‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 42 sur 77 · CHAP. 111. — RÉACTION PAÏENNE · texte numérisé non relu

CHAP. 111. — RÉACTION PAÏENNE

Timothée et Epiphane, entra, suivi d'une ibule nombreuse. Au milieu des vociférations et des insultes, le tribun, interpellant le bienheur«î2x évêque : Pourquoi, lui dit-il, contrairement &ux lois qui noiis ; .'rissent, avez-vous introduit un cadavre darso la ville de fiaza? — l^i sans attendre la réponse, la foule se précipita sur l'évèque, en l'accablant d'outrages. Le diacre Cornélius et moi nous chercliions à fuir, mais on ne nous en laissa p^.s le temps. Nous fûmes immédiatement arrêtés et battus de verges. Pendant la flagellation, nous prenions à témoin le peuple qui connaissait Barochas, afin qu'on pût certifier que c'était bien lui q^ avait été ramené blessé, il est vrai, mais vivant encore. Le bienheureux évêque, qui n'était pas mieux traité que nous, interposa son autorité et nous défendit de récriminer de la sorte. Il suppliait à la fois et les bourreaux et les victimes de songer à ce qu'ils faisaient, et de ne pas céder les uns à leur cruauté, les autres à leur impatience. Loin de calmer la fureur de ces impies, les exhortations du bienheureux la portaient au comble. Porphyre allait être égorgé. Tout à coup. Barochas, par un effort d'énergie surhumaine, se redressa sur son séant, puis se leva. A sa vue, la foule resta stwpéfaite, car elle le croyait mort. Il saisit un bâton, et l'agita à droits et à gauche. Les païens épouvantés prirent la fuite. Barochas lea poursuivit jusqu'à l'entrée du Marnion. Il revmt bientôt après, nouveau Samson, vainqueur lui aussi de mille Philistins. Nous étions sauvés pour ce jour-là *. »

51. Outre le charme de ces récits authentiques qui nous initient à la vie réelle des grands évêques du v* siècle indignement calomniés par la moderne critique, il y a là, au point de vue liturgique, des enseignements du plus haut prix. Nous les signalons seulement au lecteur, sans nous y appesantir. Par exemple, l'usage des processions, les stations aux oratoires des. martyrs, la croix portée par un clerc comme l'étendard de la rédemption du inonde, les litanies, les génuflexions, la psalmodie nocturne, la célébratica eolennelle de la fête de l'Épiphanie, tous ces usages que le prote»-

^ Marc. Diac, Tita Porphyr., § 21-25, loc. cit.

tantisme taxe d'inventions papistes, se retrouvent au \* siècl* sous la plurae du pieux chroniqueur exactement pareils à ce qu'ils sont de nos jours. Quoi qu'il en soit, la réaction païenne, surexcitée ^ar les espérances dont nous avons parlé, ne se contentait pas de verser le sang des chrétiens. EIlç reprenait avec frénésie le culte de la volupté, tel que Tibère ou Néron l'avaient pratiqué jadis. Tous les esprits sérieux ont été frappés de la relation intime qui existe entre la luxure et la cruauté. L'une est le couronnement de l'autre, et toutes deux sont les plus fermes colonnes du royaume de Satan. La Phénicie avait conservé, sous le nom de Maïuma , une fête annuelle où se déroulaient en plein jour, dans de vastes amphithéâtres et devant une population tout entière, les spectacles d'ignominie et de dégradante immoralité qu'on voilait à Eleusis sous les ombres de la nuit et sous les lois inviolables du mystère. Les païens du v® siècle se donnèrent la noble mission de vulgariser les spectacles immondes de la Maïuma, et de les étendre à toute l'Asie. Chaque cité un peu importante voulut, au nom du progrès, jouir de ces exhibitions hideuses. On les célébra à Antioche, à Constantinople même. 11 faut lire sur ce sujet les discours indignés de Jean Chrysostome. La critique moderne s'est amusée à nous représenter le grand docteur sérieusement préoccupé de réformer une raode de toilette ou de tourner eu ridicule les prétentions juvéniles de la vieille favorite Eugrnphia *. S'il fallait en croire la critique moderne, Chrysostome passait son temps à apostropher en chaire et partout où il la rencontrait cette infortunée vieille, a Pourquoi, lui disait-il, voulez-vous contraindre votre corps à rajeunir, quand il ne le peut pas? Vous rabattez vos boucles de cheveux sur le front, à la manière des p'rostituées, pour tromper ceux qui vous voient; mais croyez-ie bien, vous ^^^ faites que leur déclarer vos rides, n Certes, la dernière des femmes, insultée ainsi et montrée au doigt dans un» capitale, aurait eu le droit de se plaindre. Or, Eugraphia était une

* M. A, Thierry, Chrysostome et Eudoxie; Revue des Deux-Mondes, numéro iéik cité, p. 279.

Page 1