‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 43 sur 77 · CHAP. III. — RÉACTION PAÏENNE · texte numérisé non relu

CHAP. III. — RÉACTION PAÏENNE

tissance sociale, sous le règne du faible Arcadius. Mais la vérité est que Jeao Ciirysostome ne Taposcropha jaraais de la sorte. Nous avons déjà dit jue le nom d"Eugraphia n'est pas prononcé une seulig foi? dans ia volumineuse collection des œuvres du grand doc'eur. Nous avons cité le témoignage explicite de Palladius, déclarant que jamaifi Chrysosiome ne fit une seule personnalité en chaire, et que, mémo dans le tête à tête, « il évitait soigneusement le reproche direct comme trop amer *. » 11 nous suffira donc d'enregistrer ici quelques paroles du grand évêque, lesquelles renversent de fond en comble le roman de la critique moderne. «Je poursuis, disait Chrysostome, non le pécheur, mais le péché; non l'hérétique, mais l'hérésie. J'aime de tout mon cœur la personne de l'errant, mais je déteste son erreur et m'eti'orce de l'en guérir. A Dieu ne plaise que je fasse la guerre à l'homme ; il est le chef-d'œuvre des mains de Dieu! Je n'aspire à corriger dans la nature humaine que ce que le démon y a corrompu. Le médecin qui soigne un malade n'attaque pas le corps, mais la maladie qui vicie le corps. De même, si je combats les pcc^^'jrs et les hérétiques, ce n'est point aux homme*? qje je m'en prends, mais à l'erreur, à la pouniture dont je veux les délivrer. J"ai Ihabitude d'être persécuté, non de persécuter le? autres; de souffrir, aon de faire souffrir. C'est ainsi que le Christ triomphait, non en crucifiant mais en se laissant crucifier; non en donnant des soufflets, mais en les recevant *. » On le voit : la critique moderne a pris complètement à rebours la doctrine et la conduite de Chrysostome. A mesure que nous avancerons dans cette histoire, nous en trouverons de nouvelles et irréfragables preuves. Mais ce que la critique moderne y surtout méconnu, ou volontairement laissé dans le silence, c'est l'effroyable débordement de mœurs contre lequel l'illustre archevêque de Constanlinople avait à lutter, au nom du christianisme combattu par la réaction des voluptés païennes. On a détaché des œuvres de Chrysostoine quelques phrases piqua^ntes sur la toilette des femmes

1 Pallad.j cap. xix. — • * S. Joan. Cbrysoat., Homilia de S. Phoco, rtariyr^i Pdr; jfrac, tom. L, pag, '•!.

•^e son temps; on les a présentées comme une attaque personnelle contre une coquette du Bas Empire, et l'on poursuit cet ironique récit avec Tapparence d'un facile triomphe. Quelle étroitesse d'esprit, en effet, dans un évêque, de s'achEirner contre une boucle de k cheveux plus ou moins rabattue-sur le front, comme à un objectif ; capital ! Avec une façon si légère de traiter l'histoire, qui ne l> prendrait en pitié le fanatisme intolérant d'un moine exalté I par ses folles austérités et révolté contre les choses du monde les ^ plus indifférentes? Eh bien! disons-le donc, puisqu'on nous force à îe dire. Révélons ces mystères de turpitude que le paganisme «essayait de remettre en honneur, et replaçons Chrysostome sur le ^rentable terrain de sa lutte. Il s'agissait là de bien autre chose que ■d'une boucle de cheveux. Il s'agissait de savoir si le monde resterait plongé dans l'abîme d'effroyable sensualisme des voluptés païennes, ou s'il connaîtrait jamais le règne évangélique de la pudeur et de la chasteté qui fait en ce moment même et en dépit de tons les efforts du rationalisme actuel la véritable supériorité de ootre civilisation. Les termes dont nous nous servons aujourd'hui sont identiques à ceux dont on se servait au temps de Chrysos- Êome. Ainsi, nous n'avons que les mots génériques de spectacle ■ ou de théâtre pour désigner les jeux de la scène. Chrysostome les employait comme nous; il disait eéaxpa, ou bien eewpiai [spectacula). Mais les choses étaient fort différentes, et voilà ce que la critique -moderne s'est bien gardée de laisser soupçonner. Oui, de nos jours, malgré le dévergondage de la scène et la dégradation de l'art dra- -TTfiatique, malgré la tendance à tout dire, même l'obscénité, il serait impossible sur nos théâtres dépasser jusqu'à l'acte, parlaraison fort •Rmple qu'il existe une police chargée légalement de sauvegarder ce qu'on nomme la morale publique. Or. la morale publique du paganisme consistait dans le culte de Vénus et dans son exhibition coin- n plète. l'^s spectacles de iMaïnma n'étaient pas autre chose. C'esl <. Thrysostome lui-même qui va nous les décrire, et nous regrettons de t. l'avoir pas à notre disposition, comme Baronius, la ressource du i îatîn pour atténuer encore ce que le langage d'ailleurs si chaste et 31 pur du grand orateur laisse entrevoir d'infamies dans ces adora- .t

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