‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 29 sur 77 · CHAP. II. — LES PÈRES DU DÉSERT. IM · texte numérisé non relu

CHAP. II. — LES PÈRES DU DÉSERT. IM

Tant une infortune qui produisait le repentir. Précisément, à l'époque de la disgrâce d'Eutrope, mourait à Scété, à l'âge de quatrevingt-dix ans, un solitaire dont le nom était aussi fameux que celui de Jean de Lycopolis. II s'appelait Macaire, on l'avait surnommé l'Ancien, pour le distinguer d'un homonyme que ses vertus et ses miracles rendirent de même illustre. Macaire l'Ancien avait quitté, à dix-huit ans, les troupeaux dont la garde lui était confiée, car il était berger, pour venir, dans les déserts de Scété, abreuver son âme aux sources du Sauveur. Dans le cours de son enfance et de sa jeunesse, il n'avait commis qu'un seul péché. Un jour, avec ses compagnons d'âge, il avait dérobé quelques figues, et, pour sa part, il en avait mangé une. Macaire pleura ce péché toute sa vie. Confiné dans sa cellule, il fabriquait des paniers d'osier, que le peuple venait prendre et dont il ne voulait jamais accepter la rétribution. Une misérable renouvela pour l'ermite l'accusation dont saint Athanase et plus tard saint Brice avaient failli devenir les victimes. On crut à ses allégations. Macaire ne prit nullement la peine de se disculper. La fuule assaillit sa cellule à coups de pierres : lui, à genoux, remerciait Dieu de lai fournir cette occasion d'expier la faute de sa jeunesse. Ccpendantla malheureuse qui .ivait accrédité les bruits calomnieux, touchée d'une vertu si sublime, confessa publiquement son infâme mensonge. Le peuple alors se précipitait aux pieds du saint, lui demandant pardon et invoquant le secours de ses prières. Pour se soustraire à tant d'hommages, Macaire se retira dans une des solitudes les plus affreuses de Scété. Il y passa soixante ans. L'évêque d'Hermopolis dut faire violence à samodestie pour le contraindre d'accepter l'ordination sacerdotale. Une véritable colonie de disciples s'était groupée autour du pieux solitaire, qui put, dès lors, célébrer le saint sacrifice et leur distribuer la communion. L'affluence était telle qu'on fut bientôt obligé de construire quatre oratoires, afin de suffire aux besoins rehgieux. Macaire ne mangeait qu'une seule fois par semaine. « Depuis ving^ ans, disait-il à Kvagrms du Pont, je ne crois pas avoir dormi une heure pi>r nuit. » Il était constamment en prière, et comme on lui demandait le secret d'entretenir ainsi son âme dans une oraison continuelle !

