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bares, l'avantage d'un port toujours ouvert où l'empereur p )uvait s'embarquer de sa personne et éviter un péril imminent. Au rord le Padus (Pô), au sud la chaîne des Apennins lui servaieîit de barrière. Entre l'une et l'autre de ces défenses naturelles on pouvait jassembler une armée défensive qui trouvait facilement à se ravitailler par le golfe, et suffisait à défendre les passages de l'Illyrie, seul point menacé alors. Milan, au centre des plaines cisalpines , n'offrait aucune de ces ressources. Aussi fut-elle bientôt abandonnée 2omme capitale, et Ravenne devint la résidence officielle des empereurs d'Occident. Alaric fut en définitive la cause première de ce transfert de métropole. Il étaitlui-môme chassé de ses cantonnements du Péloponèse et de la Grèce par la famine qui décimait son peuple. Depuis les derniers succès du roi des Gûths, une immense agglomération de ses compatriotes était venue se grouper à l'ombre de sa nouvelle fortune. C'était une véritable nuée de nomades grossissant chaque jour, ruinant le sol sur son passage sans se préoccuper jamais d'en renouveler les richesses par une culture sédentaire et compti»at sur un campement nouveau pour remplacer celui qu'elle ir<5cait d'épuiser. Ce caractère d'ailleurs fut commun à to'jLo les barbares qui successivement envahirent le monde romain. On conçoit l'épouvante qui saisit l'Occident tout entier, à l'approche de ces bandes de pillards. Cependant Alaric avait de la diplomatie. Il envoya humblement offrir ses services à l'empereur Honorius. « Si vous ne voulez pas me fixer un cantonnement en Italie, disait-il, donnez-moi le commandement des Gaules. Mon peuple y vivra fort à Taise, et je défendrai vos frontières contre les Germains et les Francs. » Ces propositions en apparence si bienveillantes jetèrent l'elfroi dans toutes les cités italiennes. Sliiicon donna l'ordre de fortifier les remparts de chaque citadelle. Milan, Rome, Florence, toutes les places de quelque importance au point de vue militaire furent transformées en forteresses. La levée en masse de tous les hommes valides s'exécuta d'une manière absolue. On alla jusqu'à prévoir le cas oii les réfractaires se feraient attoicher avec des cordes aux autels des basiliques, et l'on déclara que le droit d'asile dont jouissaient alors les églises ne pourrait être invoqué dans la circonstance présente. L'image de la patrie
en danger aurait dû exalter de toutes parts le sentiment national. Mais Jes Roirxains de cette éptique n'avaient plus la fibre patriotique. Les sénateurs, les patriciens, les riches de Rome furent les premiers h s'embarquer avec leuis trésors et leur famille, pour aller cbercher dans les îles de la Sardaigne, de la Corse et de la Sicile un refuge contre les barbares. Les routes de terre étaient encombrées de fizyards; les navires étaient insuffisants à emporte» toute cette multiiude épouvantée. Quand un peuple en est là, l'heure de sa ruine est proche. Honorius donnait d'ailleurs luimême l'exemple de la peur et de la lâcheté. Il voulait fuir à tout prix avec ses familiers, ses courtisans et sa volière chérie renfermant une poule favorite, nommée Ronia, que l'indigne fils de Théodose le firand prenait plaisir à nourrir de sa main. Stilicon, ce ministre Vandale qui seul alors représentait dans une cour dégénérée le vieil honneur du nom romain, eut besoin de toute son énergie pour retenir l'empereur à son poste. 11 y réussit avec peine, k le, condition qu'ÏIonorius demeurerait à Ravenne,*iGujours prêt à prendre la mer si le danger devenait trop pressant. Cependant Alaric, franchissant les défilés des Alpes Juliennes, s'était précipité dans les riches provinces de l'Italie tran?p;idane. iMilan fut sur le point d'être envahie. Elle ne dut son salut qu'à une maïche rapide de Stilicon, lequel était allé chercher dans la Rliétie, parmi les tribus des Suèves, des Alains et des Francs, une force fpùxiliaîre à op|;oser aux Goths partout vainqueurs, rjuiin, lo 5 avril 402, un samedi saint, au moment où le roi barbare fidèle à son plan de stratégie diplomatique, songeait à quitter la Ligurio pour traverser les Alpes maritimes, et entrer dans les Gaules par la Provence, l'armée de Stdicon l'atteignit sur les bords du Tanaro, près de PoUentia, ancien municipe assez considérable, et fort rapproché de'Ia ville actuelle d'Asti. Le combat fut acharné et sanglant. Mais la victoire demeura aux troupes romaines. Le camp d'Alailo, la femme du roi Goth, d'immenses richesses accumulées par les pillards, tombèrent entre les mains de Stilicon. Rome élaiS sauvée. Le flot barbare rétrograda vers l'Illyrie, et le poète Claudien compara hyperboliquement Stilicon à Cincinnatus, àScipioa, à Marius et à César.
