CUAP. VII. — IDÉE GÉNÉRALE DE LA PREMIÈRE ÉPOQUE
bats oh la doctrine catholique ne quitta janiciis uq seul jour la plume et la parole ', »
§ II. Idée Générale de la Première Époqae.
58. En achevant le récit de persécutions sanglantes qui ont duré Ettenrton
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trois siècles, il n est pas sans intérêt de se rendre compte de la christianismg merveilleuse extension du christianisme sous le fer des bour- eu oôoitkaù reaux. Dès le commencement du second siècle, saint Justin disait: (( Il n'y a pas de peuple chez lequel on ne rencontre des croyants à Jésus-Christ, n Nous lisons pareillement dans saint Irénée que « rÉglise s'était étendue sur toute la terre et jusqu'aux extrémités du monde les plus lointaines. » Les paroles de Tertullien ne sont pas moins remarquables : « Nous sommes d'hier ; nous remplissons tout ce qui est à vous; nous ne vous laissons que vos temples. Si nous voulions seulement nous séparer de vous, nous retirer dans quelque pays éloigné, la perte de tant de citoyens déconcerterait votre puissance. Vous frémiriez sur la désolation, sur le silence d'un monde en quelque sorte éteint; vous chercheriez des hommes à qui commander. » On aimerait savoir quel était, à l'époque de la dixième et dernière persécution générale, le nombre des chrétiens relativement à celui des idolâtres. A défaut de renseignements prùcis et positifs sur cette question, un coup d'oeil rapide jeté sur l'Orient et l'Occident nous donnera une idée approximative de l'accroissement de l'Église à la fin du m" siècle. Rome comptait dans son enceinte seule, quarante églises, sous le pontificat de saint Sylvestre !*'■ (314-355). D'anciennes traditions locales attribuent la fondation de la plupart des chrétientés d'Italie aux disciples de saint Pierre. Lucques regarde comme son premier apôtre saint Paulir.; envoyé en Étrurie par le Prince des apôtres; Fiesole, saint Romu» lus; Ravenne, saint Apollinaire; Milan, saint Anathalon; Aquiiée, saint Marc; Bologne, saint Zamas, envoyé plus tard par le pape
* Conférence de Noire-Dame de Paris (30 novembre 1845), par le P. Laco^ daire.
Baint Denys (259). Zenon, premier évêque de Vérone, subissait le martyre sous l'empereur Gallien (255); Pouzzoles avait eu pour premier évêque saint Patrobas. nommé par saint Paul, dans l'Épître aux Romains. Les anciens martyrologes font remonter à l'époque apostolique l'institution de Photin à Bénévent, de Priscus à Capoue, de saint Asper à Naples, de Philippe d'Argyrium à Palerme, et de saint Marcien, premier évêque de Syracuse. Les origines du christianisme dans l'Afrique proconsulaire, un peu obscures au premier siècle, se développent avec éclat dès le deuxième. Le siège principal de l'Église dans ce pays, depuis le désert de Barca jusqu'à l'Atlantique, était Carthage, magnifique et populeuse cité, relevée depuis longtemps de ses ruines, et alors en relation par son commerce avec le monde entier. Dès la fin du îV siècle, Agrippinus qui en était évêque y convoquait un synode de soixante-dix autres pontifes. Dès le temps de Tertullien, la religion de Jésus-Christ avait pénétré parmi les Africains primitifs, c'est-à-dire chez les Gétules et les xMaures qui demeuraient plus avant dans l'intérieur du pays, dans les gorges et les vallées de TAtlas, nomades pour la plupart et parlant un idiome particulier. Durant les trois premiers siècles, le nord-ouest de l'Afrique était divisé en trois provinces ecclésiastiques, savoir: l'Afrique proconsulaire, la Numidie et la Mauritanie. On en compta six dans le siècle suivant, c'est-à-dire, outre celles que nous venons de citer, la Tripolitaine, qui comptait cinq évêchés, la Bysacène et la Mauritanie Césarienne. — L'Église d'Espagne, en l'an 250, entre pour la première fois dans le mouvement de l'histoire générale, lorsque deuxévêques, Basilided'Astorga et Martial de Léon, ayant apostasie durant la persécution de Dèce, furent déposés par un synode local et réhabilités à Rome. Mais ainsi que nous l'avons vu précédemment, Tévangélisation de la péninsule Ibérique remonte très-certainement aux apôtres eux-mêmes. En 306, le concile d'Elvire (llliberis), tenu par dix-neuf évêques espagnols, nous montre à cette époque la religion chrétienne florissante dans cette contrée. 