‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 3)Chapitre 86 sur 96 · CHAP. VII, — SYNCHRONISME · texte numérisé non relu

CHAP. VII, — SYNCHRONISME

à sa fille, l'impératrice Fausta, de laisser ouverte la porte de l'appartement où dormait Constantin. Une nuit, trompant la vigilance des gardes, il s'approcha du lit impérial et perça à coups de poigucird un corps endormi : c'était celui d'un eunuque que Constantin, informé du complot par la fidèle Fausta, avait fait coucher dans son lit. Maximien, pris sur le fait, le poignard sanglant à la main et se livrant à toute la joie d'avoir assassiné son gendre, fut contraint de choisir lui-même son genre de mort ; il s'étrangla de ses propres mains, vengeant ainsi le sang de tant de martyrs qu'il avait eu un cruel plaisir à répandre (310).

50. Depuis huit ans, la persécution commencée par Dioclétien Edit ie

Galerius i

sévissait en Orient. De tous ceux qui y avaient pris part et se faveur a,

chrétimi!

glorifiaient a avoir anéanti le nom chrétien ', il ne restait plus Mon de (

lârius.

que Galerius. Son heure ne tarda pas à venir. Il se préparait par des cruautés nouvelles à célébrer la vingtième année de son règne, lorsque la main de Dieu s'appesantit sur lui. Un ulcère affreux s'étendit sur la partie inférieure de son corps, laissant conlinuellement échapper un sang noir et corrompu, des vers sans cesse renaissants et une intolérable odeur. Le haut du buste devint d'une telle maigreur qu'il ressemblait à un squelette sur les os duquel on aurait étendu une peau livide : cependant les jambes et les pieds étaient enflés au point d'avoir perdu leur forme. Dans les tortures que lui causait cette maladie incurable, Galerius passa d'un excès de fureur à une clémence inespérée. Il fit d'abord jeter aux bêtes des amphithéâtres les chirurgiens qui avaient les premiers essayé sur lui un art inutile. Comme ces exécutions ne le guérissaient pas, il fit sur le passé de sa vie de salutaires réflexions. Le souvenir des chrétiens dont il avait versé le sang à grands flots troubla ses insomnies : lassé des remèdes

* « Dioclétien, César Auguste, après avoir adopté Galerius, en Orient, avoir aboli partout la superstition du Christ, et étendu le culte des dieux. » Et cette autre inscription également trouvée eu Espagne : « Dioclétien Jupiter, Maximien Hercule, Césars Augustes, après avoir étendu l'empire romain eu Orient et eu Occident, et avoir aboli la secte chrétienne qui bouleversai' l'État. » {Inscrip, numism. apud Gruter., pag. 280.)

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humains, il voulut tenter d'apaiser la colère du Dieu qu'il avait tant outragé. La ville de Sardique, témoin de ses soufl'rances, le fut aussi de son tardif repentir : de cette ville fut daté un édit qui rendait aux chrétiens le libre exercice de leur culte. Eusèbe nous a conservé ce monument de réparation in extremis. Les titres pompeux que le moribond impérial prenait soin d'ajouter à son nom ne font que mieux ressortir son impuissance à détruire une religion qui lui arrachait, sur son lit de douleur, un témoignage de bienveillance. Voici le texte de l'édit : « L'empereur César, Galerius-Valerius-Maximien, invincible, auguste, souverain pontife, très-grand Germanique, très-grand Égyptiaque, très-grand Sarmatique, très-grand Thébaïque, très-grand Persique, trèsgrand Carpique, très-grand Arméniaque, très-grand Médique, très-grand Adiabéoique, la vingtième année de sa puissance tribunitienne, la dix-neuvième de son empire, consul pour la huitième fois, père de la patrie, proconsul, aux habitants de ses provinces, salut. Parmi les soins continuels que nous prenons des intérêts publics, nous avions cherché d'abord à faire revivre les mœurs de l'ancienne Rome et à rappeler les chrétiens à la religion de nos ancêtres. Subissant une influence nouvelle, les chrétiens ont abandonné les maximes de nos dieux, et tiennent des assemblées pour un culte jusqu'ici inconnu. En exécution de nos précédentes ordonnances, un grand nombre d'entre eux ont péri par divers sup' plices. Cependant comme nous voyons ce qu'il en reste persévérer dans les mêmes sentiments et refuser d'adorer les dieux do l'empire, ne consultant que notre clémence et la bonté naturelle qui nous a toujours fait incliner du côté de l'indulgence, nous avons cru devoir étendre jusqu'à eux notre paternelle miséricorde. Ils pourront donc professer librement leur religion e( rétablir les lieux de leurs assemblées, en se soumettant d'ailleurs aux autres prescriptions légales. Nous ferons savoir aux magistrats par un autre décret la conduite qu'ils auront à tenir. En vertu de cette grâce que nous leur accordons, les chrétiens seront tenus de prier leur Dieu pour notre santé et pour le salut de la république, afin que l'empire prospère de toutes parts et qu'ils

