‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 44 sur 77 · C'HAP. III. — RÉACTION PAÎENBE · texte numérisé non relu

C'HAP. III. — RÉACTION PAÎENBE

fcûns officielles de la déesse volupté. « Autour d'un lit dressé sur le

théâtre, dit Chrysostome, un peuple immense voit s'accomplir un adultèr". !1 assiste à tous les préliminaires; il entend le colloque qui g'établit entre un misérable acteur et une femme qui & dépouillé, avec ses vAtements, toute réserve et toute retenue. Ils restent là jusqu'au bout, ces milliers de spectateurs, qui ne souffriraient cependant pas qu'on permît sur la place publique, ce qu'ils admirent, cd qu'ils exaltent, ce qu'ils applaudissent au théâtre (1) » Voilà ce qu'étaientles fêtes sacrées de Maiama(^). Voilà ce queles païens du \* siècle avaient la prétention d'étendre à toute l'Asie, pour réyû- 9éT»r le» ta urs Je lempire eu décadeuce, et pour former une race vînie capable de résister aux barbares. Voilà ce que Glirysostome flétrissait sous le nom de spectiicles. Voilà ce qu'il combattait avec une énergie, un zèle, une intrépidité indomptables. Nous demandons s'il se trouverait aujourd'hui un honnête hoirjne qui aurait le courage de blâmer son intervention, devant ces monE.irueux désordres qui révoltent nos consciences christianisées. Noul demandons si un évêque, en présence de ces attentats incroyables, n'avait pas le droit et le devoir de s'éî.ùor dans son église : « Retenez bien ma parole, et m'entende qui voudra ! Si j'apprends qu'un chrétien assiste encore à ces infâmes spectacles, jo lui interdirai l'entrée du lieu sainf . »

52. Hâtons-nous de le dire, pour l'honneur de l'humanité : les

deux empereurs, ITonorius et Aarcadius, malgré leur insouciance politique et leur faiblesse voisine de l'ineptie, ne crurent pas devoir tolérer plus longtemps un pareil état de choses. Partout, la réacr? tion païenne s'affirmait par le sang et la volupté. L'\starté des Syriens recevait en Afrique, sous le nom de Dea Cœlestis^ des hommages pareils à ceux des fêtes de Maïuma. Une série d'édits

(1) S.Joan.Clirysost.,//omi7.vi m Matth.; P'atr.grœc.,iom.lN\\, col.Ti, 72 ; m Homil. in Hamde et Saul ; Pair, grœc, tom. Ll^, col. 690,691.

(2) On a bsaueoup disserté sur l'étymologie du nom de Maïuma. L'opinion la plus accréditée est que cette licencieuse fut appelée ainsi parce qu'elle avait pris naissance à Maïuma, petite cité maritime qui servait de port à la Ville de Gaza.

3) S. Joan. Chrysost., Homil. vu inEpist» ad Coloss.y cap. v.

PONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I (40i~417).

impériaux proscrivit sous les peines les plus sévères la célébration de ces solennités obscènes. On renouvela le décret théodosien qui ordonnait la destruction complète des temples d'idoleai. Les deux frères couronnés se concertèrent pour cette fois, et leurs ordres furent exécutés. Or, ces mesures étaient précisément datées de l'an 400 de l'ère chrétienne, époque faussement annoncée par les oracles idolâtriques comme le terme fatal de la religion du Christ. StilicoD inaugura son consulat à Rome en faisant jeter aux flammes les livres Sibyllins. Cette particularité est extrêmement importante au point de vue des études patristiques. On se rappelle en effet que les pères de la primitive Église, tels que saint Justin, Tartullien, Clément d'Alexandrie, Origène et tant d'autres, ont reproduit dans leurs ouvrages un grand nombre de passages empruntés à ces livres fameux. La critique du xvii" siècle avait cru devoir rejeter leurs citations comme absolument apocryphes, sous •^fétexte que les livres Sibyllins avaient tous été détruits un an S,¥ant la dictature de Sylla, c'est-à-dire l'an 81 avant l'ère chrétienne. Or, le fait de la destruction des livres Sibyllins par Stilicon (399-400) est attesté ea termes formels par le païen Rutilius Numatianus, auteur contemporain, et désormais la fin de non-recevoir précédemment invoquée ne saurait dus avoir aucune valeur '.

§ IV. Cbryaostome et Gaïnas.

53. Il était nécessaire de rappeler ces faits pour donner une idée exacte du milieu dans lequel saint Jean Chrysostome, lors de sa promùtion au siège de Constantinople, se trouva tout à coup jeté. La

* Voici les paroles mêmes de Rutilius ;

Nec iantum Gelicis grassatus proditor a^mit^

Antœ Sihylîince fata cremavit opis.

Odimuf Althœam consumpli funere torriSg

Nisœum crinem flere pulantw aveu.

