‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 37 sur 77 · XI · texte numérisé non relu

XI

890 ro^rnncAT de saint innocem' i (-101-417;.

ques réhabilités, ou les conservaient dans la di^uUô qu'ils avaient auparavant. D'autres repoussaient absolument ces transactions indulgentes. Il en résultait que les clercs qui voulaient se faire réhabiliter, quittaient leurs diocèses dorigine, lorsqu'ils y trouvaient quelque résistance, et allaient se présenter à des évêques moins rigoureux. A la faveur de ces déplacements, les mœurs ecclésiastiques perdaient chaque jour de leur pureté primitive. Des clercs scandaleux, pour échapper à la condamnation qui les eût frappés dans leur propre diocèse, là où leurs désordres étaient connus, changeaient d'églises et vivaient dans l'impunité. Le coiîcile de Tolède flétrit tous ces abus, dans une série de vingt cnnons, Oii la loi absolue du célibat ecclésiastique est énergiquement affirmée et maintenue. L'ordre de juridiction établi par le concile de Nicée est rappelé comme le fondement de l'intégrité de rËghse, Quant aux questions de personnes qui regardaient tel ou tel ôvêque, ordonné d'abord par les Priscillianistes, puis rentré au sein de l'orthodoxie, le concile de Tolède déclare qu'il appartiendra au «Pape» de statuer définitivement sur leur sort. C'est la première fois que dans un document officiel, on trouve l'évêque de Rome, nommé exclusivement Pape, comme par excellence. On se rappelle que jusqu'alors cette expression Papa (père) avait été communément employée non-seulement pour tous les évêques en général, mais souvent aussi pour les prêtres eux-mêmes. La réserve que fait le concile de Tolède, eu remettant au souverain pontife le jugement définitif à prononcer sur les causes personnelles, est un fait de Ix plus haute importance, au point de vue de la suprématie du .s.iiiri siège. (( Nous avons décrété, disent les Pères, que les évêques qui viennent d'abjurer l'hérésie ne seront admis à notre communion qu'après que le siège apostolique nous aura répondu à ce sujet : Hecepturi in nostram comrnunionem ctan sedcs apostolica rescripserit. IKous attendrons donc que le pape qui siège maintenant, nous ail fait connaître sa détermination : cxpectantes quid papa qui nunc cri rescriôat. Jusqu'à ce que le pape les ait rétablis dans leur dignité, ils ne devront ordonner ni évêques ni prêtres, ni diacres * : » tons-

» Labbe Concil. tom. II, pag. 1231.

iituimus priusquaru ijjsis per papam communio reddatur, non episcopoi^ non prcsbyteroi^, non diaconos ordinandos.

15. Au moment où les pères du premier concile de Tolède s'exprimaient ainsi, le pape régnant était encore Anastase. Mais il mourut bientôt après. Son successeur, Innocent I, répondit sas. évêques d"Espagne par une lettre que nous avons encore, et dont l'authenticité n'est pas contestée. En voici les principaux passages : « Innocent, à tous les évêques réunis en concile à Tolède, nos frères bien-aimés, salut dans le Seigneur. Bien souvent ma sollicitude s'est portée sur les dissensions et le schisme qui ont fait en ces derniers temps de si grands ravages dans les églises d'Espagne. Je n'en étais que trop informé par la voix publique. On ne saurait plus différer davantage; il faut couper court à tant d'.^ désordres et appliquer à tant de maux un remède salutaire. Notre frère et coévcque Hilaire *, ainsi que le prêtre Elpidius, venus de votre part consulter le siège apostolique, nous ont appris le triste état 011 se trouve votre province, divisée par le schisme, attaquée par l'hérésie. Ils nous ont peint en gémissant la confusion qui résulte de la variété dans la discipline, de l'oubli ou de la négligence des canons portés par nos pères, des conOits de juridiction, des empiétements de certains évêques sur les droits de leurs collègues. Nous avons à ce sujet réuni le presbyterium romain -, et nous vous adressons les actes synodiques qui y ont été rédigés. » Passant ensuite à l'examen détaillé de chacune des questions qui lui avaient été adressées par les pères de Tolède, saint Innocent renouvelle et confirme les condamnations précédemment portées au point de vue doctrinal contre les erreurs de Priscillien. Quant aux scrupules manifestés par les évêques qui refusaient de conserver dans leur dignité

* La souscription d'Hilaire occupe le quatrième rang dans les Actes da concile de Tolède. Oo ne connaît pas le siège épiscopal dont il était titulaire.

* C'est ainsi qu'on appelait alors les conciles tenus à Rome, pour délibérer sur les affaires de l'Église universelle. .Malgré ce nom de presbyterium, il était d'usage d'appeler à ces synodes les évêques les plus voisins de la ville éternelle et les étrangers qui s'y trouvaient alors de passage. (Cf. tabLe, ioc» cit.)