11 en fut de même des Gaules qui dès la fin du premier siècle reçurent de saint Pierre et de saint Clément leurs premiers missionnaires. La nation gallo-ro-
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rnaine qui vitsucce=siveraenf, D^nysTAroopagiteàLiitèce, saint P(K îiiiri et. saint Irénée ù Lyon, sainl, Trophimeà Arlos, saint Bénigneà A utun, suint Victor à Marseille, saints Donatien et Rogaticn à Nantes, (■om;)talt an m" siècle presque autant de sii^-ges épiscopaux que de villes importantes. Dans le concile tenu à Arles contre les Donatistes (314), parurent les évcques de Reims, de Rouen, de "Maison, de Cordeaux, et les envoyés dus Églises de Mende (Gabala), d'O- :;inge, d'Apt et de Nice. — Dans les contrées situées sur la riva droite du Rhin, et divisées en Germanie supérieure et en Germanie inférieure [Gemnania prima, Germania secunda), la religion chrétienne était déjà puissante au ii* siècle. Trêves, Cologne, Tongres, Spire, Mayence, formaient autant de centres religieux d'oii la doctrine de l'Evangile se répandait dans les contrées les plus reculées de l'Allemagne. Les pays du Danube, le Norique, la Vindclicie et la Rhétie (l'Autriche, la Bavière, le Tyrol et les Grisons) dont les principales villes, Laureacum, Augusta-Vindelicorum, Tridentum (Larch, Augsbourg, Trente) étaient peuplées de colons romains, avaient reçu de bonne heure les semences de la foi; la persécution de Dioclétien y fit de nombreux martyrs. — La Grande-Bretagne où, sous le règne de Claude I, les colonies romaines avaient apporté avec elles la doctrine de l'Évangile, était presque toute peuplée de disciples de Jésus-Christ. Gildas, le plus ancien écrivain de cette nation, raconte qu'en 303 lors de la promulgation des sanglants édits de Dioclétien les églises y furent démolies , los livres saints brûlés publiquement dans les rues, une multitude de j-.rêtres et de laïques suppliciés, en sorte que les forêts et les cavernes qui servaient de refuges aux chrétiens semblaient alors plus habitées que les villes elles-mêmes. Nous avons raconté la mort du glorieux martyr de la Grande-Bretagne saint Alban de Verulara, converti à l'Évangile par un prêtre fugitif auquel il avait donné l'hospitalité. Après la persécution, parurent au synode d'Arles trois évêques bretons, Eborius d'York, Restitutus de Londres et Adelphius de Civitate coloniœ Londinensmm (peut-être Lincoln). La Thrace, l'Hcemimontus, le Rhodope, la Scythie et la Mésie inférieure avaient, sur la rive septentrionale de la Méditerra-
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née. des chrétientés florissantes comme celles de la Grande-Bretagne. En Macédoine, Thessalonique, Philippe, Beroë, églises apostoliques, n'avaient pas dégénéré, au iir siècle, de leur ferveur primitive. Athènes, cette capitale de l'ancienne civilisation grecque; Bysance, destinée à devenir la reine d'un empire nouveau, étaient depuis longtemps conquises à la foi. L'Orient offrait le même spectacle de fécondité rehgieuse. De Jérusalem, berceau du christianisme, la doctrine de l'Évangile s'était répandue dans toutes les villes de la Palestine, de la Phénicie et de la Syrie. Les noms de Césarée de Palestine, Tyr, Sidon, Ptolémaïs, Béryte, Tripoli, Bibles, Séleucie, Apamée, Hierapohs, Samosate et par-dessus tous celui d'Antioche rappellent autant d'illustres et grandes églises. Dans l'Arabie romaine, Bosra ; dans l'Osroène, Edesse, la capitale, avaient