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rt}5. Ce qu'Alaric venait de tenter en Occident, le goth GaTaat l'essayait en Orient, avec cette dillereuce qu'Alaric était un ennenn déclaré de la cour Je Ravenne, tandis que Gaïnas, depuis la mort d'Eutrope, était officiellement le généralissime des armées de Byzance. Entre Alaric et Gaïnas il y avait sympathie de race , communauté de vues, rivalité d'cunbition. Tons deux voulaient se tailler un empire aux dépens du monde romain. AJarie venait d échouer à Pollentia ; mais il se promettait de prendre sa revanche. Gainas avait réussi contre Eutrope ; mais son succèi n'avait encore profité qu'à l'impératrice Eudoxia. Cette Gauloise, portée réellement par un vent de fortune prodigieuse sur le trôn% de l'Orient, avait tous les instincts du pouvoir moins la capacité. Nous l'avons vue naguère assister avec les démonstrations de la piété la plus sincère et la plus éclatante, à la translation soleniiolle des reliques des martyrs de Tridentum. Mais, au moment où elle se prêtait à cet acte extérieur d3 vertu , elle songeait moins ? l'accomplissement d'un devoir de chrétienne qu'à la popularité qui pouvait en rejaillir sur son nom. Elle gémissait encore sous Ifî tyrannie d'Eutrope. Quand la révolution de palais dont nous; avons précédemment raconté les détails l'en eut délivrée. Eudoxia ne dissimula plu?. Elle se laissa voir telle qu'elle était, impérieuse, passionnée, jalouse du commandement, et avec cela «ncapaiile de secouer le joug d'un favoritisme subalterne. Cette contradiction apparente d'un caractère naturellement altier a^'-e une faiblesse indolente, qui non-seulement accepte mais aime et cechtrche le joug de courtisans de bas étage, n'est malheureusernaiit p95 rare chez les princes. Eudoxia était belle. Arcadius, son imbécile époux, le savait peut-être : mais d'autres que lui s'en aperçurent et il ne songea point à leur imposer des réserves. L'impéra- U'ice n'a?ait porté jusque-là que le titre de nobilissime : elle reçut, îe janvier 400, celui d'Augusta. C'était la première fois qu'une îemma ait directement associée à l'empire. On en murmura quelque peiu oaorin5 crut même devoir écrire à ce sujet une lettre courroucé» Bon frère de Constantinople. Mais le temps des indignations gêné» •Bts et efficaces était passé. Les statues de la nouvelle Augusta XI. 25
forent envoyées à toutes les villes et à tous les municipes, pour &m placées è. côté de celles des deux empereurs et sur îe même rang Logicpiftiuent on ne pouvait guère refuser le titre et les honneur* impériaux à celle qui en exerçait directement et exclusivement Tau torité. Ce fut donc Eudoxia qui régna sous le nom d'Arcadius t succéda au pouvoir d'Eutrope. Malheureusement, tout le monde savait que le comte Jean, maître des sacrées largesses, régnait sur le cœur d'Eudo.xia. En sorte que cette dernière ayant mil au monde sur les entrefaites une jeune princesse qu'elle fit cependant nommer Arcadia, il y eut une explosion unanime contre le scandale. En dépit des trois favorites Marsa, Castricia et Eugraphia qui gouvernaient le sérail et tenaient le sceptre de cette cour de •débauchés et d'eunuques, il s'en fallut peu que le mécontentement populaire ne se traduisît par une révolte. Mais les délateurs et les espions d'Eutrope étaient passés au «service de Timpératrice, A force d'argent, on étouffa les voix séditieuses. Arcadius ne soupçonna rien ; le peuple se tut. Gaïnas ne fut pas si facile il satisfaire. 11 avait successivement renversé les deux prem7':=rs ministres Rufin et Eutrope; il entendait bien les remplacer, et ne voulait absolument pas consentir à laisser Eudoxia hériter d'une J euccession qu'il regardait comme sienne.
50. Le généralissime goth avait été, on se le rappelle, envoyé avec une armée pour combattre son compatriote et parent Ti'ébi gild. Tant que le règne d'Eutrope avait duré, Gaïnas s'était borné à éviter toutes les occasions de rencontrer les troupes qu'il avait mission de combattre. Mais, après qu'Eutrope fut mort sans aucun profit pour Gaïnas, celui-ci n'ayant pins rien à ménager fit ostensiblement à l'iiyatire, en Lydie, la jonction de ses forces avec celles du greutïïongueTrébigild, et les doux armées se dirigèrent dans un *»sr-ord fraternel sur Constantinopli''. Trébigild suivit la route de rSellespont jusqu'à Larapsaque; Gaïnas celle de Bithynie jusqu'à Chalcédoinn. Sur leur passage, l'incendie, le pillage et !<? ^-^ng formaient une longue traînée de désastres et de ruines. A »fïc;ni'e que le cercle de fer et de feu se rétrécissait autour de la canitale, les Byzantins pouvaient contempler du haut de leurs remparts les p
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flammes qui dévoraient les cités voisines. Ce fut une terrenr sani pareille. E':do5\a n'avait pas une seule légion à opposer à ces implacables biir,cEcis. Arcadius comptait sur Eudoxia et ne s'inquiétait de rien. Mais Eudoxia s'inquiétait grandement alors et ne pouvait compter sur personne. L'aréopage féminin, doublé des eunuques et des favoris, ne trouva rien de mieux à faire, dans le j|!»é5ril menaçant , qu'une infâme lâcheté. On dicta à Arcadius une lettre autographe dans laquelle le fils de 'J'héodose le Grand déclarait à Gaïnas qu'il l'attendait les bras ouverts, prêt à lui décerner comme au sauveur de la patrie les honneurs du triomphe, et désireux seulement de savoir quelie récompense pourrait être agréable à son noble cœur. Gaïnas répondit fièrement qu'il ferait connaître ultérieurement ses intentions, mais que, préalablement à toute négociation, il demandait la tète de trois hommes dont la trahison avait failli perdre Teinpire. Ces trois hommes étaient : le comte Jean; Saturninus, époux do Castricia; et le consul Aurélien. « Envoyez-moi ces traîtres, disait Gaïnas. J'en ferai justice et j'entrerai alors en ami dans la ville de Constantinople. » Le choix des trois victimes était combiné de manière cà déshonorer plus encore qu'à désoler la cour byzantine. Le comte Jean, maître des sacrées largesses, outre qu'il était dépigné par la voi.