‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 15 sur 77 · CHAP. I. — MEURTBE DE VALENTINIEN II · texte numérisé non relu

CHAP. I. — MEURTBE DE VALENTINIEN II

Lenfinien! Et vous, nobles princesses, saintes âmes, dont je partage la douleur, impuissant à la consoler! que vous dirai-je? Votro '"rère vous laisse un héritage de gloire et de vertu plui précieux que toutes les couronnes. Vos mains sont moins enrichies des indignes de la royauté que de la trace de ses baisers fraternels. Votre présence était toute sa consolation; votre tendresse lui suffisait telloraent qu'il se montrait peu empressé de chercher une épouse. | Soyez aujourd'hui dignes de sa grande âme , en supportant courageusement sa perte. Je le sais, les larmes sont l'aliment des affligés ; elles soulagent ! Les pleurs rafraîchissent la poitrine et soulèvent le fardeau de la douleur. Mais quelle que soit l'horreur du spectacle que vous avez sous les yeux, Marie aussi a vu le supplice de son Fils unique, et elle était debout au pied de la croix. Je lis dans l'Écriture qu'elle était debout : je ne lis pas qu'elle ait pleuré. Hélas ! me dites-vous, notre frère est mort sans avoir reçu le sacrement de baptême ! — Laissez-moi répondre à ce scrupule de votre piété. Qu'est-ce qui dépend de nous, en cette vie, sinon le désir et la volonté? Or il eut le désir ardent, la volonté ferme de recevoir le baptême. Avant son départ pour l'Italie, il m'avait manifesté son intention ; il l'a renouvelée deux fois depuis, 11 m'appelait dans les Gaules pour recevoir de mes mains l'eau régénératrice. Donc, la grâce qu'il attendait du baptême sacramentel, il l'a reçue par le baptême du désir. « Le juste peut être prévenu par la mort, dit l'Écriture, son âme n'en reposera pas moins dans la paix du Seigneur. » Autrement il faudrait dire que, sans être baptisés, les catéchumènes qui versent leur sang pour Jésus-Christ n'obtiennent point la couronne du ciel! Vous savez le contraire; vous savez que le baptême du sang remplace celui de l'eau ; de même que le baptême du désir et de la volonté ouvre les portes des célestes tabernacles ! 0 Jésus, mon Dieu, vous ne séparerez donc pas le père do son fils, le frère du frère ! Il a imité le courage de Valentinien I, son père, le dévouement et la piété de Gratien, son frère. Comme eux, il a résisté aux séductions de l'idolâtrie et fermé les femples païens. Ce qui avait manqué à son père, il a su l'ajouter; ce que son frère a établi, il a su le maintenir. Ce qui peut manquer encore

à son mérite, nous l'obtiendrons par nos prières. Préparez pour mes mains les mystères augustes. Ensemble demandonsle repos pour cette âme bien-aimée. Donnez-moi les sacrements célestes, nous los offrirons à cette intention pieuse. Élevons nos bras suppliants vers le sanctuaire ; c'est l'unique moyen d'acquitter envers lui la dette de notre reconnaissance. Que d'autres répandent à pleines mains des fleurs sur un tombeau; moi j'inonderai celui-ci des grâces et des bénédictions du Christ! Qu'ils versent les lys de leurs corbeilles odoriférantes, le Ciirist est le lys virginal de la sanctification ! C'est le Christ qui consacrera cette dépouille mortelle et rachètera cette âme pour laquelle nous l'invoquons. 0 Valentinien, mon bel adolescent au visage candide et rose, toi qui portes sur tes traits l'image du Christ, sois fier en ce jour de cette consécration de la foi, qui appartient aux empereurs comme aux soldats, aux puissants comme aux esclaves ! Je la vois, ton âme radieuse, s'élancer vers les portiques éternels. Quelle est ceUe-ci qui brille de l'éclat de l'aurore, belle comme la lune, étincelante comme le soleil? Je crois l'entendre. Il me dit : 0 mon père, voici le jour sans nuage, sans ombre et sans fin. J'ai traversé la nuit qui régnait sur la terre, et les clartés immortelles s'ouvrent à mon regard ! — Au-devant de cette âme qui monte , je vois accourir (Sratien son frère. Il l'embrasse. Viens, lui dit-il, parcourons ces campagnes oh le travail n'est jamais stérile, où sourit une moisson de grâces et de félicités sans cesse renaissantes. Ce que tu as semé gur la terre dans les larmes, ici tu le recueilleras dans l'allégresse. O frères chéris, heureux serez-vous si nos prières ont quelque efficacité ! Aucun jour ne se passera pour moi sans que j'aie prononcé yotre nom, aucune prière séms que j'aie fait de vous mémoire. Vous serez présents à tous mes sacrifices. 0 Gratien et Valentinien, également beaux tous deux, également chéris, que votre course 6 été rapide et fugitive I Que le terme de vos jours a été rapproché ! Que vos sépulcres sont voisins ! Votre vie s'est écoulée plus vite que les flots tourmentés du Rhône. 0 Gratien et Valentinien, inséparables dans la vie, vous ne serez point séparés dans la mort; la tombe ne désunira point ceux qu'unissait l'affection t

