‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 17 sur 77 · CHAP. I. — MORT DE SAINT MARTO DE TOURS · texte numérisé non relu

CHAP. I. — MORT DE SAINT MARTO DE TOURS

une dernière fois ses main^ vénérables. Le lendemaic, ii fut porté, au milieu des sanglots et des pleurs, dans le sépulcre qu'il s'était choisi îui-méme. On s'arrachait les lambeaux de ses vêtements, les linges qui l'avaient touché. On se pressait autour du corps pour en approcher quelque objet qui devenait aussitôt une relique. La foule était immense : les rangs, les conditions, le sexe, l'âge, les dignités étaient confondus dans un même sentiment de vénération. Les juifs et les païens rivalisaient d'ardeur avec les catholiques. Mais ceux dont la douleur se fit remarquer par-dessus tout furent les nouveaux baptisés, qui perdaient leur père au moment d'en jouir. Sur ces entrefaites, arrivèrent les ambassadeurs de Frétigil, reine des Marcomans. Elle avait précédemment écrit au bienheureux pour le prier de lui faire connaître la foi du Christ. Son message avait été accompagné de riches présents, qu'elle destinait à la basilique ambrosienne. Le saint évêque loi avait transmis une exposk» tion de la doctrine chrétienne, en forme de catéchisme (m modvriè catechismi), dont la reine s'était montrée fort satisfaite. Elle avait engagé son époux à embrasser la foi que prêchait Ambroise, et à contracter une alliance avec les Romains. Dans ce double but, le roi des Marcomans envoyait de nouveaux ambassadeurs à l'homma de Dieu. Hélas ! ils ne trouvèrent plus qu'an cercueil * 1 »

§ VI. Mort de saint martln de TonrS.

46. Dans le même temps, sainte Marcellina, sœur du grand archevêque, mourait à Rome ^. L'Orient perdait saint Grégoire de Nysse ^ et saint Amphiloque d'Icône *. Mais aucun deuil n'excita autant de regrets, dans l'univers entier, que celui du thaumaturge de Tours, saint Martin. Depuis un an, l'homme de Dieu était allé recevoir au ciel la couronne de ses vertus. La célébrité de saint Martin ne se bornait pas aux limites de la Gaule et de la Germanie. Depuis la publication de sa biographie par Sulpice-Sévère, le nom

* Vit, s. Ambros. a Paulino ad Augustinum scripta, cap. xxxvj, 42-49; Pair, tat., tom. XIV, col. 39-44. — * On célèbre la fête de sainte Marcellioa le IT •uiUel. — » 9 mars. — » 23 novemtret

78 rOiNTIHCAT DE SAIN'T SIPJGIUS (385-398).

de Martin avait conquis une réputation universelle. « L'œuvre à» Sulpice-Sévère obtint un succès qui peut nous étonner, dit un auteur récent, lorsque nous nous reportons à ces âges reculés où de nombreux scribes ne pouvaient multiplier qu'à grand'peine les copies d'un manuscrit, et où les longs voyages étaient rendus difficiles par l'âpreté des routes et la fréquence des brigands. Et pourtant, à aucune autre époque de l'histoire peut-être, il n'y eut de rapports plus multipliés, plus suivis, entre tous les hommes distingués qui étaient épars sur la surface du globe. Sulpice-Sévère écrivait-il une page sur les rives de la Loire? elle volait aussitôt jusqu'en Afrique, où Augustin la lisait avec amour, car il professait une haute admiration pour la sagesse et la doctrine de l'écrivain Gaulois *; elle volait jusqu'en Asie, où Jérôme attendait avec impatience « chaque nouvel écrit de son bien-aimé Sévère - ; » elle allait réjouir Paulin, « ce frère de cœur » dans sa solitude de Nôle. Posthumien, un autre ami de Sulpice-Sévère, lui exprimait un jour le désir « de l'entendre, selon sa coutume, causer à loisir du bienheureux Martin, » Sulpice le renvoyait au volume déjà publié par lui sur ce sujet. « Je le connais depuis longtemps, répondait Posthumien. Ce livre a été mon compagnon assidu et ma consolation dans mon long voyage. Je veux même te dire jusqu'où tes récits sont parvenus. Il n'est peut-être pas, sur la terre, un lieu où n'ait été divulguée cette pieuse histoire. Paulin, cet homme qui t'aime tant, l'apporta le premier à Rome. On ne tarda pas à se l'arracher dcuis tous les quartiers de la ville, et j'ai vu les libraires se réjouir fort de ce succès, car plus on demandait le livre, plus ils le vendaient cher. Lorsque, poursuivant au loin ma course aventureuse, j'abordai en Afrique, tout le monde l'avait déjà lu à Carthage. Que te dirai-je d'Alexandrie? Il n'est personne dans cette ville qui ne le connaisse peut-être mieux que toi. Il a traversé l'Egypte, la Nigritie, la Tliébaïde, les royaumes de Memphis. J'ai vu un vieillard le lire au fond du désert! » Sulpice-Sévère se plaignait parfois de l'indiscrétion qui lui arrachait ses notes les plus confidentielles

* Vi'^ docirina et sapientiœ pollens (S. August., EpisU ces). — * Sevcrut noêtsr (S. aieroDym., In comment. Uzach., 36).

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