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puissent eux-mêmes vivre en sécurité et en paix. » — " Galenns ne survécut pas longtemps à cet acte de justice suprême : il mourut comme Antiochus, après avoir vécu comme lui. Avant d'expireril recommanda Valérie, sa femme, et Candidien, son fils, à Licinius, qu'il avait fait de rien César. Pour acquitter sa dette de reconnaissance, Licinius se hâta de mettre à mort Valérie et Candidien, aussitôt que Galerius eut les yeux fermés. La justice divine se servait de la fureur de ces monstres couronnés pour étendre sur toute la race des persécuteurs le châtiment de leurs crimes. La mort de Galerius laissait l'empire légitimement partagé entre Constantin , Licinius et Maximin , qui , se reconnaissant tous trois pour augustes mais se disputant entre eux la prééminence, régnaient, le premier dans les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne, le second en Illyrie, le troisième dans l'Asie, l'Orient et l'Egypte. Le centre de l'empire, c'est-à-dire l'Italie et l'Afrique, était au pouvoir de Maxence. Celui-ci n'ayant jamais été proclamé empereur d'une manière régulière, ni par Dioclétien, ni par Galerius, était regardé comme un usurpateur, en latia tyrannus. La nouvelle de l'édit de Galerius produisit dans -;oufc l'Orient en faveur des chrétiens ce çue les Juifs avaient éprouvô à la fin de la captivité de Babylone. Les confesseurs entrssés dans les cachots furent délivrés : ceux qui travaillaient enchaînés au fond des mines furent rendus à la lumière et à la liberté. On voyait dans toutes les provinces les chrétiens célébrer leurs assemblées, faire leurs collectes ordinaires pour secourir les pauvres les veuves et les orphelins. La charité reparaissait dans le monae en même temps que la religion de Jésus-Christ. Les païens qui avaient cru assister aux funérailles du christianisme, surpris d'une révolution si inopinée, proclamaient hautement que le Dieu dos chrétiens, vainqueur des Césars, était le seul Dieu grand, le seul véritable. Les exilés de la foi retournaient dans leur patrie, traversant les villes au milieu des acclamations et des chants de triomphe. On les rencontrait par troupes nombreuses sur les grands chemins et les places publiques, chantant des psaumes et des hymnes d'alsse. Les populations païennes s'associaient à leur joie ; VIII. b9

fclO rONTIliCAT DE SAINT MELCHIADB (310-314).

céfaii uno fête publique pour l'empire que la réapparition de ces

chrétiens q ue, depuis tiuit ans, on travaillait à exterminer dans tout

î'univei"?.

Schisme 5|. L^ première année du pontificat de saint Melchiade (311)

îfaDatistes à fut marquée par la consommation du schisme des Donatistes.