de bonne heure reçu l'Évangile. En Mésopotamie et en Chaldée, les chrétientés d'Amide, de Nisibe, de Séleucie et de Ctésiphon étaient célèbres. L'Asie-Mineure, évangélisée par saint Paul, avait ses sièges illustres d'Éphèse, Laodicée, Porgame, Philadelphie, Thyatire, Tarse, Mopsueste, Srayrne, Iconium, Myre, Milet, Antioche de Pisidie, Corinthe, Nicée, Chalcédoine, etc. Les îles de Crète, de Chypre et de l'Archipel étaient remplies de chrétiens. L'Arménie, la Perse elle-même, malgré les persécutions fréquentes qui s'y élevaient contre le christianisme, comptaient de nombreuses et florissantes chrétientés. L'Egypte , évangélisée par saint Marc qui y fonda le siège patriarcal d'Alexandrie, envoyait au concile de Nicée les évêques de Naucratis, de Phtionte, de Pelusium, de Panephyse, de Memphis et d'Héraclée. La Thébaïde qui devait être si féconde en exemples de sainteté comptait, au III* siècle, pour églises épiscopales , Antinoé, Kermopolis et Lycopolis. Ptolémaïs était la métropole de la province de la Pentapole, qui comptait de nombreux évêchés. Obstacle» 59. On le voit, le tableau des conquêtes du christianisme au '°enf^T(fu :ii« siècle embrasse toutes les contrées du monde connu. Une extension si rapide a frappé les historiens les plus hostiles à "'Église. Ils ont cherché à expliquer ce fait par des causes purement Wturellea. Us ont prétendu que les oersécutioas suscitées dans
unistiaaismfl
CHAV. YII. IDÉE GKNi'-RALE DE T.A mEMIÈP.E ÉPOQUE. GlI")
los trois premiers siècles contre les fidèles étaient loin d'avoir les caractères d'universalité, de persévérance et de cruauté que nou'? leur attribuons. Cette dernière objection, devenue le mot d'ordre de la philosophie du xviir siècle, ne trouvcraît plus aujourd'hnj" do croyance chez un esprit éclairé. Les faits sont trop éclatant -, trop nombreux, trop avérés pour qu'on puisse les contredire d'nro manière aussi flagrante. Qu'on veuille prendre la peine de relever seulement les noms de martyrs indiqués dans le cours de cet ouvrage. La liste en paraîtra effrayante et pourtant nous n'avons pu citer qu'une bien ftiible partie de cette phalange héroïque, dont le chiffre exact ne sera connu qu'au ciel et dont l'énumératioa incomplète remplit les pages des soixante in-folio de la collectio:i des Bollandistes. Aux yeux d'un observateur de bonne foi , la propagation du christianisme au sein d'une société oii pend an trois cents ans le nom de chrétien fut un crime capital, ne peut s'expliquer qu'en admettant la divinité de l'Église de Jésus-Christ, On l'a vu, en effet, tout était obstacle à sa diffusion. Le polythéisme enraciné dans les mœurs, les habitudes, les croyances, la littérature, la législation, la vie privée et publique, disposait de toutes les forces, ralliait toutes les sympathies, commandait le respect et imposait la soumission. Malgré son impuissance morale, malgré l'incrédulité des classes éclairées, ce n'en est pas moins un fait qu'aux premiers temps de l'Église la grande masse des peuples se trouvait liée par un attachement héréditaire au culte des idoles. L'Évangile n'avait pas seulement à combattre les impresi-ions si fortes du premier âge, l'éducation et les préjugés idolâ triques sucés avec le lait. Le polythéisme était regardé comme la religion primitive dont la nuit des temps cachait l'origine et sous l'influence protectrice de laquelle s'étaient formées les familles et fondés les empires. Dans le monde romain, le culte des dieux et les institutions qui en faisaient partie étaient liés an système de l'État de la manière la plus étroite et portaient au premier degré une empreinte politique. Le centre de l'empire, îa ville ^ax sept collines, était elle-même l'objet d'un culte religieux, La croyance aux divinités de l'emoire était tellement identifiée aa VIII. 40
C2C> ru.Niii-ICAT LE SAIM ULlClilAbE (oiU-314).