292 PONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I (401-4i7).

ancienne les clercs revenus à l'orthodoxie, le pape s'exprime ainsi : « Je cherche en vain le motif qui peut déterminer leur conduite. S'îmagineraient-ils par hasard que la chute de ces clercs, maintenant repentants, a pu effacer le caractère d'ordre qu'ils avaient primitivement reçu? Pierre, après sa chute et les larmes qui l'effacèrent, avait-il donc cessé d'être ce qu'il était? Thomas, après son incrédulité fameuse qui ne céda que devant une preuve expérimentale, avai til rien perdu de sa dignité d'apôtre? Et si l'on veut remonter jusqu'à l'Ancien Testament, David, prophète avant sa faute, ne conservat-il pas après sa pénitence le don divin de prophétie? » D'après ce principe théologique de l'inamissibilité du caractère imprimé par le sacrement de l'ordre, saint Innocent I déclare que ceux qui persisteraient dans un rigorisme aussi absolu contre les lapsi repentants, devaient être à leur tour bannis de la communion ecclésiastique. « C'est à nous, dit-il, qu'a été confié le soin de maintenir dans l'unité de discipline et de foi le corps de l'Église dispersée par tout l'univers. » Il prescrit d'apporter la plus grande modération et la plus grande indulgence dans l'examen des difficultés particulières que soulevaient en grand nombre les ordinations irrégulièrement faites, soit par des évêques autrefois hérétiques, mais qui avaient depuis abjuré l'erreur, soit par d'autres évêques qui n'avaient pas de juridiction sur les ordinands et qui empiétaient ainsi sur le droit de leurs collègues. « Il importe avant tout, dit-il, de proclamer en Espagne et d'y remettre en honneur les règles canoniques. Maintenant que le concile de Tolède les a fait connaître et les a sanctionnées, elles devront être strictement observées pour les ordinations qui auront lieu dans l'avenir. Mais celles qui ont été faites en si grand nombre et irrégulièrement, dans le passé, doivent être tolérées et remises au jugement du Dieu qui scrute les reins et les cœurs *, »

* 8. Iqqoc^Si;, ., Epist, îïif pus. ; Patr, lot., tomi JX, eoh i89«i99»

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§ U. dirysoatOBie et la Critfqve moderne*

.6. Le zèle de saint Innocent I et son intervention souveraine, comme chef de l'Église, devaient bientôt se manifester avec éclat dans le cours des persécutions dont saint Jean Cbf^r'sostome aiial^ être l'innocente victime. Nous aborderons bientôt o^^ iecii, lamentable presque à régal de celui de la Pcission évangélique, qui ncns montrera le plus beau génie qui fut jamais, la vertu la plus éminente, la plus glorieuse et la plus inoffensive, aux prises avec les passions toujours les mêmes d'une nouvelle Hérodiade, de nouveaux scribes, de nouveaux pharisiens. Avant d'entrer dans cet ordre de faits qui a légué une page sanglante de plus à l'histoire, il nous faut protester, avec toute l'énergie dont nous sommes capable, contre le portrait de fantaisie tracé naguère de l'illustre évêque de Constantinople, par une plume d'ailleurs accréditée. « Le jeune Chrysostome, au sortir des bancs de l'école, dit M. A. Thierry, s'était vu Scusi d'une indomptable passion pour la vie du désert. Réfugié dans une grotte du mont Casius, à peu de distance d'Antioche, il avait mené l'existence la plus isolée et la plus sauvage-, passant les nuilf debout pour dompter le sommeil et jeûnant jusj qu'à l'anéantissement complet de ses forces. Ces folles austérités dans une caverne humide avaient détruit sa santé ; il y avait gagné une sorte de paralysie des parties inférieures du corps etTimpossibi- Alè de digérer. Sou estomac délabré ne souffrait plus que certaines espèces de viandes en minime quantité, et rentré dans les villes, il avait dû renoncer à la vie commune ainsi qu'aux habitudes da monde. Si l'on joint à cette infirmité son humeur chagrine qui lui faisait aimer la solitude, on comprendra comment, à son arrivée dans Constantinople, il fat un sujet d'étonnement pour un clergé mondain et pour une société débauchée qui passait une partie de la journée à table, et oii le bon ton voulait qu'on se montrât ivre dès le matin. Le prédécesseur de Jean d'Antioche, ancien préfet de îa ville, avait vécu en homme du monde, sans cesser poui- cela d'être un bon évêque et un prêtre respectable ; mais le goût et la santé de Chrysostome ne lui permettaient pas d'en faire autant. Il