Carthage. ^ ^

lies évèques d'Afrique, profitant de la paix qui venait d'être rendue à l'Église, s'étaient assemblés à Carthage pour donner un successeur à Mensurius , évêque de cette ville , mort pendant la persécution. Le diacre Cécilien fut élu d'une voix unanime. Félix, évêque d'Aptonge, lui imposa les mains, le fit asseoir dans la chaire épiscopale et lui remit l'inventaire des vases d'or et d'argent dont Mensurius avait confié la garde aux anciens de l'Église. Quelques-uns de ces infidèles dépositaires avaient espéré détourner à leur profit certains de ces objets précieux. Ils se liguèrent avec deux diacres intrigants, Botrus et Celeusius qui avaient osé aftjcher leurs prétentions au siège de Carthage. De concert avec ces mmistres ambitieux, ils appelèrent ceux des évêques de Numidie qu on n'avait pu convoquer à l'époque de l'ordination de Cécilien. tles prélats étaient les mêmes que nous avons vus en 305 se rassem- Dier pour ordonner le traditeur Sylvain évêque de Cirtha. Sous la utrection de Donat, évêque de C'asis-I\igrts, ville de Numidie, ils se formèrent en conciliahuje ei déposèrent Cécilien, sous prétexte que Félix d'Aptonge qui lui avait imposé les mains était un traditeur ; que de plus Cécilien avait refusé de se rendre à leur assemblée ; enfin, qu'étant encore diacre, il aurait empêché les fidèles de porter des secours aux martyrs dans leurs cachots, durant la persécution de Dioclétien, Considérant donc le siège de Carthage comme vacant, ils élurent et ordonnèrent pour évêque le lecteur Majorin. Telle fut l'origine du long schisme de Carthage, connu sous le nom de schisme des Donatistes parce que Donat, l'évêque de Casis-Ntgris, en tut le plus ardent et le principal fauteur. Cécilien ne s'émut DOint de tous ces troubles, ni de toutes ces calomnies. Il se crut satfisamment justifié par le seul fait qu'il demeurait, dit saint Auirustm, « uni de communion avec l'Église romaine, où a toujours été ea vigueur la principauté de la chaire apostolique, bt Où il

CUAT. Vil. — SY.NCllUUMS.ME. 6H

était prêt â plaider sa cause. » Nous verrons plus tard le souverain pontife porter son jugement dans cette affaire et rendre justice à la vérité, à l'innocence et au droit {SU).

52. L'édit de Galerius qui rendait la liberté aux chrétiens avait Recmde

cence de

été exécuté aussitôt que connu dans toutes les provinces de l'em- persécmi

en Crier

pire. Aucun des collègues du vieux César n'eût osé résister à sa «ousMaii

. Daîa. Sa

volonté expresse et authentiquement promulguée. Mais il en coû- Çrégoir

• . . . . , l'Ilinmir

tait beaucoup aux mstmcts sangumaires de Maximin Daïa de teor. renoncer aux exécutions quotidiennes, aux jeux cruels des amphithéâtres qui allaient manquer d'aliments. Aussi l'année qui suivit la mort de Galerius (octobre 311), Maximin publia un décret qui défendait aux chrétiens de s'assembler dans les villes pour l'exercice de leur culte, sous prétexte qu'ils troublaient l'ordre et la tranquillité publique. Les gouverneurs et les proconsuls, devinant l'intention de l'empereur sous les formules adoucies qui la voilaient encore, comprirent qu'il fallait de nouveau persécuter les fidèles. On commença par calomnier leurs mœurs et outrager la mémoire de leur divin fondateur. De faux actes de Pilate, remplis de blasphèmes contre Jésus-Christ, furent répandus par tout l'Orient soumis à Maximin. On les disait tirés des archives impériales et fidèlement reproduits. On suborna des femmes de mauvaise vie qui déclarèrent devant les tribunaux que les chrétiens célébraient dans leurs assemblées des mystères infâmes, et qu'elles-mêmes en avaient fait partie. On passa bientôt aux supplices. On arrachait les yeux aux confesseurs ; on leur coupait les mains, les pieds, le nez, les oreilles. Maximin avait d'abord défendu de porter plus loin la rigueur, mais cette recommandation ne tarda pas à tomber dans l'oubli. L'ère des martyrs sembla revenue. Saint Pierre, évêque d'Alexandrie, donna sa vie pour la foi, ainsi que les saints Théodore, Hesichius et Pacôme, évêques de diverses églises. A Antinoiis, le moine Apollonius jeté dans un bûcher ardent fut préservé miraculeusement des flammes. Ce prodige convertit le juge qui l'avgit condamné. Il se nommait Erianus; et devint à son tour le martyr de cette foi nouvelle, déjà plus forte que la mort, qui venait de subjuguer son âme. On le jeta dans la mer avec plusieurs

6Ï2 l'ONTinCAT LE SALNÏ MELCUIADE (310-ol4j.

