CHAP. VII. — MARTYRE DE SAINT CAÏUS
20. Pour se consoler du partage de l'empire, Dioclétien niL delà sa in!.trncf(oin cour sur les magnificences orientales du roi de Perse. Il s'était déjà à\\\l\\r!u'lv donné le surnom de Jupiter. Au lieu de la couronne de laurier, il cei- nas'.'au niv."i gnit le diadème; il ajouta au manteau de pourpre la robe d'or et de deDiociéiieo soie. Quiconque était introduit devant l'empereur, se prosternait pour l'adorer. Il se fit appeler Voire Éternité^ titre que ses successeurs, qui passaient comme des ombres, eurent grand soin de conserver. Cependant il laissait les chrétiens approcher fort hbrement de sa personne. Plusieurs occupaient des fonctions importantes près de lui; tels étaient Dorothée, Gorgonius, saint Pierre et Lucien, revêtu de la dignité de majordome, ou grand chambellan du palais. Nous avons encore les instructions que saint Théonas, évêque d'Alexandrie, adressait à ce dernier. Elles ne sont pas la moins intéressante des pages de l'histoire ecclésiastique à cette époque. Il est curieux de voir comment l'Église, par la voix des cvêques, ordonnait à ses enfants l'obéissance, le respect, le dévouement, l'affection môme envers des princes au nom desquels la religion était si souvent persécutée. Saint Théonas exhorte le grand chambellan et tous les officiers chrétiens à se rendre agréables à leur maître par la régularité, la promptitude de leur service, en même temps que par la gaîté et l'amabilité de leur caractère ; « afin, dit-il, que le souverain, fatigué des afiaires de l'État, trouve sa joie et son repos dans la douceur, la patience, le visage ouvert et l'exacte obéissance de ses serviteurs. On doit legarder ses ordres, lorsqu'ils ne sont point contre Dieu, comme les ordres de Dieu même. » Il veut qu'aucune influence d'argent ou d'intérêt ne j. uisse les porter à donner de mauvais conseils au prince, à vendre îeur crédit ou à faire prévaloir l'injustice. Il leur recommande d'éviter toutes les rivalités, les haines, les disputes, les intrigues ; ce ne jamais mêler leur nom aux partis qui se disputent l'influence i ans les cours , perdant en questions de vanité personnelle un esprit et un temps qui ne devraient être employés qu'au bien public. Il les exhorte à se montrer affables, prêts à rendre service, à obliger îfcs hommes de mérite, à user enfin de leur pouvoir pour le bien de tous. Le paragraphe consacré au bibliothécaire iiupé-
rial est particulièrement remarquable. « Celui d'entre vous qui lera chargé de ce dépôt par le souverain, dit Théonas, devra s'adjoindi,'^ un homme érudit, grave, intelligent, apte aux plus grandes affaires, tel que fut, sous Ptolémée-Philadelphe, le chambellan Aristée qui prit l'initiative de la traduction des Septante et que le roi égyptien députa pour ce sujet au grand-prêtre Éléazar. Si un chrétien est appelé à cette charge, il devra se livrer à une étude approfondie des auteurs profanes et des génies de l'antiquité dont les œuvres peuvent avoir les sympathies du prince. A l'occasion, il relèvera dans les poètes la sublimité du trait, la fécondité de l'invention, la beauté des images, la richesse de l'ex- ■pression ; dans les orateurs, le mouvement, le feu, l'éloquence ; dans les philosophes, l'élévation de la pensée, l'amour du vrai, du ieau et du bien ; dans les historiens, la peinture fidèle des mœurs antiques, la rectitude du jugement, la variété des exemples et les préceptes d'une sage politique. Dans ces entretiens, il trouvera des conjonctures favorables pour glisser un mot sur les Écritures ôivines dont Ptolémée-Philadelphe ordonna la traduction en notre langue. L'Évangile, les Épîtres des apôtres seront alors mentionnés. Jésus-Christ, notre Dieu, permettra peut-être que son nom soit prononcé par le prince. On insistera brièvement sur les caractères et la divinité de sa mission. Il faut donc que le bibliothécaire impérial connaisse parfaitement tous les livres dont le dépôt lui est confié. Il en dressera un catalogue méthodique. Il prendra soin de faire transcrire à nouveau les manuscrits anciens exposés par vétusté à se perdre; il se procurera des copies exactes de tous les ouvrages qui manqueraient à sa collection. Pour ce genre de travail, il doit r'assurer la collaboration de copistes fidèles et intègres qu'il pal '-ra généreusenient. Toutefois il évitera les dépenses inutiles et \â luxe superflu des ornements et des miniatures, dans la transcription des vieux parchemins, à moins que le prince ne l'exige. En tout cela il devra se conformer à la volonté du maître, sans la provoquer importunément, ni surtout la dépasser. Dans la mesure de son pouvoir et avec toute la modestie convenable, il indîqcerd iea lima q^e Cl&^i poorîaît avea utilité se
