‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 50 sur 77 · VI. CIiTysostcTce et Eudoxia · texte numérisé non relu

VI. CIiTysostcTce et Eudoxia

77. Le voyage de saint Chrj'sostome avait duré trais mois, «r on cent jours, » oonime disent les chroniqueurs contemporains ; car le peuple de Byzance comptait par jour et par heure l'absence de son pasteur bien-aimé. Un fragment de Théodorct, cunsarvé par Pholius, nous fait comprendre ce qu'un t"! évoque celait pour son troupeau, et combien la sôparalicm momentanée d'un tel pasteur devciîi èlre uon'ou:>uGe. <i L'on venait l'appeler pour secourir une misère ur::t?aîe, ôiî Tnéodoret ; un autre lui demanddit sa protectioîi cour faire tiionir/ner ;e bon droit ocvhdl !<rs [.libnnaux. Aux affam;'s il ciistvibuaii cir-s vivies; il révélait la nudiié des indigents; il al'i^il iinp'orer près oes vicbes les secours qu'il pai'tr.geait entrt: les pauvrt?. Tous les alfligés le voulaient pour consolateur. Les prit^unnic:? ini rcmelta'entleurs mémoires justificatifs etîeconstituaient ('•'-'■ rîvncat d'office. Tas un malade pour lequel on n'implorât la favc..;- of cci xisiLe, L"t>'^~3nger sans asile lui demandait l'hospitalité, le débitrrr r jursuivi par un créancier impitoyable s*ad:ess;iit à sa course toy'wrs vidée par l'aumône et toujours remplie par la charité des t^dèles. Arbitre des querelles domestiques, pacificateur de toutes les dissensions civiles, on le voula.t partout pour juge. Les esclaves menacés par la rigueur d'un maître impitoyable se réfugiaient près de lui ; il parlait aux maîtres le langage de la charité :^v;:ngélique et obtenait d'un côté la soumission de l'autre l'iadulrr-.ice. Les pauvres veuves, les orphelins dans la détresse l'entoaraient en criant : Père, ayez pitié de nous! Oui, vraiment, il était ■père dans toute l'étendue du mot. Il acceptait toutes les charges Cl remplissait tous les devoirs si variés, si multiples, de cette infatigable paternité. Ici c'était un o.?pt:f dont il se constituait le patron, là c'étaient des milliers d'indig.-fits dont il se faisait le nourricier' pilleurs des infirmes Huxqweis i! ouvrait les porte?? de SOQ hôpital; p'.s Ic-iîî des affligés dont il léchait les pleurs. Il allait fout à tous, «t const>^1''nlent son visage reflétait la bienveillance *?t la douceur de Jésiis-Chiist. 1<* renonce h énumérer par ïe aétail tous les mîiMjlea de charité de cette vie qui fut vraiment le type de I« r'«

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jacerdotale. 0 modèle d'héroïsme, il est donc vrai que nous vous avons perdu ! 0 soldat de Jésus-Christ, quelle honte pour les adversaires qui vous ont tué ! 0 lyre divine, brisée par une ialousie infernale! 0 malheureuse Église d'Orient veuve de ta gloire ! 0 filet évangélique tro]^ tôt ravi à la terre et maintenant conservé dans le trésor des cionx. 1 Arbre immense qui protégiez de vos puissants rameaux l'univers entier, voilà donc que vous êtes couché à terre I Mais non, le corps seul a succombé; l'âme glorieuse est au ciel. Sur ce tombeau l'Église verse en silence des larmes qui ne tariront pas. Ou plutôt, saint et illustre père, vous n'êtes pas mort. Pareil à l'astre du jour, vous vous êtes couché dans volie gloire. Vous êtes immortel et si nous pleurons c'est de ne plus vous posséder ! Vous n'êtes pas mort, puisque vous régnez triomphant dans les cieux *. »

78. La critique moderne n'a point- enregistré cet éloge de Chrysostome écrit par un témoin oculaire, par un historien aussi sérieux, aussi désintéressé dans la question que Théodoret. Mais peu importe la critique moderne ! désormais nous avons le dioit de mépriser ses injustes attaques. Quand on a démasqué la ca' Icmnie, on poursuit son chemin sans plus s'en s'inquiéter, comniv le voyageur , après avoir tué le reptile qui lui barrait le passage, écarte du pied la dépouille et continue sa route. A son départ pour la province d'Asie, Chrysostome avait confié l'administration de son troupeau aux soins de l'evêque de Gabala, Severianus. Ce prélat avait des prétentions à l'éloquence. Il croyait qu'en ce genre il pouvait lutter avec avantage contre celui que rOiient avait surnommé la « Bouche d'Or. » Cette ambitieuse visée aous paraît aujourd'hui profondément ridicule. Les quelques hoiiiélies qui nous restent de Seveiianus sont froides, sèches et compassées. Le souffle du génie en est complètement absent. Du reste saint Jean Chrysostome faisait tellement bon marché de sa propre .•'éputation ccr&^se orateur qu'il était à la piste de tous les prédi-