autres confesseurs, par ordre du préfet d'Alexandrie. A Éraèse, Têvêque Sylvain fut dévoré par les bêtes de l'amphithéâtre. — A Kicomédie, le prêtre saint Lucien essuya un nouveau genre de supplice. Après l'avoir laissé plusieurs jours consumer par les tortures de la faim, on lui servit une table somptueuse, couverte de mets et de viandes offerts aux idoles. 11 résista à cette tentation, l'une des plus violentes que puisse éprouver la nature, et eut la tête tranchée par la main du bourreau. '-— Maximin Daïa portait jusqu'à la démence sa haine du christianisme et son fanatisme pour l'idolâtrie. La nation arménienne et son roi Tiridate venaient d'embrasser la foi de Jésus-Christ, par les soins de saint Grégoire , surnommé l'Illuminateur , apôtre de l'Arménie. A cette nouvelle, Maximin, sans tenir compte du titre d'alliée des Romains que l'Arménie méritait par une fidélité séculaire, entra dans ce pays à la tête d'une armée formidable. Mais les Arméniens vinrent facilement à bout de ce barbare sans intelligence et sans aucune espèce de talent militaire. Ils le battirent à toutes les rencontres et le chassèrent ignominieusement de leur pays. Dans les villes d'Arménie soumises aiix Romains il y eut à cette époque un grand nombre de martyrs. Comme nation, les chrétiens d'Arménie défendirent la religion véritable, les armes à la main ; comme pEirticuliers, ils moururent pour elle.

53. Cependant le plus grand événement du iv* siècle s'accomplissait aux portes de Rome (312). Maxence avait déclaré îa guerre à Constantin, pour venger, disait-il, la mort de Maximien Hercule, son père, mais dans la réalité pour accomplir le dessein caressé depuis longtemps de s'emparer de la Gaule. Constantin se décida à prévenir son ennemi. Maxence avait rétabli les prétoriens. Son armée se composait de cent soixante-dix mille fantassins et de dix-huit mille cavaliers. Constantin ne craignit point l'attaquer Maxence et des forces si redoutables, seulement avec fluarante mille vieux soldats. A leur tête, il passa les Alpes Cottiennes sur une de ces voies indestructibles créées par les Romams, emporta Suse d'assautf défit ùa corps de cavalerie aux environs

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de Turin, un autre à Brescia ; Vérone dut capituler. La garnison captive porta des chaînes forgées avec les épées des vaincus. Poursuivant sa marche triomphale, Constantin arriva aux portes de Rome. Maxence s'y tenait renfermé parce qu'un oracle le menaçait de mort s'il venait à en sortir ; mais ses capitaines tenaient pour lui la campagne. Constantin était campé vis à vis du pont Milvius, appelé aujourd'hui Ponte-MoUe. Un jour qu'il s'avançait à la tête d'un corps de troupes , vers l'heure de midi, une croix éclatante de lumière se dessina au milieu du ciel dans la direction du soleil. Sur la croix miraculeuse on lisait en lettres de feu ces mots latins : In hoc signo vinces. L'apparition de ce prodige dont toute l'armée fut témoin ébranla profondément Constantin, qui, de longues années après, le racontait lui-même à Eusèbe, évêque de Césarée. Tout le reste du jour il songea à cette vision merveilleuse. La nuit suivante, la même croix lui apparaissait de nouveau et Jésus-Christ, se rêvélant au César, lui donnait l'ordre de placer cette image sur ses drapeaux. Le lendemain, à côté des aigles romaines, on remarquait une bannière d'une forme jusque-là inconnue. C'était une longue pique de bois doré, ayant en haut une traverse en forme de croix, au bras de laquelle flottait un drapeau tissu d'or et de pierreries. Au-dessus brillait une couronne d'or et de pierres précieuses, au milieu de laquelle était le monogramme du Christ formé des deux initiales grecques de ce nom. Le monogramme et l'image de la croix furent aussi placés sur le casque des soldats. Tel était le fameux Labarum. Ainsi la croix réservée jusque-là comme un gibet d'infamie aux plus vils criminels , après trois siècles d'outrages, d'incrédulité et de persécutions, triomphait du jnonde, prenait sa place parmi les symboles les plus révérés et devenait l'étendard des légions romaines que le monde vaincu ne regardait qu'avec respect et admiration. « La bataille qui allait se livrer entre Maxence et Constantin , dit Chateaubriand , est du petit nombre de celles qui, expression matérielle de la lutte des opinions, deviennent non un simple fait de guerre mais une véritîible révolution. Deux cultes et deux mondes se rencontrèrent