\ publique comme le favori de l'impératrice, était le plus cher des confidents d'Arcadius. Saturninus, homme consulaire et sénateur, en sa qualité d'époux de Castricia était l'un des suppôts du triumvirat féminin qui régnait à la cour. Aurélien était consul ; on n'a pas d autres détails sur son compte. Vraisemblablement quelque motif semblable l'avait désigné à la proscription de Gaïnas. Celui-ci, campé à Chalcédoine en face de Byzance, attendait le résultat de son message. Il avait nettement déclaré que, si la répons©' n'était paa satisfaisante, le pillage de Constantinople par les Goth? lui rendrait raison. Eudoxia était au désespoir. Un seul homme lu', paraissait des taihc d lut-ter contre la barbarie du généralissime greuthongue. Cei homme, /?? type et le modèle de toutes les vertus chrétiennes, était Chrysostome. L'impératrice le supplia d'aller trouver Gaïnas. « Votre éloquence triomphera de ce cœur farouche, lui dit-elle. Il
a beau être arien, vous êtes un saint, et nul ne résiste à 'accent de votre V3rfi!. » Jean Chrysostome accepta la mission n iut; convenu que le lendemain matin il partirait en même temps que les trois victimes désignées à la mort, et qu'il emploierait tout son ascendant pour les ôauver. Tout »e passa selon les termes de ce programme. A l'aube du jour, le comte Jean, le consul Aurélien et le sénateur Saturninus escortés par le grand archevêque traversèrent le Bosphore et vinrent se présenter devant Gaïnas. Celui-ci était à cheval, et il passait une revue de ses troupes. Jetant un regard irrité sur les trois proscrits, il donna l'ordre de les décapiter sur-le-champ. Mais Chrysostome prit la parole. Il s'exprima avec une telle véhémence que le barbare se sentit ému. Gaïnas révoqua l'arrêt de mort et fit conduire les trois victimes en prison. Quand la revue fut terminée et qu'il fut rentré sous sa tente, il parut se repentir de ce mouvement de sensibilité. On lui amena les prisonniers ; il leur signifia qu'il fallait mourir. Trois soldats étaient là, le glaive levé. Lee victimes s'agenouillèrent. Mais au Hea de faire tomber ces têtes inclinées, les bourreaux qui avaient le mot d'ordre se contentèrent d'effleurer avec le tranchant du fer le cou des trois proscrits. Gaïnas les fit alors relever et leur notifia qu'il commuait la peine de mort en un bannissement perpétuel.
60. Ainsi se dénoua par un caprice de Gaïnas cette p(?rîp6tîe qui faillit être sanglante. Chrysostome revint à Constantinople, Il aurait pu croire à quelque reconnaissance de la part de l'impératrice et de Castricia. Mais il y a des services qui humilient ceux à qui on lo.^ rend. Chrysostome, qui venait de sauver la vie du comte Jean, savait le motif de l'intérêt exceptionnel qu'£udoxia portait à ce personnage. 11 savait de même pourquoi Saturninus, le mari de Castricia, tenait si fort au cœur de l'impératrice. Eudoxia ne pouvait plus regarder Chrysostome sans ruog'ir d'elle-même, Castricia, en favorite bien apprise, n'avait geirde de froisser son auguste maîtresse par la moindre expression de reconnaissance vis-à-vis d'un évêq'.va aux instances duquel elle devait de n'être pas veuve. En sorte que, de retour à Constantinople, Chrysostome ne reçut au palais qu'un accueil glacial et presque courroucé. Il
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ce s'en émut pas plus que de raison. Le diaiancbe suivant, rendant coinpte ù 3on peuple de l'absence qu'il venait de f.iire, i! disait • « J'p.}. -'-'i me séparer de vous pour quelques jour;:. Je suis allé c'i^|'■i^e^ ^e£ 'jrages et tendre la maia à des fsanongî'iS s;:r le bord de rabîmc. Je suis le père commun de tous; il me fan* veiller a;i :.i!ut non-seulement de ceux qui sont encore debout mais de ceux qui tombent; suivre de l'u-il tous les navires lancés sur l'océan du monde, pour aider ceux que pousse un vent favorable, pour arracher aux écueils ceux que bat la tempête. C'est pour cela que je vous ai quittés, ces jours derniers. J'ai rauUipîlA les prières, les remontrances, les supplications, afin d'iirracher d'illustres victimes à la mort. Et maintenant, me voici au milieu de vous, dans cette paisible enceinte. Ici tout est calme , et voire barque semble glisser sur une mer tranquille. Songcz-y pourtant. Rien n'est stable pour personne dans les choses humaines. Pas d'édifice si solide qui ne puisse à i^on tour être ébrardé. Ai-jo î>i--oin de vous rappeler ces choses? Jetez un regard sur le monde. l'-ajiout confusion et tumulte, partout écueils et précipices, récifs Ccichés son.s la v;igue ; partout la terreur, les péiiis, les soupçons, les (erreurs, les angoisses. La guerre civile est partout, non pas ouvert [t', m;iis voilée. Sous la peau des brebis se cachent des loups cruels. Les ennemis déclarés sont moins à craindre que les amis. Ceux (]ui vous adulaient hier et vous baisaient la main sont aujourd'hui vos adversaires les plus terribles. Hier, ils vous remerciaient d'un bienfait; aujourd'hui, ils vous en font un crime * 1 » 61. Nous ne savons si c'est là ce que la critique moderne a reproché à saint Jean Chrysostome comme des personnalités outrageantes contre la personne auguste d'Eudoxia. Pour nous, il nous est impossible d'y voir autre chose que l'allusion la plus discrète à des événements qui étaient alors de notoriété publique à Conslanlinople H nnus. est itnp.ssible de no pas remarquer en outre cette singulière erreur de la c!itiq;;e moderne qui nous re-
(i) S. Jûîie. Clirvsost.. Iloinilla de Saiaraino et Aarehano ; Pair, grœc, t. LU, col. "^415.