: '.Tiîiment àa. patriotisme qu'il semblait qu'on ne pût abandonner '.'auQ sans abjurer l'autre. Attaquer des traditions affermies pai ': :s luis de plusieurs siècles, confirmées par la majesté victorieuse : t par l'universelle domination de Rome, c'était se rendre couable de haute trahison, ébranler l'Etat dans ses fondements et ,• déclarer l'ennemi de la chose publique. Telle était la manière . ■ penser profondément enracinée et généralement répandue îiilrc laquelle, comme contre un mur d'airain, semblaient devoir ' ■ iuiser tous les efforts des messagers de l'Evangile. A ces obs- . os, extrinsèques à la religion chrétienne, se joignaient ceux qui . -saient intrinsèquement de la sévérité de sa morale, de l'austéliio de ses dogmes, du mystère qui enveloppait son culte. Celui qui, à cette époque, embrassait sincèrement la foi de Jésus-Christ se bannissait en quelque sorte de la vie civile, du monde entier tel que l'avait façonné le paganisme. Il ne pouvait plus prendre oart aux cérémonies publiques placées toutes sous l'invocatioa des dieux, aux spectacles, aux jeux favoris de la foule, aux combats ::arjglant3 des gladiateurs. Il était exclu des fêtes et des réjouiscances solennelles où les empereurs faisaient distribuer la chair des \ ictimes; il était exclu des repas de famille ou de corps toujours f récédés de libations aux idoles. La vie chrétienne apparaissait ,-insi aux païens comme un farouche esprit d'isolement inspiré par Il haine de la société. Pour peu qu'on se rappelle l'espèce de fré- :. isie avec laquelle la masse du peuple courait aux représentations du cirque et aux luttes de l'arène, on n'aura pas de peine à comprendre la parole de Tertullien : «L'idée d'être obligé de renoncer unx plaisirs, aux sensualités, aux passions du siècle, éloigne plus eu christianisme que la crainte d'être condamné à mort pour l'aoir embra'isé. » — Le dogme de l'unité de Dieu ouvertement professé par' les fidèles et faussement interprété par les polythéistes, faisait tenir les chrétiens pour contempteurs de ,toute r;jligion. Les païens adoptèrent d'autant plus volontiers cette caionanie que les chrétiens ne déguisaient nullement leur mépris pour tout ce qui, selon les idées idolâtriques , était une expression du culte et qu'on ne remarquait chez eux rien d'aua-
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logue. L'apparition du christianisme soulevait donc la haine populaire contre une secte impie, sans dieux, sans temples, sans autels. Imbue de l'opinion que les chrétiens étaient des athées et que ces hommes sur lesquels planait la colère du ciel devaient êtra exterminés, la multitude criait tout d'une voix aux magistrats et aux gouverneurs : Aîpe xoùç àDeou; ! A mort les athées! Plus les chrétiens étaient obligés de tenir leurs réunions secrètes, plus les païens accueillaient avec facilité la fable universellement répandue qu'il se commettait, dans ces assemblées, des crimes horribles et contre nature. Un enfant couvert de farine, disait-on, est présenté au néophyte que l'on va initier; celui-ci, sans savoir ce qu'il fd'it, le perce à coups de couteau; ensuite on se passe dans uLîtj coupe le sang de l'innocente victime ; on se partage ses membres comme nourriture et l'on se lie ainsi par un commun sacrifice. Ce festin de cannibales était suivi de scènes d'orgies et d'incestes indescriptibles. L'accusation d'anthropophagie avait pris nais^ sance, nous l'avons déjà fait observer, dans les idées défigurées que les païens s'étaient faites de l'Eucharistie. Le baiser de paix que les chrétiens se donnaient avant la fraction du pain; le nom d'agapes (dilection) consacré pour les lepas communs qui suivaient les assemblées , furent travestis en ces affreuses calomnies d'incestes et de crimes contre nature. Plus tard, nous l'avons remarqué, l'affreuse dissolution des Gnostiques sembla autoriser les païens à étendre à la religion chrétienne dans soa ensemble les griefs qui ne tombaient que sur des sectes répudiées par tous les fidèles. En réunissant ainsi comme en un faisceau tous les motifs de haine du paganisme ^.ontre l'Église, on sd rend facilement compte de l'explosion générale de vengeajîces, de persécutions, de cruautés qui ensanglantèrent les trois premiers siècles. Ce que les empereurs proscrivaient par politique était l'objet de l'exécration populaire. Jamais un sentiment d'indignation contre tant de flots de sang, de tortures gratuites, de supplices inouïs, n'éclata parmi la multitude qui se réjouissait au contraire de voir mettre à mort les ennemis des dieux et des hommes.