1 Théodoret., apud photlam, Myriobiblon^ cap. ccLXXIli; /'af. ^r<5C., t. CIT,

©atenrs «n renom et les invitait à prêcher -ims les chaires dbr

tionsiâîîtinople. On eût dit qu'il aspirait à se ('^—-•- r à lui-même de» ;& flvaux. îl ne manquait jamais de les \aû-^ comme s'ils lui '\i, eussent été réellement supérieurs. « On p&. . t beaucoup en ce i!>] temps, dit Sozomène. de l'évêque^pptolém.n-x. Antiochus, comme u d'un orateur éloquent et disert. T avait ui, organe éclatant et î sonore. Les peuples de la Phénicie l'appelaient leur Chrysos- M tome. Jean l'attira à Gonstantinople et le fit prêcher. Antiochus y h soutint sa réputation ; il y eut du succès et retourna dans son dio- Vi cèse avec une abondante moisson d'aumônes et d'offrandes. Sève- i: rianus de Gabala aspirait au même honneur. C'était un syrien, |ii exégète assez distingué, mais ayant conservé un accent qui rendait in sa prédication désagréable. Il vint après Antiochus et fut moins jji!

oûté. Cependant Chrysostome l'accueillit avec faveur, le fit prê- ■jl' er à toute occasion, lui témoigna une bienveillance marquée, en t\i

orte que Severianus eu( bientôt acquis une grande notoriété. Il f en profita pour s'insinuer à la cour et réussit à se faire admettre ^i dans l'intimité d'Arcadius et de l'impératrice. Sur les entrefaites, la obligé de partir pour Éphèse, Chrysostome lui confia l'administra- Ja tion diocésaine durant son absence. L'ambition de Severiaaus ii grandissait avec le succès. Il avait obtenu de l'illustre archevêque 4i cette marque de confiance à force de souplesse et d'hypocrite si soumission. Mais à peine Chrysostome eut-il quitté Byzance que ^i l'intrigant prélat mit tout en œuvre pour le supplanter dans l'esprit jji du peuple, et se substituer lui-même au légitime pasteur dont il ïi tenait la place *. » '.i

76. Nous rougirions de trouver une telle bassesse d'âme dans un h évêque. Toutefois ces affligeants détails ne nous montrent que mieux i la profondeur des blessures faites à l'église d'Orient par la véna- i lité des charges et les abus de tout genre dont l'arianisme avait, ,i ^«ndant près d'un demi-siècle, offert le dégradant spectacle. Plus n Qous rencontrons de ces turpitudes dans l'histoire du passé, plus n aussi nous comprenons le miracle permanent de l'assistance divine t

• Hozom., Hùt. eoeles., lib. VIII, cap. I.