3yO PONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I (401-417).
présente Chrysostome comme un moine intraitable, un farouche anachorète ignorant le maniement des hommes et des chos«*s ; quand au contraire l'histoire vraie nous le montre appelé à la négociation des intérêts politiques les plus considérables. ':oaiid l'histoire nous apprend que Chrysostome réussit dans la missiot» la plus délicate et la plus difficile qui fut jamais ',*.|uand enfin l'histoire nous atteste que, payé comme tant d'autres par ia pins noire ingratitude pour les services qu'il venait de rendre, Chrysostome, loin de publier sur les toits ses légitimes sujets de plainte, se contentait d'en tirer pour son peuple une leçon de morale pratique oîi ne se révèle pas la plus légère pointe d'aigreur ni de Jessentia?y«%nt personnel. Cependant Gaïnas était toujours là, menaçant el .^rrible. Son insolence croissait avec la faiblesse de la cour. Ses prétentions ne connaissaient plus de bornes. Il demanda une somme fabuleuse, dont il avait besoin, disait-il, pour indemniser les troupes fidèles qui étaient sous ses ordres. Arcadius ou plutôt la régente Eudoxia souscrivit à la nouvelle injonction. Tous les ordres de l'état, toutes les classes de citoyens concoururent à cet impôt forcé. Mais le chiffre indiqué par le barbare était tellement exorbitant qu'on ne réussissait point a le compléter. Chrysostome donna tous les vases d'or et d'argent des églises de Constantinople. Il les remit lui-même entre les mains de l'impératrice. Grâce à cette offrande spontanée l'avidité de Gaïnas put être satisfaite. Le Goth se torturait l'esprit pour imaginer de nouvelles vexations. II s'arrêta enfin à l'idée de demander une conférence où l'empereur Arcadius viendrait en personne à Chalcédoine recevoir les ordres qu'il plairait à son sujet rebelle de lui intimer. Le rendez-vous était indiqué dans l'oratoire de Sainte- Euphémie sur la rive du Bosphore en face de Constantinople, de manière à ce que le peuple de Byzance pût voir de ses yei^* l'humiliation du fils de Théodose le Grand. Eudoxia ne yuAJ nullement blessée de cette nouvelle exigence. Arcadius monté sur la barqu'i Impériale, escorté de tous les eunuques et hauts fonctionnaires Je son palais, traversa le Bosphore, vint saluer le barbare et l'embrassa comme son meilleur ami. Gaïnas daigna signiMer
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alors à cette ombre de monarque qu'il se contenterait pour luimême des titres de consul et de généralissime de l'empire d'Orient; que Trébigild son allié accepterait de servir sous ses ordres, qu ^ ces conditions leurs troupes ré-anies entreraient pacifiquemeat à Conslantinople et y resteraient tout le temps qu'elles voudraient, Arcadius ratifia cet arrangement. Il jura sur les relique? de Saint©- Euphômie qu'il exécuterait fidèlement la convention. Deux jours après, les troupes rebelles ajant à leur tête le consul Gainas et le général greuthongue Trébigild entraient triomphalement à Byzance. Certes ! le nom de Bas Empire n'est peis une calomnie. 62. Gaïnas, comme tous les Goths convertis au christianisme, était arien, Nous avons raconté précédemment que Valens avait imposé cette condition aux tribus gothiques, avant de les admettre sur le territoire de l'empire. Or, depuis Valens, les lois théodosiennes avaient interdit l'exercice public de l'Arianisme dans l'intérieur des cités. En conformité avec la nouvelle législation les ariens de Gonstantinople, chassés des églises qu'ils y avaient jadis usurpées, étaient obligés chaque dimanche de se rendre dans quelque oratoire d« campagne pour y tenir leurs assemblées. Gaïnas, avec le caractère que nous lui connaissons, ne devait pas être un grand dévot. Mais son élévation inespérée lui inspira pour l'Arianisme un zèle plu( politique que religieux. Tous ses coreligionnaires, et ils étaient en grand nombre à Constantinople, tous ses soldats, goths et ariens comme lui, prétendaient se venger enfin sur le catholicisme de l'échec infligé si longtemps à leur croyance et à leur culte. Gainas devait être le restaurateur de l'Arianisme, et effacer de l'histoire le nom de Théodose. Ce nouveau consul sentait l'importance qu'il y avait pour lui à étayer son pouvoir et sa fortune sur un parti religieux dont l'influence, le nombre et l'audace grossissaient chaque jour. Il vint donc trouver Arcadius. « Le premier ofticier«^e l'empire, lui dit-il, ne saurait être réduit à chercher hors des murs de cette ville un misérable abri pour y prier avec ses cpmpagnous d'armes, les vaillants défenseurs de l'État. Rendez-nous donc un des (églises de Constantinople, à votre choix, afin que nous puisfions librement y exercer notre culte. » Gaïnas, depuis son retour
