‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 16 sur 77 · CHAP. T. — L'USURPATEUR EUGÈNE · texte numérisé non relu

CHAP. T. — L'USURPATEUR EUGÈNE

retombaient sans force à leurs pieds, ou allaient frapp-ar à leurs côtés Eur des amis. L'effet moral de cette intervention e\ faveur du chef rl-\rctiea fut immense. Une véritable panique se répandit dans les rangs de ses ennemis. Les uns s'enfuirent ; d'autres tombèrent aux pieds de Tliéodose en demandant grâce. L'empereur accueillit avec bonté tous les suppliants; mais il exigea qu'on lui amenât sur-le-champ les deux principaux coupables. On n'eut pas de peine à trouver Eugène : il était encore sur l'éminence oii il avait placé sa tente, et même, dit-on, ne comprenant rien à ca qui se passait, il attendait toujours qu'on lui amenât Théodose, Quand il vit accourir, tout hors d'haleine, quelques-uns des gens qu'il était accoutumé à regarder comme les siens : « Vous le tenez donc enfin! dit-il. Est-il bien enchaîné? » Sans lui répondre, on lui passa à lui-même une corde autour des pieds et des mains, et on l'amena sur le champ de bataille où le vainqueur l'attendait dans toute l'exaltation du triomphe. « Vous voilà, dit Théodose. Hercule vous a donc laissé prendre! Invoquez-le maintenant et qu'il vous secoure! » Et comme le pauvre rhéteur fléchissait le genou et allait appeler à son aide toutes les ressources de son ancien métier, un soldat, passant par derrière, bii frappa la nuque et le décapita d'un coup de sabre, La tête fut ensuite promenée, au bout d'une pique, à travers les rangs ou plutôt la mêlée des soldats. Le même sort attendait Arbogast, mais il avait disparu. On sut qu'il avait dirige sa fuite vers les montagnes, mais on retrouva peu de jours après son cadavre, transpercé de soD ■^ée, par sa propre main ' (6 septembre 394). »

37. « Or, dit Sozomène, à l'heure où se livrait cette bataille mémorable dans les plaines d'Aquilée, quelques fidèles de Constantinople étaient réunis à la basilique de l'Hebdomon, où Théodose avait adressé sa dernière prière à saint Jean-Baptiste, avant de q;iifior la capitale de l'Orient. Tout à coup, un démoniaque qui se trouvait parmi l'assistance fat agité par rci=piit du mal. On le vi s'élever en l'air et vociférer des injures contre le glorieux Précu

* II. de Broglie, l'iSgl. et l'Emp. rom., tom. \l, pag. 402-404.

PONTIFICAT b6 SAl.NT SIUICIUS (385-398).

Beur. Misérable décapité, s'écriait-il, tu m'as donc vaincu! Tu viens de surprendre et d'accabler mes troupes ! —La foule réunie dans la basilique attendait alors avec anxiété des nouvelles théâtre de la guerre. Les paroles du démoniaque furent soigneuse ment notées, ainsi que le jour et l'heure où elles avaient été enten dues. Peu de temps après, on sut par des témoins oculaires qrti c'était précisément l'instant où avait éclaté cet orage miraculeux, d'une violence et d'une soudaineté telles que de mémoire d'homme on ne se rappelait pas en avoir vu jamais de semblable *. Dans le même temps, Evagrius du Pont était allé à Nitrie, avec quelquesuns de ses disciples, visiter saint Jean de Lycopolis. En prenant congé d'eux, Jean leur dit : « Allez en paix, mes fils ; Dieu vous bénira. Je ne veux cependant point vous laisser ignorer qu'aujourd'hui l'on proclame , dans la cité d'Alexandrie , lu grande nouvelle de la victoire remportée pnr le Irès-gùnéreux empereur Théodose sur le tyran Eugène. La joie est universelle dans le monde; elle se changera bientôt en deuil, car In mort de Tbéodose est prochaine. — Après quïl eut ainsi parlé, continue Eva<^rius, nous le quittâmes. Bientôt nous eûmes la con[ir;{ia{ioo de la victoire qu'il nous avait annoncée. Une première douleur nous survint ensuite. Quelques-uns de nos frères, qui revinrent après nous de Lycopolis, nous apprirent que le bienheureux Jean s'éUiit endormi dans la paix du Seigneur. Voici comment sa mort avait eu lieu. Durant les trois derniers jours, il ne voulut plus communiquer avec pei-sonne. Quand on pénétra ensuite par la fenêlre dans l'intérieur de sa cellule, on trouva son corps agenouillé dans l'attitude de la prière. C'était ainsi qu'il avait remis son âme aux mains de Dieu *. »

§ \, Niort de Tbéodose le Qj?SiS2d.

3S. T.p. victoire de Théodose ne fut suivie d';i;!r;;rio réficlion sa::gl.inlc. C'était la croix qui Irioniphait; son trioniphu fut pacifique.

» Sozoin., Uist. eccles., lib. VU, cap. xxiv, — * Evagr., Vita .SS ; Pair. para I, tap. i.