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qiif a fait triompher l'Église de Jésus-Christ da plus redoutable des adversaires : je veux dire la corruption et Findignité personnelle de ses propres ministres, Quoi qu'il en soit. lês efforts de t.-îverianus furent pour le moment en pure perte. Au retour de 'ibrysostome, il y eut une explosion d'enthousiasme qui se produisit par les démonstrations les plus touchantes. Quand le légitime [tasteur reparut à l'ambon de la basilique constantinienne des x\pôtres, la foule immense éclata en applaudissements prolongés. Des larmes de joie coulaient de tous les yeux. Emu de cet accueil si profondément sympathique, Chrysostome parla en ces termes : « Aux pieds du Sinaï, après quarante jours seulement d'absence, Moïse, ce grand serviteur de Dieu, le chef des prophètes, l'homme incomparable, retrouva soc peuple en pleine révolte et occupé à se forger des idoles. Je reviens, moi aussi, non point après quarante mais après plus de cent jours d'absence, et je vous retrouve fidèles à Dieu et k sa loi sainte. Est-ce donc que j'aurais la folie de me comparer à Moïse? Non, mais il m'est permis de dire que mon peuple vaut mieux que le peuple juif. Le législateur des Hébreux, en descendant de la montagne, navaitsur les lèvres que des paroles de reproche et de blâme, et moi j'arrive pour distribuer des éloges à la vertu, àe* couronnes à la persévérance l Comment vous exprimer la joie qai déborde de mon cœur? J'en appelle à vous-mêmes, vous que je vois si heureux de mon retour. Ce que vous éprouvez individuellement, je le ressens multiplié par le nombre des milliers de fils qui m'acclament. Vous êtes resté bien longtemps séparé de nous ! me disent tous les yeux et tous les cœurs. — Mes bien-aimés, je vous dois compte de mon retard, je vous dois compte des heures de cette séparation. Si vous envoyé quelque part votre serviteur et qu'il tarde à revenir, vous en demandez la raison. Or, je suis votre serviteur, ; > su's vnt^ esclave. Tous m'avez acheté non à prix d'argent unis par votre tendresse, cette nonnaie des âmes. Li je me plais ?i ma «ervitude, je souhaite n'(,jL être affranchi jamais. Je la trouve plus belle que la liberté. Qui donc ne serait heureux de vous servir, de servir des amis tels que vous ? Mon cœur eût-il été de pierre^

428 rc/isiiFiCAV de .^AhST issocus: 1 ('..oi-'tiT).

TOUS l'auriez attendri et imprégné de dévouement et d'amour. Hier en rentrant au milieu de vous , parmi ces icciaunations qui montaient jusqu'au ciel, au milieu de cette cité transformée en un temple w l'approche de son pasteur, j'ai retrouvé un pa>"adis de délices mille fois plus doux à mon âme que l'antique Eden. Dieu était glorifié, l'hérésie confondue, l'Eglise couronnée! C'est une grande joie pour une mère que la joie de 5es fils; c'est une vive allégresse pour le pasteur qu ■ '.'allégresse de son troupeau. — Mais vous trouvez encore d'autres fc>:!jets de plainte. Vous me dites: Un grand nombre de catéchumènes ont été baptisés durant votre absence, et ce n'est pas votre main qui a fait couler sur leur front Veau régénératrice ! — Mes bien-aimés, ne parlez point ainsi. Est-ce que ]r grâce sacramentelle a souffert la moindre diminution? Si je ne fos poiut présent à leur baptême, Jésus-Christ y était. Rst-ce donc l'iiomme qui baptise? L'homme tend la main, c'est Dieu qui la dirige. Quand vous avez obtenu pour un bienfait quelconque un diplôme impérial, est-ce que vous cherchez à savoir de quelleplumc, de quelle encre, de quelle qualité de parchemin l'empereurs'estservi en apposant sa signature? Non. L'empereur a signé; c'est tout. Eh bien ! dans le baptême, le parchemin c'est la conscience, la plume c'est la langue du prêtre, la signature c'est la grâce du Saint- Esprit, grâce invisible mais toute-puissante, dont l'évêque et le prêtre sont les instruments non la source. Arrière donc ces vaines récriminations I Me voici tout entier au bonheur de vous revoir. En partant pour l'Asie j'avais imploré le secours de vos prières, aujourd'hui je le demande encore. Vos prières m'ont accompagné pendant la tempête; elles ont protégé le navire et nous ont guidés au port. De mon côté, jamais un seul instant ma pensée ne s'est séparée de vous. Avec vous je rais le pied dans la barque, avec vous j'abordai sur la rive. A travers les plaines silencieuses, parmi le tumulte (?e3 cités, j'étais avec vous. Telle est la puissanee de la «ijarité, de l'amour chrétien. Aucune eatrave ût saurait captiver son essor. Même sur les flots je vous voyais, j'assistais à Tos assemblées, jetais debout a l'autel , j'offrais vos soupirs et vos Tœux. Seigneur, disais-je, conservez l'église que vous m'avea

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donnée! — Il m'a exaucé, le Dieu des miséricordes! Votre affluenct en ce moment en est la preuve. Je retrouve ma vigne florissante. Les ronces et les é^jines ne se montrent nulle part. Le Iou^*i-iévûrmt n'a point irouK é le repos du bercaii, ou du moins, s'il l'a tenté, ses efi'orls «jot été impuissanls. Je le savais même avaci mon retour. Xu fond ce l'Asie les lOyageurs qui revenaient d'ici me l'apprenaient. Ils me disaient : Tous avez enflammé la cité de Constanlinople tout entière : elle Lrûîe d'amour pour vous ! —■ Ainsi, mes bien-aimés, le temps qui use toutes les affections ne fait que raviver celle que vous voulez bien me porter. Puis donc qu'en mon absenc? vous m'en avez dooné tant ce gages, j'ai lieu d'espérer que voum me la conserverez maintenant que je suis ?.u milieu de vous. Votre amour est après Lieu mon umuue tréioi'. Voiià pourquoi je réclame vos prières. Elles sont pour moi uq rempart et une forteresse inexpugnable *. »

