‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 20 sur 77 · CHAP. I. — MORT DE SAINT MARTIN DE TOURS · texte numérisé non relu

CHAP. I. — MORT DE SAINT MARTIN DE TOURS

peau. Levant les yeux au ciel, et s'adressant à Jésus-Christ luimême, iî dit : Seigneur, si je suis encore nécessaire à voire ppupie, je ne refuse point le travail. Que votre volonté soit faite! — Ainsi, rnîre le ciel qui s'ouvrait à son espérance et la terre qui faisait appel à sa foi, le bienheureux hésitait, ne sachant de quel côté porter ses préférences. Il ne voulait pas se séparer des siens, il ne voulait pas non plus s'exiler lui-même du ciel. Dans cette perplexité, renonçant à sa volonté propre, et sacrifiant ses désirs personnels,. il se remettait tout entier à la disposition de son divin Maître. Comme s'il eût dit : Seigneur, mon combat sur la terre a été rude; il y a longtemps que j'en supporte les fatigues. Cependant, s'il vous plaît de me retenir encore sous vos drapeaux, dans le camp de votre laborieuse milice, je ne m'y refuse point. Je ne ferai pas, comme ]un vétéran épuisé, valoir près de vous mes longs services. Parlez et je volerai où vous m'appellerez. Aussi longtemps que vous l'ordonnerez, je combattrai sous vos étendards. La vieillesse du soldat aspire au repos ; mais je sens mon courage plus fort que les ans. Si vous le voulez, je triompherai même de ma vieillesse. Que si, au contraire, vous daignez vous souvenir de mon âge et m'épargner de nouvelles fatigues, soyez béni, ô Seigneur! Que votre volonté soit faite. Seulement, veillez toujours sur ces orphelins que je confie à votre divine miséricorde ! — 0 grand homme ! ô admirable saint, que le travail n'avait jamais vaincu, que la mort ne devait pas vaincre, qui demeurait impassible entre la mort et la vie, sans craindre l'une et sans refuser l'autre! Pendant quelques jours, il resta ainsi, souffrant les tortures d'une fièvre ardente. Mais son âme veillait avec Dieu. Nuit et jour il priait, il forçait ses membres endoloris à servir Tesprit de piété qui les domptait. Étendu sur la cendre et le ciîice, il paraissait un roi dans sa gloire. Ses disciples le suppliaient de permettre qu'on adoucît un peu la rudesse de sa couche. Mes enfants, leur dit-il, c'est ainsi qu'un chrétien doit mourir; si jamais je vous ai donné d'autre exemple, c'est une faiblesse que je déplore et dont je vous demande pardon l — Les yeux et les mains toujours levés vers le ciel, il semblait livrer avec une ardeur invincible le dernier combat de la prière.

Les prêtres qui l'entouraient voulurent le soulever un peu, pour le cbang-er d'attitude et lui procurer quelque soulagement. Laissezmoi, mes frères, leur dit-il, laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre. Alon âme s'habitue à la route qu'elle va suivre pour rejoindre le Seigneur ! — Ayant ainsi parlé, ses yeux aperçurent le fantôme de Satan qui voulait effrayer son dernier soupir. Que viens-tu faire ici, bête cruelle? s'écria-t-il. Tu ne trouveras rien en moi qui t'appartienne. Je vais me reposer au sein d'Abraham I — Après avoir dit ces mots, il rendit au ciel une âme qui aval* tant travaillé à l'œuvre de Dieu sur la terre * ! » (H novembre 396.) 50. « Or, continue Sulpice-Sévère, j'étais resté au monastère de Tours, ignorant ce qui venait de se passer. Une nuit , après l'heure des matines, je m'étendis sur mon lit, pour reposer un peu mes membres fatigués. Bientôt mes yeux se fermèrent, et je demeurai dans cet état de demi-sommeil, où l'on se sent soi-même dormir. Tout à coup, m'apparut l'évêque Martin, vêtu d'une tunique éblouissante de blancheur, le visage rayonnant d'une flamme céleste, les yeux étincelants comme des étoiles, les cheveux entourés d'une auréole de pourpre et d'or. Je retrouvais en lui les traits que plui connaissais; il m'était impossible de m'y méprendre, c'était lui, quoique dans un appareil inaccoutumé Je le reconnaissais et son éclat était tel que mes yeux ne pouvaient le supporter. Il souriait en me regardant, et il tenait, dans sa main droite, le livre que l'ai écrit de sa Vie. Je tombai à ses genoux, les baisant avec transport, et, selon la coutume, je lui demandai sa bénédiction. Je sen. lis alors le contact déhcieux de sa main sur ma tête, pendant qu'il prononçait, selon son usage, le nom de la croix, nom si familier à sa bouche. Je levai ensuite vers lui mon regard, et je ne pouvais me rassasier de cette contemplation céleste, lorsque, se dérobant à mon étreinte, il s'éleva do.ns les airs. Tant qu'il parcourut l'immensité, emporté par une nuée lumineuse, je le suivis des yeux, mais il ne tarda pas à disparaître dans les régions du ciel. Je tenais toujours mes regards fixés du côté où je venais de l'apercevoif

* Sulpit. Seyer., Epist. ad Battulam, loc« cit.

