‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 40 sur 77 · CUAP. III. — RÉACTION PAÏENNE · texte numérisé non relu

CUAP. III. — RÉACTION PAÏENNE

d'une détestaljÎG magie va tomber. L'enchante jûeat sera détruit la quatre centième année du crucifié. » On attendait donc avec une fébrile impatience, dans le camp païen, cette datt fatidique qui allait ouvrir In v* siècle et fermer les temples de Jétus-Christ. Les rationalistes modernes qui écrivent tant de livres d'histoire, et qui nous représententinvariablement l'école païenne de Julien l'Apostat et de Libanius comme une pépinière d'esprits forts, se gardent bien d'enregistrer ces détails. On n'en trouve pas une seule trace dans leurs ouvrages. C'est toujours la conspiration du silence, reprise à un autre point de vue, mais aussi obstinée et aussi coupable. Voilà pourquoi nous ne cesserons de dire la vérité, et toute la vérité. A force de la mettre en lumière, il faudra bien qu'on daigne enfin compter avec elle. D'où provenait cet oracle menteur qui attribuait le succès de la doctiine chrétienne dans le monde à la prétendue science de saint Pierre dans les arts magiques et occultes? D'où provenait cette date de l'an 400, fixée par le paganisme aux abois comme limite extrême de durée à l'incroyable enchantement qui avait substitué le règne de la chasteté à celui des passions, ic règne de l'humilité à celui de l'orgueil, le règne de la mortification à celui du sensualisme? Quel fut le trépied menteur qui le premier, soit à l'autel de la Victoire dans le sénat romain, Boit au pied d'un chêne druidique, soit au fond du Sérapéon d'Alexandrie, soit dans les antres de Delphes ou de Dodone, par la bouche d'un hiérophante, d'une vestale, ou d'une sibylle, proclama que, l'an 400, l'Église de Jésus-Christ aurait cessé de vivre? Nous ne le savons pas. Saint Augustin, qui nous a transmis le fait, n'a pas jugé à propos de nous apprendre ce détail. Mais il en dit assez pour que l'authenticité du fait lui-même soit incontestable Voici ce que nous lisons au livre XVIII* de la Cité di. Dieu, chapitre lui* : «Les idolâtres, dit Augustin, prêtent aux démons, leurs dieux, certaines réponses qui restreignent à une limite^ préfixe la durée de îa religion chrétienne. Voyant en effet que, loin d'être anéantie par tant de persécutions, ses forces y puisaient au contraire de merveilleux accroissements, ils ont imaginé je ne sais quels vers grecs proférés par un oracle en renom, lesquels imputent à l'apôtre

PONnFICAT DE SAINT INNOCENT I (401-417).

Pierre * d'avoir usé de sortilèges pour faire adorer le nom de Jésus- Christ. Selon le même oracle, l'enchantement ne doit durer que trois cent soixante-cinq ans. Une fois cette pi'^riocle accomplie, la religion do Christ et son nom même disparaîtront soudain. 0 suhlimef conceptions de ces hommes de progrès ! 0 doctes esprits, bien dignes de croire cela de Jésus-Christ ! Si Pierre usa de tels prestiges pour que le monde aimât le Christ, qu'a donc fait le Christ pour être tant aimé de Pierre? Les païens ne s'aperçoivent pas |u'ils se contredisent eux-mêmes. Ils devraient comprendre que la grâce d'en-haut qui fait aimer Jésus-Christ au monde en vue de la vie éternelle, est la même grâce qui a fait aimer Jésus-Christ par Pierre son apôtre, jusqu'à souffrir la mort temporelle, afin de recevoir de son maître la vie éternelle. Mais que sont donc ces dieux qui sauraient prédire et n'ont pas su empêcher? Ce» dieux prétendus se seraient laissé vaincre par un enchanteîir, nommé Pierre, par un soi-disant sacrifice magique oh Ton égorge un enfant d'un an au milieu de rites abominables, et où l'on se dispute ses membres palpitants * ! Ces dieux, ils auraient laissé une secte magique, une association de sacrilèges et d'infanticides grandir à ce point, malgré les persécutions, malgré 1er bourreaux armés de toutes parts ! Ces dieux auraient assisté impuissants et impassibles à la ruine de leurs statues, de leur culte, de leurs temples et de leurs autels! Et ce serait la magie d'un galiléen, nommé Pierre, qui aurait fait tout cela! Mais enfin, voyons donc si elle ne serait pas déjà écoulée cette année fatidique, annoncée par une prédiction mensongère et attendue par une ridicule crédulité. Après trois cent soixante-cinq ans écoulés depuis l'avènement du

1 On remarquera tout naturellement, sans que nous ayons besoin de l"" 8i"aaler olus particulièrement ici, celte prééminence de Pierre sur les autres apôtres, reconnue même par les païens. 11 fallait donc qu'en l'an 400 de notre ère la supériorité du successeur de Pierre sur les autres évêques fût un fail cotoirt et avéré.