déclara donc, dès son début, qu'il ne mangerait chez personne, et n'inviterait personne chez lui; il s'abstint n>éme d'accepter les invitations de l'empereur. Les uns virent dans cette sobriété monacale une critique indirecte de leurs pratiques et le clergé surtout s'en formalisa; les autres au contraire (qui l'eût pensé?) y virent un signe d'intempérance. On prétendit qu'il s'enfermait le soir pour se livrer à des repas somptueux et sans fin, à des orgies de cyclope, comme disaient agréablement ses ennemis. Et pourtant, qui eût su forcer les abords de sa retraite, l'aurait souvent trouve à jeun, à des heures avancées de la nuit, goûtant à peine un peu de légumes et de viandes qu'Olympias, sa diaconesse préférée, lui faisait préparer presque malgré lui. Chrysostome avait alors cinquante-trois ans. Monté sur le premier siège de la chrétienté orientale par la volonté de l'empereur et de son ministre, malgré l'opposition du clergé de la ville et les cabales d'évêques considérables des provinces, il avait eu de rudes débuts, et malheureusement rien en lui n'était fait pour les adoucir. Dire, pour expliquer la vieépiscopale d'un tel homme, si courte et si remplie d'angoisses, que le monde persécute les saints et que Dieu le permet afin d'éprouver ses fidèles, c'est ne rien dire absolument, ou c'est entrer dans des considérations mystiques que l'histoire ne nie ni n'affirme, parce qu'elles sont en dehors d'elle, et encore faudrait-il expliquer dans ce système comment les fidèles travaillent eux-mêmes à s'attirer les épreuves que leur inflige le monde. Chrysostome vaut bien qu'on l'étudié un peu plus sérieusement, sans que ses souffrances fassent oublier ses fautes, ou que sa sainteté et sa gloire voilent autour de lui la vérité. Que l'iilglise le compte parmi ses saints martyrs, elle en a le droit, car il fut iniquement persécuté; que la gloire le place au rang de ses plus illustres enfants, ce n'est que justice, car il fut un orateur admirable ; mais l'histoire va chercher l'homme à travers toutes les auréoles. J'essaierai de le faire ici avec tout le respect que méritent de grandes infortunes et une grande .mémoire. Le jour où l'eunuque Eulrope, dans la plus louable des intentions, arracha l'éloquent prêtre d'Antioche à sra Tie d'ctuiie et de gloire modeste, pour en faire l'évêque de la sa-

conde Rome, il commit mie faute qu'il reconnut bientôt à ses dépens. En face d'une cour frivole et galante qui s'occupait du gouvernement de l'Église au milieu des plaisirs, il plaçait le plus iatraitable des moines; en face d'un clergé tout mondain, un anachorète qui n'estimait que le désert ; en face d'une société fière de sa richesse et de son luxe, un homCe qui avait la richesse en effroi et poussait à l'extrême l'ostentation de la simplicité. Aussi, à peine le nouvel élu était-il installé sur son siège, que la guerre commençait entre lui et ceux qu'il venait gouverner. Sans doute, Chrj'sostome trouvait dans son troupeau bien des plaies saignantes à guérir, mais il ressemblait trop à ces opérateurs hardis qui aiment l'art pour l'art, et abusent du fer et du feu pour |extirper un mal, sans s'inquiéter beaucoup du malade. La solitude d'où il sortait ne l'avait guère habitué au ménagement des hommes, et toute concession en face du bien absolu lai paraissait un manquement au devoir et presque un crime. Fidèle à l'idéal de sainteté qu'il s'était imposé à lui-même, il l'exigeait imprudemment des autres, et portant dans l'exercice d'une autorité presque incontrôlée le défaut habituel des solitaires jetés par les événements dans le mouvement du monde, il était ombrageux, hautain, jaloux de son pouvoir, toujours prêt à l'accroître, impatient de toute opposition, et convaincu que les inimitiés qu'il soulevait s'adressaient non à lui, mais à Dieu même, qui lisait ses intentions dans ie fond de son âme, ?P3 admirateurs étaient forcés de reconnaître qu'il était orgiieiiîi^ux et opiniâtre, et pourtant ils le respectaient, tant il y avait de vertus sous cet orgueil : ils l'appeLiicnt le saint, et ceci était vrai; ses ennemis l'appelaient l'irascible, le superbe, le violent, et ceci était vrai encore. Ce vent de fortune prodigieuse qui avait jeté v-n simple prêtre de province sur le siège métropolitain de tout l'Orient, à côté du trône des Césars, lui semblait l'eflet non d'un caprice ou d'une faveur des hommes, mais d'une volonté expresse de Dieu, qui le destinait à tout changer. Im.bu des lectures de l'Ancien Te:=tament, dont il s'était infusé pour ainsi dire l'esprit âpre et inflexible, il se donna vis-à-vis des puissants de son temps le r jie d'un >'atiian devant David, d'un Elle devant Jézabel, d'an Isaïs

devant les prêtres de Baaî; mais les prêtres de Baal ctdent nomtrenx, et ce furent eux qui commencèrent sa ruine. En lutte avec tout le monde à la fois, il ne réussit, clicse triste à dire, que contre celui qui l'avait élevé '. »