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pour la dernière fois, qnand je vis le saint prêtn* Oarus, l'un de ses disciples, s'élancer sur la même voie. A mon Iv.r, je fis efTort pour le suivre, mais je me réveillai. Seul, dans ma cellule, je remerciais Dieu de cette vision, lorsqu'entra le jeune clerc qui me servait. Son visage était empreint d'une tristesse visible : il plerfrait en me parlant. Qu'avez-vous? Wi dis-je, et d'oà viennent ces pleurs? — lîéla 5! répondit-il, deux moines viennent d'arriver à Tours; ils apportent la nouvelle que le seigneur Martin est mort! — A ces mots, je tombai la face contre terre, inondant le sol de mes larmes. Et maintenant que j'écris ces lignes, je pleure encore et ma douleur est inconsolable. Ce n'est pas sur lui que je pleure ! Après avoir tant de fois triomphé de ce monde et du prince du siècle, il est allé recevoir la couronne de justice. Mais je pleure sur moi, et rien ne saurait tarir mes larmes. J'ai un patron au ciel, mais j'ai perdu ma consolation sur la terre ; j'ai beau me dire que je devrais nager dans l'allégresse, ma douleur est plus forte que toutes les raisons. Je le sais, il est maintenant parmi la phalange des apôtres et des prophètes. Sans rabaisser le mérite d'aucun autre, il est certain qu'il occupe, dans les demeures célestes, un rang qui n'est inférieur à aucun, pas même à celui des martyrs ; car s'il ne lui fut pas donné de verser son sang pour Jésus-Christ, c'est l'occasion seule, non la volonté, qui lui a fait défaut. S'il eût vécu aux siècles de Néron et de Dèce, j'en atteste le Dieu du ciel et de la terre, on l'aurait vu ironter lui-même au chevalet ou se précipiter sur les bûchers ardents! Qui jamais pourra célébrer dignement vos louanges, héros de piété, de miséricorde, de charité î II est donc vrai que j'ai joui du commerce mtime de ce grand saint! Hélas! j'en étais indigne; mais enfin, tout misérable que je sois, il m'aimait! A ce souvenir, des torrents de larmes fondent de mes yeux, ma poitrine éclate en gémissements. Quel homme mortel me rendra la douceur de ses conversations, le charme ineffable de sa charité? Comment pourrai-je survivre au bienheureux? Y aura-t-il un jour, une heure, une minute de mon existence 011 je oe me dise : Je l'ai perdu Ma * Sulpit. Sever.j Epiti. ii ad Aurelium diac; Pair, lat, loc. cit.

iciS PONTIFICAT DE SAINT SIRICIUS (3Sj-308)r

51. Cependant les prêtres et les religieux qui entouraient a couche funèbre où le bienheureux Martin venait d'expirer, virent tout à coup son visage s'illuminer d'un éclat radieux. La blancheur de îa neige donnerait mal l'idée de cette transfiguration glorieuse. Sur la cendre et le cilice où il reposait, on l'eût dit assis sur un trône; les épines de la pénitence semblèrent se changer en roses; son teint ordinairement flétri par les austérités était vermeil, comme celui du plus bel adolescent. Au bruit de cette mort, des populations entières accoururent à Condat. Les Pictavii (Poitiers) et les Taronenses (Tours), se disputaient l'honneur de posséder ses précieuses dépouilles. Les premiers disaient : C'est chez nous qu'il vint se fixer en premier lieu ; qu'il fonda le monastère où il eût voulu passer sa vie. Nous l'avons prêté depuis à l'église de Tours; maintenant qu'il est mort, nous le reprenons. — Les Turonenses répondaient que, par son sacre, Martin leur appartenait tout entier, et \\ï'û était inouï qu'on enlevât à son église le corps d'un saint ivêque. — La contestation fut ardente et vive, elle dura une journée entière. Dans la crainte d'échouer, malgré leur bon droit, les Turonenses prirent un parti décisif. Durant la nuit, ils enlevèrent le corps, le déposèrent sur une barque qui descendit la Vienne jusqu'à son confluent. Entrant ensuite dans la Loire, le' convoi funèbre arriva à Tours, où il fat reçu au milieu d'un concours prodigieux. Plus de deux mille moines conduisirent processionnellement le corps au chant des hymnes et des psaumes, dans la basilique où il fut déposé. « Or, dit Grégoire de Tours, le jonr même des funérailles, qui était un dimanche, Ambroise, le bienheureux évêque de Milan, dont l'éloquence est célèbre dans tout l'univers , célébrait l'office divin , au milieu de son clergé et de ses fidèles. Ambroise avait établi dans sa basilique la coutume que le lecteur ne devait jamais commencer à réciter l'épître, sans! avoir reçu la bénédiction de l'évêque. Mais il advint que, ce jo' là, quan(J )e lecteur s'approcha du trône pour recevoir la bénédi tion épiscopale, il trouva le bienheureux évêque endormi. Tous 1 assistants le remarquèrent, cependant nul n'osait réveiller le sai Un long intervaUe:s'écouiaen«il8nce; enfin quelques clercs prireni

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