Sur les médailles frappées en mémoire de ce grand évijn'jment, l'empereor se fit représenter, lui et ses deux fils Arcadius et Honorius, tenant chacun une croix à la main *. La famille de Fiavien, ce préfet du pr.Holre si gravement compromis dans la révolte, fiït la première couverte parla clémence impériale. Son titre de sénateur et sa fortune furent conservés à son fils. L'amnistie s'étendit à tous les autres rebelles sans exception. «Hélas! disait Théodose. N'y a-t-il pas eu déjà trop de sang répandu ! Qui me rendra les dix mille qui ont péri pour ma cause ! » Il se montra moins miséricordieux pour les statues d'or de Jupiter Tonnant, qui avaient été éripéf>» en grande pompe, par les soins d'Arbogast, au sommet des foiteresses construites sur les Alpes. Toutes furent renversées et mises en pièces. « Yoilà les éclats de la foudre ! disaient les officiars et les soldats en foulant aux pieds ces insignes iaj.âtriques. Nous aimerions fort à en être quelque peu atteints! » L'empereur comprit le sens de cette parole, et leur cartagea en riant les précieux débris, objet de leur convoitise.

39. Théodose ne prétendait pas borner à cette largesse improvisée sa reconnaissance envers Dieu, non plus que celle qu'il devait à ses comp'ignons d'armes. Mais il voulait consulter saint Ambroise sur ce point. Or, depuis l'arrivée d'Eugène et d'Arbogast à Milan, il n'avait point eu de nouvelles du grand archevêque. Celui-ci, comme nous l'avons dit précédemment, s'était retiré à Florence, pour y attendre la fin d'une révolution dont il prévoyait la prompte issue. Il y avait passé toute l'année 394, et n'en était sorti que pour aller à Bononia (Bologne), assister à la translation solennelle des reliques des saints Vital et Agricole, martyrisés en cette ville quatre-vingt-dix ans auparavant, sous le règne de Dioclétiea *. Saint Ambroise rapporta à Florence une fiole (phiala) remplie da sang d'Agricole, un fragment de la croix sur laquelle il avait subi

1 Baron., Ann., ad annum 394.

* Saint Auibroise nous a conserve lui-même Thisfeire du martyre dessaintf Vital et Agricole, avec le détail de l'invention et de la translation de leurs reliques, au livre de Virginitate ; Patr. lat., tom. XVI, col. 337-340. Le marty« rologe romain fait mention de ces deux martyrs Bolonais à la date da 4 ao\emt)re.

84 PONTIFIGAT \}K fAlNT Sin:CI'J3 (o6'j-398},

le martyre, et les clous qui l'y avaient attacha. Il donna ces reliques insignes à une pieuse patricienne, Juliana, qui lit construire p'iur les recevoir la basilique florentine qui porte en^^ore ciujourd'iiui le nom d'Auibrosienne. Juliana était veuve. Un jour, eVui vint ofTriràsaint Auibroise pon fils nommé Laurent, et ses trois filles, pour que l'archevùque les consacrât au Seigneur. Laurent ^nt ordonné lecteur, et les liois jeunes filles reçurent le voile des rierges. Ambroise voulut qu'après leur consécration à Dieu, elles demeurassent dans la maison maternelle. « Vous ne sauriez, leur disait-il, trouver de monastère plus édifiant. » Le séjour de saint Ambroise à Florence fut marque par un événement miraculeux qui eut un retentissement immense. L'illustre proscrit avait reçu l'hospitalité dans la maison d'un riche florentin, nommé Decentius, lequel vint à perdre son fils unique, jeune enfant au bercccai, qui faisait tout l'espoir de sa famille. Ambroise était absent, au moment où ce malheur frappait ses nobles hôtes. La mère éplorée prit le cadavre de l'enfant dans ses bras, et alla le déposer sur le lit où couchait le saint. Quelques heures après, Ambroise rentra dans son appartement. Comme autrefois Elisée, il supplia le Seiirneur d'exaucer par un prodige la foi de la pieuse mère. Puis, s ('tendant sur le corps inanimé de l'enfant, il le rappela à I« vie.

40. Quelques mois après, la nouvelle parvint à Florence qu'Eu^ gène et Arbogast se rendaient à Aquilée, pour commencer leu? campagne contre Théodose. Ambroise s'arracha alors aux instances des Florentins qui voulaient le retenir parmi eux, et revint à sm palais »^-pi?copal, au milieu de ses chers fidèles de ?\Iilan.Ce fui là ffu'ii reçut la dr'pèche, éc;ito le soir même du combat, dans laquelie Th(''odose lui apprenait sa victoire et lui demandait de l'aider à enrendie grâces à Dieu. « Trés-binlieureux empereur. Tépondit-il, je vois, par la teneur de votre augusto message, qu vous me croyiez absent de Milan; comme si j'avais pu désespérer «n seul instant du succès de vos armes ! Non, je n"ai jamais cess/ d'avoir confiance dans votre courage et dans votre valeur. Je n'ai jamais douté que le secours du ciel ne vînt en aide à votre piét^