CHAP. I. — L L'SUKi'ATELil j:,Loi-\ô. 41

Plus simples tous deux que la colombe, plus légers que l'aigle, plus doux que les agneaux ! Je pleure sur toi, Gratien, dont l'amitié m'était si chère. Je pleure sur toi, Valentinien, dont la confiance m'était si précieuse I Ton amour s'était reposé sur moi ; c'est moi que tu invoquais pour t'arracher à tes périls. Tu ne m'aimais pas seulement comme un père, tu m'attendais comme un libérateur» Tu disais : Arrive-t-il ? Croyez-vous qu'aujourd'hui je revoie mon père? — Touchante confiance, trop mal justifiée! Vaine espérance, si elle n'eût été fondée que sur un homme! Mais, dans la présence de l'évêque, c'était le Seigneur lui-même que tu attendais. Et maintenant, ô Dieu de mâséricorde, puisqu'il ne me reste plus que des vœux à vous exprimer, daignez ne pas me séparer dans la mort de ceux que j'ai tant aimés en cette vie ! Je vous demande que là où je serai Us soient aussi, et que je vive avec eux dans l'éternité, puisque je n'ai pu ici-bas jouir plus longtemps de leul €ndresse ' ! »

§ IV. L'nsinrpatenr Eag^ne.

37. L'effusion d'éloquence, de larmes et de regrets sincères que l'illustre évêque de Milan venait de répandre sur la tombe de Valentinien II, pouvait passer pour un acte de courage. L^ nouvel empereur Eugène et son inspirateur Arbogast se fassent Traisemblablement mieux accommodés d'une pompe funèbre plus réservée et plus silencieuse. On remarquera pourtant que saint Ambroise s'était abstenu de toute allusion directe au crime commis, et surtout de la moindre récrimination contre le pouvoir nouveau. Sans doute, il était facile de deviner ses sympathies réelles. Il les accentuait assez énergiquement pour qu'il fût impossible de s'y méprendre ; mais il avait soigneusement évité de poser le pied sur le terrain politique, et de se faire des morts une arme contre les rivants. Cette réserve, pour être bien comprise, doit ^tre rapprochée de la constitution impériale, telle que le paganisme l'avait faite. Le sceptre d'Auguste appartenait légalement à quiconque le

*■ S. Ambroiiw De obitu Valentin. ; Pair, iat^ toœ. XVI, col. 1358-1384, pa».

48 PONTIFICAT DE SAINT SIRICIUS (38o-308).

•avait prendre. Ni hérédité, ni droit, ni élection même ne prévalait sur le fait accompli. Il fallait donc se résigner à tous les hasards, à toutes les aventures, à toutes les convoitises heureuses. Perâonnellemant, saint Ambroi?e avait un idéal plus élevé. Il aurait, sans nul doute, s'il Veut pu, modifié dans le système de notre hérédité moderne un pactf^ social qui ouvrait la porte à tour les maîtres, -inême les plus durs, etiam djjscolis, comme dit saint Paul. Mais la création païenne de l'empire romain ne devait pas être régénérée, parce que, durant trois siècles, elle s'était montrée l'ennemie irréconciliable de la rédemption divine de Jésus-Christ. Néron et ses imitateurs, le bourreaux couronnés qui se donnèrent pour mission d'éteindre l'Évangile dans des flots de sang, furent, sans le savoir, les véritables assassins de l'empire. Ils croyaient affermir sa durée, tandis qu'ils le tuaient réellement. La Pi-ovidence se joue ainsi de la perversité des hommes. Elle laisse à Terrenr, au despotisme, à la tyrannie, toute licence; et ne le? punit qu'en les livrant, comme une proie, aux conséquences extrêmes de leurs propres principes.

28. Arbogast avait un certain instinct qui Tavertissait du péril de son entreprise. Il eût voulu très-certainement dégager sa personnalité et celle d'Eugène, sa créature impériale, de cette lutte désespérée oîi le crime réagit contre la vertu, le bien contre le mal, i'anarcli.ie contre l'ordre. Du jour oii la formidable responsabilité du pouvoir avait pesé sur sa tête, il comprit que les enivrements de la forLun'', capables tout au plus d'aveugler un instant l'ambition vulgaire, accablent réellement les malheureux quileur ont sacrifié la conscience et l'honneur. Arbogast n'avait plus un seul ami, pas même le fantôme d'empereur sur les épaule? avilies duquel il venait de jeter un manteau de pourpre. Tous les catholiques faisaient des vœux pour la chute d'un sceptre ramassé dans le sang. Ils priaient pour le succès des armes de Théodose. Les païens seuls avaient un intérêt actuel à se rattacher au parti de l'usurpation. Arbogast les ménageait. 11 réorganisa une députation de sénateurs romains qui vint à Vienne réclamer la restitution des biens enlevés aux temples idoîâtriques et la faveur de rétablir enfin, dans l'enceinte

