‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 21 sur 77 · CCAP. I. — MORT DE SAINT MARTIN DE TOURS · texte numérisé non relu

CCAP. I. — MORT DE SAINT MARTIN DE TOURS

sur eux da s'ccrier : L'heure s'écoule; que le seîgneap 6vcqu& daigne donner le signal au lecteur! -« Le bienheureux Ambroisa revenant à lui, leur dit : Ne vous troublez ^js?- Le sommeil uù vous m'avez vu plongé, était une vision que dalgn^tiv S'envoyer le Seigneur. Apprenez que mon frère, l'évêque Martin, a quiSté ce monde. Je viens d'assister à ses funérailles : elles se terminaient au moment oii vous m'avez appelé*. — Dans leur étonnemant, les clercs notèrent exactement le jour et l'heure oîi ces paroles furent prononcées à Milan : c'étaient bien exactement le jour et l'heure ■oii les obsèques du thaumaturge avaient eu lieu à Tours -. »

52. (( Cependant, continue saint Grégoire, l'évêque de Cologne, Séverin, homme do pieu?e et admirable vie, assistait avec ses clercs, suivant son habitude, à l'office des matines. A l'heure môme où le bienheureux Martin expirait, il entendit des voix Angéliques qui chantaient dans les cieux. Il se pencha vers son archidiacre : Votre oreille n'est-elle pas frappée de ces concerts angéli:]ues?lui demanda-t-il. — Non, répnnditrarchidiacre, je n'entends rien d'extraordinaire. — Faites attention, dit l'évêque. — L'archidiacre, tendant le cou, levant les oreilles, ets'appuyantsur son bâton ', se haussait sur la pointe des pieds, afin de mieux entendre.^ Mais je crois qu'il n'était pas de ceux à qui Dieu réserve de pareilles faveurs. L'évêque lui fit signe alors de se mettre à genoux. Il «^a prosterna lui-même et pria. Quelques instants après, interpellant de nouveau l'archidiacre : N'entendez-vous rien? lui dit-il. — Oui, dit enfin l'archidiacre : j'entends dans les cieux un chœur d'anges qui psalmodient; mais je ne sais à quelle occasion. — Je vais vous le dire, reprit Séveria. Le seigneur évêque Martin vient de quitter

*Nous avons déjà dit que la mort de saint Martin précéda d'une anné* ■celle de saint Ambroise. Cf. u» 46 de ce cLaj.itr«.

* S. Greg. Tur., De mirac. S. Martini, îib. I, cap. v ; Pat. lut., torn. LXXI, «ol. 918.

* Ce bâton dont parle ici saint Grégoire de Tours et que mentionne e'gale» meut h l'èi^ic «ie saiut Chradegaog, n'était rieu autre chose qu'un support «iir Irquel les clercs s'appuyaieut pendant la récitation de l'office canonial. Les malades avaient le privilège d en avoir deux pour soutenir leurs bras fatigués. Plus tard on y substitua la stalle actuelle, avec ses deux accoudoir» «t soa siège de bois.

ce monde, et en ce moment les anges escortent en triomphe son fime bienheureuse au ciel. — Après ces paroles, Séverin garda le silence. Puis il ajouta : Le démon, avec ses mauvais anges, s'est tenu au pied du lit de Martin, et voulait effrayer son agonie. Mais n'ayant rien trouvé qui lui appartînt dans cette âme sainte, il s'est retiré plein de confusion. Hélas ! que sera-ce de nous, misérables pécheurs, si l'ennemi ne craint pas de s'attaquer à un tel évêque? — L'archidiacre, épouvanté de celte révélation, nota. le moment où elle avait eu lieu, et envoya immédiatement un messager à Tours, pour s'assurer de la vérité. Les faits confirmèrent pleinement la vision de Séverin *. »