M Stilicho cetettii falalia pignoia re^Mif Et plenas voluit pracipiture colos. (RutU., AtiMrO

caAP. III. — CnRYSOSTOME ET GAINAS.

motion qu'en a présentée la. critique moderne estaussi insuffisante quft superficielle, « Chrysostome. dit M. A. Thierry, fut un sujet d'étonaement pour une société débauchée qui passait une partie de la journée à table, et oii le bon ton voulait qu'on se montrât ivre dès le matin ; pour une société fière de sa richesse et de son luxe ; pour une cour frivole et galante où l'on s'occupait du gouvernement de J'Église au milieu des plaisirs. » Cette appréciation, disons-le de suite, ne montre qu'un seul côté et le moins sérieux de la situation véritable. En fait, la cité de Constantinople offrait des divisions profondes et des antagonismes irréconciliables. A l'époque où Ghrysostome y mit le pied pour la première fois, quatre partis religieux se disputaient le pouvoir : celui des païens dont nous venons de constater la violence ; celui des Novatiens dont l'évêque titulaire, Sisinnius, trônait sfir sa chaire pontificale et se prétendait le seul évêque légitime de Byzance; celui des Ariens qui n'avait plus, il est vrai, depuis Théodose, le droit légal de conserver un évêque titulaire dans la ville même, mais qui se trouvait maintenant fortifié, comme nombre et comme crédit, par l'invasion universelle des Goths dans la cité, et leur admission aux charges les plus importantes et aux dignités les plus élevées de l'empire. On sait que, depuis l'évêque Ulphilas, la nation des Goths s'était faite arienne» £n face de ces trois partis toujours prêts à se donner la main pour écraser le catholicisme, Jean Chrysostome avait à porter d'une main ferme et intrépide le drapeau de la vraie foi. La difficulté ne se bornait donc point à faire accepter la morale évangélique à une société débauchée et fière de ses richesses. Il fallait prêcher le nom de Jésus-Ghrist aux païens, la véritable doctrine aux hérétiques, résister aux attaques des uns et des autres et enfin préserver ie troupeau fidèle du double danger de kr éduction et de l'erreur. Le clergé de Constantinople, dans les quarante années de domination exclusivemeot SLrieane çiii s'étaient écoulées depuis Constantin le Grand jusqu'à saûat Grégoire de Nazianze, avait perdu la régulant de» liœars et Le respect pour les canons ecclésiastiques. Duraal «ette ongue période d'agitations et de troubles, l'épiscopat de l'Asie s'était recruté, ainsi que nous l'avons dit précédemment, parou dee

sujets 03 indignes, ou ignorants, ou mercenaires, au gré di^s fsprices de Constance, de Valens et de leurs successeurs. Le couii passage de Nectaire sur le siège de Constantinople n'avait pu, on le conçoit, guérir subitement des plaies si invétérées. Chrysostoma héritait dcPA très-réellement des difficultés presque insurmontables contre lesquelles s'était brisé avant lui l'illustre Grégoire de Nazianze, avec cette différence toutefois que Ciirysostome était vraiment un iiL^îministrateur et qu'il connaissait à fond l'art de gouverner les esprits et de manier les hommes. Il procéda fort méthodiquement et avec une admirable sagesse. Son premier soin fut d'organiser dans les provinces d'Asie restées païennes des missions catholiques, sous la direction de prêtres instruits et zélés. Constantius fut envoyé en Phénicie avec une légion de catéchistes et d'apôtres, pour secondeles efforts da bienheureux Porphyre, évêque de Gaza. Une autre colonie de missicanaires fut dirigée à tra vers les différentes tribns des Geths ^t des Scythes, pour enseigner aux uns le nom de Jésus- Christ, aux autres la vérité orthodoxe dénaturée par l'Arianisme. En même temps, Chrysostome réformait le clergé de Constanl:nople et supprimait, aux applaudissements unanimes, l'aljus ces agapètes, ou femmes sous-introduites, dont nous avons parlé pré céd^mment.

54. A ce propos, qu'o-n nous permette de peïeyer iei t<B rao». profondément regrettable, échappé à la plume de M. A. Thierry parmi tant d'autres imputations erronées ou malveillantes. L'Église catholique célèbre chaque année, le 17 décembre, la mémoire de sainte Olympias, dont le nom et le culte demeureront à jamais iramortela. Dans le portrait de fantaisie tracé de saint Chrysostome par M. A. Thierry, Olympias fut simplement la « diaconesse ■préférée » du grand archevêque * ! C'est trop ou trop peu. Voici k

1 Nût.ô devons à la vérité de dire qu'en poursnlvant le conrs de son étude sur saint Jeatj Chrysostome, M. A. Thierry semble revenir d« teapt en temps 8ur les iTDiiii talions absolues des premières pages. Mais il le tait en trouvant moyen d'aggraver encore davantage les grief». Ainsi, après avoir écrit ce mot de « diaconesse préférée, » qui figure à la. page 28?, il écri^ page 290, la phrase suivante : « Sans doute Chrysoslouie eut des traver?, il eut même 4c8 vices qui firent son malheur, l'orgueil, le rcMentimeut, l'amour effr4ru5

CnAP. III. — CHRTSOSTOME ET GAINAS.

