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p ur les disperser ainsi aux quatre vents du ciel. Il écrivait à Bassula, sa jbeilemère : «Si les lois permettaient de traduire sei parent'ï en justice j'aurais bien le droit de vous citer au tribunal du préteur, comme coupable de vol et de brigandage. Vous ne m'avez rien laissé dans ma cellule, pas un livre, pas une lettre, pas un papier. Si j'écris familièrement à un ami, si je dicte en me jouant quelques pages que je veuille garder secrètes, je n'ai pas encore fini d'écrire on de dicter, que tout est déjà entre vos mains. C'est vraiment un« rude tâcne que vous imposez à mes secrétaires! Et qui pis est, J3 ne puis me fâcher contre eux, car ils sont entretenus près de moi par votre libéralité. Aussi travaillent-ils avec beaucoup plus de zèle pour vous que pour moi-même M » Ce qu'on cherchait si avidement dans les livres de Sulpice-Sévère, c'étaient le nom et les œuvres de ilartin; c'était pour dérober quelques souvenirs inédits du saint, que l'on dérobait les papiers de son plus confident ami *. »
47. Les dernières années du thaumaturge avaient été, comme les premières, fécondes en miracles. <« Un jour, dit Sulpice-Sévère, le bienheureux était agenouillé, priant dans sa cellule, lorsqu'il se vit entouré soudain d'une lumière éblouissante. Au milieu ce cette éclatante apparition, un personnage se dressait devant lui, couvert d'un manteau ce pourpre et le front ceint d'un diadème. Martin, lui dit-il, je suis le Christ, jai résolu de me manifester de nouveau à la terre, et je commence par toi. '■ — Le bienheureux ne répondit rien à cette parole. Une seconde fois, le mystérieux personnage renouvela son affirmation. Je suis le Christ, lui dit-il, pourquoi hésites-tu à me reconnaître? Pourquoi ne point croire, puisque tu vois? — Mais l'Esprit de Dieu avertissait intérieurement le biea- ^■«areux de ne pas ajouter foi à cette vision lEensongère. Martin répondit donc : Jésus-Christ, mon maître, d prédit son deraier avènement. Ce n'est ni avec un manteau de pourpre ni avec un diadème qu'il se manifestera au monde. Je le reconnaîtrai quand il portera les insignes de sa passion et les stigmates de la CE-oix trioE-
» Snlpit. Sev., Epist. ad Bass.; Patr. lat., tom. XX, col. 181. — s M. de lA Gouraerie, Sulpice'Sevère ; Correspondant j tom. VU, pag. 366.
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priante ! — A ces mots, le fantôme s'évanouit, remplissant toute la cellaîe d'une odeur fétide. Martin m'a raconté lui-même cette tentative impuissante de l'esprit du mal. Elle coïncidait avec une série de manifestations qui jetaient alors le trouble dans les âmes. Ainsi, en Espagne, avait paru un imposteur qui osait se dire le Christ. Cette prétention sacrilège avait rencontré des adhérents : Tin évêque de ce pays, Rufus, s'était constitué son adorateur. On /ut obligé d'assembler un concile pour déposer Rufus de l'épiscopat, et anathématiser son faux Dieu. En Orient, un aventurier du 3iême genre, se faisait passer pour Jean le Précurseur. On etît dit que l'époque prédite par le Seigneur était venue. Les antechrist et les faux-prophètes se multipliaient, et le mystère d'iniquité se préparait dans le monde par l'œuvre de Satan *. »
48. « Un autre jour, continue Sulpice-Sévère, le bienheureux faisait, selon la coutume des évêques, la visite pastorale de son diocèse : c'était au fort de l'hiver. On lui avait préparc un logement dans la sacristie de l'église, où l'on avait allumé un grand feu d'épines sèches et de menus sarments. A un angle de la pièce, un lit de paille avaii été dressé : mais le bienheureux avait en horreur même un lit de paille; il couchait toujours sur la dure. Ou«nd il arriva, brisé par la fatigue d'une longue et pénible course, il jeta la paille au milieu de la chainbre, s'étendit sur la terre nue, et ne tarda pas à s'endormir, ^ne étincelle du foyer mit le feu à La paille, et l'homme de Dieu se réveilla, au moment où toute la chambre était en feu. Dans le premier moment de surprise, me disait-il depuis, je ne S(?ngeai point à recourir à mes armes ordinaires, la prière. D'un bond, je m'élançai vers la porte, mais je n'en trouvai point le pêne. Cependant la flamme m'envahissait; ma tunique brûlait sur moi. Je me souvins alors que Dieu ne m'avait jamais refusé son aide; je l'invoquai du fond de mon âme, et couvert du bouclier de la foi, je m'agenouillai au milieu des flammes dont la chaleur ne m'atteignit plus, — Cependant les compagnons du saint évêque, entendant la crépitation de l'ia-
I Sulpii. Sever.j Vik^ Beat, Martin,, cap. sjur«
CIÎAF. I. — MORT DE SAIKT &IARTIN DE TOUCS. 81
cendie, enfoncèrent la porte et trouvèrent Martin sain et sau^ priant, les bras étendus, au milieu du brasier *. » Que penseront nos modernes rationalistes de ce récit de Sulpice-Scvère? Lirontils que c'est lu une légende apocryphe, inventée après coup par l'imagination exaltée des peuples de la Touraine? Ils ne s'en feraient vraisemblablement pas scrupule ; mais l'bistorien ne leui laisse pas même cette ressource, et il confirme l'authenticité du miracle par une preuve irréfragable. « Croirait-on, ajoute-t-il, que cet épisode, bientôt connu dans toute la province, fournit aux ennemis du thaumaturge l'occasion d'insulter à son pouvoir surnaturel? Qcoil lisaient-ils, Martin qui ressuscite les morts, qui arrête par une simple parole les incendies les plus violents, a failli périr lui-même dans les flammes 1 Lui qui en a sauvé tant d'autres, ne sait pas se protéger lui-môme ! — Ainsi, ils parlaient ces insensés ! Ils eussent mérité de vivre parmi les Pharisiens qui biaspnémaient la divinité du Sauveur, ou parmi ces idolâtres qui accueillaient l'apôtre sain'' Paul après son naufiage par cette exclamation barbare : <( Cet homme doit être quelque meurtrier, paisqu'après avoir échappé îi la tempête, une vipère vient le mordre sur la plage ^ ! » Certes ! il fallait que le pouvoir du thaumaturge fût à la fois bien avéré tfc bien universellement reconnu, pour que de telles objections se produisissent à propos d'un pai-eil incident.
49. Cependant, le bienheureux était mûr pour le ciel. Il avait plus de quatre-vingts ans, mais sa vieillesse, comme celle de Moïse, était exempte des infirmités et de la décrépitude de l'âge. A la mort do Liborius (Liboire), évêque des Genomanni (le Mans) ^, il û'hésita point à se rendre dans cette ville pour assister aux funérailles et présider à l'élection d'un successeur. Les suffrages du. t^lergé et du peuple désignèrent saint Viator, auquel Martia Sjonféra l'ordination épiscopale. A son retour, le thaumaturga ayant appris la mort du prêtre Clarus (saint Clair), l'un de ses plus fidèles disciples, réunit autour de lui tous les religieux et leur
»Sulpit. Sev., Epiiî. I, ad Euseb.; Pair, lat., tom. cit., col. 178. — * Acî., Txviii, 4 — » Les relique? de saint Liborius ont été, sous le règue de Loui* le i>ét»oQuaira (S3G), trausfcrées dans la ville de Paderborn.