17. Ce dernier trait couronne dignement le tableau. Il ne suffisait pas de l'inflexibilité orgueilleuse, âpre, dure, opiniâtre d'un parvenu, d'un moine exalté, fanatique, eliagrin, paralysé de la moitié du corps, dont l'unique souci était de faire expier aux autres par une rudesse bru Laie les souffrances que lui faisait endurer à lui-même sa gastrite ; il fallait ajouter à tant d'aimables qualités celle d'une monstrueuse ingratitude, et nous peindre saint Jean Chrysostome acharné à la poursuite de son bienfaiteur et triomphant de la chute d'Eutrope ! Cet aspect si nouveau , sous lequel on veut nous représenter cette grande et immortelle figure, supposerait des découvertes fort récentes dans quelques palimpsestes inconnus. Car entin, saint Jean Chrysostome n'appartient pas seulement à l'Eglise de la terre et du ciel par son apostolat et ses vertus depuis si longtemps canonisées. Son génie rst un des plus beaux fleurons de la couronne intellectuelle du ^enre humain. Voilà du moins ce qu'on avait cru jusqu'ici, a Après avoir lu et admiré Grégoire de Nazianze, dit M. Yillemain, il est une autre sorte de grandeur, une paisible élévation de génie qu'on peut chercher encore et qui est nécessaire à l'idée que l'on se forme de l'écrivain vraiment sublime. Ce sont ces qualités plus hautes, ou plutôt c'est la réunion de tous les attributs oratoires, le naturel, le pathétique et la grandeur, qui ont fait de saint Jean Chrysostome le plus grand orateur de l'Église primitive, le plus éclatant interprète de cette mémorable époque. La pensée reste d'abord confondue devant les prodigieux travaux de cet homme, devant "ardeur et la facilité de son génie. Nous ne pouvons reproduire que quelques traits isolés de ses ouvrages, et le plus grand caractère d'un tel génie, c'est la richesse et l'ordonnance. li semble

* M. A. Thierry, Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxia. HeTUS lïes DeuxlIODdes, 15 juillet 1SG7.

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que nous enlevons furtivement quelques carreaux des marbres de Sainte-Sophie, comme ce voyageur anglais qui pillait les marbres du Parthénon ; mais l'édifice entier, la splendeur de cette Église orientale, le génie de cet orateur sublime, qui sauvait Antioche, qui désarmait les chefs des barbares, qui semblait relever l'empire dégradé, et mourait en exil; où retrouver ces grandes inr.a^es? La vie de Chrysostome est liée à l'histoire de son éloquence et de son ascendant sur les âmes. La fermeté du martyr explique le génie de l'orateur. Ses études grecques dans l'école de Libanius, sa piété pour sa mère, sa douce autorité sur le peuple spirituel et léger d'Antioche, ses combats parmi les intrigues de Constantinople, son courage dans un long exil, répondent, pour ainsi dire, à tous les caractères que prend son éloquence, tour à tour ingénieuse et tendre, élégante, austère et sublime. Nul homme n'a mieux rempli ce ministère de la parole qu'avait suscité l'Évangile. Il est le plus beau génie de la société nouvelle entée sur l'ancien monde. Il est par excellence le grec devenu chrétien. Réformateur austère, sous ses paroles mélodieuses et vives on sent toujours l'imagination qui, dans îa Grèce, avait inspiré tant de fables charmantes. Dans son idiome tout poétique, il représente l'aumône nous introduisant sans peine dans les cieux, et accueillie par le chœur des anges, comme une reine que les gardes reconnaissent à son cortège, et devant laquelle ils se pressent d'ouvrir les portes de la ville. Ce symbolisme de langage ravissait les chrétiens néophytes de l'Orient, et la sublime morale de l'orateur venait à eux parée de poésie. Ces peuples étaient plus sensibles que raisonnables ; et la société, d'ailleurs, ne peut jamais vieilUr assez pour que l'imagination n'y garde pas une grande puissance. Peut-être même ce pouvoir augmente dans les jours d'agitation et de malaise pubUc. Et comment ne paraîtrait-il pas invincible , lorsqu'il se mêle, comme dans Chrysostome, à tous les sentiments profonds du cœur humain, la pitié, la justice, le sacrifice de soi-même au devoir ? Quelle n'est pas surtout la puissance de cette foi intime, d3 cette candeur enthousiaste , qui fait du génie même an Instrument involontaire? En lisant les ouvrages de Chrysoa-

tome, on ne peut se croire si près de la barbarie. On se dit : La société va-t-elle renaître sous un culte nouveau, et, r8monter vers une époque supérieure à l'antiquité, sans lui ressembler' Le génie d'un grand horams vous a fait cette illusion. Vous r. gardez encore, et vous voyez tomber l'empire démantelé de toutes ■parts '. »