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faire lire. Il doit donc les connaître fort exactement lui-même, et se tenir prêt à fournir tous les éclaircissements historiques, géographiques ou archéologiques dont ils sont susceptibles. » Je ne crois pas qu'un seul bibliothécaire de nos jours soit tenté de méconnaître ce qu'il y a de sagesse, de prudence et de véritable uraour des lettres, dans cette instruction de saint Théonas au bi- Ijliothécaire de Dioclétien. L'illustre évoque d'Alexandrie résume on ces termes sa lettre au chambellan impérial : a Enfin, très-cher Lucianus, servez-vous de la sagesse de Jésus-Christ pour supporter charitablement les insensés du siècle et les rendre sages. Ne provoquez le courroux de personne et ne faites jamais une offense h autrui. Si l'on vous insulte, élevez le regard de votre âme vers notre divin modèle : comme vous souhaitez qu'il vous pardonna \ 03 offenses, pardonnez celles qui vous sont faites à vous-même. Ainsi vous dompterez l'envie, vous briserez la tête de l'antique serpent, toujours prêt à Ca,lomnier vos bonnes œuvres, à dénaturer vos meilleures intentions, à entraver tous vos progrès. Ne laissez jamais passer un jour sans lire quelque chapitre des Livres saints. C'est là qu'il vous faut chercher la source du zèle véritable et Tinspiration des œuvres fécondes. Là vous apprendrez à travailler vt h souffrir en toute patience, justice et piété, pour l'oeuvre de Jésus-Christ, c'est-à-dire la charité divine qui récompensera de3 sacrifices d'un jour par une éternité de gloire. Adieu dans le Christ, Lucianus, seigneur et fils bien-aimé '. »
21. A la même époque vivait a Jérusalem un saint prêtre, dont quelques écrits nous ont été conservés sous le nom de Macarius Magnés. Ils constituent l'un des plus précieux fragments de la littérature chrétienne au m* siècle. Le plus impoitaut de ses ouvrages avait pour titre : « Apologie de l'ÉvangiK^, adressée au païen Théotecne. » Macarius Magnés le fit suivre de cinq livres d'ApoantiqueSj ou m Réponses -> aux objections des idolâtres. Tout ie système anticlirétien de Porphyre y était combattu avec uoA
* S. TheonsB Alexandrini, L'i-nstola ad Lucianum cubiculariorum preepositum^ Pair, grœc, tom. X, col. 1570-1 o74.
dialectique et une érudition victorieuses. L'unité de Dieu, l'harmonie du monde physique, l'absurdité du panthéisme y étaient démontrées. « On a donné le nom de dieux à des idoles muettfs. à des figures d'hommes sculptées par la main des hommes, disai;. Magnés. Mais faisons abstraction de ces vocables avec lesqucisnne longue habitude et un culte traditionnel nous ont familiarisés- Interrogeons le bon sens et la raison publics. Jupiter, un roi '^-r Crète que nos aïeux ont connu, put-il être le créateur du raorulc? J'en dirai autant de Saturne, Apollon, Mars et les autres. Ils furent des hommes mortels, semblables h nous. La piété filiale leur dressa des an tels, mais cela ne fait pas un Dieu créateur. En remontant plus haut, nous voyons les honneurs divins prodigués aux éléments et aux forces de la nature. On adora la terre, l'eau, le feu, l'air, la foudre ; on offrit des sacrifices au soleil, à la lune, aux astres. Mais que diriez-vous si, dans les courses équestres, on donnait la couronne au cheval ? Vous ririez de cette folie. C'est l'écuyer, c'est le maître du cheval qui obtient le prix. Or, la lune, le soleil, les astres, tous les éléments, la terre ellemême, ne sont pas autre chose que des coursiers lumineux, dirigés dans l'espace par la main du Dieu qui les créa. » Les païens auxquels Magnés s'adressait commençaient à lire la Bible, le livre sacré des chrétiens. «La preuve que Moïse admettait la pluralité des dieux, disaient-ils au saint docteur, c'est que, dans le conseil divin qui précéda la formation de l'homme, le démiurge s'exprim :• ainsi : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. r> D n'y avait donc pas qu'un seul Dieu, qu'un seul créateur, puisque les démiurges tiennent conseil ensemble , dans la pluralité d<^ leur existence et de leur pouvoir simultanés. — Non, répondait Magnes, il ne s'agit point ici d'un conseil de dieux, pareil à ceux qu'Homère décrit dans les palais chimériques de l'Olympe. Il y a en Dieu trois personnes également souveraines, également puissantes, également éternelles. C'est à son Fils unique, splendeur de sa gloire et figure de sa propre substance, c'est à l'Esprit-Sairit que Dieu s'adresse, quand il prononce la parole citée par Moïse : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. » Les