* On Voit .le la calomnie païenne sur le sacrifice eucharistique s'était mainten \e, nalgré le grand jour jeté sur les dogmes chrétiens, par l'époque Constaûtinieune et Théodosienne. Tant était vrai, même en ce temps, l'axiome de Voltaire x « Mentez^ il en restera tonjoura quelque chose ! •

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de Jésus-Christ, dit l'oracle païen, l'Église chrétienne aura cessé vivre. — Examinons cette prophétie au point de vue chronologique. Faut-il prendre pour point de départ la date même de la naissance du Christ? Cela n'est pas vraisemblable. Car ai à son berceau, ni durant son enfance, ni durant sa première jeunesse, Jésus-Christ n'avait encore de disciples. Il ne commença à en réunir quelques-uns qu'après son baptême dans les eaux du Jourdain par Jean le Précurseur. Même à cette époque, sa notoriété ne dépassa point les Umites de la Judée. Il vaut donc mieux, pour saisir la véritable date de l'oracle païen, ouvrir l'ère chrétienne à la résurrection de Jésus-Christ et à l'avènement de l'Esprit-Saint sur les apôtres. Or, Jésus-Christ mourut sous le consulat des deux Géminus (29), le VIII des calendes d'avril (25 mars *). Il ressuscita le troisième jour, sous les yeux mêmes des apôtres. Quarante jours plus tard, il monta au ciel; dix jours après, c'est-à-dire le cinquantième jour après sa résurrection, il envoya l'Esprit-Saint au Cénacle. Ce fut alors que trois mille hommes crurent en lui sur la prédication des apôtres. Or, en partant de cette date et en comptant les consulats successifs depuis celui des deux Géminus (an 29 de notre ère), pour arriver au chifFj'3 de 3G5 ans, on atteint précisément le consulat d'Honorius et d Eutychianus (an 308 de notre ère). Mais depuis longtemps ce consulat est passé, et la religion du Christ subsiste encore. Il y a plus. Au consulat d'Honorius et d'Eutychianus a succédé immédiatement celui de Manlius Theodorus (399). Eh bien! qu'est-il arrivé durant cette année fatidique? C'est que loin de se relever de leur ruine les autels des taux dieux

' On sait que l'ère vulgaire e=t au miuiinum d". quatra aunées eu retard snr l'année vraie de la naissance de Noire-Seigneur Jésus-Christ. On sait de jiIds que l'an 29, comuie date de la mort du Sauveur, ssaî^îr, l'aiilorilé du t»^tnoignage de saint August-ju, n'a point prévalu. Ajoutons qv.j \t consulat des deux Geminus, que le grand docteur indique ici, n'étnil p^i!- adraig sans coutesle même de son temps; car, dans son tiaité de Doctiha chridiana, cap XXVIII, n«42, il s'exprime ainsi : Ignorantia cùnsulatus quo nain,.,- est Dominus et quo passus est, nonnullos coeyi't errare, ut putarent quadraginta sex annorum tflate possum esse Dominum. (Cf. Art de vérifier les dates. Prépics, pag. 1,2; OtJ» ferttion préliminaire, ^Kg. 3.) Les savants bénédictins, auteurs de cet ouvrage, fixeat iamort du Sauveur au 3 avril de l'an 33 de notre ère. Cette date a prévalu.

ont été renversés par de nouveaux édits des empereurs. Au moment où j'écris ces lignes, il y a environ trente ans que le consulat de Manlias Theodorus est écoulé *. Qui ne sait combien, durant cette période, le nom de Jésus-Christ a fait de conquêtes, surtout parmi ceux que leur créance en cette vaine prédiction Jétournait de la loi, et que l'accomplissement désormais avéré de l'annùe fatidique a désabusés de celte ridicule chimère? Pour nous, qui sommes chrétiens de nom et de fait, nous croyons non pas à Pierre, mais en celui à qui Pierre a cru. Le témoignage de^^'apôtre Pierre est une parole qui nous édifie et non un charme qui nous égare. Pierre n'est pas un artisan de maléfices qui nous trompe, c'est un bienfaiteur qui nous assiste. Pierre a eu un maître dans la doctrine qui conduit à la vie éternelle. Ce maître est aussi le nôtre, c'est Jésus-Christ *. »

48. Ainsi il est hors de doute que, durant les premières années du Y* siècle, les païens attendirent, sur la foi de leurs oracles menteurs, une révolution sociale qui éteindrait dans le sang le nom de Jésus-Christ. Leurs aspirations en ce sens s'exprimèrent Bur quelques points avec une férocité sauvage. Des massacres partiels vinrent çà et là en aide à la prophétie. C'est ainsi qu'à Tri dentum (Trente) le diacre Sisinnius et les deux frères Alexandre et Martyrius, le premier lecteur, le second portier {ûsticaius) , furent massacrés par les païeMS ^. L'évêque Yigilius (saint Vigile) fut lapidé *. De pareilles scènes se renouvelaient sur les divera points de l'empire, aussi bien en Orient qu'en Occident. Ofi se souvient de l'ordination de saint Porphyre pour le siège épiscop.il de Gaza. A^oici comment son disciple et biographe raconte l'ani- Tée du saint dans son diocèse : « Lorsque nous partîmer de Césaiot îe bienheureux Porphyre et moi, pour nous rendre à Gaza, nous trouvâmes les plus grandes difficultés sur notre route. Les bour-

» Par conséquent, saint Augustin écrivait ces pages en l'an 428 île noire ère. Le grand évêque d'Hippoue mourut deux ans après, en 430, durant le siège de cette ville par les Vandales.

» S. Augustin., De civilaie Dei, lib. XVlll, cap. Llli, uv. — » 29 mai 397. — t 216 juin 44H).

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