui n'ont jamais été, de la part de l'antiquité chrétienne, l'objet de reproches, à cause de la situation particulière de l'auteur. La plus grande gloire d'Arnobe du reste est d'avoir eu pour disciple Lactance, qu'on a surnomme le Cicéron chrétien,

19. Dioclétien ne se croyait pas assez fort pour supporter, même avec l'aide de Maximien Hercule, le poids d'un empire que lui disputaient de tous côtés les Barbares, Il résolut de créer deux nouveaux Césars, pour les pla.-er sur les frontières et leur donner la garde du Rhin et du Danube. Les nouveaux maîtres du monde, que la volonté d'un esclave couronné appelait au trône, se nommaient Constance-Chlore et Galerius. Le premier répudia sa femme Hélène, dont il avait un fils qui fut depuis Constantin le Grand, pour épouser Théodora, belle-nlle de Maximien Hercule. On voit déjà, parmi ces noms de persécuteurs, poindre les destinées auxquelles s'attachait la victoire de l'Église. Galerius, au refus de la vierge Suzanne dont nous raconterons bientôt le martyre, épousa Valérie, fille de Dioclétien. C'était un César plus barbare que romain. Sa mère, esclave venue de l'autre rive du Danube, lui avait donné tout le type des nations sauvages de la Dacie. Sa tailîc était colossale ; le regard, la voix, le geste, tout chez lui était terrible. Les quatre nouveaux souverains allèrent se fixer, Dioclétien à Nicomédie. Maximien à Rome, Constance-Chlore à Trêves et Galenus en Pannonie.

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