18. Le Cbrysostome de M. Yillemain est-il le même que celui de M. A. Thierry? Evidemment non. Mais de deux portraits si différents, quel est le vrai? Nous allons essayer de le dire et de montrer sousson jour véritable la radieuse figure du plus grand des saints, du plus miséricordieux des évoques, martyrisé par les intrigues d'une cour du ])as empire, et calomnié grataiU;mi'T:L après tant de siècles par un caprice d'érudit. Vous dites donc qu'il Tut bien ingrat, « ce simple prêtre de province, jeté par un vent de fortune prodigieuse sur le siège métropolitain de tout l'Orient ! » Il fut bien ingrat et bien orgcedleux de voir dans son élévation inespérée « l'effet non pas d'une faveur '^es hommes, mais d'une volonté expresse de Dieu! n Prêtre de province, fortune prodigieuse, siège métropolitain de tout l'Orient; que d'anachronismes en trois mots! Ne dirait-on pas qu'il s'agit d'un de ces abbés de cour dont parle Saint-Simon, lesquels assiégeaient l'antichambre des ministres et mettaient sur les dents tous les chevaux de b'urs protecteurs, pour arriver à un évêché? Prêtre de province, Jean Ghrysostome! Mais il est assez notoire qu'Antioche, dont Ghrysostome était le plus illustre prêtre, était la capitale de la Syrie, et que, hiérarchiquement parlant, elle avait un ressort plus considérable que Constantinople , dont le siège métropolitain, .de création fort récente, ne s'étendait qu'à trois ou quatre provinces de l'Asie-Mi- Jieure. Est-ce la naissance de Ghrysostome qui aurait pu paraître disproportionnée avec l'honneur de l'épiscopal? Mais l'honneur de l'épiscopat catholique, c'est précisément de n'être jamais ni audessous de la plus haute, ni au-dessus de la plus humble naissance. Quoi qu'il en soit, « Jean Ghrysostome, dit encore M. Villemain,

I M. Villemain, Tableau de l'Eloq. chréL, au rv» siècle, pag. 15i, 216, 2!7,

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!taît né à Antieche; iris d'dn père illustre qui remplissait un hauc gracie dans les armées de l'empire, en Orient. Il fut élevé dans la foi chrétienne par sa mère ; mais il n'en suivit pas moins les leçons oratoires du sophiste Libanius. Chrysostome a raconté que Libanius, apprenant de lui que sa mère était veuve depuis l'âga de vingt ans, et n'avait jamais voulu prendre un autre ép«ux, s'écria, en se tournant vers son auditoire idolâtre : « 0 dieux de îa Grèce,' quelles femmes se trouvent parmi ces chrétiens * ! » Chrysestome n'était donc ni un prêtre de province, ni un homme de basse nais* sance ; il n'était pas davantage un parvenu, « jeté par un vent de fortune prodigieuse sur le siège métropolitain de tout l'Orient. » En vérité, quand saint Chrysostome employa tant de subterfuges pour se dérober aux honneurs de l'épiscopat; quand ii f.Jliil, pour l'amener à Constantinoplo, user du stratagème que nou? avons raconté précédemment, ii est impossible de prendre au sérieux « ce vent de fortune prodigieiise. » On ne s'appelle un parvenu que quand on a voulu ardemment, absolument, fambitieuseinent parvenir. Plût à Dieu qu'ils fussent en grand nombre, ceux qui parviennent aux honneurs en les fuyant, aux dignités en les repoussant ! Et, quand même saint Jean Chrysostome n'aurait eu

1 M. Villemain, Tableau de l'uiorf. cnrét. au iv« siècle, pag. I5."> .M. Villeuiain n'a fait que traduire ici littéralemeat Palladius, évêque d'Hél'iiiîjiioli?, csmtemporain, ami et biographe de Jean Chysostome. 'Iwâ-zvT); où-roc 't u^'' T^'voç

TTj; Iwoia;. (Pallad., Dial. devit. Joan. Chrijs., ca^, v; Palrol. (/rœc.,10111. ÀLVII, col. 18.) Voilà pour la naissance de Jean Chrysostome. Quaut à resclamuùca de Libanius par rapport à la raère de saiat Jeau Chrysostome, elle est ter^ tueilement tirée de l'épître du grand docteur ad viduam junioreir [Patf. graec, tom. XLVIIl, col. GOl.) Voici les expressions mêmes ai Chrysostomi . Kai Y*P Èifw wo"» v£o; ëti wv, tôv (j03i(7Tr,v xcrv £;jlôv (îrivTdjv ok àvôpwv Ô£i?iôai-> (lovéffTîpo; èxcïvoç r,v) olôa ItzX ttoXXwv tt,v jiKirépa tt;v éun^v ^'xv^éX.a^'cx. Toiv y*9 j;apaxa6v;u.£V(i)V àuxw Tîvyôàvoaevoi;, ctot ^îio6c, Tt; etr^v lyw, xa't xivo; èmavToç- in jrr,paî fuvaty.ô;, èaàvôavî Tiap i^o~j tr.v -re TiXixîav tt); [Ltyzoi-:, xal if,- yr^eia; t&v x?^' vov • w; ôè eiTïov ÔTt è~û>v TîTcrapaxov-ac "^fv^'rjlT. £t/.o<7'.v É/j-t ao'.tîov, £$ oy tôv T.'x'ioa àitéoaXe tôv È(xôv, IÇeTtXaYr), xaî àvegsri^re [iï'TK v.îtî tcçoç to'j; Tvacovra; lociv • Bafiai, IfTj, «lat irapa XpiçTtavoï? y^vxïxci; elc;. La aière de saiat Jean Chrjeogteme «4 uemaiait Anthusa (dcvSo;, fleur), et son père Secundus.