CHAI'. I. — LUSUEPATEUR EUGENE.

du Capitoie le fameux autel de la Victoire. Symroaque était eaiig doute absent; autrement il se fût fait bonneur d'une pareille rais sion. A sa place, le préfet du prétoire, i;"l;iviei), pi-ésenta la requête : Eugène éteàt sur sou Iribunal, en consistoire public. Arbogast, à ses pieds, lui faisait signe d'acquiescer à la deiBande; Eugène n'en fit rien. Il prenait goût à ses fonctions nouvelles de César, et il se permettait d'avoir une volonté à lui. La séance fut levée, Arbogast éclata en injures contre son souverain; ses plaintes furent eu pure perte. Eugène déclara que, malgré ses sympathies fort connues pour le paganisme., il ne se souciait en aucune façon de reprendre en sous-œuvre la tentative ridicule qui avait si mal réussi à Julien l'Apostat. Arbogast ne jugea point à propos d'entrer en une controverse sérieuse avec son nouveau maître : il le méprisait trop pour cela. Sans insister davcintage, il se retira, et dit aux députes que l'empereur, dans ua sentiment d'imparlirUitô parfaite, rendait non pas au sacerdoce païen, mais aux sénateurs qui lui en faisaient la demande , et en leur nom personnel , ' 'S domaines qui avaient appartenu jadis aux temples païens.

ette Pilution équivoque permettait aux idolâtres de se tenir :iour satisfaits et ne laissait pas aux chrétiens la faculté de se piaindre. Les députés insistèrent pour o])^?nir une réponse caté- Gorique, au sujet du rétablissement de l'autel de la Victoire. Arbogast se débarrassa d'eux par un souiire ironique qu'ils interprétèrent comme ils voulurent, et qui signifiait réellement que l'avenir seul déterminerait ce qu il y aurait à faire sur ce point.

29. Ce n'était là qu'un épisode insignifiant. Le paganisme arriéré de quelques sénateurs était incapable de fournir un appui sérieux \a nouveau pouvoir. Arbogast le sentait bien. Il eût acheté plus . olontiers le concours de saint Ambroise, et l'eût payé de toutes les faveurs et de tous les trésors dont il disposait. Mais l'archevêque de Milan ne demandait rien; il refusait d'entrer en relatior» avec les fonciloanaires de l'usurpateur. Sur un simple hviilï qu'Eugène et Aibogast se rendaient en Italie, il avait annoncée iii;t<.inLioa de sortir lui-inùme de Milan pour n'avoir pas à les rencontrer. ÏJne lettre autogiaphe qu'Eugène lui avait adressée, lors de son XI. 4

avènement à l'empire, était restée «ans réponse. Évidemment saint Amhroise ne voulait en aucune façon secoader l'usurpateur. Arbo» gast se rejeta d'un autre côté; il résolut de se refaire par îa gloire des armes une popularité qui lui échappait de tout-^s parts. Cette détermination avait un côté brillant qui ne pouvait manquer son effet sur les masses. L'audacieux geroMia y mêla «ne politique encore plus habile : ses relations d'originp et rie parenté avec les tribus d'outre-Rbin, loin de diminuer avec sa nouvelle fortune, n'avaient fait que s'accroître. Au besoin, il aurait obtenu, s'il l'eût demandé, une armée germaine ou franque qui l'aurait soutenu contre les attaques présumées de Théodose. Dans le réalité, c'était là le but qu'il se proposait. Mais que n'eût pas dit le monde romain^ que n'eût pas dit en particulier saint Ambroise, si l'on avait vu des légions de barbares enrôlées ainsi sous les ordres d'un prétendu empereur? Les soupçons du meurtre de Yalentinien auraient été surabondamment justifiés par une semblable mesure. L'exemple de Maxime, qui avait eu recours à cet expédient, était encore présent à toutes les mémoires. Arbogast jugea qu'il fallait commencer par une lutte ostensible contre les barbares, sauf à les accepter ensuite comme auxiliaires, après un triomphe éclatant. II se jeta donc, au plus fort de l'hiver, sur le territoire de Cologne (393), fondit sur les Bructères et les Chamaves, battit les rois francs Marîomir et Sunnon, et les força à venir demander la paix. Eugène, lans sa majesté souveraine, se tenait sur les bords du Rhin, attendant la soumission des vaincus. Ils parurent en suppliants, devaiit ce fantôme d'empereur. Un soir, après le repas, Arbogast s'entretenait familièrement avec eux. Quelle ne fut pas sa surprise de s'entendre interpeller ainsi : « Connaissez-vous l'évêque de Milan, Ambroise? — Oui, répondit-il; et prudemment il ajouta : Je leconnais et il m'honore de son amitié. ^- Ah ! reprit le chef franc, voilà donc pourquoi vous êtes invincible ! C'est que vous êtes l'ami d'un homme à qui Dieu ne refuse rien. Ambroise pourrait dire an soleil ; Arrête-toi ! et le soleil s'arrêterait. » — Arbogast n'avait aucune envie de détromper le roi barbare. Comprenant une fois de plus qu' Ambroise était une véritable puissance et qu'il importait de se

CHAP. 1. — l'usurpateur EUGÈNE. Uà

prémunir contre elle, il se hâta de rédiger un traité de paix auz termes duquel les Germains et les Francs s'engagèrent à fournir, coracae gage de leur fidélité, un nombre considérable de corps auxiliaires qui serviraient sous les drapeaux de l'empereur d'Occident, Eugène.

