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Tcrtus. îî y habita la plus misérable et la plus dénuée de toutes les cellules. Encore, pour se dégager davantage du sentiment de propriété qui aurait pu mYolontairement attacher son cœur à ce triste séjour, il le cédait aux étrangers et aux pèlerins qui venaient visiter les cellules et désiraient passer quelques jours dans ce lieu d'édification et de retraite. Les tentations ne lui manquèrent pas cependant, au milieu de ce désert qu'il avait librement choisi pour le lieu de son repos. Un jour, on le ti'ouva couché suv ie seuil de sa grotte ; il disait au démon : « Arrache-moi de là si tu peux, car je n'en veux pas sortir. » -- Après être demeuré quelques heures dans cette posture, on le vit remplir de sable deux énormes paniers, les charger sur ses épaules, et, par un soleil ardent, s'élancer avec son fardeau au milieu de la plaine desséchée. « Que faites-vous? lui demanda un frère. — - Je tourmente celui qui me tourmente, répondit-il. » Il rentra le soir, baigné de sueurs et harassé de fatigues. Il raconta alors que, depuis quelques jours, le démon, pour le tenter, lui représentait l'inutilité de sa vie. « A quoi servent, lui disait-il, tes jeûnes, tes austérités, et ce travail stérile de tresser des feuilles de palmier en nattes ou en corbeilles? Va à Rome. Là tu trouveras des malades, des blessés, en nombre immense. Ils peuplent les hôpitaux. Tu te feras leur infirmier, et tes efforts seront utiles. » Macaire triompha de cette épreure et demeura fidèle à la vocation du silence, du travail obscur, et de la vie contemplative, qui était celle où Dieu l'avait appelé. Il était devenu le disciple et l'admirateur de Macaire l'Ancien, son homonyme. Avec lui, il subit la persécution du patriarche arien, Lucius. Jetés ensemble dans la barque qui devait les conduire au lieu de leur exil, le visage des deux proscrits reflétait une joie et une sérénité telles que l'officier qui les conduisait ne put s'empêcher de leur dire : «C'est bien justement qu'on vous a appelés Maxàptoi (bienheureux). Jamais je n'ai rencontré, en ma vie, de figures qui convinssent mieux à un pareil nom! — Il est vrai, répondit Macaire le Jeune, nous sommes réellemeot heureux, et plus encore que vous ne le sauriez croire. Mais ce qui est vraiment lamentable, c'est que vous, qui pourriez obtenir la même félicité, en brisant les fers que le monde vous a
CHAP. II. — lES PERES DU DÉSERT,
mis aux pieds et aux mains, vocs préfériez la servitude au vrai bonheur ! » Celte parole pénétra, comme une flèche, le cœur de l'officier. A son retour à Alexandrie, il quitta le service militaire, vendit son bien, le distribua uux pauvres et vint s'ensevelir dans la solitude de jla Thébaïde. Les deux Macaire y étaient déjà revenus. Un jour, un grand scandale, dont le retentissement fut immense, mit en émoi tous les frères de Scété, de Nitrie fct des Cellules. A la mort de l'un des religieux, comme on se disposait à l'ensevelir, on trouva, parmi les feuilles sèches de palmier qui formaient son grabat, cent nmnmi d'or que le dé» funt y avait cachés. C'était le fruit d'un travail de soixante années, passées à tisser de la toile, que ce malheureux vendait aux étrangers et aux visiteurs. Les pères se réunirent. Pambon et Macaire le Jeune présidaient l'assemblée. On mit aux voix la question de savoir quel usage serait fait de ce trésor indignement amassé. Les uns dirent : «Qu'on le donne aux pauvres; » d'autres: « à l'église ; » d'autres : « aux malades de Vhospitium. » Pamboa et Macaire levèrent la séance, sans avoir fait connaître leur avis. Quelques heures après, tous les religieux assistaient aux obsèques du défunt. Au moment oii le cadavre fut déposé dans la fosse creusée pour le recevoir, Macaire s'approcha, tenant à la main le sac d'or, et le jetant sur le cercueil, il dit, d'une voix formidable : « Que ton argent périsse avec toi ! »
36. Pambon, dont le nom vient de se rencontrer sous notre plume, avait connu saint Antoine. Il avait appris de ce grand maître les se* crets de la vie spirituelle. Dès sa plus tendre enfance, il avait habité la solitude ; et l'on ne sait quel rang occupait sa famille dans le monde. L'une des circonstances de sa jeunesse qui l'avait le plus vivement frappé, et qui eut une influence décisive sur toute sa vie religieuse, était celle-ci : Un jour, consultant l'un des disciples de saint Antoine, chargé par celui-ci de la direction des novices, la conversation amena sur les lèvres du religieux le verset du psaume xxxviii : IHxi : Custodiam vias meas, ut non délinquant in lingua ned . « J'ai dit : Je poserai une sentinelle sur toutes mes voies, afin de ne pas pécher par la langue. » Pambon s'aj?j?li(iua le mot dans toute sa
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rigueuff, « Je vais, dit-il, mettre cette leçon en pratique. » 11 retourna dans sa cellule, et devint le plus strict observateur du lilence. La crainte de prononcer un 3 parole inutile était telle chez lui, que, plus tard, quand devenu o.bhé dis monastère de Nitrie, le» multitude* accouraient de tous îes points du monde pour le consulter, Pambon faisait attendre quelquefois plusieurs jours sa réponse, et ne la donnait qu'api-ès avoir supplié Dieu, avec d'abondantes larmes, de lui inspirer ia vérité. Aussi cl^acune de ses décisions était regardée comme un oracle. On disait qu'en ce point il égalait au moins, s'il ne le surpassait pas, Antoine lui-même. Pambon avait été l'un des plus fidèles amis de saint Atfianase. Un jour, durant les controverses soulevées à Alexandrie parl'arianisme, le grand patriarclie avait prié le solitaire de venir, lui aussi, par son exemple et ses prédications, raffermir la foi orthodoxe. Pambon y consentit. Il arriva donc dans cette capitale de l'Egypte, offrant, au milieu du luxe et de la mollesse des Alexandrins, le spectacle de son héroïque pauvreté et de ses mortifications surhumaines. En traversant une place publique, il vit passer, sur un char étincelant d'or, une femme superbement vêtue, que la foule saluait d'applaudissements frénétiques. C'était l'actrice en vogue qui se rendait au théâtre. Pambon se mit à fondre en pleurs. Comme on lui demandait la raison de ses larmes : « Je pleure, dit-il, sur l'âme de cette infortunée ! Je pleure ï.ussi sur ma lâcheté personnelle ! Quoi ! voilà une malheureuse qui sacrifie son éternité pour corrompre les âmes ; et moi je ne sais pas sacrifier ma vie pour les sauver! » Durant sa résidence au monastère de Nitrie, la patricienne illustre, sainte Mélanie, vint le visiter. Elle le trouva dans une misérable cellule, occupé à tresser des cordes végétales en fibres de palmier. Le solitaire ne leva pas les yeux sur elle. Mélanie déposa à ses pieds une cassette pleine d'argent. Pambon dit à l'un de ses disciples, Origène : a Prenez cela, mon fils, et envoyezle à nos frères des monastères de Libye et des Iles, qui sont plus pavivres que nous. » Puis il se remit à travailler en silence. Mélanie, un peu choquée de l'indifférence avec laquelle était accueilli son présent vraiment royal, lui dit ; u Savez-vous, mon père, qu'il y a»