ni naissance, ni îîlustration de patrie, ni richesse liéréditair«, quand bien même il eût été un « simple prêtre de province, n croyez-voas que son génie et sa vertu fussent des titres vulgaires? Mais, j'ai ilâtede le dire, cette insinuation frivole, gui sous des locutions empruntées à notre vocabulaire moderne, prétend flétrir la plus grande mémoire de l'antiquité ecclésiastique, me touche médiocrement. D'ailleurs, elle a pu être jetée au hasard, comme une flèche perdue, comme un trait piquant, pour réveiller l'attention ou la mémoire du lecteur. Mais ce qui est étudié, ce qui est clierché, ce qui est vingt fois répété, c'est que Jean Chrysostome, à force de « mener l'existence la plus isolée et la plus sauvage, » au milieu « de folles austérités » qui exaspéraient encore « son humear chagrine, » était devenu « le plus intraitable des moines, poussant à l'extrême l'ostentation de la simplicité, » n'entendant rien « au ménagement des hommes, » repoussant c comme un crime toute concession en face du bien absolu; exigeant imprudemment des autres lidéal de sainteté qu'il s'était foimé à lui-même, portait dans l'exercice d'une autorité presque incontrôlée, le défaut habituel des solitaires jetés par les événements dans le mouvement du monde; ombrageux, hautain, jaloux de son pouvoir, toujours prêt à l'accroître, impatient de toute opposition, orgueilleux et opiniâtre. » Tel était, selon M. A. Thierry, Jean Chrysostome, à l'âge de cinquante-trois ans. Ce portrait, jusque-là inconnu, du grand évêque de Constantinople, a troublé plus d'un lecteur et déconcerté tous nos souviînirs historiques. Cette idée fixe de nous représenter Jean Chrysostome comme un solitaire, ayant passé la plus grande partie de sa vie dans une grotte du mont Casius, et jeté soudain au milieu du mouvement des hommes, sans comprendre rien à leurs passions, à leurs intrigues, est surtout complètement nouvelle. Quoi donc! me disais-je, Jean Chrysostome, avant son épiscopat, avait prononcé plus de trois cents homélies que nous possédons encore. Est-ce qu'il prêchait aux ' ochers du mont Casius ces chefs-d" œuvre, où il fait preuve ci' une si parfaite connaissance lu cœur humain ?

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19. Pour faire évanouir cette fantasmagorie, il suffît de rétablir 'dans leur ordre chronologique, les diverses phases de la biographie de saint Jean Chrysost&me. Rien n'est brutal, iit-on, comme les faits et les dates. Ce ne sera pas notre faute si les dates authentiques et les faits constatés renversent toutes les affîrmations du nouveau critique. « Le jeune Chrysostome, au sortir des bancs de l'école, dit M. A. Thierry, s'était vu saisi d'une indomptable passion pour la vie du désert. Réfugié dans une grotte du mont Gasius, il y avait mené l'existence la plus isolée et la plus sauvage, passant les nuits debout, pour dompter le sommeil, et jeûnant jusqu'à l'anéantissement de ses forces. » La vérité est que Jean Chrysostome, né en 344, suivit jusqu'en 369 les cours d'éloquence professés à Antioche par le célèbre Libanius. Il avait donc vingtcinq ans accomplis, lorsqu'il sortit non pas «des bancs de l'école,» expression qui sent par trop l'odeur de nos modernes collèges^ mais lorsqu'il eut achevé le cycle de ses études oratoires^ qui avaient déjà élevé le disciple plus haut que le maître. La vérité est qu'alors, âgé de vingt-cinq ans, et par conséquent en pleine possession de lui-môme, loin « de se voir saisi par une indomptable pe.ssion de vivre au désert, » il avait le désert en horreur. Voici comme il le raconte lui-même, et il est probable que saint Jean Chrysostome savait sa propre histoire. « J'eus le bonheur, dit-il, d'avoir dans ma jeunesse de nombreux amis, véritables et sincères, fidèles aux lois de l'amitié et du dévouement mutuel. Mais, pardessus tous, il en était un qui se montrait aussi jaloux de mes autres i/jnis que ceux-ci étaient eux-mêmes irrités contre ceux de nos condisciples qui ne partageaient pas leur prédilection à mon égards Celui-ci était toujours le premier à mes côtés. Nous suivions les mêmes cours, nous avions les mêmes maîtres, la même passioa pour les belles-lettres et l'étude, la même soif d'avancement et de progrès. Nous nous accordions parfaitement, lorsque nous délibérions ensemble sur le choix d'une profession brillante *»t d'un noble état de vie. Tout concourait donc à maintenir entre nous une liaison de plus en plus intime. Nous avions la même patrie, aussi /.lustre pour l'un que pour Basile, c'était son nom,