Térité. Sous le règne de Théodose le Grand, une jeune patriciennfe, nièce ;le la femme d'Arsace, roi d'Arménie, faisait l'admiration dfi toute la ç-dle de Gonstantinople par sa beauté et sa vertu. Elle avail été éievéc Jaus la piété par la sœur de saint Araphiloque. Grégoire de Naziansa lui trouva une intelligence si riche et des qua lités si solides qu'il voulut compléter lai-môme son éducation rel» gieuse. A dix-huit ans, Olympias, c'était son nom, fut mariée, soue les auspices de Théodose, au préfet de Byzance, Nebridius. Les deux époux étaient dignes l'un de l'autre. Pallade, dans son Historia Lausiaca, nous apprend que d'un concert mutuel ils observèrent la continence parfaite. Après vingt mois de cette union angélique, Nebridius vint à mourir. Olympias veuve à vingt ans, maîtresse d'ane immense fortune, se vit bientôt poursuivie par une foule de prûifiiidanls. Théodose voulut lui faire accepter la main d'un espagîiul de sa famille, nommé Elpidius. Olympias répondit à l'empereur : « Si Dieu eût voulu me destiner à vivre dans le mariage, ii ne m'aurait pas enlevé mon premier époux. L'événement qui a brisé mes liens me montre la voie que la Providence m'a tracée ; c'est celle de la viduité chrétienne. » Théodose ne parut point touché de ces raisons. Il crut peut-être à une ferveur juvénile, plus exaltée que durable. Pour la mettre à l'épreuve, il ordonna que les biens d'Olympias seraient administrés par l'intendant du domaine impérial jusqu'à ce que celle-ci eût atteint l'âge de trente ans. La mesure était tyrannique; elle fut exécutée avec une rigueur qui en exagérait encore la dureté. Le fonctionnaire, chargé d'administrer la fortune mise sous séquestre, s'arrogea une autorité despotique sur la personne même d'Olympias. La noble veuve n'eut plus

de la domioation ; mais jamais rieu de bas ne monte ô-ing son cœur. « Comme si l'orgueil, le ressenti meut, l'amour etfréné de la dosainatitué, les vices enfin, n'étaient pas, pour un chrétien, ctioses essentiellement basses. Après cette déclaration de circonstances atténuantes, le ii;->Gerne crit)t}ue page 3C1, se décide à faire un quasi éloge d'Olympias, où vjstt** sriinte nou» 0^1 vepri^sentée comn'»e une « enthousiaste sans laquelle rien ne se dôciddit dans rÈglJse, et qui vcyait dans la personne de l'évêque de Cousta.;jiliîopl« plus qu'un père et presque nn Dieu. » Franchement, nous aimerions mieui la brutalité impie d'un ennemi déclaré de l'Église, que ces cauteieas^ ter» giversations et ces équivoques revirements»

la liberté d'aller à l'église, ni de converser avec l'évêque Nectaire.

Elle se soumit humblement à ces vexations subalternes, dont le but réeî était de l'amener par la fatigue et le dégoût à consentir au mariage proposé. Mais tout en conservant l'impassibilité de son attitude vis-à-vis d'un geôlier de bas étage, elle crut devoir tenir directement à l'empereur un langage digne d'elle et de lui. Elle lui fit donc parvenir la lettre suivante : « Je vous rends grâces, soi* gneur, d'avoir daigné vous charger de l'administration de ma fortune. C'est un lourd fardeau dont vous m'avez débarrassée. Votre bienveillante sollicitude n'est pas seulement d'un empereur, elle est digne d'un évêque. Couronnez votre œuvre, en faisant distribuer mes biens aux pauvres et aux églises; c'était là ce que j'eusse fait moi-même. Vos agents, plus expérimentés en affaires, s'acquitteront mieux que moi de cette tâche. Vous m'éviterez d'ailleurs les tentations de vaine gloire que ces sortes de distributions entraînent toujours après elles. » Théodose lut cette lettre: il comprit qu'il avait eu tort, etcomme il n'était pas de ces princes qui rougissent de désavouer une mauvaise action, il répara immédiatement la sienne en rendant à Olympias sa fortune et sa liberté. La jeune veuve avait alors vingt-trois ans. Au lieu de distribuer en bloc ses immenses richesses, elle en conserva la propriété et les administra ellemême en qualité d'économe des pauvres, lesquels en touchèrent fidèlement les revenus. Elle affranchit tous ses esclaves ; mais ils voulurent malgré elle continuer à la servir. Ils demeurèrent dans Bon palais; elle ne se distinguait d'eux tous que par une plus grande simplicité de vêtements et une humilité plus profonde. Nectaire l'attacha à l'Église en qualité de diaconesse. Chrysostomo «uccéda à Nectaire : Olympias avait alors près de cinquante ans. 11 y en avait trente qu'elle vivait de pain, de légumes et d'eau, passant les journées à soulager toutes les douleurs et toutes les misères d'autrui, s'étant elle-même volontairement réduite à la pauvreté pour servir Diieu dans la personne des pauvres. cLe fleuve de sa charité %vait répandu ses flots sur tous les rivages de l'univers *. » Les

* Cette parole est de saint Chrysostome lui-icême, dan» une lett»-^ qu'a 4«riTait dt aoa exil à la noble veuve.

Page 1