‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 49 sur 77 · CHAP. III. — GOUVERNEMENT MÉTROPOUTAIN · texte numérisé non relu

CHAP. III. — GOUVERNEMENT MÉTROPOUTAIN

in<^nt Chrysostome n'avait pas pris l'initiative de ces mesures rigoureuses quoique justes, mais qu'il avait cherché par tous les moyens eason pouvoir à étouffer le scandale et à terminer convenablement le conflit, li se trouve que Chrysostome non-seulement n'agissait point en hostilité avec la puissance civile, mais qu'il l'invoquait pour arriver à mettre un terme à ces affreux désordres. Ce nom de puissance civile nous rappelle que la critique moderne a osé écrire les phrases suivante? : o On pourrait se demander si, devant l'évêque de la nouvelle Rome, comme en face de l'ancienne, il y aurait encore un peu de sauvegarde pour les autres, de liberté pour les clergés, de droit d'élection pour les villes, dès que les décrets canoniques concernant les dépositions et les ordinations épiscopales pouvaient être ainsi mis sous les pieds au gré d'un homme, dès que la disciphne des églises n'appartenait plus aux clergés et aux synodes provinciaux. L'empereur enfin put se demander si le droit du souverain, dans la convocation des conciles et l'approbation des évêques, était aboli. » Ainsi parle la critique moierne. Il est temps que l'histoire lui réponde. L'histoire donc répond jue jamais la discipline n'a appartenu aux « clergés» des églises. Elle répond que jamais la liberté des « clergés, » en cette matière, n'a existé dans l'Église. Elle répond que jamais les règles canoniques relativesaux dépositions et aux ordinations épiscopales n'ont ressemblé en quoique ce soit au roman dr. la critique moderne. Voici ce que l'histoire nous apprend. Chaque arr.-je, une fois au moins, un synode presbytéral devait se réunir dans cnaque diocèse. ' „ ique année, une fois au moins, un concile provincial devait se réunir dans chaque métropole. Voilà ce que la loi canonique avait statué bien avant que les Césars fussent chrétiens. Voilà ce qui se pratiquait dès l'époque des persécutions, sans qu'on eût l'idée d'invoquer pour cela l'autorisation du souverain. On n'y songeait même pas, parla raison fort simple que le droit de réunion sous les Romains n'était soumis à aucune entrave légale. Il y a donc, de la- part de la critique moderne, un anachronisme vraiment ridicule, quaiid elle revendique au profit de l'empereur Arcadius une législation toute moderne, complètement inconnue au v* siècle. Aujourd'hui encorOf XI. 27

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et tant que les canons ne seront poin: modifiés, l'obligation d'ua synode diocésain chaque année et c'tic: concile provincial d'évêques au moins une fois tous les trois ans, subsiste pleine et entière. Tant pis pour ceux qui n'exécutent pas la loi. Cette Ici existe: la désuétude où elle peut tomber en certains pays et à certaines époques ne l'empêche pas d'être et de subsister telle qu'elle est. La critique moderne paraît l'ignorer. Elle ignore de plus que jamais les villes n'ont eu le droit d'élection épiscopale. Lesévêques de la province, de concert avec le clergé et les fidèles de la cité, sa rassemblaient pour donner un successeur à Tévêque défunt. Telle était la forme canonique de l'élection au v' siècle. En sorte qu'à chaque remplacement d'évêque, il y avait de droit un concile provincial. Les souverains de cette époque ne s'y opposèient jamais. Ils ne voyaient là aucun danger social, et franchement ils avaient bien raison. Alors, comme aujourd'hui, lorsqu'il s'agissait de pourvoir au siège d'une capitale, on s'efforçait de faire un choix qui ne fût pas désagréable au souverain, car jamais l'Église n'a entendu se séparer de l'État, bien qu'elle n'ait jamais consenti non plus à être absorbée par lui. Mais en dehors de cette condescendance fort naturelle, Arcadius n'avait aucune espèce de droit d'autorisation sur les choix épiscopaux. Vraisemblablement les évêques simoniaques ordonnés par Antoninus lui étaient à peine connus de nom. La critique moderne se trompe donc étrangement quand elle prétend appliquer à l'époque de saint Jean Chrysoslome les formes électives de notre époque concordataire. Lorsqu'elle parle de l'étonnement d'Arcadius qui put se demander ce que devenaient ses dioiis de souverain, la critique moderne commet sans s'en douter la plus lourde méprise. Elle n'est pas plus heureuse dans sa sollicitude rétrospective pour « la liberté des clergés, » et pour l'indépendance des évêques. Ces termes empruntés au vocabulaire du libéralisme politique de nos jours sont de véritables nonsens en droit ecclésiastique. La règle, le canon par e.vo*»\}«nce du clergé de toutes les époques, était au v* siècle comme de nos jours la parole fameuse de saint Ignace d'Antioche : « Ne faites rien sans votre éTêque. » L'évêque dans chaque diocèse était,