80. Ces effusions de tendresse réciproque entre le pasteur et le troupeau ne pouvaient guère être du goût de Severianus. Il paraît que durant son court intérim cet ambitieux et hypocrite évêaur avait eu l'occasion de baptiser le fils d'Arcadius et d'Eudoxm, Thcodose II, dit le Jeune -, dont la naissance venait de combler enfin les vœux de l'impératrice. Cette circonstance lui auraiâ permis de s'insinuer encore plus avant dans les bonnes grâces de la cour. Quoi qu'il en soit, voici comment le novatien Socrate expose le différend qui ne tarda point à s'élever entre Chrysostome et Severianus. d Jean avait repris, dit-il, le gouvernement de son église et remplissait les devoirs de sa charge avec une vigilante soUicituae. L'archidiacre Sérapion, qui ne lui laissait rien ignorer, n'avait pas attendu son retour pour l'informer du manège de Severianus. Il y avait donc entre cet archidiacre et l'évêque de Gabala une inimitié déclarée. Sérapion

* S. Joan. Chrysost., De regressu ex Asia ; Pair, grœc, ton?. LU, col. 4'il- 424, passiru.

* Socrali rapporte li naissance du jeune Théodose à cette époque. Mais Tillemont a élevé sur ce fait, au point de vue chronologique, des doutes qos

« science n'a pas encore éclaircis.

reprochait à Severianus de vouloir rabaisser à son profit la gloire de Cbrysostome. Severianus éprouvait un seatîmRnt d'amère jalousie en voyant Sérapion investi de toute la couBanc^ de Clirysostorae. Les ôtoses en étaient là quand un incident iortuit vint jeter un nouveau degré d'animatioa dans la querefi«r Du jour que 3ans le chœur de l'église l'évêque de Gabala passeiit en face du diacre, celui-ci demeura sur son siège sans se lever, comme les clercs doivent le faire devant un évêque. Peut-être Sérapion ne 'avait-il pas vu, c'est du moms ce qu'il affirma plus tard par serment devant le concile *. Peut-être aussi le diacre voulcùt-il afficher par là son mépris pour la parsonne de l'évêque, et c'est îa version que soutenait Severianus. Entre ces deux affirmations contradictoires je ne saurais me prononcer. Dieu seul sait ce qui en fat. Ce qui est certain c'est que Severianus témoigna la plus vive indignation contre le procédé du diacre. A mi-voix, et d'un ton indigné, il proféra devant tous les assistants cette exclamation : Si l'archidiacre meurt chrétien, le Yerbe ne s'est pas incarné ! — Cette formule imprécatoire fournît à Sérapion une arme contru l'évêque. Au moyen d'une disjonctive, et coupant la phrase en deux, l'archidiacre prétendit que Severianus avait publiquement déclaré que î Le Verbe ne s'était pas incarné. — De son côté, Se- Terianas, avant la réunion du concile et l'examen canonique de rafTaire. rendit un jugement par lequel Sérapion était non-seulement déposé du diaconat mais retranché de la communion. Chrysostome se montra fort courroucé d'une pareille sentence. L'affaire fut soumise au concile provincial. Sérapion affirma qu'il n'avait \as vu passer l'évêque de Gabala dans le chœur ; il produisit des

* Le concile dont il s'agit était la réunion canonique et annuelle des évoques de la province ecclésiastique à Constantinople, sous ia présidenc» e saint Jean Cbrysostome. L'affaire du diacre Sérapion y \vi discutéa «t ngée. Ce détail n'est point iudifférent au point de vue de î'alsloire générais» Il démontre péremptoirement le soin scrupuleux avec lequel Cbrysostome aoumettait à l'examen canonique d'un concile provincial les affaires les plus minimes; par tocséquent il renverse toute la tbèse de la critique moderne et meta néant le prétendu absolutisme tyrannique qu'elle reproche si amère- ■lent au grand archevêque de Constantinople.

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