614 PONTIFICAT DS SAI.NX MCLCUIADE (31()oli).

au pont Milvius ; deux religions se trouvèrent en pré?ence, les armes k la main, au bord du Tibre, à la vue du Capitoie. Maxence interrogeait les livres sibyllins, sacrifiait des lions, faisait éventrei des femmes grosses pour fouiller dans le sein des enfants arrachés aux entrailles maternelles. On supposait que des cœurs qui n'avaient pas encore palpité ne pouvaient receler aucune imposture. Constantin arrivait par l'impulsion de la Divinité et la grandeur de son génie. Ce sont les paroles qu'on grava sur son arc de triomphe : Insiinciu Divinitatis, mentis magnitudine. Les anciens dieux du Janicule avaient rangées autour de leurs autels les légions qui avaient en leur nom conquis l'univers : en face de ces soldats étaient ceux du Christ. Le Labarum domina les aigles, et la terre de Saturne vit régner celui qui prêcha sur la montagne. 1,6 temps et le genre humain avaient fait un pas. » — Ce fut le 28 octobre 312 que fut livrée cette bataille d'Actium du christianisme. Maxence, infidèle cette fois au vœu qu'il avait fait de ne pas combattre hors de Rome, franchit le Tibre en y jetant derrière lui un pont de bois coupé en deux parties mobiles. Son plan était d'attirer Constantin sur le pont, d'en séparer alors les deux côtés et de noyer ainsi son ennemi dans le fleuve. Il adossa son année au Tibre , faute stratégique et imprudence énorme , puisque ses soldats, pour peu qu'ils fussent obligés de reculer, devaient être infailliblement précipités dans le fleuve. Constantin, en général habile, déploya avantageusement ses troupes dans la plaine et suppléa par la science de ses combinaisons au nombre qui lui manquait. Les lignes de Maxence furent rompues au premier choc. Les plus vaillants de ses guerriers se firent tuer à leur poste ; les autres, éperdus, aveuglés, se jetèrent dans le Tibre et y forent pour la plupart engloutis. Maxence fugitif revint à la hâte Ters le pont qu'il avait fait construire. La multitude qui s'y pressait en même temps que lui fit écrouler ce pont élevé dans un autre espoir, Maxence tombé dans le fleuve s'y noya et périt ainsi def la lûOft qu'il préparait à son rival. Le Dieu des chrétiens avait tenu parole à Constantin ; le Labarum était victorieux.

.j4. Le lendemain, Constantin fit son entrée triomphale dan»

CUAP. VU. — Si^CBRONISME. 615

Rome où la joie de tous les ordres égalait la sienne. La terreur du Constant

à Home.

nom de Maxence était si grande que d'abord on n'avait pas voulu faitoetm

^ de MaiiB

ajouter loi à la nouvelle de sa mort, dans la crainte d'une redou- Dau. table vengeance si le bruit était faux et venait à se démentir. Mais le corps du tyran, qui était resté enfoncé dans la vase, ayant été trouvé et reconnu, fut porté dans la ville comme la preuve et le gage de la délivrance des Romains. Les transports d'allégresse éclatèrent alors librement; la foule avide se pressait pour contem* pler le visage du vainqueur tout rayonnant de gloire. «Jamais, dit l'orateur Nazariue, aucun jour depuis la fondation de Rome ne fut plus heureux que celui-ci : aucun des triomphes dont l'antiquité nous a laissé la description ne saurait entrer en comparaison avec le triomphe de Constantin. On n'a point vu marcher devant le char du vainqueur des généraux ennemis chargés de chaînes, mais toute la noblesse romaine délivrée de celles que les exactions du tyran lui avaient fait porter. On n'a point jeté de barbares au fond des cachots, mais on en a tiré les consulaires que l'avance et la cruauté de Maxence y retenaient. Ce ne sont point les captifs étrangers qui ont fait la décoration de cette fête ; mais Rome ellemême remise en liberté. Elle n'a rien conquis sur l'ennemi ; mais elle s'est recouvrée elle-même. Elle ne s'est point enrichie d'un butin nouveau, mais elle a cessé d'être la pi oie d'un tyran : ce qui est le coaable de la gloire, en échange de la servitude elle a repris I«s droits à l'empire. A la pîuce des prisonniers de guerre que le vainqueur avait dédaiynt^ ilc placer dans cette pompe, chacun substituait par la pensôt' lir. e autre sorte lie captits ; on croyait voir enchaînés les monstres les p^us terribles au genre liumfiiu : l'impiété domptée, la perfidie vain «te, l'audace enclKunL"j, la tyrannie, la t'ureui', la cruauté, l'orgueil et l'arrogance, la licence et la débauche, ennemis furieux dont nous avionî ressenti les excès et qui frémissaient de rage de se voir dans l'impuissance de nous nuire '. u Le combat fini, l'épée du vainqueur