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comme il l'est encore, la source de toute autorité, le centre de toute action, le principe de toute vie spirituelle. C'est là un peint qui surprend singulièrement nos rationalistes. Ils admettent volontiers l'omnipotence du fonctionnaire et celle dîi gouvernement civil. Mais leur étonnement est profond quand on leur apprend que l'autorité des évêques sur leur clergé est mille fois plus grande que celle d'un chef de bureau sur ses commis, et que la loi cano-^ nique oblige en conscience le simple prêtre non pas seulement à obéir à son évêque mais à l'aimer, à le respecter, à le vénérer, et à lui donner en particulier ou en public les témoignages explicites de cette vénération. En présence de cet état de choses qui dure depuis saint Pierre et se perpétuera jusqu'à la fin du monde, les rationalistes s'écrient que les prêtres sont de véritables ilofcs et les évêques des tyrans. Les rationalistes se trompent. Le prêtre de Jésus-Christ vénère dans la personne de l'évêque le successeur des apôtres, et dans les apôtres eux-mêmes Jésus-Christ Notre- Seigneur qui leur a dit : <; Allez, enseignez toutes les nations. Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles, w Mais, objectent les rationalistes, c'est là du mysticisme tout pur. Il faut la foi pour envisager ainsi les choses! — Oui, il faut la foi mais c'est cette foi qui a vaincu le monde; c'est ce mysticisme qui a fondé la pierre immuable de l'Église contre laquelle les porte» de l'enfer n'ont pas prévalu malgré dix-neuf cents ans d'efforts Or, un mysticisme, une foi qui ont cimenté un pareil empire mô* riteraient d'être mieux étudiés par le rationalisme. Si la moderne critique daignait se livrer sérieusement à cette étude, elie découvrirait une théorie de gouvernement qui lui paraîtrait bien supé« rieure à tout ce que le génie des hommes a pu inventer. Par exemple, elle apprendrait que le prêtre, si grand dans sa soumission à l'évêque représentant et successeur des apôtres, n'est pas le moins du monde livré à l'autorité incontrôlée d'un tyran. C'est qu'en bdat l'évêque relève lui-même du successeur de Pierre prince des apôtns et ne peut rien sans lui. Toutes les causes graves doivent être portées au successeur de Pierre; telle estiez règle fondamentale et absolue. En sorte que le plus simple prêtre peut appeler de l'au-

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torité de son évêque à celle du métropolitain et du pape. Il en fui ainsi touiours. Dans les premiers siècles, quand les conciles provinciaux se tenaient régulièrement, l'appi.'l leur était dévolu de droit. Et ce qui élosnera peut-être la critique n^yderne, c'est que le recours du plus simple prêtre contre le plus grand et le pics illustre des évêques était ej^miné alors, comme il l'est encore aujourd'hui, avec l'attention la plus scrupuleuse et l'impartialité la plus complète. Aussi, dès les premiers siècles de l'Église, ces sortes d'appels se multiplièren t au p'oint qu'il fallut établir des règles canoniques pour prévenir les abus. Les accusations contre les évêques n'étaient souvent dues qu'à la passion, au ressentiment, à des vengeances per- ,«onnelles. De là l'ensemble des lois canoniques successivement édictées relativement aux formalités à suivre dans les procédures juridiques contre les évêques. Nous venons de voir en action, dans l'incident jugé au concile d'Ephèse, les principales règles de la législation ecclésiastique sur ce point. Une accusation contre un évêque faite par un simple prêtre pouvait être retirée par celui-ci même quand elle avait été introduite juridiquement, c'està-dire quand elle avait été soumise soit au concile provincial , soit îiu métropolitain, soit au pape. Mais lorsque cette accusation avait été juridiquement introduite par un autre évêque, elle ne pouvait plus être retirée et l'affaire devait suivre son cours. L'accusateur avait le droit et le devoir de produire ses témoins ; l'accusé était toujours admis à se défendre contradictoirement. Pour tout accusateur convaincu de calomnie , la peine était celle même que le droit canonique infligeait à la faute ou au délit faussement reprochés à un innocent. C'est ainsi qu'Eusebius ayant d'abord articulé contre l'évêque d'Éphèse des çriefs qui entraînaient la déposition, puis ayant refusé de fournir st/s preuves et de produire ses témoins, se vit éconduit une première fois et séparé de la communion. Quand il fut revenu à la charge et qu'il eut obtenu de produire ses témoif », si l'enquête contradictoire n'eût pas établi nettement la Téritd des faits incriminés, Eusebius eût été solennellement déposé par le concile. Voilà en quelques mots une idée de ce jf- ^oit canonique au nom duquel la critique moderne a voulu