et ne vous donnât la gloire d'arracher l'empire romain aux barbare» et le trône à un indigne usurpateur. Aussi me suis-je hâté de rentrer à Milan, dès que celui que je voulais éviter en fat sorti. Mon dessein n'était pas d'abandonner l'église que Dieu m'a confiée, mais uniquement de fair le contact d'un sacrilège. Je suis donc de retour à Milan depuis les calendes du mois d'août (1" août 39i) ; et c'est là que je reçois l'heureuse lettre que Votre Clémence a daigné m'adresser, de son glorieux champ de bataille. Grâces immortelles soient rendues au Seigneur notre Dieu , qui a dignement répondu à l'appel de votre foi et de votre piété ! Il a renouvelé les prodiges des jours anciens. Notre temps aura vu les miracles racontés par les saintes Écritures. L'intervention divine a été manifeste ; les rochers des Alpes se sont aplanis sous vos pas ; les traits des ennemis se sont retournés contre ceux qui les lançaient. Vous m'invitez à remercier Dieu de tant de faveurs : je l'ai déjà fait, je le ferai encore, et avec quels transports d'allégresse ! Le sacrifice auguste, offert en votre nom, est une hostie d'agréable odeur. Nul ne saurait plus en douter. Les autres empereurs, pour célébrer leurs victoires, faisaient ériger des arcs de triomphe; vous demandez, vous, que l'oblation sainte et le sacrifice d'actions de grâces soient offerts à l'autel de Jésus-Christ par la main de ses prêtres. Quelqu'indigne que je sois d'un pareil honneur et d'un ministère si auguste, je l'ai accompli dans toute la ferveur de mon âme. J'ai porté votre lettre à l'autel, et je l'y ai déposée. Je la tenais, à la main, en consacrant la divine victime, afin que ce fût votre foi qui parlât par ma bouche et que le rescrit impérial lui-même me tînt lieu d'offrande ! Oui vraiment, Dieu regarde d'un œil favoraole Tempire de Rome, puisqu'il lui a donné un tel prince, un td père, dont l'héroïsme et la puissance, élevés au comble des grandeurs, surpassent en gloire tous les empereurs, en humilité tous les prêtres ! Qu'ai-je de plus à désirer? Quels vœux ne reste-t-il à former encore ? Vous avez tous les genres de mérite. Laissez-mo* donc vous emprunter à vous-même l'unique conseil que je puisse Vous donner. Vous êtes pieux, vous savez que la eîémence est la première des vertus. Soyez donc clément ! Que Dieu redouble ea zi. 5

^6 POKTIFIGAT DE SAISI smiGius (385-398).

^OUSlas sentiments de votre piété à mesure qu'il augmente votro gîoire. Mô'tez le sceau à tous vos triomphes par une amnistie généîaîa en faveur des coupables. Ainsi TÉglise de Dieu applaudira à votre victoire et à la paix que voue lui lendez. Pardonnez surtout, et de préférence, à ceux qui vous ont plus directement te plus particulièrement offensés. Ainsi puisse le Seigneur Tout- Puissant accorder de longs jours à Votre Clémence. Amen *. »

41. Tliéodose avait déjà prévenu les désirs de saint Ambroise, «n pardonnant à tous les coupables. L'autre souliait du grand archevêque ne devait pas être accompli. Les longs jours qu'il demandait à Dieu pour le grand empereur ne devaient pas lui être -accordés. La santé de Tbéodose allait déclinant. Il se hâta de venir à Milan. Ambroise se porta à sa rencontre, à deux journées de chemin. L'entrée fat triomphale. On semait de fleurs la route que suivait le héros. Toujours modeste, au milieu de ces ovations enthousiastes, Tbéodose renvoyait à Dieu seul l'honneur de la victoire. Il s'abstiiit même quelques jours de paraître à l'église. « Il faut, disait-il, me ménager quelque intervalle, pour que mes mains, souillées de sang dans les combats, soient purifiées et dignes de recevoir le Dieu de paix ! » Un message avait été expédié à Constantinople, afm qu'on amenât en toute hâte le jeune prince Honorius. Tuéodose ne se faisait pas illusion sur sa mort prochaine. La prédiction de saint Jean d'Egypte la lui avait révélée. Il voulait que le futur empereur d'Occident se trouvât sur les lieux, prêt à recueillir cette part de l'héritage paternel. Honorius arriva à Milan dans les premiers jours de janvier 395. II était conduit par sa tante Serena, femme de Stilicon, et accompagné de sa petite sœur Placidie, encore dans les langes, seul enfant qui fût resté à Théodose de son union si courte avec Galla. Leur voyage fat marqué par des accidents sinistres, des secousses fréquentes de tremblements de terrs, des orages effroyables, des pluies torrentielles. L'opinion publique se préoccupait de ces présages alarmants. Déjà Von savait que Thédose était atteint d'une hydropisie de poitrine,

« S. Ambrog., Epùt. lu ; Pair. laU, tom. XVI, coL 1186-liS8.