53. L'archidiacre de Cologne, dont Grégoire de Tours nous dépeint assez malignement l'embarras, n'avait sans doute pas fait souffrir à son évêque tout ce que le bienheureux Martin avait eu lui-même à supporter d'un de ses prêtres, nommé Brictio (saint .'^rice), qui devait être son successeur. Brictio, à peine entré dans [adolescence, s'était fait religieux au monastère de IMarmoutiers. ià modestie, sa candeur, sa docilité faisaient alors l'édification des frères. Martin l'aimait, non point pour ses qualités actuelles qui ne devaient pas durer, mais pour celles qu'il devait acquérir un jour. Devenu prêtre, Brictio se relâcha de sa première ferveur. Les avis que lui donnait le bienheureux évêque l'irritaient au lieu de le corriger, a II affichait, dit Sulpice-Sévère, un luxe scandaleux. Il nourrissait des chevaux dans son écurie; il se faisait servir par des esclaves des deux sexe?, qu'il achetait au poids de l'or parmi les plus jeunes et les plus élégants des captifs barbares. Martin, d'un visage calme et avec une âme tranquille , lui représentait doucement sa folie. Mais Brictio était tellement aveuglé par l'esprit du mal qu'il n'avait plus conscience de son état. Pâle de fureur, les lèvres tremblantes de rage, il répondait au bienheureux : Je suis plus saint que vous! Toute ma jeunesse s'est passée dans un monastère, et la vôtre s'est écoulée dans la licence des camps. Maintenant que vous avez vieilli, votre tête affaiblie se

.1 8. Greg. Taroa., De mirac, S. Martini, lib. I, cap. iv^

CTIA?. î. — MOyiï PC SATNT "AV.IIIS V.Z TOURS.

forge des visions chimériques et se peuple de fantomcà M » — • « Un jour, dit Grégoire de Tours, un malade qui allait implorer sa Çuérison près du bienheureux Martin, traversa la place et j'cncontra Brictio, lequel n'était alors que diacre. Je cherche ^e saint homme, lui dit-il ; pournez-vous m'indiquer où il est? — Regardez, lui répondit Brictio. Le voilà debout, ce vieux radoteur, 1er yeux fixés au ciel, comme un insensé qu'il est! — L'infirme couruQ au saint, se jeta à ses genoux, et en obtint la guérison qu'il sollici^» lait. Le soir, Martin interpellant le diacre : Brictio, lui dit-il, jCvous parais donc bien fou ! — La rougeur monta au front du jeune homme. Il cherchait à s'excuser. Jamais, dit-il, je n'ai tenu ua pareil langage! — Mon fils, reprit le saint, mon oreille était près' de votre bouche, quand, me croyant bien loin, vous parliez ce matin avec l'infirme. Écoutez-moi maintenant. J'ai prié Dieu pour vous. Un jour vous me succéderez sur la chaire pontificale. Mais sachez que votre épiscopat sera difficile et que vous aurez beaucoup à y souffrir. — Brictio se mit à rire. Je le disais bien, murmurait-il tout bas. Il parle comme un insensé ' ! » — Cependant, la prédiction du bienlieureux devait s'accomplir au pied de la lettre. « Grâces aux prières du saint évoque, dit Sulpice-Sévère, le démon, qui avait si longtemps captive cette âme, lâcha prise. Nous vîmes un jour Brictio accourir près de Martin, se jeter à ses genoux, confesser ses fautes on les déplorant, et lui demander pardon. Le pardon ! jamais le bienheureux ne l'avait refusé à personne. Combien de fois , témoins des désordres de Brictio , n'avionsnous pas unanimement prié l'évêque de le déposer du sacerdoce! Toujours il avait résisté à nos instances. J'aurais l'air, disait-il, d'exercer une vengeance personnelle. Puisque Jésus-Christ a biea supporté Judas, pourquoi ne supporterai-je pas Brictio? — Cette fois, quand le coupable, prosterné à ses pieds, donnait des marques d'un repentir sincère, Martin nous dit : Vous vous êtes souvenx étonnés de mon indulgence à son égard. C'est que je voyais le démon agir par lui et le manier comme un instrument. Ses injures me lais*

* Sulpit. Sever., Dialog. III, cap. xvi. — » S.Greg. Taron., Hist. Franc.,lib.tt, JMp. l; Pair, iat., tom. LXXI, col. 189.

go PO:«TIHCAT DE SAINT SIRICIUS ^JoJ-oUùj.

