‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 13 sur 77 · CHAP. I. — MEURTRE DE VALENTINIEN H · texte numérisé non relu

CHAP. I. — MEURTRE DE VALENTINIEN H

qu'il put faire fut de susciter des retards calculés ; ce qui lui était facile, puisque les ordres donnés aux troupes émanaient tous de lui. Cependant il réfléchissait plus mûrement à la gravité des circonstances. Entre Arbogast, un comte germain, sa créature, et l'empereur d'Occident, son beau-frère, Théodose ne pouvait hésiter longtemps. Nul doute qu'il sacrifierait le premier pour assurer l'indépendance du second. Cette perspective détermina l'ambitieux ministre à un crime, qui fut aussi froidement résolu que lâchement exécuté. Un jour Valentinien faisait sa promenade habituelle sur les bords du Rhône. Pendant que les officiers de sa suite se tenaient à quelque distance, des meurtriers inconnus se précipi- .tèrent sur lui, l'étranglèrent do leurs mains, suspendirent son cadavre aux arbres du rivage, et disparurent. Quelques factionnaires accoururent aux cris poussés par l'auguste victime. Ils avaient entendu les dernières paroles prononcées par Valentinien : ja 0 Ambroise ! 0 mes sœurs ! » Soit complicité, soit négligence, ces factionnaires arrivèrent trop tard. Ils ne purent arrêter les meurtriers, Arbogast répandit le bruit que le jeune prince, cédant 1 une hallucination pareille à celle qui avait ea lieu naguère en îonsistoire public, s'était suicidé. Cette version, officiellement transmise dans toutes les provinces, s'accrédita tellement qu'on la retrouve mentionnée daas la Chronique de saint Prosper. et que saint Jérôme lui-même l'adopta un instant. Mais la vérité fut bientôt connue, et l'on apprit avec horreur qu'un prince de vingt ans, dont le caractère, le talent et les vertus promettaient de faire un jour les délices du genre humain, venait de péri.' sous ie poignard d'assassins vulgaires, payés par le premier ministre (15 mai 392).

24. Saint Ambroise était en chemin, pour aller joindre le malheureux prince, quand cette désastreuse nouvelle lui fut transmise. En prenant congé des fidèles, il dvait annoncé qu'il ramènerait le jeune empereur à la tête de son armée, pour venir au secoui-s de3 provinces menacées par les barbares. Au lieu d'un retour triomphal, ce fut un cortège funèbre qu'on vit bientôt traverser le3 Alpes. Arbogast avait eu hâte de se débarrasser du corps de s^

victime. Il renvoyait ce sanglant trophée à Milan, avec le stigmate officiel d'un prétendu suicide. Les populations ne prirent pas le change. Sur le passage du convoi funèbre^ les multitudes accouraient, fondant en larmes, et déplorant le sort du malheureux prince. Saint Ambroise, abîmé dans sa douleur, était rentré silencieusement dans sa ville épiscopale. Il se tenait renfermé, ne se montrant point en public, et évitant toutes les occasions d'ajouter au deuil universel le spectacle de sa propre affliction. Cependant les deux jeunes princesses, sCbUrs de Valentinien, faisaient retentir le palais de leurs lamentations. Les cheveux épars, se meurtrissant la poitrine, elles allèrent au-devant du lugubre convoi. Elles se précipitèrent sur le cercueil qui contenait les restes de leur infortuné frère, et le baignèrent de larmes. Un courrier avait été expédié à Théodose, pour lui demander de régler lui-même le jérémonial des funérailles. En attendant la réponse, le corps fut déposé dans une chapelle ardente, oii les deux sœurs passèrent les jours et les nuits on prière.

23. Cependant Arbogast, à Yienne, songeait à profiter de son crime et à s'en assurer l'impunité. Il hésita quelque temps pour navoir s'il ne prendrait pas lui-même la couronne ensangLuifoe qu'il venait de ravir au jeune Yalentinien. Un scrupule l'arrêL'i. Que dirait le monde romain, s'il venait à apprendre qu'un ancien esclave de Germanie posait sur son front le diadème des Césars? Bien qu'assez peu familiarisé avec l'histoire, Arbogast avait, de tradition, un respect involontaire pour la majesté Impériale qu'il venait d'outrager si indignement. De plus, il se rendait parfaitement compte de la situation. Le prétendu suicide de Valentinien, accepté comme authenticjue par la gent officielle, paraissait fort douteux à la masse du public. En se couronnant, le meurtrier se fût trahi. Arbogast eût fait bon marché de l'opinion, en cette circonstance, si Théodose ne lui fût apparu, à l'arrière-plan, comiiio un juge et un vengeur. Il crut donc plus habile de se dissimuler derrière quehiue souverain nominal, qui accepterait le titre d'empereur, sauf a »ai en abandonner l'autorité. Restait k trouver la prête-nom. Aux époques de décadence, ces îiommes-là Ibisonneat.

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