€t, qu'à moias d'un miracle, il ne devait pas guérir. Cependant le héros voulait mourir debout. Il n'interrompit pas un seul instant ses travaux ordinaires. A l'arrivée d'IIonorius, il prit fe jeune prince dans ses bras et le présenta à saint Ambroise, comme au plus fidèle des amis et au plus puissant des protecteurs. Il régla d'avance tout l'ordre de la succession impériale. Arcadius devait régner à Constantinople, sous la tutelle du préfet du prétoire, Rufin. Honorius, à Milan, fut confié au général Stilicon, son oncle. Malheureusement ces deux hommes, moins habiles qu'intrigant?, plus ambitieux qu'habiles, ne devaient pas, dans l'avenir, justifier la confiance dont ils étaient l'objet. Tliéodose, qui les arait toujours trouvés souples et dociles, parce que lui-même avait la main ferme, ne soupçonnait pas qu'ils abuseraient de leur autorité sous ses faibles successeurs. « Le principal soin du héros semblait être de laisser tout en paix après lui. Sa pensée parcourait successivement les divers points de l'empire, pour chercher s'il n'y laissait pas subsister la moindre occasion de trouble *. » Un jour, quelques évoques occidentaux, admis à son audience, exprimèrent le regret de le voir soutenir à Antioche ce qu'ils appelaient la tyrannie de Flavien. « Connaissez-vous Flavien? leur demanda-t-il. — Non, répondirent les évêques. — Pourquoi donc vous permettez-vous de l'injurier? Mais, n'importe! Il est absent; je prends sa défense. Formulez les griefs que vous avez à produire contre lui. Je suis Flavien ; je vous répondrai à sa place. — A Dieu ne plaise, s'écrièrent les interlocuteurs, que nous plaidions contre Votre Majesté! — Je parlerai donc seul, reprit Théodose. » — Il leur expliqua alors que Paulin et son successeur Evagrius étaient morts; que toutes les églises d'Orient reconnaissaient Flavien pour évêque légitime ; que celles de la province d'Asie, du Pont et de la Thrace ne faisaient aucune difficulté de communiquer avec lui ; que l'Illyrie reconE&îssai(. sa juridictioD. primatiale, et qu'enfin le pape Siricius et l'archevêque de Milan, Ambroise, faisaient de même. « Croyez-moi, ajouta-t-ilç renoncez, à des animosités qui n'ont plus de raison d'être. Le

* M. lie BrogliCj l'Égl. et l'Empire rom., tom. VI, pag. 410.

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monde a besoin de paix. Ne lui offrez pas l'exemple de vos propres discordes. « Les évêques se soumirent, et lui jurèrent d'abandonner le^-irs ressentiments.

42. Une autre députation, moins facile à persuader, vint de Rome à Milan, au 1" janvier de l'an 395, pour saluer Théodose. Ce fut la dernière que reçut ce grand prince. Elle était conduite par les deux consuls désignés pour l'année nouvelle, Anicius Olybrius et Anicius Probinus, deux chrétiens illustres, fils du fameux préfet du prétoire Probus et de sainte Anicia. Il nous reste de cette famille si dévouée à la foi le monument fameux, découvert en 1449, déposé aujourd'hui au Musée pontifical du Latran, et connu de toute l'Europe savante sous le nom de sarcophage de Probus et de Faltonia Proba. D'un côté, le Christ, entouré des douze apôtres, porte à la main une croix constellée de pierreries, symbole de la royauté de l'Évangile. De l'autre, le Christ tend la main à l'apôtre Pierre, pendant qu'à ses pieds Marthe et Marie le servent et écoutent sa parole *. Le choix des deux nouveaux consuls attestait suffisamment à la faction encore païenne des sénateurs la direction que Théodose était résolu de suivre. Néanmoins, un grand nombre d'entre eux se joignit à la députation ô-Ticielle et vint lui offrir ses hommages. Le grand empereur les iacr^eillit avec sa bonté ordinaire. Après les compliments d'usage, il aborda la question religieuse. <( Jusques à quand, leur dit-il, tarderez-vous donc à embrasser la foi de Jésus-Christ, la seule qui puisse donner la paix de l'âme et effacer la souillure de nos iniquités? » Cette brusque interpellation surprit peut-être les sénateurs, mais ne les intimida point. Ils répondirent ce qu'ils ne cessaient d'objecter depuis cinquante ans. Leur religion était celle de la Rome antique, celle de leurs aïeux, celle des beaux jours de l'empire, celle des triomphes de la république. « C'est par elle, dirent-ils, que, depuis douze siècles, la titô de Romulus est restée invaincue. Si nous abandonnons les dieux, que deviendra la capitale de l'univers ? » — • Théodose aurait pu leur répondre que rien n'avait été plus souvent