Boni'iiio iliuxil iiniiario, cj-in- ir,m ej'un, tcniquc insignis gratu'.alio aut fuerit.

ne sortit point du fourreau : le seul acte sévère du héros chrétien fut une mesure de rigoureuse justice en même temps que de politique habile. Il cassa la milice prétorienne qui depuis deux siècles tenait en échec l'empereur et l'empire et mettait la pourpre à l'encan. Quelques mois après, une autre victoire remportée près d'Héraclée par Licinius coûtait à Maximin Daïa l'empire et la vie. Maximin n'avait vu qu'avec peine la victoire de Constantin et son alliance avec Licinius. Il réunit donc en Syrie une armée de soixante-dix mille hommes et s'avança à grandes journées contre les forces rivales. Licinius qui les commandait en personne comp tait à peine vingt mille vétérans sous ses drapeaux. La nuit qui précéda la bataille, un ange lui apparut, l'avertit de se lever et de prier le Dieu souverain avec toute son armée, lui promettant la victoire à cette condition. Licinius fit appeler son secrétaire, lui dicta une formule déprécatoire dont l'ange lui avait suggéré les paroles, et distribua cet écrit à toute son armée. Le matin de la bataille, ses soldats ayant récité trois fois cette prière se jetèrent avec confiance sur les troupes de Maximin, supérieures en nombre et les mirent en déroute. Maximin réduit à prendre lu fuite s'empoisonna à Tarse, après s'être chargé l'estomac de vin et de viandes. Il mourut quelques jours après, dans des douleurs atroces. Avec lui disparaissait le dernier persécuteur de la religion chrétienne.

55. Constantin signala son avènement au souverain pouvoir dans Rome par un édit en faveur des chrétiens. Il leur accordait la liberté de bâtir des églises nouvelles et les remettait en possession de celles que la persécution leur avait enlevées. Ce

aut esse debuerit. Nulli tam lœti triumphi, quo-s annalium vetustas consecratos in litteris habel. Non açsbantur quidem ante currum vinch duces, sed incedebat soluta noiilitùs. . '■• :or>jecti in carccrem Burbari, sed deducti e carcere consulares. Non captivi nlwniç/enœ inlvoitu millium Itonestavernnt , sed Roma jam libéra. Nihil ex c.iiiiy ncev , sed seipsam recuperavit, nec prœda auctior facta est, sed esse prœda tî-^ivii e: ^</ao nihil adj'ici ad gloriœ magniludinem polesi) imperium recepit quœ servihum sustinebat. Duci sane omnibus videbnntur subacia vitiorum agnnna, quœ urbem graviter obsederant. Scelus domitum, vida perfidia, di/pdens ribi audacia, et importunitas catenata, et cruenta crudelitas inani terrore frendébat. Superbia atque itrrogantia debellatœ, luxuries coercita, et libiii» CuHSirietm nesu ferreo lenebantur. (Isiuzur., J'aneg. Constantin. August.)

CllAP. VII. — SYNCHRONISME. 6i7

décret fiit envoyé à tous les consuls et gonverneurs de provinces. Pour la première fois, depuis trois siècles, un empereur osait proclamer hautement sa sympathie pour la foi de Jésus- Christ, et pour la première fois cet acte était accueilli par ua assentiment unanime. Constantin reportait aux ministres de la religion chrétienne les privilèges dont jouissaient les prêtres païens. Les clercs devaient être exempts de tous les impôts, services et charges publiques. Les pontifes devenaient des hommes considérables, investis de la confiance du souverain. C'est ainsi que se terminait définitivement le combat entre l'Église de Jésus-Christ et Rome idolâtre. Pendant trois siècles, Rome païenne avait persécuté l'Église par ses empereurs au nom de ses idoles; pendant tioia siècles, l'Église souffrit et mourut dans la personne de ses martyis. A la fin de cette lutte sanglante, Rome idolâtre voyait périr à li fois idoles et persécuteurs ; tandis que l'Église leur survivant 1 tous contemplait un jeune César qui ne craignait pas d'arborer sur ses drapeaux le signe jusque-là ignominieux du Christ, la croix qui sera désormais l'étendard de l'humanité régénérée (313).