fivait une aisance suffisante; mes richesses n'étaient pas en q proportion avec les siennes; notre naissance se valait des deux côtés. Mais vint un jour oii "Basile, ce bieniieureux serviteur de Jésas-Christ, résolut d'embrasser la vraie philosophie de l'Évan- «rile, la vie monastique. Alors l'équilibre fut complètement rompu entre nous deux. Le plateau de sa balance s'élevait léger vers le ciel, le plateau de la mienne, tout chargé des passions mondaines et des ardeurs juvéniles, retombait lourdement vers la terre. Dès lors, bien que notre amitié subsistât toujours, nos relations cessèrent d'être habituelles. Il ne pouvait plus y avoir communauté de vie, là où n'existait pins celle des idées. Il me tendait les deux mains, dès que j'élevais un peu la tête au-dessus des flots ; cependant, nous ne pouvions retrouver la parfaite harmonie des jours anciens. Car il avait sur moi l'avantage du temps, et son ardeur pour la perfection évangélique redoublait chaque jour et l'emportait dans sa sublimité. Cependant, comme il était bon par excellence, et que son affection pour moi ne connaissait pas de bornes, il s'obstina à rester mon ami, bien qu'il se fût séparé de toutes nos autres liaisons. Il finit même par rétablir la fréquence de nos communications d'autrefois. C'était là le but qu'il s'était constamment proposé, sans avoir pu y réussir jusque-là, parce que ma lâcheté l'en empêcha longtemps. Comment, en effet, moi qui suivais assidûment le barreau, qui plaidais des causes, qui ne manquais pas une seule représentation théâtrale, aurais-je pu me renfermer dans la société d'un homme qui ne mettait jamais le pied ni au barreau, ni au spectacle * ? »

20. Il faut avouer que cette situation d'esprit ne ressemble guère à celle d'un adolescent fanatisé, lequel, « au sortir des bancs de l'école, s'était vu saisi d'une passion indomptable pour la vie àv fiosert. » Mais ce n'est pas tout. Jean Chrysostome, nonseulement allait au théâtre et se livrait avec ardeur à la double poursuite de la gloire et des plaisirs, mais à cette époque de sa

» s. Joann. Chrysost., De Sacerdot., lib. I, cap. MV; Pair, gmc, t. XLVIII, ifOl. 623, 626.

CHAP. III. — CHRYSOSTOTiS ST lA ClilXlQLE HGL-EUISE. 303

vie, il n'était encore ni catéchumène, ni chrétisn. Loin (Je songer à s'enterrer dans une solitude, il se préoccupait do s'assurer, pour sa future carrière de jurisconsulte, la bienveillance impériaîe. Or, l'empereur régnant à Constantinople était alors Valens, le plus furieux ennemi des catholiques. Il avait pour collègues, en Occident, Valentinien I et le jeune Gratien. En 369, Jean Chrysostome fit ses débuts au barreau par une déclamation académique, sorte de panégyrique offlciel des princes, qui équivalait à cette époque au serment professionnel de nos jeunes avocats. Nous n'avons plus cette pièce. Mais nous savoûs que Chrysostome en était fier, car il l'adressa aussitôt h son maître Libanius, lequel lui répondait la lettre suivante : « Libanius à Jean, salut. Aussitôt que j'eus reçu ton grand et beau discours, j'en fis la lecture à quelques connaisseurs, habiles eux-mêmes dans l'art de bien dire. Us bondissaient de joie, ils battaient des mains en l'écoutant. Le ravissement, l'admiration se peignaient sur leur visage et dans leurs gestes. Pour moi, comment te peindre mon allégresse, quand je te vois porter au barreau, outre la science des lois, ce parfum exquis de littérature qui embaume ton premier discours? Heureux l'orateur tel que toi, qui sait louer ainsi! Heureux les princes qui trouvent de tels orateurs pour panégyristes * ! » Absorbé parles aspirations juvéniles de la renommée et du plaisir, comme ii le dit lui-même, Jean Chrysostome jouissait de ses premiers succès et s'en préparait de nouveaux. Il délaissait Basile, l'ami de sa jeunesse, devenu chrétien fervent. îMais celui-ci ne l'abandonnait pas. Peu à peu, le plateau supérieur de la balance attira celui qui s'inclinait vers la terre. Jean Chrysostome subit l'influence de son vertueux ami ; il prêta l'oreille h ses tendres exhortations ; il commença à goûter les charmes de la doctrine évangélique; il l'étudia et se fit chrétien. Ce fut le pontife Mélèce qui lui conféra )^. sacrement de baptême. « Depuis ce jour, dit Palladius, je défie qui que Boit de prouver que Jean Chrysostome ait prononcé une paroîs de

i Epist. Libanii ad Joann. Cfirysost., citât, ab Isodoro Pelusiotâ; Episi. XUtp fib. II; Patr. grœc, tom. LXXVIII, col. 483.