saient insensible, parce que je connaissais celui qui les dictait * ! » La pénitence de Brictio fat aussi éclatante qu'avaient pu l'être ses scandales. «Après la mort da thaumaturge, dit Grégoire de Tours, il fut élu, d'un consentement unanime, pour lui succéder. Il vaquait à la prière ; sa vie était édifiante. Il est même à remarquer qu'à l'époque de ses désordres passés, quand ses emportements, sa hauteur et son luxe révoltaient tout le monde, on n'avait jamais articulé aucun grief contre ses mœurs. Soudain il se vit sous le poids d'une accusation infamante. Une femme, qui avait d'abord été religieuse et depuis avait quitté le voile, était employée par les officiers de l'évêque aux soins de la lingerie. Elle devint mère. A cette nouvelle, toute la ville de Tours se rua sur la demeure épiscopale , menaçant de lapider Brictio. Le peuple vociférait des cris de mort ! Infâme, disaient-ils. Est-ce ainsi que tu as abusé de Tindulgence du bienheureux Martin? Tu couvrais sous le manteau d'un saint ta vie pleine de débauches! Mais la justice de Dieu s'est manifestée. Elle ne laissera pas plus longtemps tes crimes impunis ! — Brictio eut le courage d'atfronter les milliers de bras qui se levaient pour le lapider. Il parut devant la foule, et protesta énergiquement de son innocence. Apportez-moi l'enfant l dit-il. — On lui présenta la frêle créature, qui n'avait pas encore un mois. — L'évêque prit l'eufant dans ses bras : Au nom de Jésus-Christ, Fils du Tout-Puissant, dit-il, je t'adjure de déclarer ici, devant toute cette multitude, si je suis pour rien dans le fait de ta naissance ! — A ces mots, un silence imposant se nt dans l'assemblée. L'enfant ouvrit la bouche, et, d'une voix parfaitement accentuée, répondit : Non, vous êtes innocent ! — C'est un magicien! cria la foule. Il nous trompe par de vains prestiges. A bas le faux pasteur ! — Bi'ictio essaya encore de les convaincre. Il prit des charbons enflammés dans le pan de son manteau, et, suivi de la foule, vint au tombeau de saint Martin. Là, il jeta les charbons, déploya son vêtement qui n'avait pas une seule brûlure, et dit : De même que le fej.^. a respecté cette fragile étolTe, ainsi je suis m-

" Su'pit. Scver., Dialog. 111, cap. xv. ^'

CHAP. I. — MOr.T DE SAI.NT MAr.XIK DE TOURS. 91

nocentdu crime aue vous ms reprochez! — Malgré cette jaslinca* tion deux lois miraculeuse, la fureur populaire ne s'apaisa point. Brictio fat chassé de la ville. Ainsi s'accomplissait la parole prophétique du bienheureux Martin. Brictio se rendis à ^ome, et en racontant ses malhears au pape, il éclatait en sanglots et répétait sans cesse : Je n'ai que trop mérité ce châtiment! Dieu me punit des outrages dont j'abreuvai autrefois son illustre serviteur. Je la traitais d'insensé. J'étais chaque jour témoin de ses miracles, et je persistais dans ma fureur! — Cependant, le peuple de Tours avait élu Justinien pour évoque. Après qu'il eut été sacré, les habitants lui dirent : Brictio est allé porter ses plaintes au pontife de Rome. Partez vous-même pour prévenir le résultat de ses démarches. Employez-y tous vos soins, et ne revenez qu'après nous avoir débarrassé de lui pour, jamais. — Justinien se mit en route. Mais, en arrivant à Verceil, il fut frappé par la justice de Dieu et mourut. Cet événement n'ouvritpoint encore les yeux des rebelles. Ils remplacèrent Justinien par un nouvel évêque du nom d'Armentius. Brictio demeura sept ans à Rome, sous la protection du siège apostolique. Quand il offrait le sacrifice de la messe, son visage était toujours inondé de larmes. Il pleurait au souvenir des injures dent il s'était jadis rendu coupable envers le bienheureux Martin. Dieu se montra touché de sa pénitence. Le pape lui ordonna da reprendre le chemin de Tours. Arrivé au Viens Laudiacus (Mont- Louis *), à six milles de la cité épiscopale, Brictio s'arrêta pour la dernière halte. Or, cette nuit-là même, Armectius, saisi d'une fièvre violente, expira subitement. Brictio en fut averti par une vision céleste. Il appela ses compagnons de voyage. Levez-vous, leur dit-il ; nous allons assister aux funérailles de notre ^rère, le pontife de Tours. — Au moment oij ils entraient par l'une dea portes de la ville, le corps d'Armentius sortait par l'autre, escortC au tombeau par les fidèles. Brictio reprit possession de la chaire épiscopale et vécut encore sept années dans la paix et l'exercice de toutes les vertus *. »