tiioœphal, affectait de n'avoir de rapports officiels qu'avec remi.ereur. l! '^nait impitoyablement Liudoxia bu second pla.'' o! t;e traitait :»v:^.""n-- ill'aires avec elle. Arcadius, oDligé de subir (.'clLe lyrannie qu- ; ' isédait, faisait au moins mal possible son métier Oe monarque, r 'osait prendre aucune décision. Il cherchait partout des arioc;.. cai\ ne trouvait nulle part. II promit à Gainas de réHô» ehir à su deni.inde, et, sitôt que le consuî-généralissîtMe ei;t quitté ]f jj.ilnis le liiible empereur fiL appeler Clirysostoaie. <i vj'.io f.dre? lui (ii!-i!. Un refus pourrait pe.-dre l'emiiire. Ne sauriez -voua eoridescendie ;iux désirs (]o barbaiv et lui accorder ce qu'il réclame? Lf-s temps redevi^n.i-onl peut-être meilleurs. — Non, répondit l'arclievêque. Meltez-mol en préseivje d'^. Gainas. Je ma ch.-tige de lui répondre, n Cet expo Jeut dégageait la j)'îj-sonnalito d'Arcadius. Un jour fut fixé pour la réunion solennelle. Chi ysostome se rendit au palais, accompagné d'un certain nombre d'évêques catholiques. De son côlé, Gainas escorté de prélats ariens vint prendre place sur le siège consulaire et somma l'empereur de lui rendre justice. Chrysostome, prenant la parole, fit observer que l'autorité du prince chrétien ne \a pas jusqu'à violer les lois» divines et humaines ni à profaner les choses saintes. Le Goth reprit avec colère qu'il n'était pa». venu là pour recevoir des leçons. «Il nous faut un temple, dil-il, et non de vaines paroles! — Nos temples sont ouverts à tous, répondit l'archevêQUc;, Vous pouvez y Tenir prier à toute heure. — Mais je ne suis pas de votre commi.mon, répartit Gainas. Je demande une église pour les ariens niCs coreligioanaires. Je la demande pour moi-même. Certes! quand eu vingt baînillc- f ai exposé ma vie pour le c-alut de l'empire, je puis avoir le droit de formuler une aussi modeste requête. » — A cesnîots, Chrvso.stonio, fixant un regard de profond mépjis sur cet homme devant qui l'Orient tremblait alors, lui répondit d'un ton sovète : «Vous parlez de vos services; ils ont été payés mille fois plus qu'ils ne valent! Vous êtes aujourd'hui consul, vous avez le commandement suprême des armées de terre et de mer. Qu'étiez-vous, il y a dix ans? Comparez, si vous en avez le courage, le présent «la passé, l'indigence natale à la splendeur actuelle, la peau de luoutûo
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qui recouvrait vos épaules sur les bords de l'Ister et la pourpre dont vous êtes en ce moment revêL<^.Le peu que vous avez fait pour l'empire,mettez-le en regard de ce que l'empire a faii pour vous ! Sachez honorerdu p^oins par voire reconnaiss.mce leshonneursqu on vous a prodigui'S. Un jour, pr*(scrii d.i voire patrie, nous vîntes aux genoux de Théodose le Grand i:iipl.)rer sa clémence. Il vous tendit la main et vous sauva. Vous jurâtes alors une amitié éternelle à l'empereur, à ses fils, au p^'^'ple romain tout entier. Or Tb.éodose, le père de l'auguste Arcadins, Tiiéudose k qui vous devez la vie, à qui vous avez promis fidéliLc, savez-vous la loi fondamentale qu'il a portée ? » — L'archevêque lut alors l'édit théodosien qui prohibait l'exej'cicc pubhc de l'Arianisme dans l'intérieur des villes. Puis, se tournant veis Arcadius, il ajouta : « Prince, vous êtes îe dépositaire des lois. Dieu vous a constitué pour veiller à leur exécution. Il vaudrait mieux descendre du trône que de ti'ahir la justice, la religion et la vérité ' l »
63. Nous ne savons si la noble assurance de ce langage sera du goût de la critique moderne, qu'elle préférerait peut-être un fade compliment de cour à cette attitude indépendante et fière. Un arclievèque qui ne tremble pas devant l'insolence d'un barbare sous lequel tout pliait en Orient! Un archevêque qui se permettait de parler comme un vrai romain à un goth parvenu ! Est-ce supportable? Cependant comme la vertu, en dépit de la critique moderne, se fait admirer en tout temps et dans tous les pays, la cour Byzantine, cette cour dégénérée, éclata en applaudissements et donna raison à Chrysostome contre Gainas. Arcadius, fort heureux d'ua pareil dénouement, s'appuya sur cette manifestation de l'opinion publique provoquée par l'éloquence de l'archevêque, et résista aux prétentions du tout-puissMnt barbare. Gainas se retira, l'âme ilcérée, bien résolu de prendre sa revanche. Les Ariens ne demunraieiit pas mieux que de le seconder dans se? projets de vengeance. Une démocslration hostile au catholicisme fut dès lors organisée. Voici, d'après un témoin oculaire ', comment procédèrent les
* Theodoret., Hist. eccles., lib. V, cap. xxil. — *Socral., flw/. C€C(?CS., Jife. Vf!» eap. viu : Sosomen., Hist. eccies., lib. VIII, cap. vui.