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blasphème, de médisance ou de mensonge, se soit livré à un sed mouvement de colère, ou ait souffert qu'on tînt devant lai, même soug forme de plaisanterie, des propos injurieux contre le prochoin ^ » Entre Palladius qui met au défi de citer un seul acte d'emportement commis par Jean Chrysostome depuis son baptême, et ^f . A. Thierry qui nous le représente comme l'un « de ces opérateurs hardis qui aiment l'art pour l'art, et abusent du fer et du feu pour extirper un mal sans s'inquiéter beaucoup du malade, n comme un despote « ombrageux, hautain, jaloux de son pouvoir, portant dans l'exercice de son autorité presque incontrôlée la passion farouche d'un solitaire jeté par les événements dans le mouvement du monde, » le lecteur jugera.

21. Mais peut-être qu'après son baptême, lequel eut li-^u vers l'an 370 ^, Jean Chrysostome, qui avait alors vingt-six ans, fut enfin saisi « de cette passion indomptable pour la vie du désert, pour l'existence isolée et sauvage du mont Casius, avec ses folles austérités? » Non. Entendons-le lui-même. « Quand Basile me vit chrétien, dit-il, tous ses voeux parurent satisfaits, comme aprèr un long et laborieux enfantement. Il ne me quittait plus d'une minute. H m'exhortait sans cesse à quitter la maison paternelle, résolu de son côté à en faire autant, afin de vivre ensemble de la vie commune sous le même toit. 11 finit par me persuader. Notre projer, allait aboutir; mais les touchantes instances de ma mère m'empêchèrent de donner cette joie à mon ami, ou plutôt me privèrent du bonheur qu'il voulait me procurer. Ma mère avait soupçonné quelque chose de notre résolution. Elle me prit par la main, me conduisit dans son appartement, et m'ayant fait asseoir près du lil

* Oùx Ix^ii Se {le Tretuat, 3ti tcote 'Iwàvvyj;, àç'cC 6SaîïTt(70ri, *r\ uy^oatv, îj wpy.KTSv ^ icaTe>,«Xri(Tev, ^ xaTripocTaTO, y; èuToa^TîXtov ^veTjjSTO. Pall.id., Dialog. de vit Chrysost.; Patr. grœc, tom. XLVII, col. 57.

* L'ordre cbroiiologique de la biograpki*" ae saint Jean Chrysostome a été dressé avec U, plus graad soin par StilUng, dans la collection des Bollaiidistes {Acta Sandor., Mensis scptemhris, tom. IV, die xiv). Nous le suivons ici. Le lecteur pourra contrôler nos indications dans le Compendium chfonologicuyn gestorum et scriptorum S. Joannis Chrysoslomi, reproduit d'après Stilting, Patr» irœc, tom. XLVII col. 263.

OÙ elle m'avait donné le jour, elle se mit à pleurer. Puis, en sanglotant, elle me dit des choses plus attendrissantes encore que ses larmes. Mon tlîs, disait-elle, je n'ai joui que bien peu de temps de l'appui que me donnait ton père. Dieu me l'a enlevé, au moment même où je te mettaisau monde. Sa mort prématurée te laissait orphelin et moi veuve. J'avais à peine vingt ans. Ce qu'une jeune femme de cet âge, sans expérience des affaires, sans appui dans 1» monde, livrée à elle-même et à la faiblesse de son sexe, doit affronter de tempêtes et dévorer de chagrins, celles-là seules peuvent le comprendre qui en ont fait la triste expérience. Ma seule consolation parmi ces misères inexprimables était, ô mon fils, de te voir sans cesse, et de contempler dans tes traits l'image d'un époux qui n'est plus. Cette consolation a commencé pour moi dès le premier jour de ta vie, lorsque tu ne savais pas encore parler; c'est l'époque où les enfants donnent les plus grandes joies à leurs mères. Main» tenant je ne te demande qu'une seule grâce : ne me rends pas veuve une seconde fois ; ne ranime pas une douleur assoupie ; attends au moins le jour de ma mort. Peut-être ne tardera-t-il guère ! Ceux qui sont jeunes peuvent espérer de vieillir ; mais, à mon âge, on n'attend que la mort. Quand tu m'auras ensevelie, quand tu auras réuni mes cendres à celles de ton père, entreprends alors de longs voyages : passe telle mer que tu voudras ; personne ne t'en empêchera. Mais pendant que je respire encore, supporte ma présence et ne t'ennuie pas de vivre avec moi ; n'attire point sur ta tête l'indignation de Dieu, en m'accablant de si grands maux, moi ^ui ne t'offensai jamais M » — Non-seulement Jean Chrysostoma dompta cette prétendue « indomptable passion pour la vie du dé^ «ert; » non-seulement il resta sous le toit maternel; mais il acceptai iu bienheureux pontife Mélèce l'ordre de lecteur, qui l'attachait nu clergé séculier d'Antioche. Et comme Basile lui reprAchait de s'éloigner plus que jamais par là de la vie monastique, CI:5y80S»

* On remarquera que Basile ne demandait encore à son ami qne de vivra d eux deux sous le même toit dans la retraite. C'eût été le premier f«is vers la profession religieuse, où Basile voulait conduire Chrysostoma par degré»» tk Sacerdot., lib. 1, cap. v, loc. cit.

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