1 et Baron., ad aoo. 399*

vaincu que l'invincible Rome. En fait, depuis César qui l'avaiè envahie sans l'ombre d'une résistance, jusqu'à Eugène et Arbogsst qui venaient de la conquérir, Rome n'avait résisté à qui qae es fût. L^taîie avait été la proie de tous les ambitieux, de tous les aventuriers, de tous les soldats de fortune. De misérables rhéteurs l'avaient écrasé? sous leur tyrannie ; des comédiens en avaient fait leur proie. Cet énervement d'un peuple entier, le même alors que nous le pouvons voir aujourd'hui; cette lâche inertie qui le courbe sous toutes les servitudes et lui fait adorer tous les maîtres, était îiu IV' siècle, comme au xix% la meilleure preuve que le culte des dieux avait infiltré au cœur de la nation, un germe de décadence incurable. Théodose ne prit pas la peine de développer cette thèse, .qui sans doute n'eût pas été comprise de ces Romains dégénérés, jll était souffrant ; les paroles s'échappaient avec effort de sa poijtrine haletante. Il se contenta de leur déclarer qu'ils étaient libres personnellement de croire et d'adorer ce qu'ils voudraient. « MaiSj îajouta-t-il, ne vous étonnez pas que je garde pour moi la lii>ert6 jque je vous laisse à vous-mêmes. En conséquence, ne soyez pas 'surpris qu'à l'avenir je supprime toutes les subventions faites jus- 1 qu'ici à vos temples par le trésor public. » — Les sénateurs, tout idolâtres qu'ils fussent, n'étaient nullement disposés à soutenir à leurs frais un culte qui dépérissait chaque jour. Ce n'était pas la j fortune qui leur manquait; c'était la générosité. Ils s'écrièrent .tristement : « Si le trésor impérial cesse de payer le paganisme, le paganisme ne sera donc plus la religion de l'empire? — Vous 'l'avez dit, reprit Théodose, vous venez de prononcer l'arrêt de mort de l'idolâtrie. » La députation retourna à Rome. Stilicon l'y suivit de près, ferma les temples et mit fin aux sacrifices publics. ' 43. Ce fut le dernier acte du règne de Théodose. Le 16 janvier 395, l'empereur devait assister, dans la spirée, à une course de chevaux donnée en l'honneur de son fils Honorius. « Il se mit à table avec quelque appétit, mais à peine fut-il assis qu'un élouffement le saisit, et il ne put achever le repas. Il insista cependant pour que le jeune prince allât présider la fête. Dans la nuit, l'état de l'auguste malade s'aggrava et la respiration, de plus en plus

*lù PONTIFICAT OE SAINT SIBICIDS (383-398),

courte, fut enfin tout à fait supprimée. Il expira e 17 au matin, et ceux qui veillaient à son chevet entendirent errer sur s'îs lèvres mourantes le nom d'Ambroise. Il n'avait que cinquante ans, e\ n'en avait régné que seize ^ » C'était assez pour laisser une mé» moire à jamais inamortelle.

44. La douleur fut immense, à Milan et dans tout l'univers. Au milieu des larmes et des sanglots, Ambroise présida aux obsèques impériales et prononça l'éloge du héros. « Yoilà donc, dit-il, ce que nous annonçaient ces formidables tremblements de terre, ces pluies torrentielles, ces ténèbres étranges qui voilaient Thorizon 1 Le plus clément des empereurs. Théodose le Grand, allait quitter la terre. Les éléments pleuraient son départ, le ciel se couvrait d'épais nuages, le sol s'ébranlait sous nos pas, les cataractes diluviennes fondaient sur nous. Et comment le monde n'aurait-il pas pleuré la perte d'un prince qui avait le secret d'adoucir toutes les rigueurs de ce monde, de prévenir par sa clémence toutes les peines réservées au crime? Il est donc parti, ce grand roi, prendre possession d'un autre royaume. Car il n'a fait que changer de couronne. Il va ceindre celle de l'immortalité, dans les tabernacles du Christ, dans cette Jérusalem céleste, la cité du Dieu des vertus, fondée pour les jours de l'éternité! Mais que d'orphelins il laisse ici-bas sans défense : tous les peuples de l'empire, toutes nos villes, toutes nos campagnes ! Il nous a donc quittés, ce grand empereur, mais il ne nous a pas quittés tout entier. Il nous a laissé ses fils, en qui nous devons le reconnaître, en la personne desquels nous le voyons et nous le possédons encore. Ne vous alarmez pas sur leur jeunesse : la fidéhté du soldat complétera ce qui manque à l'âge de l'empereur. L'âge est parfait, dès que la vertu le complète. Réciproquement, c'est la fermeté de l'empereur qui fait l'héroïsme ÙC3 soldats. Rappelez-vous ce que la foi invincible du grand Théodose lui a valu de triomphes ! Naguères, dans un étroit défilé, quand sa marche, retardée par un encombrement de bagages, allait compromettre le sort du combat, on le vit sauter à bas d&

* M. de Broglie, l'Église et l'Empire rom., tom. VI, pag. 413.