30. Après la ratification du traité, Arbogast et sa créature irapc'TÎale se dirigèrent sur Milan, à la tête d'une armée formidable. Saint Ambroise ne les attendit pas. Fidèle à la parole qu'il avait précédemment donnée, il quitta sa ville épiscopale, laissant à l'adresse d'Eugène une lettre ainsi conçue : « Ne cherchez point d'autre cause à mon départ que la crainte de Dieu, en vue de laquelle j'ai coutume de diriger, autant que je puis, tous mes actes, sincèrement résolu à préférer les faveurs de Jcsus- C.lirist à celles qu'on peut attendre des hommes. Certes, ce ncst faire injure à personne que de préférer le service de Dieu à tous les autres! Voilà pourquoi je ne crains pas de faire entendre ;iux empereurs mêmes la vérité tout entière, telle au moins que je !;i conridis. J'ai toujours agi de la sorte, je ferai de même pour vous. Vos deux prédécesseurs, Gratien et Valentinien, s'étaient constamment refuses à rétablir l'autel de la Victoire. Aujourd'hui vous venez, par une mesure récente, de sanctionner le contraire. Je sais bien que, pour colorer rriîe itisulte à la foi chrétienne, vous dile> que c'est là une conces.sion particulière, faite individuellement, e: non une restauration générale ni une reconnaissance officielle du 2ultc idolàtrique. En un mot, vous avez rendu à tels et tels ijaiens ce que vous n'auriez pas voulu accorder au paganisme en i^énéral. Vous prétendez avoir fait acte de libéralité, non de politique. Moi je vous réponds : La puissance impériale est grande, mais Dieu est plus grand encore qu'un empereur! Le regard divin plonge daas la profondeur des consciences, il voit toutes choses avant même qu'elles se fassent, il discerne les mouvements les plus secrets da cœur.Vous ne voudriez pas qu'on vous trompât, vuus qui n'êtes qu'un homme mortel, et vous cherchez a tromper Dieu ! Faites des libéraluésàqui vous voudrez, jene songe point à m'en plaindre iCenesont pas vos générosités dont je m'occupe,ni que j'envie.Il s'agit icinon

52 PONTIFICAT DE SAi:^T SIRICIUS (385-\J98),

pas de ce que vous avez fait, mais de ce que vous avez voulu faire. L'usage que les païens feront des propriétés idolâtriques dont vous venez de l'^s investir, c'est vous-mcme qui l'aurez fait. Et maintenant, quand vous rétablissez d'une main les idoles, comment espérezvous de l'autre présenter vos offrandes aux autels de Jésus-Christ? Comment pouvez-vous croire que les prêtres du Christ auraient la faiblesse de les accepter? Ne vous étonnez donc pas de ma résistance. Je dois compte de mes actions à Dieu et aux hommes. Je ne veux point trahir ma conscience, et, comme il m'est impossible de ne pas voir la triste réalité , je m'exile. Longtemps j'ai comprimé ma douleur; je n'ai mis personne dans ma confidence, je souffrais silencieuseiiient; l'heure est venue où je ne puis plus ni me taire, ni dissiuiiî'er. D .ullenrs, dès le début de votre règne, j'avais prévu tout ceci, CL voilà pourquoi je n'ai pas répondu à la lettre que vous m'adressiez alors, j'ai même, dès cette époque, exprimé, à celui de vos officiers qui m'apportait votre message, le motif de ma réserve vis-à-vis de vous '. »

31. Au moment où saint Ambroise écrivait cette protestation, l'autel de la Victoire avait été solennellement rétabli dans la curie romaine. La faction païenne du sénat avait déjà fait rouvrir quelques temples, et les sacrifices aux dieux recommençaient. Ambroise se retira à Florence, et, quelques jours après, Eugène et Aibogast faisaient leur entrée solennelle à Milan. La population de cette capitale, si chrétienne, si dévouée à son archevêque, se tenait froide •%t silencieuse en face de l'usurpateur. Eugène s'étant rendu à l'éiçlise, les fidèles sortirent en masse et les prêtres refusèrent ses offrandes. Arbogast, au comble de la fureur, s'écria : « Je ferai Je leur temple une écurie! Tous ces clercs insolents seiont enrôlés dans nos ai^mées : la discipline militaire leur apprendra à respecter l'empereur ! » Eugène se consolait du peu de sympathies qu'il rencontrait chez les chrétiens, par les serviles hommages dont les païens entouraient son gouvernement. Le préfet du prétoire, Flavien, se distinguait entre tous par ses flatteries intéressées. « Ce

' S. Ambros., Epist. Lvn; Pat. !/it., tom. XVI^ col. 1174-1178, passim.