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protester sans 'e connaître, sans même se douter da ce qu'il est. 75. be^treaftS, quinze ou seize évêques jugés, cassés et remplacés, au dire de la critique moderne, par l'omnipotencft de saiit Jpan Ci^rysostome, il ne reste ea définitive que six prébts slûttOniaques légitimement jugés, déposés et canoniquetoerii remplacés par un concile de soixante-dix membres. Certes, nous ce le dissimulerons pas, ce chiffre de six évèque.s d'une seule proyince ayant acheté à prix d'argent l'ordination qu'un indigne métropolitain leur avait conférée, ce chiffre lamentable révèle dans l'Église d'Orient une situation plus lumentable encore. Mais, comme récrivaient les Éphésiens eux-môme?, celte situation renaontait à i Arianisme, dont le règne ininterrompu durant quarante années avait livré les sièges épiscopaux à l'avidité ignorante et cupide d'une génération de mercenaires. Quoi qu'il en soit, sain4 Ghrysostome personnellement et comme métropolitain ne déposa qu'ua seul de ses évoques suffragants; et voici dans quelle» circonstancesr « Pendant le pontificat de saint Ambroise à Milan, il «e îrouvalï» en cette ville, dit Sivzomène, un diacre go nom de Gérontius. Soit que son esprit ne fût pas très-saia et qu'il fàt sujrt!. <i des hallucinations, soit qu'il voulût se faire passer pour un homme extraordinaire et fixer sur lui l'attention publique» Gérontius prétendit que, traversant une nuit les rues de la cité, fl avait î encontre un Onoscélide, qu'il s'en était emparé, lui avait couoé la touffe de cheveux qui couronnait son front et l'avait trioiûf halemeat îeié r-ans îe brasier ardent d'un four de boulanger. >» — Diïjns ici que dans la magie païenne rOnoscélide jouait un fort srand rô;e. C'était un démon à jambes d'âne, que la crédulité pupuiairti avait rendu célèbre. Le voyageur égaré dans la campagne le rencontrait, disait-on, sur la route et le voyait avec effroi se précipiter sur îui et le renverser. De là, son autre nom d'^'j-vw-sx [in pedts) sous lequel il était plus vulgairement connu. — « Donc, reprend Sozomène, quand is diacre Gérontius eut répandu dans toute la villa de Milan le récit de son incroyable aventure, Ambroise le fit venir «t lui reprocha rinconséquence et l'indignité de ses propos. Il lui imposa comme pénitence de ne pas quitter sa maison pendant ua