56. A peine Constantin le Grand fut-iL entré en vamqueur dans Rome qu'il y fît chercher le représentant d'une royauté spirituelle dont la pourpre avait été jusque-là le sang des martyrs. Il y eut dès lors deux souverainetés reconnues et proclamées dans le monde : telle du pape et celle de l'empereur ; l'une sans autre force que la promesse divine, sans autre appui que sa faiblesse, sans autres armes que sa foi ; l'autre, dominatrice extérieure par le glaive, la législation, la richesse, la puissance, mais soumise à l'autorité des Pontifes dans les choses qui intéressent le domaine de la foi. Constantin, et ce fut sa grande gloire, comprit et exécuta à merveille le rôle de l'empereur chrétien qui fut depuis désigné sous le nom d'évêque du dehors. Les Donatistes, à la nouvelle de son avènement à l'empire, lui présentèrent une requête pour appuyer leur schisme de son autorité. « Nous avons recours à vous, très-excellent empereur, disaient-ils, vous qui êtes sorti d'une race juste; vous dont le père, seul entre les empereurs, n'a point sanctionné la persécution contre les chrétiens. Nous vous supplions

r,\6 PONTinCAT DE SAI.M iUELCUIADE (o 10-3 ! -4).

de nous donner pour juge? les évêques de Gaule, puisque les Gaules exemptes de la proscription n'ont point eu comme nous le malfleur de compter dan? leur sein de traditeurs. Faites donc juger par lesévêcue? de? Gaule? les difTérends qui viennent de s'élevor dans TEglise d Afrioue. Tellf esl Ihumble requête adressée à votre justice impériale pa: Lucien. Narsut-us, Dignus, Capito, Fidentius et los îiutres ôvèauef de oarti de Mmjw. *n. » La réponse de Constantin à cetîe indigne supplication devrait être écrite en lettres d'or. « Quoi, s'écriait-il, vou? mo demandez des juges, vous évêques, à moi qui an'u. dans le siècle, e' qui attends moi-même le jugement de Jésus-Christ! » Il renvoya tous les mémoires et toutes les pièces de cette affaire au pape sain' Melchiade, en y joignant la lettre suivante : « Constantin Auguste à l'évêque de Rome et iérarque Miltiade. Le clarissime Anulinus, proconsul d'Afrique, m'd transrais un dossier relatif à Cécilien, évêque de Cartilage, accusé de divers crimo? par quelques-uns de ses collègues. Rien ne me semble pins dcsastrcLix que ce? schismec entre diverses églises, dans nne province populeuse que je voudrais voir calme et pacifl';e. Il l'io paraîtrait convenable de mander Cécilien à votre tribunal ; dix «•vêques de son parti et dix autre? de ses accusateurs comparaîtiaioiit devant vous à Rome et vous prononceriez la sentence, détinitive. Pour que vous puissiez avoir une ample connaissance de Tatïtire, je vo'js adresse le doss'e! qu'Anulinus m'a fait parvenir. Ln Tétudiant, il sera facile à vot.'-e sagesse de tormer son jugement 8UI le poin* controversé. Vous n'i^rjorez pas. mon respectueux attachement pour l'Église catholique. Je voudrais voir disparaîtr de son se^r. tou£ les germer de divisions et de luttes. Que li puissance àc Dieu très-haut vous conserve de longues années'. ;■ Pou) répondre aux bienveillantes intentions de l'empereur, saiiil Melchiade ouvrit, le 2 octobre 313, da.if lantique palais du sénateu; Lateranuî (Latran), alors, habité pai l'impératrice Fausta, un concile compost oe dix-ncu' évoques d Italie et des Gaules. Donnt se présents en personne pour soutenir ies accusations caloranîfuaes

F MT Lit. lom. Vi; cù,. .'!->. La. .etlre de Con?tant:a est écrit*» en g'ec.