CHAP. I. — l'usurpateur EUGÈNE. TA

personnage, dit Sozomène, n'était pas seulement considérable par sa haute naissance, ses richesses et sa dignité, il avait des qualités éminentes et une grande habitude des affaires : mais son exaltation païenne allait jusqu'au fanatisme. 11 pa-saitpourêtie consommé dans l'art de la divination : ses prcdictiuns sur Tavenir étaient reçues comme des oracles; il promettait à Eugène une victoire certaine el complète sur Théodose. « C'est ainsi, lui disait-il, que les dieux réco'npeiiieront votje piété et vous donneront la gloire d'anéantir la superstition chrétienne!» Le crédule empereur se fiaità ces présages mensongers; il rassemblait autour de lui une armée formidable. Les principaux passages des Alpes Julien.ies furent occupés militairement; on y éleva des forteresses qu'on croyait inexpugnables .et au sommet desquelles Arbogastfit placer des statues d'or représentant l'invincible Hercule et Jupiter Tonnant. Théodose, à Constantinople, se préoccupait aussi du résultat de la lutte; il hésitait ■entre la double alternative d'attendre que l'usurpateur vînt l'attaquer par la Macédoine , ou d'aller lui-même le combattre ea Italie. Il voulait avoir sur ce point le conseil de Jean de Lycopolis, et lui dépêcha l'eunuque Eutrope, avec prière de lui amener j'homme de Dieu. L'illustre solitaire refusa absolument de quitter sa cellule, mais il fit à Eutrope une réponse conçue en ces termes : « Litea à l'emp^^reur qu'il sera victorieux dans la guerre qu'il va eiigager. !1 y aura beaucoup de sang versé, 'e tyran sera mis à mmt; mais Théodose, après sa victoire, lunurj-a lui-même en Italie, et ses deux fils régneront l'un pu (Jccldtint, laulre en Orient '. )»

32. Quand il eut reçu cette réponse, dit M. de Broglie, Théodose s'apprêta à la lutte comme le chrétien se dispose pour la suprême lutte de la vie. Le témoignage de Hufin ne nous laisse point de doute à cet égard. Voici les paroles de cet auteur contemporain : « L'empereur sejubiait chercher moins le secours des armes et des engins de guerre que celri des prières et des jeûnes; il se croyaii moins bien défendu par la vigilance de ses sentinelles que par le»

1 Sozom., auL eccies., Ub. VU, cap. xxii ; Ruf., II, 32 ; Theodoret., V,

64 POKTIPICAT OB SAi^"' >^'^:''""" v'oj ode;.

veilles de ses nuits passées en oraison. Avec les prêtres et le peap'e fidèle, il faisait des processions à tous les lieux saints. Couvert d'un cilîce, il se prosternait devant les châsses des martyrs et des apôtres. 11 demandait aux saints l'unique secours qui ne trompe jamais •.!) Les témoignages de piété donnés car Théodose en cette occasion furent tellement solennels que i>drenus va jusqu'à prétendre que l'empereur fit alors i'-ico'jnita un pèlerinage à Jérusalem, pour implorer la protection df 0^^!n ^nr ses armes. Voici les paroles de ce chroniqueur : a Tuéodose voulut entrer dans la ville sainte, comme un simple, particulier. 11 se présenta, sans aucune espèce d'insignes ni d'ornements impériaux, à îa porte de Sainte-Anastasie. C'était le -oir : les lampes étaient éteintes : le serviteur qui gardait la porte !« reçut comme un pèlerin étranger. Quelle ne fut pas la surprise de ce gardien, quand il vit subitement resplendir toutes les lumières commp pour une Tète solennelle! Etonné de ce prodige, il conduisit l'hôfe vers le pontife .Jpan. Cp]ui-ci reconnaissant l'empereur, se nnisterna pour adorer Dieu et le remercier d'une telle faveur'. » Ainsi parle Cedrenus, auteur byzantin, du XI* siècle. Malheureusement il n'a pas cité les sources plus anciennes d'où il lirait son récit. Nous n'avons donc pour tout moyen de contrôle que la liste des patriarches de Jérusalem. Or, cette liste chronologique, dressée avec la plus grande exactitude par Lequien, dans son Oriens Chrisrf'nnus, donne en effet pour successeur à sidnt Cyrille, en 387, le patriarche Jean de Jérusalem ^ A la distance nù , nous sommes des événements, et privés d'autres renseignements plus précis, cette concordance suffirait à elle seule pour donner un certain crédit à l'épisode du pèlerinage à Jérusalem accompli par Théodose. Les circonstances étaient d'ailleurs solennelles. La prédiction de saint Jean de Lycopolis y ajoutait une gravitr plus partiaulière. L'expression même de Rufin, qui vivait alors e;i Palestine, semble confirmer indirectement cette version, quani il di; de |l Théodose : Clrcumibat omnîa m-ationum loca. Certes , les L:i;ux

* KaBu., Hu<t. »:cle»., lib. 11. cap. xxxiii; Pair, lat., tom. XXI, col. 539. » Cedreu., lih-tor. Cotnpcndium. ; Pair, grœc, toui. CXXl, col. GIS. ' Lequien, ^/iens Christianus, tooi. IIl, col. 161.