délai déterminé. Gérontius ne tint nul compte des observations du saint évêque. Outre un certain talent pour la médecine, il avait beau-^ coup d'intrigue et de savoir-faire. Il partit pour Constantinople dans^ ]'espoir qiîô /es occasions de fair*». fortune ne lui manqueraient pas sur ce grand théâtre. Ses calculs ambitieux ne furent pas trompés. Il parvint à s'insinuer près de quelques personnages influents à la lî! cour, et par leur protection, il obtint l'évêché de Nicomédie. Le ij métropolitain de Césarée en Cappadoce, Helladius, voulut le sacrer | r de ses mains, en reconnaissance d'un service que Gérontius lui |;! avait rendu naguère. Helladius avait été marié avant d'entrer dans les ordres. Il avait un fils que le diacre intrigantréussitàfaire nommer capitaine des gardes. Helladius récompensa ce service par un évêché. Saint Ambroise, en apprenant cette promotion scandaleuse, écrivit à l'évêque de Gonstantinple, Nectaire, et le pria de déposer ;i l'audacieux parvenu. « Je ne souffrirai pas, disait Ambroise, qu'on maintienne une élection épiscopale faite au mépris de la discipline ii ecclésiastique et injurieuse pour moi-même. Nectaire eût voulu mettre fin à ce désordre et donner satisfaction aux plaintes légitimes de saint Ambroise. Mais ses efforts échouèrent devantîa résistance des habitants de Nicomédie qui voulurent conserver Gérontius. Chrysostome ne recula point devant cet obstacle. Il déposa l'évêque indigne et ordonna pour lui succéder l'ancien précepteur de l'impératrice Eudoxia, nommé Pansophius, pieux prélat plein de douceur et de modération. Malgré toutes ses vertus, Pansophius ne plaisait guère aux habitants de Nicomédie. Nul ne pouvait remplacer pour eux Gérontius, qui leur rendait , disaient-ils , sous le rapport médical, les plus grands services et dont le savoir-faire, l'adresse et l'activité étaient, selon eux , inimitables. Ils accueillirent la nouvelle de sa déposition avec autant de douleur que s'il. se fût agi d'un tremblement de terre, d'une peste ou d'une famine,; ÏIs se rendirent en masse à Constantinople, parcourant les rues, chantant dea lamentations, et réclamant leur évoque. îis furent contraints de renoncer à leurs prétentions et retournèrent dans leurs foyers; mais ils n'en persistèrent pas moins dans leur hostilité préconçue contre Pansophius. Les évoques déposés et leurs créa-

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tures commencèrent dès lors à incriminer ia conduite de Ghiysoatome. Us représentaient le saint archevêque comiDe un brouillon qui I bouleversait l^is églises et changeait arbitrairement les lois relatives .. :.>c ordinations épiscopales. Ils ne rougissaient pas de tenir ce lan- 'îçre, quand au contraire ropinion publique applaudissait unanimeli-'iit à la sagesse pleine de fernidté et de modération que Jean ('"i.rysostome avait déploj'ée dans rexécution de ces mesures si ciélicates et si épineuses (1). »

76. Telle est l'unique déposition d'évêque prononcée par Jean Ciirysostome en vertu de sa juridiction raétropoiitaine. Ce qui ne sjirnitie nullement que l'illustre métropo.. ain ait jugé seul en cette niiîrre. Il est vraisemblable, bien que Sozomène ne le dise pasexpliciiement, que la sentence fut reudoe en synode provincial. D'une part, c'était alors la règle en vigueur pour toutes les dépositions d'évêques ; d'autre part, on ne verrait pas comment expliquer sans cela l'expression de l'historien qui affirme que les habitants de Nicomédie venns à Constantinople pour réclamer Gérontius furent contraints (pia<r8âv;î;) d'abandonner leurs prétentions. De quel côté serait venue pour eux cette contrainte, si Ghrysostome avait seul jugé l'affaire? Il n'avait pas plus que Nectaire de gendarmes a sa disposition pour expulser par la force le prélat déposé et installer violemment son successeur. A moins donc de prétendre que la contrainte sous laquelle plièrent les habitants de Njcomédie fût venue du côté de la cour,il faut de toute nécessité admettre que cette coiitraite positivement indiquée par Sozomène était la pression morale exercée fort légitimement par la décision d'un synode de toute la province. En tout cas, 1h procédure suivie contre Gérontius ne fut pas le fait de l'initiative personnelle de saint Jean Ghrysostome,' Celui-ci l'avait héritée de son prédécesseur Nectaire, et la sentence première avait été prononcée par saint Ambroise lui-même. Pour trouver «a tout cela un prétexte d'accusation contre saint Jean hrysostomf, il fallait la passion aveugle et vindicative dea couablcs, oa bien le parti-pris de dénigrement de la critique raodcrae.

' tio2o:j!«ii., nist. eccles., iib. Vlli, cap. vi; Pair, grcec, tom. Li^Yli^ Ml. 15i9-lo32.

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