CHAP. I. — PREMIERS TRAVAUX DE SAINT AUGUSTIN
reuse mère rendait grâces à Dieu et à saint Amioroise d'une conversion qu'elle avait si longtemps désirée. La prédiction du j)ieux évêque de Carthage s'était réalisée. Augustin consultait maintenant Ambroise sur la direction à donner à son intelligence. « J'écrivis au grand pontife, dit-il : je lui demandais de m'indiquer quels livres je devais étudier de préférence, afin de mieux correspondre à la grâce divine. Ambroise me désigna le prophète Isaïe. Il considérait cette étude comme le meilleur préliminaire à celle de l'Évangile, et comme la clef du mystère de la conversion des Gentils. Mais je n'étais point assez préparé à une nourriture si substantielle. Je ne comprenais pas encore ces grandes choses, et je dus remettre cette lecture à un temps où je serais plus familiarisé avecla parole divine *. » Qui nous dira ce qu'Augustin désirait dans un exégète biblique, quand il ne trouvait pas son propre génie assez exercé pour une pareille étude ! Quoi qu'il en soit, résolu de se consacrer tout entier au service de l'Église, il voulut retourner en Afrique, pour réparer dans sa patrie, parle spectacle d'une conversion sincère, la scandale de sa vie précédente. « Nous étions venus à Ostie, dit-il, afin de prendre passage sur un navire qui devait bientôt faire voile pour Carthage. Or, le temps approchait où Dieu allait rappeler à lui sa pieuse servante, Monique, ma bien-aimée mère. Et nous ne nous en doutions pas! Un soir, accoudé avec elle à une fenêtre qui donnait sur le jardin de la maison, notre vue se portait sur l'horizon charmant que forme en ce lieu l'embouchure du Tibre. Loin du bruit et de la foule, après tant d'orages heureusement traversés, nous nous préparions encore une lois à remettre à la voile. Notre conversation avait les ineiTables douceurs de la plus délicieuse intimité. Le passé et ses tristes souvenirs étaient tombés dans l'oubli ; nous étendions les bras vers l'avenir, et surtout, ô mon Dieu, nous nous plongions dans l'océan infini de votre vérité. Nous y trouvions comme un avant-goût de ce qui doit être la félicité dûrf saints, :ette éternelle vie que l'œil de l'homme n'a pu sonder, que son oreille n'a pu entendre, que son esprit est impuissant à concevoir. Notre
* Si August., Confess., lib. IX, cap. ▼,
6 PONTIFICAT DE SAINT SIRICIUS (38o-398).
cœur s'abreuvait aux sources célestes, à la fontaine de toute vérité, c'est-à-dire à vous-même, ô Seigneur! Notre entretien s'était élevé par-dessus tous les horizons terrestres; nous étions plongés dans une lumière surnaturelle et divine. Toutes les autres clartés, toutes les autres puissances s'évanouissaient en face de cette vie Lienheu= reuse, où tendait tout notre amour. Les créatures visibles, le ciel, le soleil, les astres nous avaient servi comme de marchepied pour monter plus haut. Notre âme, nos facultés intellectuelles, la sphère «ioii s'exerce l'esprit humain n'avaient été qu'un point d'appui ponr nous élancer dans les domaines de votre éternelle et infinie sagesse, à Dieu, véritable pasteur d'Israël, qui nourrissez les âmes du pain de la vérité, auteur de toute vie présente, passée et future! Noos disions donc : Que tout se taise, que la terre, les airs et les cieux fassent silence : que notre âme elle-même, avec ses pensées, se^ imaginations et ses rêves se recueille ; qu'elle fasse taire toute voix, tout mouvement, qu'elle écarte tout symbole, tout ce qui est fugitif 'et passager! Toutes ces choses ne sauraient rien nous apprendre. 'EUesnous diraient : Ce n'est pas nous qui nous sommes donné l'ê- 'tre : nous le tenons de l'Éternel ! C'est à Dieu que tout nous renvoie,vers Dieu que tout nous élève. Qu'il nous parle donc, ce grand Dieu; 'qu'il nous parle seul, qu'il se fasse entendre, non par la voix d'un '€mge, non par l'écho sorti du nuage, non par le miroir des choses •extérieures. C'est lui-même que nous voulons voir, lui que nous "voulons entendre, parce que c'est lui seul que nous aimons, que nous admirons, que nous adorons * ! ->
3. Le pinceau d'un artiste chrétien , sinon catholique -, a 'cherché, de nos jours, en une page immortelle, à fixer ce moment sublime de la vie de deux saintes âmes, dont l'une avait enfanta l'autre à la double vie de la nature et de la grâce. Le peintre r lait un chef-d'œuvre, et cependant il est loin d'avoir exprime tout ce qu'il y eut de surnaturel et de vraiment divin dans cette élévation vers le ciel d'une mère comme sainte Monique, cl d'un génie
» S. August., Confess., lib. IX, cap. z. — > > M. Ary Scheffer, Tabltau de Mainte Monique et saint Augustin,