CHAP. I. — l'usurpateur EUGÈNE. 53

Saints, la voie douloureuse marquée du sang rédempteur, la basilique constantinienne du Calvaire et du Saint-Sépulcre, devaient s'imposer ôç' irime abord à la piété de Tbéodose, quand ce grand empereur songeait à accomplir les religieux pèlerinages sous la protection desquels il voulait mettre son entreprise. Enfin tous les historiens sacrés et profanes, conviennent qu'un intervalle de deux années s'écoula entre l'usurpation d'Eugène et l'expéditioa de Théodose. La première datait du 15 mai 392, jour du meurtre de Valentinien II ; la seconde ne commença qu'au printemps de l'année 394. Par conséquent, le pèlerinage de Théodose à Jérusalem aurait pu fort naturellement se placer dans le cours de l'année 393, période toute entière consacrée à ses préparatifs religieux et militaires. De la sorte, Godefroy de Bouillon et les croisés auraient eu pour prédécesseur au saint sépulcre le héros ■chrétien qui fit la gloire du iv* siècle et réalisa dans le monde romain le règne de l'Évangile.

33. Ce qui n'est pas douteux, c'est que toute la législation théodosienne de cette dernière époque est inspirée par un sentiment toujours plus vif de mansuétude chrétienne et de foi catholique. Le 15 juin 392, loi qui condamne à dix livres d'or le propriétaire quf: aura prêté sa maison aux hérétiques pour y faire une ordination épis» copale. Le 18 juillet, autre loi qui rappelle les précédents édits relatifs aux spoliateurs des églises catholiques; le 18 octobre, confirmation du droit d'asiîe en faveur des églises, avec cette clause que, s'il s'agit d'un prisonnier pour dettes, il ne pourra jouir du privilège d'immunité qu'autant que l'évêque se portera caution pour lui. Le 18 novembre, décret interdisant dans toute l'étendue de l'empire, la profession publique du culte païen. Enfin, le 9 août 393, l'adîuirable édit conçu en ces termes : « Si quelqu'un, oubliant les règles de la modestie et des convenances, a cru pouvoir attaquer notre nom par des propos outrageants et des paroles peu mesurées; si. 'lans un esprit d'insubordination et d'ambitieuse révolte, il a décrié notre règne, nos institutions et nos lois, notre volonté impériale est qu on ne le soumette à aucunes poursuites, qu'on ne lui fasse point l'apjihcation des lois de lèse-majesté portées antérieurement, ni des

rigoureuses pénalités que ce crime entraîne. En effet, s'il a parlé avec légèreté, il nous convient de dédaigner son injure; si c'est '^ar égarement, il faut le plaindre ; si c'est par malice, notre clomence se trouve heureuse de lui pardonner. Au lieu donc des en- 'pêtes criminelles qui s'ouvrent habituellement sur ces sortes de déhts, nous ordonnons qu'un rapport détaillé soit adressé à notre conseil, avec la reproduction intégrale des propos tenus, des griefs qui nous auront été reprochés. Nous serons ainsi à même de juger de leur valeur, de leur importance et du poids que ces articulations pourraient emprunter à la qualité des personnes qui les ont formulées. Nous jugerons en dernier ressort et déciderons s'il y a lieu ou non de s'en préoccuper. » A travers cette loi Théodosienne, on découvre comme une sorte de respect pour l'opinion publique, et la volonté ferme de se renseigner par une autre voie que celle des fonctionnaires et des panégyristes à gages. Mais il faut' convenir qu'un grand homme pouvait seul afficher une pareille indifférence vis-à-vis des attaques ennemies, et compter assez sui lui-même pour se laisser critiquer impunément.

34. Avant de quitter Constantinople (avril 394), Théodose, qui' semblait plutôt présider à ses funérailles qu'apprêter une expédition victorieuse, réunit l'armée et le peuple en une assemblée solennelle. Il présenta aux acclamations des soldats et de la foule le jeune Honorius, son fils puîné, âgé à peine de dix ans, et l'associa à l'empire, avec le titre d'Auguste, comme il l'avait fait quelques années auparavant pour Arcadius, son frère. Le poète Glaudien, qui nous a laissé le récit de l'inauguration impériale, décrit avec enthousiasme cette scène majestueuse. Au moment oii les légions firent retentir l'air des cris mille fois répétés de : Vive l'empereur Honorius, auguste, glorieux, invincible! le soleil, jusque-là voilé par les nuages, resplendit tout à coup et illumina la plaine étincelante d'armes et les coupoles dorées de Bysance. La journée se termina par la consécration d'une statue équestre do Théodose, placée au sommet d'une colonne rostrale. Tels furent les adieux du grand empereur à sa capitale de Constantinople. Il ne devait plus la revoir.