CnAl'. I. — MORT DE TEÉODOSE LE GRAND. 7i

son cheval, et l'épée h la main, enlever ses cohortes ea erfant Où donc est le Dieu de Théodose? — Il en appelait au secours du Christ, sa voix fut entendue. A son exemple, tous s'élancèrent sur le- chemin de la victoire. Vieilli par l'âge et les infirmités, l'empereur était toujours jeune par la foi. C'est sa foi qui vous a valu la victoire ; qu'à son tour votre foi soit la force et le rempart de ses fils. La foi comblera la lacune de l'âge. Est-ce que la question d'âge se posa jadis entre Abraham et Sara? Quand je vous dis que la foi égalise les âges, c'est parce que je sais qu'elle représente les choses à venir. N'est-elle pas en effet la substance même des réalités qui constituent notre espérance? Ainsi nous l'enseigne l'Écriture. Mais si la foi prête un corps à ce que nous espérons, combien plus à ce que nous voyons ? Soldats, qui êtes ici en si grand nombre, il vous souvient des paroles : La perfidie, c'est de l'aveuglement; Ubi pei^fidia, ibi cœcitas. Le proverbe est vrai, mais sa réciproque ne l'est pas moins : La fidélité, c'est l'œuvre des anges ! Oui, partout oii se trouve la foi, là combattent les légions angéliques. Ne l'oubliez jamais. Servez les fils survivants, en mémoire du père qui est mort. Vous avez plus d'obligations au prince défunt qu'à ses propres enfants. Ceux-ci ne régnent que d'hier et ne vous connaissent pas encore. Mais ils sont les représentants de leur père. C'est entre leurs mains que vous devez acquitter la dette contractée envers l'empereur. Et quel empereur ! Sa piété, sa clémence, sa douceur, sa justice, vous les avez connues ! L'Écriture dit quelque part : « C'est chose grande et honorable qu'un homme miséricordieux ; le trouver est rare sur la terre *. » Hélas ! Nous l'avons tous vu, nous l'avons tous admiré, ce modèle de justice, de mansuétude et de foi! L'empereur Théodose, d'auguste mémoire, estimait à l'égal d'un bienfait l'occasion qui lui était offerte de psirdonner. Jamais il n'était plus près de faire grâce qu'alors que soa courroux paraissait plus violent. Les coupables dont l'attentat avait pu enflammer sa colère étaient sûrs du pardon. Combien n'en ai-je pas vu de ces suppliants, qui venaient implorer sa clé-

* Proverb., XIX, Zi,

72 PONTIFICAT DE SALNT SIRICIUS (383-398).

mence ! Ils se traînaient à ses genoux, ils essuyaient le premier feu de son indignation, et puis il les relevait, les consolait et les renvoyais dbsGus ! Il voulait vaincre le crime en conservant les coupables. Je l'ai aimé ! pourquoi ne le dirai-je pas? Oui, je l'ai aimé de toute mon âme, ce prince humble et miséricordieux, dont la charité inépuisable tempérait le pouvoir, ce héros au cœur pur, à l'âme pleine de mansuétude, qui personnifiait réellement ceux dont le Seigneur a dit : « Sur qui me reposerai-je, sinon sur les! doux et humbles de cœur? » Je l'aimais tendrement, ce prince qui préférait la vérité à la flatterie ; cet empereur qu'on vit un jour, dans cette église, dépouiller la pourpre, se prosterner sur le pavé, déplorer sa faute et demander grâce à Dieu et aux hommes par ses gémissements et ses larmes. Les particuliers rougissent d'avoir à subir la pénitence publique, et un empereur l'a acceptée! Il pleura tous les jours de sa vie l'erreur d'un moment. Quoi de plus ! On le vit, après une éclatante victoire qui avait coûté la vie à des milliers de soldats, s'abstenir de participer aux sacrements, • de peur de porter à la table sainte des mains couvertes d'un sang glorieux! Oui, je l'ai aimé, cet homme dont la voix expirante j m'appelait encore à son dernier soupir. Je l'ai aimé, ce héros qui, -; à son lit de mort, se préoccupait davantage de la situation de l'Église que de son propre péril. Je l'ai aimé, je le confesse, el ^ voilà pourquoi je le pleure du fond de mes entrailles, je cherchée tromper ma douleur en prolongeant son éloge. Je l'ai aimé, et j'ai la confiance que mon Dieu accueillera la prière par laquelle je;m'efforce de suivre cette pieuse âme au delà des limites de la vie, mortelle, dans cette pure lumière où Théodose respire maintena^. parmi rassemblée des saints. Là, il presse dans ses bras son prédécesseur Gratien, qui oublie ses infortunes passées en contemplant son vengeur. Là, son œil pénètre dans les abîmes de [l'enfer, où Maxime et Eugène expient leur révolte contre leur souverain. Théodûse a commencé son règne le jour où il est entré dans le royaume de Notre-Seigneur Jésus-Christ, où il a été admis dans son temple céleste. C'est là qu'il est véritablement roi ; c'est là qu'il retrouve et Pulchérie et Flaccilla, ces doux objets de sa tea-