* Mont-Loaisestane bourgade du département d'Indre-et-Loire, à dix kU, «st de Tours. — « S. Greg. Turon., Bist. Fr., lib. II, cap. i ; Pair, lat., tom. ciU

o i. Nous avons cité en entier cette page authentique de Grégoire de Tours. Une analyse froide et décolorée aurait fait perdre tout le charme du récit. Brictio, expiant par des tribulations imméritées les fautes de sa jeunesse, et faisant revivre dans l'église de Tours les vertus q^'âl avait jadis dénigrées dans la personne de saint Martin, est une noble et touchante figure que le père de notre histoire nationale a mise parfaitement en relief. Elle tient une place d'honneur parmi la génération de saints que le souffle puissant du thaumaturge fit éclore sur la terre des Gaules, la future patrie des Francs. « Toutes les cités, dit Sulpice-Sévère, voulaient avoir poup prélats des disciples de Martin '. » Celle de Corisopitum (Quimper), l'ancienne Cornubia (Cornouaillo), lui doit son premier évêque,' Corentinus (saint Corentin), lequel reçut la consécration des mains du bienheureux. Saint Corentin porta dans son nouveau diocèse, la piété et la foi qu'il avait apprises à l'école de l'homme de Dieu. Il plaça son éghse naissante sous le patronage de la sainte Vierge.' Après sa mort, les fidèles de Quimper ajoutèrent son nom à celui de leur cité, témoignage de reconnaissance et de vénération que trois autres villes épiscopales de Bretagne rendirent à leurs fonda-, teurs : Saint-Pol de Léon, Saint-Malo et Saint-Brieuc. Les Ande* gavi (Angers), appelèrent sur leur siège un autre disciple de saint Martin, Maurilius (Maurille), qui illustra son épiscopat par la sain-^ teté de sa vie et l'éclat de ses miracles. En même temps, la collint déserte de Glona (Glonne), sur les bords de la Loire, voyait deî populations entières accourir à la cellule d'un pieux sohtaire, Florent, disciple lui-même et héiitier des vertus de Martin. Un monastère s'éleva bientôt, sous la direction du pieux ermite, et la cité actuelle de Saint-Florent lui doit son existence et son nom. Deux autres disciples et homonymes du thaumaturge, Martin dd Santonum (Saintes), et Martin de Briva Guretia (Brives-la-GailIarde)^ retraçaient le premier dans l'Aquitaine, le second dans la cou<, trée des Pétrocorenses (Périgord), les exemples de vertu de leu? illustre maître, et y jetaient les premiers fondements de là