CUAl'. VII. — SV.-vCUnONISME. 619

que son parti ne cessait de mettre en avant contre Cécilien , l'évêque légitime de Carthage. Mais il ne réussit qu'à attirer sur lui-même la sévérité du concile. Convaincu d'avoir rebaptisé les hérétiques et d'avoir conféré l'ordination épiscopale à des traditeurs notoirement connus pour tels, il fut excommunié. On examina ensuite en détail les actes du conciliabule des évoques de Numidie qui, en 311, avaient condamné Cécilien, On les trouva entachés d'irrégularités, de violence et d'esprit de parti. Chacuu des chefs d'accusation articulés contre Cécilien fut ensuite discuté et pesé attentivement. Aucun ne supportait un examen sérieux; ce n'était qu'un tissu d'inventions mensongères et de calomnies. La question ainsi élucidée, saint Melchiade, de l'avis unanime des évêques du concile, proclama l'innocence de Cécilien et la légiti" mité de son ordination. Mais, par cet esprit de haute prudence qui distingue toutes les mesures émanées du Saint-Siège, le pape ne voulut séparer de sa communion ni les évêques qui avaient condamné Cécilien, ni ceux qui avaient été envoyés à Rome pour l'accuser. Il offrit même, ajoute saint Augustin, de recevoir dans sa communion ceux qui avaient été ordonnés par Majorin, l'évoque donatiste de Carthage ; en sorte que dans tous les lieux oii se trouveraient deux évêques , à la suite du schisme, celui qui aurait l'ancienneté d'ordination serait maintenu et qu'on donnerait le premier siège vacant à l'autre. Donat fut seul excepté de cette meture de miséricorde. On le condamna comme l'auteur de tout le trouble. îl repartit pour l'Afrique, plus animé que jamais et prêt à fomenter de nouvelles discordes.

57. Le pape saint Melchiade n'en vit pas la fin. Il mourut trois Mon mois après, le 10 janvier 314. Sa modération, sa prurlence et sa ""Melchiade cliarité lui valurent les éloges de saint Augusfin qu'i s'rcrie, en parlant du saint pontife : « 0 homme excellent ! ô vrai fils de la paix ! ô vrai père du peuple chrétien ! n II fut enterré dans le cimetière de Calliste, et transféré plus tard dans l'église de Saint-Syl. vestrc tu cnpiie^ par saint Paul I". Après la célébration du concila de Latran, Constantin avait voulu que le palais consacré par cette réunion auguste devînt la propriété exclusive des souverains pon-

tifes. 11 en fit don au pape saint Melchiade, et a.jouta à cette rannificencB impériale une rente annuelle, suffisante à maintenir la dignité du chef de l'Église. En mémoire de cette prise de possession solennelle, la basilique élevée sur l'emplacement du palais de Latran a conservé jusqu'à ce jour le titre et les prérogatives de métropole catholique. On lit au frontispice de Saint-Jean de Latran cette glorieuse inscription :

OMKIVM ECCLESIARVH VRBIS ET MVNDl MATER ET CAPVT.

Ainsi les pontifes romains se trouvaient dans un état d'indépendance qui leur permettait d'exercer leur ministère avec une liberté toute apostolique , pour le bien général de la société. La reconnaissance et la confiance des peuples les investirent peu à peu d'une souveraineté qui entra dans les mœurs et fut consacrée par le temps. Charlemagne complétera plus tard la noble pensée de Constantin. Le Saint-Siège, pouvoir spirituel et pacifique placé au milieu des gouvernements civils , respecté par tous et indépendant de tous, deviendra comme le modérateur suprême et l'arbitre de la chrétienté. La première époque de l'histoire de l'Église se termine avec saint Melchiade. La conversion des Césars allait changer la face du monde. « Quand après trois siècles de tortures, dit le P. Lacordaire, du haut du Monte Mario Constantin vit dans l'air le Labarum^ c'était le sang des chrétiens qui avait germé dans l'ombre, qui était monté comme une rosée jusqu'au ciel et qui s'y déployait sous la forme de la croix triomphante. Notre liberté publique était le fruit d'une liberté morale sans exemple. Notre entrée au Forum des princes était le fruit d'un empire que nous avions exercé sur nous-mêmes jusqu'à la mort. On pouvait régner, après un pareil apprentissage du commandement. On pouvait couvrir la doctrine de pourpre, après tout le sang qu'elle avait porté. Ce règne ne fut pas long d'ailleurs, à supposer qu'on puisse appeler de ce nom le temps qui s'écouid entre Constantin et les Barbares, temps si plein de com-

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