dresse. Le bienheureux Constantin est venu à sa rencontre, avec la pieuse Hélène, noble stabularia, qui eut l'honneur de découvrir le berceau et la croix du Sauveur ! C'est d'eux que Théodose avait reçu ici-bas les insignes d'un empereur chrétien, ces clous i:ucrés qui servirent jadis à crucifier le Rédempteur, et qui sont aujourd'hui le frein et le palladium de l'empire ! Digne ornement du front des monarques, ils ont transformé les persécuteurs en apôtres I Diadème de la croix, devenu le symbole et la consécration de^ royautés humaines, après avoir été l'instrument des tortures ! O prince, jeune et cher objet de nos hommages et de nos vœux, gardez fidèlement cette portion sacrée de l'héritage paternel. Vous pleurez, Honorius ! Vous pleurez l'auguste père ravi prématurément à votre amour. Les larmes qui tombent de vos yeux attestent votre piété filiale. Vous voudriez ne jamais vous séparer de ces augustes et chères dépouilles. Vous voudriez du moins les accompagner jusqu'à Constantinople, où les attend la sépulture définitive. Ah ! c'est un vœu que nous partageons tous. Oui, tous, nous vou" drions escorter les ossements de Joseph dans la sépulture de la patrie, à travers les plages et les mers lointaines. Cette consolation suprême vous sera refusée. La mort de votre père vous a lait empereur, et un empereur se doit à l'état. Mais ne craignez pas que les honneurs manquent à ces reliques précieuses. Partout sur la route elles recevront un légitime tribut d'hommages. L'Italie, délivrée des tyrans, leur dressera des arcs de triomphe. Constantinople se préparait à recevoir vivant le héros vainqueur ; elle s'attendait à le revoir entouré de ses glorieuses phalanges. Mais elle le recevra plus puissant, plus auguste, plus invincible dans la mort qu'il ne le fut durant sa vie. Elle recevra un hôte du paradis, un habitant de la cité céleste. Le tombeau qu'elle lui oUrira renfermera les reliques d'un saint '. »

45. L'illustre archevêque de Milan ne survécut que quelques mois à la perte de Théodose. Les liens qui l'attachaient à la terre semblaient rompus par la mort d'un héros qu'il avait tant aimé, et

• B. Ambros , De otit. Theodos.; Patr, lat., tom. XVI, col. 1386-1406.

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dont il avait lui-même possédé toute l'affection. Avec Théodosa, s'étaient évanouies toutes les espérances que le patriotisme, non moins que la piété d'Ambroise avait pu concevoir. L^3S jeux sanglants du cirque furent rétablis à Milan. Un jour, l'un des malheureux condainnés à servir de pâture aux bêtes, s'échappa de l'arène et vint se réfugier dans la basilique. 11 se nommait Gresconius, Son crime, quel qu'il fût, avait été suffisamment expié par l'horreur du péril auquel il venait d'échapper. D'ailleurs, le droit d'asile avait été solennellement transféré des temples païens aux églises chrétiennes. Néanmoins Stihcon, le tout-puissant ministre d'Honorius, fit arracher l'infortuné au pied de l'autel. Une escouade de soldats vint le prendre et le jeta tout meurtri de coups à deux léopards. Cette fois, les bêtes furent plus miséricordieuses que les hommes. Elles refusèrent la proie qu'on leur offrait, et se jetant sur les gardiens , les étranglèrent. Ambroise gémissait âe ces scandales ; sa vertu semblait s'épurer encore et se mûrir pour le cieL Les miracles se multipliaient sous ses pas. Le tribun Nicetius, paralysé des jambes, faisait de vains efforts pour s'approcher de la balustrade oiile grand archevêque distribuait la sainte Eucharistie. Ambroise le remarqua, vint à lui, le communia et lui dit : «Allez maintenant, vous êtes guéri. » Et le tribun reprit joyeux le chemin de sa demeure. Jusqu'au dernier moment, Ambroise se préoccupa du sort de l'Église. Atteint déjà de la maladie mortelle qui devait l'enlever, il se fit transporter à Verceil, oii une division venait d'éclater. A la suite de la mort de l'cvêque Limenius, deux factions s'étaient formées, à propos de l'élection du successeur. L'animosité était telle, de part et d'autre, qu'on put craindre des désordres sérieux. Ambroise parut au milieu de cette population divisée; il adressa à la foule an de ces éloquents discours qui ne manquaient jamais leur effet. Il parla avec tant de force, de grâce et d'onctioi sur les devoirs de l'épiscopat, que les prétendants vinrent se jeter à ses pieds, fondant en larmes, et le suppliant d'accepter leur démission et de les absoudre de leurs prétentions ambitieuses. Il les accueillit avec bonté, encouragea leur repentir &t désigna aux suffraites du clergé et du peuple ua