A Quand vous priez, disait-il, il n'est pas besoin d'user de beaucoup de paroles. Il suffit de répéter souvent, dans la sincérité du cœur, ce peu de mots : Seigneur, faites-moi miséricorde, delà manière que vous jugerez m'être la plus utile !» — Un jeune homme qui voulait embrasser la vie jeligieuse vint se présenter à lui, et solliciter ses conseils. « Allez, dit Macaire, au cimetière voisin, vous vous arrêterez sur une tombe, et vous direz des injures au inort qui y repose. » Le jeune iior.iine le fit et revint, a Retournez à cette tombe, lui dit Macaire, et vous ferez des éloges au défunt. » Le jeune homme obéit encore. A son retour, Macaire lui demanda ce que le mort avait répondu. « Rien, dit le jeune homme, ni aux injures ni aux éloges. — Allez donc, mon fils, reprit le saint, et faites de même, si vous voulez réellement mourir au monde et commencer à vivre pour Jésus-Christ. » Un cénobite le consultait un jour sur les tentations qui obsédaient son esprit. « Mon frère, lui dit le saint, mettez-vous au travail dès l'aurore, continuez-le tout le jour et ne mangez qu'après le coucher du soleil; puis vous reviendrez me voir, n Après quelque temps de ce régime, le cénobite revint. « Eh bien! mon frère, demanda le saint, êtes-vous toujours tenté? — Non, répondit le cénobite. Je n'en ai plus le temps. » Nous avons dit que, sous le règne impie de Valons, l'illustre solitaire avait été déporté par Lucius, le patriarche intrus d'Alexandrie, dans une île païenne, dont tous les habitants se convertirent à la vue des miracles que le Seigneur opérait par son ntercession. Revenu à Scété, il fut visité un jour par un hérétique de la secte du fameux Hiérax, qui niait le dogme de la résurrection. Macaire exposa la croyance de l'Eglise sur ce point. Mais ses arguments ne paraissaient pas faire grande impression sur l'esprit de son interlocuteur. Celui-ci reprenait, les uns après les autres, tous les textes de l'Écriture relatifs au dogme controversé, et soutenaiV. qu'il fallait les entendre dans le sens allégorique d'une résurrection spirituelle de l'âme régénérée. Ses sophismes avaient un certain succès sur les auditeurs, « Qu'est-il besoin de tant de paroles? dit Macaire, suivez-moi! » Un religieux venait de mourir dans Vhospitium du monastère. Le saint, accjmpagné de l'hérétique et entouré de ^usles

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f)ôres, s'agenouilla devant le cadavre, o Au nom du Seigneur, qi;î DUS ressuscitera tous au dernier jour, dit Macaire, levez-voas fi reliez ! » Et le mort se leva.

33. Macaire l'Ancien avait pour homonyme, et pour émule de perfection et de vertus, ÎNIacaire d'Alexandrie, dit le Jeune, t'^lui-ci iî'avait pas débuté dans le monde par être berger, 11 exerçait, à Alexandrie, un commerce fort lucratif, celui de [ilacentai^ius, qui répondrait assez à notre dénomination moderne de pâtissier-confiseur. Alors, comme aujourd'hui, et en Orient surtout, cette profession enrichisôait facilement un homme. 'Ma.nie. placenturius d'Alexandrie rêvait une autre fortune que cûlle de ce monde. 11 quitta tout pour suivre Jésus-Christ. Déguisé en artisan, il vint frapper à la porte du monastère de Tabenne ', dont saint Pacôme, disciple du grand Antoine, était alors abbé. « Vous n'êtes plus assez jeune, lui dit Pacôme, pour vous habituer au dur régime que nous menons ici. » Macaire se prosterna sans répondre, et fit signe qu'il essaierait* Or, on allait entrer en carême. A cette époque de l'année, chacua des cénobites redoublait de mortifications et d'austérités. Pour sa part, Macaire choisit celle-ci : Il prit sa provision de feuilles do palmier pour faire des nattes, les mit à tremper dans l'eau, et debout, en plein air, il travailla tout le temps de la sainte quarantaine, ne mangeant que le dimanche quelques herbes crues. A la fin du carême, les autres religieux, étonnés d'un si persévérant héroïsme, représentèrent à saint Pacôme qu'une telle mortification dépassait les bornes permises, et qu'en raison même de sa singularité, il fallait la proscrire. Mais l'esprit de Dieu tint un autre langage à Pacôme. Le saint abbé alla se prosterner aux genoux de Macaire et lui demanda sa bénédiction. « Mon frère, dit-il, nous ne sommes pas dignes de posséc^er un homme tel que vous, C'est ailleurs que Dieu vous appelle. Ailez donc, et daignez vous souvenir dans vos prières du pauvre monastère de Tabenne. » Macaire se rendit à Nitrie. Tel était le théâtre oîi devaient bidler ses

* Le monastère de Tabenne était situé dans la Haute Thébaide, à l'occi* dent du Nil, sur les frontières des provinces de Tentvra (Dendérab) et ds Dioipoiis.

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