^Sulpit. Sever., De viià B. Martini, cap. x*

CHAP. 1. — SACbt 1>B S. AUGUSTIN T.T D?, S. CHRYSOSTOME. 93

vie monastique. Enfin, un autre religieux de Marmoutiers, Maximus (saint Mesme), était élu abbé du monastère déjà florissant de Saint- André, dans l'île Barbara (Barbe) sur la Saône, près de Lyon. C'est ainsi que Martin, non moins puissant en œuvres après sa mort qu'il l'avait été pendant sa vie , prenait possession de la terre àea Gaules pour en faire la terre des saints. Son nom grandissait avec les âges. La date de sa mort commença une ère d'après laquelle nos aïeux comptaient les années. Ses reliques, objet d'un pèlerinage toujours plus fréquenté, firent éclore de superbes bas'. liques. Brictio avait du une première fois transférer le corps de son illustre prédécesseur, du cimetière où il avait été primitivement déposé, dans la grande église de Tours dédiée alovs à saint Etienne. Bientôt cette église devint elle-même insuffisante, e|. ^lès l'an 470, saint Perpetuus la remplaçait par un édifice plus vaste et plus somptueux. Le tombeau de saint Martin fut vérital.->lemcnt le berceau de la monarchie française. Les Mérovingiens léguèrent son culte aux dynasties royales qui leur succédèrent. Clovis faisai' toucher son épée victorieuse aux reliques du tliaumaturg ; Henri IV fut sacré à Reims avec l'huile miraculeuse qui avait re(,;. , la bénédiction de Martin. Interrompue par deux époques néfastes, celle des huguenots qui profanèrent le tombeau de saint I\Iar[in, et celle de la révolution qui détruisit sa basilique, la traditioa d'amour, de vénération et de culte national pour le thaumaturge des Gaules se réveille en ce moment avec une ardeur nouveUe, et ressuscitera les prodiges des jours anciens.

§ VII. Sacre de saint Ansastin et de saint Clirjsoslonic*

55. Pendant que l'église d'Occident perdait saint Ambroise et saint Martin, celles d'Orient et d'Afrique applaudissaient à l'avénement de saint Augustin et de saint Jean Chrysostome à l'éoiscopat. « Depuis qu'Augustin avait été ordonné prêtre par le saint évêque.d'Hippone, Valère, dit Possidius, il avait établi un monastère dans les dépendances dô la basilique, et là il vivait avec les serviteurs de Dieu selon la forme et la règle instituées par les

04 rONTIFICAT DE SAINT SIRICIUS (385-398).

Apôhes. Nul d'entre nous ne possédait rien en propre ; toutes. choses étaiant mises en commun et distribuées à chacun selon ses besoins. Telle était l'institution qu'Augustin nous avait rapportée des régions transmarines (l'Italie), Or le bienheureux Valère, son consécrateur, homme plein de piété et de crainte de Dieu, s'applaudissait chaque jour d'un pareil choix, et remerciait le Seigneur, dans toutes ses oraisons, de lui avoir donné un tel auxiliaire, dont la doctrine, l'éloquence et le zèle étaient un sujet d'édification pour son église. La cité d'Hippone était alors envahie par des sectaires manichéens qui propageaient leurs pernicieuses doctrines et séduisaient un grand nombre d'âmes. Un de leurs évêques, Fortanatus, s'était établi à poste fixe dans la ville. On lui attribuait du talent. Il passait pour l'un des plus doctes de son parti. Dans la réalité, son influence devenait de jour en jour plus dangereuse. En sorte que, non-seulement les catholiques d'Hippone, mais les donatistes eux-mêmes, vinrent prier le prêtre Augustin d'engager avec lui une conférence où il confondrait l'arrogance de l'hérésiarque. Pa-, reil à cet athlète intrépide dont parle saint Paul, toujours prêt à rendre compte de la foi et de l'espérance qu'il avait placée dans le Seigneur, non moins puissant à exposer la vérité qu'à la défendre contre toutes les erreurs, Augustin consentit à ce qu'on lui demandait. Mais, ajouta-t-il, savez-vous si Foitunatus acceptera Tépreuve? — C'est qu'en eiîet Forîunatus avait déjà rencontré Augustin à Carthage, à l'époque où ce dernier partageait encore ses erreurs. Il connaissait sa puissance de dialectique, son admirable érudition, son éloquence irrésistible. Aussi tremblait-il à la pensée de se mesurer avec un tel adversaire. Néanmoins, les instances et les sollicitations des siens le déterminèrent à hasarder l'aventure. Un jour fut fixé pour la conférence; elle eut lieu le v des calendes de septembre (2S août 392) , dans les Thermes de Sossiu*. Une foule immensfc se pressait dans l'enceinte. Les notaires, désignés pour rédiger officiellement le procès-verbal * , étaient à leur

* Nous avons encore les actes de cette diBCUssioQ fameuse.. Ils ont été conecrv.js parmi les œuvres de saint Auguslin, sous le titre de -. Disiiutatio conlra ïoiUiimlum Manicfueum [Patr. lut., tom. XLIl, col. 111-172}. Leur étude

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