modeste prêtre, Honorât, qui justifia, par ia sainteté de sa vu , i< choix dont il avait été l'objet. Ambroise voulut le sacrer de ses mains. Ce fut ia dernière solennité qu'il présida sur la terre. «Nous revînmes à Milan, dit son secrétaire Paulin. Le bienheureux entreprit /explication du psaume xuii'; mais il était si malade qu'il ne pouvait plus écrire lui-même et qu'il était contraint de me dicter : chose qu'il n'avait jamais voulu faire auparavant. Il nous avait annoncé qu'il vivrait jusqu'à la fête de Pâques, mais qu'il n'irait pas plus loin. Cette prédiction m'avait plongé dans une amère tristesse. Tout en écrivant les paroles que l'homme de Dieu prononçait, j'attachais sur lui mon regard et ne le perdais pas de vue. Tout à coup, son visage m'apparut resplendissant comme la neige; une flamme céleste semblait sortir de ses lèvres, rayonner sur sa figure et couronner sa tête d'une auréole. Je demeurai stupéfait : il continuait à dicter; j'entendais ses paroles, mais il m'était impossible de les transcrire : ma main était comme paralysée. Le soir, je racontai cette vision au diacre Castus, sous la direction duquel j'ctvais été placé. — Quel passage de l'Ecriture citait en ce moment le bienheureux évêque? me demanda-t-il. — Un texte du commencement des Actes des Apôtres, lui répondis-je : car je me souvenais très-clairement du fait. — Ne nous étonnons pas, mon frère, me répondit Castus, si l'Esprit de Dieu a choisi, pour se manifester à Ambroise, l'instant où le bienheureux expliquait son avènement sur la terre ! — Quelques jours après, le saint évêque était obligé de garder le lit. Si nous perdons Ambroise , dit le comte Stilicon, c'en est fait de l'Italie ! — Dans son anxiété, le ministre d'Honorius convoqua tous les principaux Milanais qu'il savait être les amis d'Ambroise, et les supplia de se rendre près de lui et de lui demander comme une grâce personnelle de vouloir bien invoquer lui-même la clémence divine pour sa propre guérisoQ. Ambroise les accueillit avec sa bienveillance accoutumée; mais quand il eût entendu le;7r requête, il répondit : Je n'ai pas vécu au milieu de vous, de telle sorte que j'aie à m'en repentir. Je ne crains donc pas la mort, puisqu'elle me réunira au Seigneur, notre bon Maître l r-Pendanttoutletempsdesamaladie,les diacres Castus, Polomius^

ire PONTIFICAT DE SAINT SIRICIUS (383-398).

Veuerïus et Félix passaient la nuit dans la galerie qui donnait sur l'appartement de l'évêque. Un soir, à voix tellement basse qu'à peine ils pouvaient s'entendre l'un l'autre , ils se demandèrent quel pourrait être son successeur. Le nom de Simplicianus fut prononcé. Comme s'il eût été présent à leur entretien, malgré la distance qui les séparait, Ambroise s'écria : Il est vieux, mais il sera bon ! — Trois fois de suite il répéta cette exclamation, en applaudissant à ridée qui était émise. En efTet, Simplicianus était déjà avancé en âge. Epouvantés de ce qu'ils venaient d'entendre, les quatre diacres prirent la fuite. Dans la réalité, Simplicianus fut le successeur immédiat d'Ambroise, et fut remplacé lui-même par Venerius, l'un des interlocuteurs. Félix est aujourd'hui évêque de Bologne, Castus et Polemius continuent à édifier par leurs vertus la cité de Milan et se montrent les dignes fils d'Ambroise. Nous approchions de la Semaine Sainte. L'évêque de Lauda (Lodi), Bassianus, vint rendre visite à l'illustre malade. Pendant qu'ils priaient ensemble, Ambroise eut une vision céleste. Notre-Seigneur Jésus- Christ lui apparut, et, avec un doux sourire, lui dit : Ta seras bientôt avec moi ! Quelques jours après, survint l'évêque de Verceil, Honorât. Il était logé à un étage supérieur de la maison. La nuit du Samedi Saint (4 avril 395), il entendit, à trois reprises dil!érentes, une voix qui lui disait : Lève-toi, il va quitter cette terre I — Honorât se leva en hâte. Nous étions tous agenouillés autour du lit d'agonie. Depuis une heure, Ambroise priait, les bras en croix, nous voyions s'agiter ses lèvres, mais nous ne distinguions pas ses paroles. Honorât lui donna le corps sacré du Seigneur. Aussitôt qu'il l'eut reçu, Ambroise rendit l'âme, emportant avec lui le viatique du salut. Ame bienheureuse, qui s'envolait dans la société des anges, dont elle avait retracé les vertus sur la terre ! Le pain d'Elie fortifia son passage ! Comme Elle, il avait osé dire aux rois de ce monde la vérité qui vient de Dieu et n'avait jamais reculé devant ce p-érilleux devoir. Il était minuit : nous transportâmes le forps sacré dans la basilique métropolitaine. C'est là que nous achevâmes, dans les larmes, la vigile sacrée de laPâque. Les catécliumènea, avant de recevoir l'eau régénératrice, venaient baiser

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