CHAP. I, — L USURPATEUR EUGENE. Oi

.35. Le lendemain^ il partit, à la tête de ses troupes. Le général Timasius et le fameux Stilicon, marié à] 'une cJes nièces de l'empereur, commandaient les légions romaines ; le gotli Gaïnas et l'arménien Lacouros, chrétiens tous deux, dirigaient le corps des barbares auxiliaires. Parmi ces derniers, un chef de tribu, jeune encore et à peine leraarqué, faisait ses premières armes. C'était Alaric, dont le nom lievait être, dans l'avenir, si fatal au monde romain. La marche de ."armée fut aussi rapide que sa direction imprévue. Comme la première fois, Théodose avait gardé un secret absolu sur l'itinérairB qu'il voulait suivre. Au lieu de remonter le cours de la Save pat» la Macédoine et la Pannonie, il se jeta au nord, à travers la Dacie ef. la Mésie Inférieure, et parut sous les murs d'Aquilée au moment où l'on s'y attendait le moins. Eugène se croyait en sûreté dans cette forteresse. Jl n'avait alors près de lui, pour prendre le commandement de ses troupes, que le préfet du prétoire Flavien, celui dont les oracles menteurs l'avaient jusque-là bercé des illusions d'une facile victoire. Flavien réunit à la hâte les légions qu'il avait sous la main et courut au devant de l'ennemi. D'un premier choc, l'armée de Théodose culbuta cette poignée d'agresseurs. Flavien fut tué dans la mêlée, sans qu'on ait pu jamais retrouver son corps. Dans l'intervalle, Arbogast, avec le gros de ses forces, avait eu le temps d'arriver au secours de l'empereur, sa créature. Les Gaulois, les Germains, qu'il avait rangés en grand nombre sous ses drapeaux, formaient sa principale force. Il comptait sur eux beaucoup plus que sur les Italiens, et il avait raison. En général expérimenté, il avait concentre toutes ses troupes, les échelonnant dans la plaine d'Aquilée, et les appuyant sur la ville qui pouvait au besoin servir de point de ralliement aux fuyards. Théodose, d'une hauteur voisine, contemplait cette immense multitude d'ennemis commandée par un chef intrépide. Il comprenait que la prédiction du solitaire de Lycopolis allait se vérifier, et que la victoire coûterait des Ilots de sang. L'action s'engagea, le 5 septembre 39 1, sur les bords de VAmnis Frigidus, aujourd'hui Vipao, dans le comté de Goritz. Ce fut le corps des Goths auxiliaires, commandé par Gaïnas, qui donna le prenrier. Mais il ne put soutenir le choc des troupe»

d'Arbogast. Les soldats se débandèrent et revinrent en déroute sur Théodose. L'empereur les rallia. « Seigneur, dit-il, vous savez que j'ai entrepris cette guerre pour la gloire de votre nom, et pour venger le crime et la trahison d'un usurpateur! Etendez votre bras pour la défeEse de vos serviteurs, et que les païens ne disent pas de nous : Où est aujourd'hui le Dieu des chrétiens? » En parlant ainsi, il ramenait ses troupes à la charge. Secondé par le général arménien, Bacouros, qui se fit tuer glorieusement dans cette rencontre, il parvint à refouler les agresseurs et pénétra même jusque dans leurs rangs. Mais ce fut tout le succès de cette journée, et la nuit vint mettre fin au combat. La situation de part et d'autre res tait la même. Chacun des camps ennemis avait conservé ses positions de la veille. Cependant toute la joie du triomphe éclatait à Aquilée. Arbogast n'avait pas seulement tenu tête au grand Théodose, ce qui eût déjà été poui' lui un légitime sujet d'orgueil ; il avait de plus enfoncé une aile de l'armée impériale et taillé en pièces le bataillon des Goths. Ce succès fut célébré toute la nuit par des libations aux dieux et des sacrifices de reconnaissance 5 Hercule et à Mars vengeur. Dans le camp de Théodose, au contraire, tout était grave et sombre. Les généraux, rassemblés en un conseil de guerre , émirent l'avis de battre en retraite et d'attendre l'année suivante pour recommencer une campagne plus heureuse. « Non, dit Théodose; je ne souffrirai pas que la croix de Jésus-Christ recule devant l'idole de Jupiter! » Tout fut donc disposé pour une nouvelle attaque qui devait avoir lieu le lendemain. Après avoir présidé lui-môme à tous les préparatifs et veillé à l'exécution de ses ordres, l'empereur, vaincu par le sommeil, s'endormit quelques instants. « Il vit apparaître, dit M. de Broglie, deux cavaliers vêtus de blanc, montés sur des chevaux de même couleur. Ne crains rien, lui dirent-ils, c'est Jean l'évangéliste et Philippe l'apôtre qui te parlent. Ce sont eux qui viendront demain à ton secours ! — Comme il retournait à sa tente à l'aube du jour, remerciant Dieu d'avoir soutenu ainsi son courage, un soldat s'ap» procha pour lui raconter une vision analogue qu'il venait d'avoir lui-même. — \e-zs voyez ! dit Théodose à ses généraux. Si c'était

cîta:*.