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satellites de Gaïnas. Privés d'églises dans l'intérieur de Constanti» nople depuis les lois de Théodose, les Ariens sortaient de la ville chaque dimanche et chaque fête pour se réunir dosxs an oratoire extra muros. Jusque-là, les choses s'étaient passée* sans aucun tumulte. Mais enhardis par le crédit de leur noavojiu chef, ils transformèrent ces allées et venues en processions séditieuses. La veille des dimanches et fêtes, ils s'attroupaient au milieu de la nuit sous les portiques des palais, et, se groupant en chœur, chantaient les hymnes de leur secte en y ajoutant des expressions injurieuses pour les cathoHques. A l'aube du jour, ils se mettaient en marche, parcourant les rues de la ville et affectant de répéter ce refrain
d'un de leurs cantiques : noO hnh oî Xéyovteç Ta xpfa fiiav Sûvapiiv; « Où
sont-ils les arithméticiens qui prétendent que trois font un? » Chryscstome craignant l'impression que pouvaient faire sur l'esprit mobile des Byzantins ces chants hérétiques, dont la m^todie simple et gracieuse devint bientôt populaire, essaya de lei^r *7pposer des hymnes catholiques. Il y réussit. Le matin des dimanches ou des fêtes, les orthodoxes se formaient en procession pour se rendre à la basilique où la station (office solennel) devait avoir lieu» Chemin faisant, ils chantaient les hymnes composés par Ghrysostome. L'impératrice Eudoxia et toute la cour, en haine de Gaïnas, favorisèrent ces manifestations imposantes. On y portait des croix d'argent précédées de torches allumées. Briso, l'un des chambellans de l'impératrice, dont le talent musical était fort apprécié, dirigeait les chœurs. Dans cette lutte de psalmodie, la victoire demeura aux cathohques. Mais les Ariens, vaincus sur ce terrain pacifique, eurent recours à leurs violences habituelles. Ils se ruèrent un jonr sur la procession orthodoxe, ettuèrent plusieurs personnes. Briso, atteint d'une pierre aufrontjrestamortsurla place. Arcadiuscrutdevoir sévir; il rendit un décret qui interdisait les processions ariennes, 64. La mesure était sage ; mais déjà il n'était plus question de îètes religieuses. Gaïnas avait jeté le masque et fixé un jour à ses iè."ions de «Soths pour le pillage de Constantinople. Le secret qui seul aurait pu faciliter l'exécution de cette horrible entreprise ne xu% point gardé par les 8oid«»t3 barbarîa, La sinistre nouvelle sa
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répandit en un instant dans la ville et y produisit une consternation inexprimable. Les banquiers, les changeurs, les orfèvres s'empressèreul dcmbarquer sur le Bosphore leurs objets précieux. Riches et pauvrea, tous firent de même. Le tremblement de terre de l'année précédente n'avait pas causé plus de panique. Au lieu d'ébranler la résolution de Gainas, ce mouvement ne fit que la précipiter. Par son ordre, les Goths disposèrent autour du palais impérial des matières combustibles auxquelles ils devaient mettre le feu le soir même. A l'heure indiquée, les soldats barbares étaient à leur poste, la torche à la main. En ce moment, il se passa un fait extraordinaire que tous les historiens du temps s'accordaient à attester. Les incendiaires virent distinctement une armée romaine rangée en bataille sur les plates-formes et sous les portiques du palais. Terrifies à cette vue, ils s'enfuirent et vinrent raconter à Gdïnas cet étrange incident. Le consul généralissime était un esprit fort. Il se moqua de l'imbécile terreur de ses satellites, les gourmanda sur leur lâcheté, et leur renouvela ses ordres pour la nuit suivante. Cette fois encor , à l'heure dite, le même phénomène se renouvela. On vint en t ute hâte avertir Gainas qui se rendit de sa personne sur le théâtre de cette incroyable manifestation et put en constater la réalité de ses propres yeux. Le arbare crut alors qu'à son insu Arcadius avait introduit dans la ville des légions de défenseurs. Peut-être en était-il ainsi : le danger était assez grand pour motiver uae précaution de ce genre. Quoi qu'il en soit, ce fut au tour de Gaïnas de craindre pour sa vie. Le lendemain matin, sous prétexte qu'il avait besoin d. l'air des champs, il annonça qu'il allait quitter Gonstantinople. En malade plein de élévotion, il voulut aller prier à la basilique théodosienne de l'Hebdomon et recommander sa précieuse santé à l'intercession de saint Jean-Baptiste, patxon de cette église. Nous avons déjà dit que l'Heb» domon était au septième milliaire de la ville, dans une vaste plains qui servait aii: .'rvues militaires. Gaïnas avait choisi ce çoint stra-* tégique avec beancoup d'habileté. Il se proposait d'y réunir la moitié des soldats goths, laissant l'autre moitié dans la ville sous les ordres de Trébigild son lieutenant, lequel devait contenir la population by-
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zantine jusqu'au moment où le consul serait en mesure de frapper un coup décisif. Afin de déjouer tous les soupçons, il était convenu que les Goths désignés pour se rendre à llleV-Dmon sortiraient isolément ce la ville, en cachant leurs arme»^*r»iBieura vêlements. Ce plan improvisé en quelques heures, et concerte entre Gaïnaset Trébigild, aurait pu à la rigueur s'exécuter avec unt armée bien disciplinée. Mais les troupes gothiques ne ressemblaient en rien à celles de nos temps modernes. Chaque soldat était marié; il traînait avec lui une femme, des enlunts. des chariots remplis de meubles et de butin. Ceux à qui Trébigild fit donner l'ordre de quitter la ville ne manquèrent pas de mettre en mouvement ',oute leur famille nomade. Bientôt ce fut à toutes les portes de Constantinople un encombrement de bagages, de chars, de bœufs, de mulets escortés par des bandes de femmes et d'enfants, au milieu desquels apparaissaient çà et là des soldats sans armes, il est vrai, mais affairés, anxieux comme des émigrants au départ. Le peuple, tout plein encore des sinistres inquiétudes des jours précédents, crut que le signal du pillage allait être donné et que les Goths, avant de se mettre à l'œuvre, commençaientpar sauver d'abord leurs familles et leurs richesses. En un clin d'œil on se précipita sur les émigrants. Les portes furent fermées et le massacre des Goths s'effectua dans toute la ville. Sept mille de ces malheureux périrent dans une église où ils avaient espéré trouver un refuge. Arcadius, féroce comme tous les lâches, donna lui-même, malgré les énergiques réclamations de saint Jean Chrysostome, l'ordre d'escalader les toits de l'édifice sacré et d'y mettre le feu. Aux bruits et aux clameurs qui s'échappaient de la cité, Gaïiiai» accourat avec les soldats qu'il avait sous la main pour secourir ses compatriotes. Mais le peuple en armes sur tous les remparts fit pleuvoir sur lui une grêle de flèches, de pierres et de tisons enflammés. C'en était fait du consulat de Gaïnas (12 juillet 400.)