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GO. Pour lutter contre tous les obstacles que lui imposaient les intérêts, les passions, les préjugés, les habitudes et les superstitions réunis, l'Église n'employa d'autres armes que la puissance surnaturelle de sa doctrine. Elle se ralliait des sectateurs dans le sein même dt- ses bourreaux. La vie exemplaire des chrétiens, le calme de leur conscience, leur mépris pour ce qui faisait l'objet des préoccupations des autres hommes, l'ardeur avec laquelle ils , couraient à la mort comme à une vie meilleure et plus durable, ^ produisaient une impression profonde sur des âmes façonnées par le paganisme à la mollesse, au sensualisme et au Isxe exagéré des "<^ jouissances. On sentait malgré soi qu'il y avait dans cette doctrine une force de régénération spirituelle, une véritable réhabilitation de la dignité humaine. Le zèle des chrétiens à propager la foi qu'ils avaient eux-mêmes reçue, comme un bien suprême qu'il leur tardait de pouvoir partager avec d'autres frères, contrastait aussi avec l'indifférence glacée du paganisme. « Les disciples des apôtres, dit Eusèbe, après avoir été initiés à la vie chrétienne, parcouraient les pays les plus éloignés pour faire connaître le nom de Jésus- Christ : ils répandaient partout la doctrine des saints Évan-
'iles. Des milliers de païens, en entendant leurs paroles, ouvraient aussitôt leur cœur à /adoration du vrai Dieu. » Inébranlables dans leur attachement à Jésus-Christ, les menaces, les tourments, l'aspect de la mort sous les formes les plus affreuses ne faisaient qu'enflammer leur courage. « L'homme est de Dieu seul, non de l'empereur ! » disaient-ils avec Tertullien. Étrangers à toute crainte humaine, ils répondaient par un tranquille refus d'obéissance à chaque tentative de l'État sur leur vie de chrétiens, et déclaraient n'avoir d'ordres à suivre en cette matière que ceux de Dieu et de son Église. Le principal moyen employé pour
ïiéantir la foi nouvelle, les persécutions et les suppHces, produijait un effet diamétralement opposé. « De même, dit saint Justin, que l'on taille souvent les branches fécondes de la vigne, pour faire naître les bourgeons plus abondants et plus forts ; de même les p.iïens, sans le vouloir, en usent avec nous; car le peuple chrétien est un cep planté par Dieu le Père et par Jésus-Christ le
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Sauveur. » En présence d'un tel spectacle, ceux des idolâtres quI n'étaient m tout à fait dépourvus de sens, ni complètement aveuglés, commençaient à soupçonner que ce devait être plus qu'une illusion qui élevait tant de personnes de tout sexe et de tout âge au-dessus des faiblesses ordinaires et leur inspirait une constance invincible. Souvent môme ce joyeux mépris de la mort et des souffrances faisait une si puissante impression sur les spectateurs iju'unc conversion spontanée en était la suite.