— T.*C."':?.?ATZi:'R EUGKKE. 59

mui seal à iju; 0:";i t-â: f-iit coQoaître ;'.insi sa volonté, on d'^n^'^t que ce3L ûe ma pari aae invention gratuite pour vous engager au combat. Mais ce légionnaire ne savait pas ce qui s'est passé entre nous. C'est donc pour vous, non pour moi, que Dieu s'est révélé à

•ui. »

36. Au lever de l'aurore, Théodose, traçant snr sa poitrine le viorne de la croix, donna l'ordre à ses troupes de s'ébranler. Par uu mouvement général, l'armée entière, au lieu de rester comme la veille sur les hauteurs et d'engager le combat par escadrons isolés, descendit dans la plains et vini ?e former en ligne de bataille face à face avec l'ennemi. Jamai- peut-être pareille agglomération d'hommes ne s'était vue. L'Oiient et l'Occident allaient se mesurer à nombre égal, Das deux cô'és, la science militaire et la bravoure étaient pareilles. Arbogast, en effet, méritait sa réputatior de grand capitaine. En prévision du laouvement commandé pai Tliéodose, il avait, durant la nuit, envoyé le général Arbctio. avec un corps d'élite, contourner les montagnes voisines, dans le but de prendre l'ennemi à revers, et de s'assurer une victoire complète. La manonivre é!ait haViile; le succès en paraissait assuré. Kugètia, enthousiasmé du talent de son généralissime, ne rêvait que la triomphe. Il avait donné ordre à tous les corps d'année d'épargner la vie de Théodose, et de le lui amener captif. De sa personne, il devait rester sur une éminence, d'où son œil embrassait tout le champ de bataiiîe, et où il attendait !e résultat infaillible de mesures si bien concei-tées. De son côté, Théodose n'était pas cins inquiétude. Il avait remarqué le stratagème d'Arbogast. Ses soldats, obliges de franchir un défilé étroit, arrivaient lentement, presque un à un, dans la plaine. On le voyait tourner fréquemment ses regards en arrière, suivant la marche des troupes d'Arbetio qui s'avançaient en silence pour lui fenoer la retraite. Trois fois, il se prosterna, suppliant le Seigneur de lui venir en aids et de combattre pour ses défenseurs. Tout à coup, un parlementaire survint au galop de son cheval, et s'eatreliat quelques minutes avec l'empereur. Théodose traça rapidement au stylet deux ou trois lignes «ur ses tablettes, et les remit au messager; qui repartit à toute bride.

60 PONTIFICAT DE SiI>'T SIÏÏICÎOS (38o-398).

On sut bientôt le mot de cette énigme, quand on vit le comte Arbetio venir avec ses légions se placer sous les ordres de son souverain légitime. C'était ià un premier succès aussi important qu'inespéré. Cependant rien n'était décidé encore. Arbogast, ignorant la défection du comte, s'était porté, avec le gros de son armée, en face d^* l'unique défilé par lequel les troupes de Théodose descendaient dans la plaine. Il pouvait d'un premier choc culbuter et tailler en pièces les quelques escadrons qui avaient péniblement franchi le passage. L'empereur comprenait tout le danger de cette situation. 11 mit pied à terre, s'engagea résolument de sa personne dans l'abrupte sentier, et quand il fut parvenu au pied de la montagne, levant son épée, il s'écria ; « C'est maintenant que le Dieu de Théodose va faire éclater la puissance de son bras î » En parlani ainsi, il se mettait à la tête de la première cohorte ni fondait avec la rapidité de la foudre sur les légions ennemies. Eugèn»^ qui suivait tous ses mouvements, du haut de l'observatoire où il abritait sa très-pusillanime majesté, se rendit parfaitement compie du petit nombre de soldats qui entouraient son héroïque adversaire. « Il est perdu! s'écria-t-il, et il cherche à mourir en brave. Je ne veux pas qu'il ait cette gloire. Qu'on me l'amène pieds et poings liésl » Ces paroles n'étaient pas achevées que déjà Ih.î cno^-^s avaient changé de face. Le Dieu de Théodose venait de S'\ matrifester. Un affreux tourbillon de poussière, soulevé pur un vont impétueux, couvrait la plaine. L'ouragan se déchaîna subitement, sans que rien ait pu faire prévoir son approche *. <( Il ."ouinoil en plein dans le visage des rebelles, dit M. de Broglie, remptissait leurs yeux de sable, et enlevait les armes de leurs main?.. Les traits lancés par eux, contrariés ptir l'agitation de l'atmosphère,

» I»e caractère miraculeux de cette Intervention divine est attesté par le poète païen Claudien, lequel s'exprimait ainsi, deux ans après l'évéuemeut, et quand Tbéodose, déjà mort, ne pouvoit plus le récoiupeussr t

0 nimium dilecie Deo, on' funtlit ah nniris jEoliis armatas hiemes, oui tnililat œt/ier Et conjurati veniunt ad classica vcnti,

(iu 111 CoosuL HoDoril.)

Page 1