65. Cependant le Goth ne désespéra point encore» de l'avenir. Trébigild, son lieutenant, avait réussi à échapper hv; .Ai-nage. L'armée barbare était anéantie; mais Gaïnas était libre. Quarante ou cinquante mille de ses compatriotes venaient de périr dans ce mas-
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sacre exécuté par tout un peuple. Mais Trébigild à lui seul valait une armé*^. l)'ailleurs, l'immense multitude des Goths campée dans laThraoeMA' ; n «éservoir inépuisable de nouveaux combattants. Les d"ir; . neis proscrits coururent les appeler à la vengeance. Bientôt ils se virent à la tête d'une force imposante, et rentrant sur le territoire romain, firent de nouveau trembler leurs vainqueurs. Gainas s?; prùpara\t à franchir l'Hellespont. Depuis son départ de Gonstantinople, la cour n'avait pris aucune précaution militaire. Les troupes dispersées dans tout l'Orient n'avaient ni direction suivie ni général habile. Sauf les gardes d'honneur, légion de parade, qui faisait le service du palais, Gonstantinople ne pouvait compter pour sa défense que sur le courage de ses habitants. Une première fois, cette initiative civile avait triomphé dans un soulèvement populaire ; mais il eût été fort imprudent de hasarder une bataille rangée en faisant fond sur un pareil secours. Eudoxia, qui avait repris le gouvernement des affaires, songeait à négocier avec le barbare. « Mais, dit un auteur contemporain, la terreur inspirée par Gaïnas était telle que nul ne voulut se charger d'une mission près de lui. Après avoir inutilement cherché parmi les courtisans, les patriciens et les sénateurs, ne trouvant partout que des cœurs lâches et tremblants, l'impératrice manda l'archevêque et lui proposa cette ambassade. Chrysostome sans tenir compte de sa lutte précédente contre Gaïgas et du ressentiment que celui-c: avait dû en conserver, accepta héroïquement, et partit aussitôt pour la Thrace. A la nouvelle de son arrivée, Gaïnas vint au devant de lui. 11 baisa pieusement sa maia droite, lui présenta un siège et fit prosterner ses deux enfants aux genoux sacrés de l'homme de Dieu. Tant la vertu a de puissance même sur les cœurs les plus farouches! Gaïnas en ce moment avaii oublié toutes les anciennes querelles *. » Ainsi carie Théodoret. Malheu-
' Th.'X-^-^r^t., Hist. e^xies.^ lib. V, cap. xxxiii. 11 nous sera permis de faire ri!u.irq.'î-*r ,pje U critique moderne ne dit p;:s un mot de cette seconde aml)ass&de d»* ftaiut Jeaa Chrysostome en Tiirace. Elle e«t également muetta 8ar la première, qui sauva la vie du comte Jean et de ses deux compagnons. (Cf. A. Thierry, Notivçaux récits de l'histoire romaine, aux l\* et v* siècles^ p5g. 240-249.)
xeusement ce chapitre de soa histûire s'arrête brusquement à ce point. La fin eo est perdue. Nous ne savons donc pas la suite d'une uégociatioD si intéressante. Aucun historien ecclésiastique ou profane ne nouG a iransmis les détails de l'entrfctita qui s'établit fntre raiobevéque et le redoutable chef des barbares.
66. Tout ce que nous pouvons conjecturer sur ce point c'est que l'archevêque réussit au moins à gagner du temps et à retarder de nelques semaines l'invasion qui menaçait la capitale de l'Orieni tSD efî'et, Gaïnas resta encore un mois dans les campements qu'il oc- Dpait au milieu de la presque'île de Thrace. Ce délai sauva Consantinople. Eu face du péril qui iLenaçait l'empire, Eudoxia comprit qu'il fallait intéresser à la défense de la patrie toutes les classes de la société. Elle fit appel au dévouement et aux lumières du sénat byzantin. La nouvelle Rome avait en effet, comme l'ancienne, un sénat composé des patriciens les plus riches ou les plus illustres. En temps ordinaire, ce corps politique n'avait d'autres fonctions officielles que d'applaudir aux panégyristes mercenaires qui, à jour fixe, célébraient les grandeurs d.u César régnant. On ne songeait guère à invoquer ses conseils que dans les crises désespérées, quand il était besoin de couvrir sous sa responsabilité des mesures 4'oii le salut de l'empire pouvait dépendre. Eudoxia prit le parti d'en appeler au sénat de Constantinople. Stilicon avait récemment fait de même à Rome. Il s'en était bien trouvé. L'impératrice n'eut pas non plus à regretter sa démarche. Il y avait à Byzance un chef de partisans, goth de nation, lequel depuis vingt ans s'était dévoué au service des Romains. Son nom était Fravila. Ses succès militaires contre les brigands qui infestaient leai frontières syriennes, depuis la Cilicie jusqu'en Palestine, lui avaient valu le titre de général. Mais en réalité, c'était plutôt un chef de bandes qu'un capitaine. Fravita n'avait jamais abandonné le culte païen; il aimait à rapporter tous ses succès à la protection de ses dieux. Mais d'ailleurs sa fidélité était à toute épreuve. Le sénat le désigufi au choix de l'empereur, et Fravita se montra digne de la confiance dont il fut l'objet. Il sauva l'empire. Réunissant à la hâte soit narmi les Romains, soit parmi les Goths ses compatriotes, tou»
..aAr. III. — GOUVEMEMENÏ METROPOLITAIN»
es hommes de bonne volonté qui consentirent à s'enrôler sous sec «teridards, il vint se poster sur la côte d'Asie, vis-à-vis ce Gaînajy Dour lui filsDutpr le passage de rHellespout. Une Ûottihe improvisée Mil ...i^\..i:,ï,s il mit quelques centaines de ses plus braves soldats le retidit en quelques jours maître de la mer. Enfin, le 3 janvier 40i, dans une bataille décisive, Gaïnr.s fut complètement 06- TaiL Le vainqueur envoya sa tète à Arcadius comme cadeau d'étrennes, et reçut en échange le titre de consul.