61. Ce fut surtout par le glaive que le paganisme essaya de tuer la religion de Jésus-Christ. Cependant les écrivains et les philo- •5ophes païens se donnèrent de leur côté la mission de ruiner dans l'opinion une doctrine que les empereurs et les magistrats cherchaient à éteindre dans le sang. Lucien se distingua dans cette lutte 011 il combattit avec son arme familière, celle du sarcasme et de l'ironie. Ce- railleur superficiel, contemporain des Antonins, était par ses tendances épicuriennes l'ennemi de toute religion, sous quelque forme qu'elle pût se montrer. En conséquence il ne -voyait dans le christianisme qu'une des faces innombrables de la folie humaine, sur lesquelles il épanchait à l'occasion le fiel de sa moquerie. On se rappelle sa peinture de Péi'ôgrin Protée. Il présente cet imposteur comme affilié à la secte des chrétiens et prend de là sujet de raconter ironiquement ce qu'il sait des disciples de l'Évangile. « Ces pauvres gens, dit-il, s'imaginent qu'ils seront immortels, corps et âme; en conséquence ils méprisent la mort et la plupart d'entre eux s'y exposent volontairement. Leur premier législateur leur a persuade qu'ils seront tous frères, pourvu que reniant les dieux helléniques ils adorent leur sophiste crucifié. Ils affichent un profond dédain pour tout ce qis: fait l'objet de l'ambition des autres hommes ; ils regardent leurs propriétés comme un bien commun à tous et, par cette crédulité, deviennent facilement la proie du premier imposteur habile qui peut faire une fortune rapide parmi des hommes aussi insensés. « 1-^cien, on le voit, n'avait prêté qu'une attentiofL très-soEimaira à la foi chrétienne et ne s'était nullement douté de sor. impor* tance. Celse, le phiiosoplie, son auii, lui :'e premier qui écrivit
un livre spécial contre le christianisme. Cet ouvrage intitulé Discours de véiHté ^ dont nous ne pouvons juger que par la réfutation qu'en a faite Origène , renferme toutes les calomnies populaires contre l'Église et son divin auteur. Les chrétiens , selon lui , sont un parti né depuis peu de temps et qui s'est détaché des Juifs sar une révolte schismatique. Jésus-Christ , fils d'une mère coupable, élevé en Egypte dans la science occulte des hiérophantes, s'attacha par des opérations magiques douze misérables pêcheurs. Les prodiges dont sa vie fut pleine ne sont que des enchantements et des prestiges sans réalité. Sa doctrine, mélange absurde des vieilles traditions judaïques jointes à quelques préceptes moraux professés depuis longtemps par les philosophes grecs, ne supporte pas l'examen des esprits éclairés et sérieux. Les adeptes de la religion nouvelle se recrutent dans les rangs les plus infimes , parmi la classe la plus ignorante de la société. « On voit, dit-il, dans les maisons particulières, des hommes grossiers et ignorants, des ouvriers en laine, des tisserands, qui se taisent devant les vieillards et les pères de famille. Mais rencontrent-ils à l'écart quelques enfants, quelques femmes, ils les endoctrinent; ils leur disent qu'il ne faut écouter ni leurs pères ni leurs instituteurs ; que ceux-ci sont des esprits étroits, incapables de goûter la vérité. Ils excitent ainsi les enfants à secouer le joug ; ils les engagent à se rendre dans quelque souterrain, dans la boutique d'un foulon ou d'un cordonnier, pour y entendre les docteurs de la science nouvelle et apprendre de leur bouche le secret de l;i perfection. A leurs autres folies, ils joignent la prétention absurdes de voir leur superstition devenir un jour la foi générale du monde. Comme s'il était possible que tous les peuples de la terre, grecs cl îjarbares, se soumissent jamais à une seule et même croyance, à «n seul et même culte? » Ce qui paraissait impossible au philosophe païen n en est pas moins devenu le fait le plus éclatant et le plus avéré de l'histoire du monde. La parole de Celse fait ressoi-tir davantage le miracle du triomphe de l'Évangile à travers toutes les impossibilités et tous les obstacles. — Porphyre s'attaqua surtout aux livres de l'ancien et du nouveau Testament, dans