CV.kV. I. — CEUVBER D ORIGENE. 'JO
prison, ùes chaînes, des fouets plombés; ce corps qui fut livré aux flammes, déchiré par les ongles de fer, broyé sous la dent des bêtes, cloué sanglant à une croix; ce corps qui a lassé l'ingénieuse patience des persécuteurs, fût en définitive privé de la récompensa après tant de glorieux combats? L'âme n'a pas lutté seule, seraitelle seule couronnée? Ce vase fragile du corps, humble instrument qui s'est sacrifié dans la communauté du martyre, n'aurait point sa part dans les lauriers de la victoire ! Cela est contre toute raison. C'est le corps qui a le plus souffert en immolant ses instincts naturels, ses passions innées, pour conserver laborieusement au Christ sa virginité. Dans la lutte de la continence, le corps, s'il n'a pas souffert plus que l'âme, ci du moins été son égal, et ce n'est pas trop dire. Et, quand l'heure de la récompense sera venue, le corps demeurerait dans sa froide poussière ; l'âme seule serait couronnée ! Non, ce serait là une injustice qui, par rapport à Dieu, constitue une impossibilité*. »
38. C'est encore à saint Jérôme que nous devons trois fragments des livres composés par Origène, à l'exemple de Clément d'Alexandrie, son maître, sous le nom de Stromates *. Le premier de ces fragments est la réfutation d'une maxime philosophique de Platon qui admettait, en certains cas, la liccité du mensonge, pour raison d'État, par exeni^ple. Le second semble être extrait d'un commentaire complet de l'histoire de Suzanne. On se rappelle que, dans sa lettre à Jules Africain, Origène émettait le vœu de voir traiter ce sujet par un écrivain catholique. Le troisième est une explication du texte fameux do saint Paul: « Frères, vous avez été appelés à la liberté. Prenez garde de ne point laisser dégénérer la liberté dans les licences de la chair ^. » Nous ne saurions trop regretter la perte des Stromates d'Origène ; un ouvrage de ce genre fournirait certainement aux controverses contemporaines des solutions antérieures de quinze siècles aux objections du présent, il nous suffît de donner l'idée de la fécondité du génie d'Orl-
* Oripea., de Resurrect., fragm. 1 ; Patrol. grœc, tom. XI, col. 92. — * Ori- ^en., Stromatum Fragmenta. Pairol. grœc, tom. XI, col. 102. — ' Galat., V, 13.
gène, et de fournir la preuve que les questions qui agitent aujourd'hui les intelligences sont loin d'avoir réellement la nouveauté qu'on leur suppose. Les Slromates sont perdus pour nous , la collection des 'E^yivr.Tty.a, ou Commentaires de l'Écriture, nous îst presque intégniloraent parvenue. A l'époque oii parut ce travail gigantesque du docteur alexandrin, du Diamant, comme on l'appelait, ce n'était point chose nouvelle qu'une série d'homélies explicatives des Écritures. Antérieurement à Origène, ainsi que aous en avons fait l'observation à diverses reprises, les Pères avaient déjà traité, soit partiellement, soit dans son ensemble, ce Faste sujet. Mais leurs ouvrages ne nous sont plus connus que par des lambeaux échappés au naufrage des siècles. Celui d'Origène se trouve donc, par rapport à nous, le premier en date, bien qu'il fiât en réalité la continuation d'une œuvre apostohque qui n'a jamais été interrompue dans l'Église et qui se continuera toujours. On a donc eu tort de considérer Origène comme le créateur de .'homélie et de l'exégèse scripturaire. Au sein de l'Église catholique, tout a été créé par son fondateur divin. Sous l'action du Saint-Esprit, les apôtres et leurs successeurs, les papes, les évoques, les conciles, les pères et les docteurs, ont développé la doctrine, fixé la vérité traditionnelle, prouvé sa légitimité, ses rapports avec la raison, sa concordance avec l'histoire, ses analogies avec la science. Mais ils n'ont rien créé, pas plus que, dans l'ordre naturel, les savants ne créent rien. Le Verbe qui a créé le monde, a créé l'Église ; l'un et l'autre de toutes pièces, sans qu.; « génie humain puisse aspirer à une autre gloire qu'à celle de pénétrer plus profondément dans l'intelligence de quelquesanes des lois qui régissent le premier, et de quelques-unes des yérités divines dont la seconde a reçu la révélation complète. -^nsi, nous l'avons dit plus haut, la première homélie fut prononcée à Capharnaiim, par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même. L'Évangile est \ine exégèse divine de l'Ancien Testament, expliqué par le Aoyô; ou Verbe divin, qui l'avait dicté à Moïse et aux proptiètes. Les Épîtres canoniques des Apôtres, l'Èpître authet.thique de saint Barnabe . les Lettres génuines de saint Ignace
CUAP. I. — ŒUVRES d'ORIGÈNE. 97
ci Anliochene sont pas autre chose que des exégèses scripturaire», iiabituons-nous donc à discipliner notre langage et à ne point abu* ser d'expressions qui finiraient par altérer le sens commun. Aucun mot n'a plus été prodigué dans notre siècle que celui de créateur. On l'a accolé aux noms les plus hétéroclites. l\ appartient a Dieu seul. Pourquoi ne pas réserver à Dieu un titre incommunicable? Origène eût été le premier à protester contre la monstrueuse exagération d'un pareil éloge. « Nous autres hommes, dit-il, nous ne savons rien faire de rien. A l'artiste, il faut la toile et les pinceaux, le ciseau et le bloc de marbre ; à l'architecte, les matériaux dont il construira le palais ; à l'écrivain, au savant, au poète, le fond commun d'idées apprises, de méthodes enseignées, d'observations et d'études littéraires, Jiistoriques, ou scientifiques. A Dieu seul, il ne faut rien. Du néant, il créa les mondes *. » Pour Origène, comme pour tous les docteurs et les Pères, l'Église catholique est une seconde création, dont l'origine est contemporaine de la première. « Cette épouse du Verbe, dit-il, a eu son enfance et sa première jeunesse, dans les temps qui ont précédé et suivi la pro mulgation de la loi apportée à Moïse par le ministère des anges. La jeune fiancée était alors en tutelle, sous le ministère des anges et de la loi, jusqu'à ce que vînt la plénitude des temps, alors que Dieu envoya son Fils, né de la femme, sous la loi, lequel arracha la fiancée à la tutelle et à la pédagogie de la loi. Dans un baiser divin, le Verbe communiqua à son épouse, Î'^'^^'^a- ^a dôctrinfi bi l'interprétation des Écritures. Ne croyez donc pas que l'Église l'épouse du Christ, date de l'avènement du Sauveur; elle remonte h l'origine du genre humain, à la constitution même du monde où plutôt, pour pénétrer plus avant encore dans ce mystère, à la suite de saint Paul, l'Église est antérieure à la création du monde. En effet, dit l'Apôtre, « Avant de créer le monde, Dieu nous avait choisis dans le Christ, pour que nous fussions saints et immaculés on son amour, nous prédestinant à l'adoption des enfants *. y,
» Origen., Commentar. in Genesim, cap. i ; ^&if^. gç«e,j tODO. XII, col. 48. * Epliee., ïi ♦.