§ V. Gouvcrnciueitt 3PAèh dpolltain*
67. Des fêtes d'une splendeur inouïe célébrèrent la victoire de Fravita, Les poètes d'Orient chantèrent à l'envi son triomphe. Il eut le bon ep[*rit de ne pas imiter l'ambition qui venait de perdre successivement Gainas, l!)utrope et Hufin. Content d'avoir sauvé sa patrie d'adoption, il ne songea point à l'asservir. Peut-être eût-il été un grand ministre : mais on ne l'appela point aux conseils de la couronne et l'impératrice reprit seule la conduite du gouvernement. L'attitude de saint Jean Chrysostome durant les derniers troubles, les services éclatants qu'il venait de rendre, ne permettaient point encore à Eudoxia d'entrer en lutte avec loi. Aucun nuage ne semble avoir troublé, à cette époque, les relations mutuelles. C'est du moins ce qu'on peut conclure d'un passage des homélies prononcées alors par le grand docteur. Dans son commentaire sur l'épître aux Colossiens, Chrysostome fait allusion à la présence d'Eudoxia aux offices de l'Église. Mais pour que le lecteur soit bien édifié sur la manière dont l'illustre prédicateur savait mêler les leçons aux éloges, en évitant le double écueil de la bassesse ou de l'arrogance, nous allons citer ses paroles. «Arrêtons-nous un instant, mes bien-aimés, dit-il, a vénérer les chaînes que portait le grand apôtre Paul. Ces feis glorieux, qui ne les vénère, qui ne les ambitionne? Oui, femmes chrétiennes, ces chaînes sont plus enviaûies que tous vos bijoux. Quel collier de diamants vaudrait le cercle de fer qui emprisonnait le cou de l'Apôtre? Les «hcunes d« Paul, les anges les révèrent, tandis qu'us prennent ea
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pitié vos vaines parures. Les chaînes de Paul soulèvent l'âme et la font monter de la terre au ciel. Vos chaînes d'or tt de pierreries abaissent "âme et la font tomber du ciel en terre. Les vraies chaînes sont celles que vous portez : celles de Pa-jl étaient le plu? SDlendide de* ornements. En voulez-vous la preuve? Dites-moi. qui de Paul ou de vous, si Paul était ici, attirerait le plus les re^ gards de cette assemblée? Mais que dis-je, vous? Supposez qua l'auguste impératrice, dans l'éclat souverain de sa majesté, se fût rencontrée, en entrant dans cette église, avec le grand apôtre Paul. Eh bien ! tous les regards se fussent portés de préférence sur le prisonnier du Christ et sur ses cbaines glorieuses. Cela se conçoit, car les splendeurs humaines, on peut les voirpartout. Mais u a homme qui dépasse en grandeur l'humanité elle-même, un homme qui fut un ano-e sur la terre, un homme qui changea le cachot en un paradis et les fers du captif en un sceptre de gloire, voilà un spectacle vraiment admirable! Pour ma part, si j'avais le chniv de voir et d'entendre Paul au ciel ou de voir et d'entendre Paul dans son cachot, je préférerais le dernier, puisque 1ns anges eux-mêmes .iêS'> cendaient du ciel pour venir contempler Paul dans sa prison ^i m 68. Dans ces communications quotidiennes avec son peuple, le bon pasteur laissait tomber de son âme tantôt des consolations au milieu des angoisses publiques, tantôt des avis pour la réforme des mœurs, tantôt des instructions solides sur les dogmes attaqués par les Ariens, les Ncvatiens et les mille sectes hérétiques qui fourmillaient à Constantinople. Dieu confirmait par des miracles la prédication de son serviteur. « Je veux, dit Sozomène, raconter un Brodige qui arriva à cette époque et qui eut un grand retentiss82îent. Deux époux attachés à la secte des Macédoniens vivaient alors. Le mari, ayant entendu exposer par Chrysostomo la doctrine catholique, se convertit et abjura son erreur. Des Iofs il entreprit de ramener l'esprit de sa femme à la Traie foi. Mais toutes SCS exhortations furent inutiles. Un jour enfin, il lui dit : Consens
1 S. Joan. ChrysoBt., In Epist. i,a Coloss. homil, Z i Patt. g) *c.^ lom. LXII, «ol. ils