‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 61 sur 77 · XXII. « D'avoir fait des ordinations à huis clos · texte numérisé non relu

XXII. « D'avoir fait des ordinations à huis clos

XXIII. « De manger toujours seul et de se livrer ainsi à une gloutonnerie de cyclopd. »

En ce cas, la critique moderne serait mal venue de nous parler de la gastrite du grand évêque. La vérité est qu'il mangeait seul, parce qu'il mangeait fort peu et à des heures très-irrégulière», afin d'avoir plus de temps à consacrer à l'étude et aux travaux de son ministère.

XXIV. « De s'être constitué seul et simultanément juge, accusateur et témoin, dans l'affaire de Proheresius, évêque de Lycie, efc du diacre Martyrius. »

Il s'agit encore ici des simoniaqaes'déposésauconcile^d'Éphèse. Nous n'avons pas d'autres détails sur leur compte.

XXV. « D'avoir , dans la basilique des Douze-Apôtres , frappé d'un coup de poing au visage le diacre Memnon. Le sang de la victime avait rejailli sur la main de l'archevêque qui n'en était pas moins monté à l'autel pour célébrer les saints mystères. »

C'était une calomnie bonne à répandre dans l'opinion pour contrebalancer ie fait si connu du scrupule avec lequel Chrysostome s'était abstenu de monter à l'autel, le jour oii l'évêque Eusebius lui avaiA présenté publiquement le fameux mémoire contre le métropolitain simoniaque d'Éphèse.

XXVI. « De se faire sur son trône apporter les ornements pontificaux, de les revêtir ou de les déposer en pubHc, et de prendre me pastille après la célébration des saints mystères. »

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Palladius nous a déjà informé de cette particularité. La fameuse pastille qu'on voulait transformer en une sorte de sacrilège était une précaution adoptée par l'homme de Dieu dans une pen&de de profond respect pour les espèces eucharistiques. Le fait de revêtir les ornements pontificaux sur son trône n'était que l'observation stricte du cérémonial des évêques, tel qu'il suisiste encore de nos jours.

XXVII. (( De donner des sommes considérables aux évêques sacrés par lui, afin de les engager à accabler leurs clercs de rigueurs et de mauvais traitements '. »

Ce grief touche à la démence.

39. Il parait que la lecture de ces divers chefs d'accusation ne fit point sur le conciliabule l'effet qu'on s'en était promis. « Les évêques, dit Photius, parlèrent quelques instants des deux premiers pointsrelatifs à la plainte du diacre Jean, et à celle du moine égyptien qui se plaignait d'avoir été incarcéré par ordre de Chrysostome.' Puis, changeant de conversation, ils se jetèrent sur le compte d'Héraclide, évêque d'Éphèse. Un religieux produisit contre ce dernier une accnsatioQ d'origénisme. Il raconta en outre qu'Héraclide, dans sajeunesse,avaitétépo\îr3uiviàCésaréecommecoupableduvold'un manteau dérobé au préjudice d'un diacre nommé Aquilin. «Voilà," ajouta-t-il, quels étaient les personnages dont Chrysostome a fait des évêques ! Pour moi, je puis prouver que l'archidiacre Sera* pion, origéniste comme son maître, m'a accablé de mauvais trai« tements et m'a poursuivi d'une haine implacable *. » — Théophild remarqua probablement que le grief d'origénisme, le seul dont i." n'eût pas fait mention dans soa libelle diffamatoire contre Jean Chrysostome, était cependant le seul qui avait le privilège d'émouvoir l'assemblée. On conçoit en effet qu'après l'éclal retentissant du voyage de saint Épiphane à Gonstantinople, ceux ^ ' ^ prélat qui conservaient une bonne foi relative, dans cette étrange lutte, s'attendaient à voir de prime abord soulever la question dogmOf»

» Photius, Myriobiblon, cod. LII; Patr. grœo., tom. CIII, col. 106-lOd» • Photius, Mynohiblon, loc. cit., col. 110.

522 PONTIFICAT DE SAIKT IxNNOCENT I (401-417).

tique. Le patriarcbe se promit donc de réparer son oubli et leva la séance.

40. Le leudsîiiain le prêtre Isaac, futur évêque de Cysigue, l'un des plu8£irdents fauteurs de Théophile, demanda la parole. « Tout ce qu'on a reproché hier à Héraclide au sujet de l'origénisme, dit-il, est malheureuseC^^T^j avéré. Le vénérable Épiphane -îonnaissait très-bien les sentiLiCnts hérétiques de cet évêque. Aussi refusa-t-il de communiquer avec lui soit dans la prière ecclésiastique, soit même dans les relations de la vie privée. Mais ce qui est vrai d'Héraclide l'est encore plus de Jean Chrysostome, son consécrateur. Voici, à la charge de ce dernier, un mémoire qui établit jusqu'à l'évidence son hétérodoxie. » En parlant ainsi Isaac déposait un nouveau libelle rédigé la nuit précédente, de concert avec Théophile. Chrysostome y était accusé :

l. « D'avoir déposé le diacre Jean uniquement parce que ce vertueux clerc ne voulait pas souscrire aux doctrines errooées de l'origénisme. »

IL « D'avoir été publiquement retranché de la communion par )e vénérable Épiphane, lequel lui avait inutilement et à plusieurs reprises reproché son attachement pour Ammonius, Euthymeetles autres Grands-Frères, notoirement convaincus d'origénisme. «

III. « De fuir pour cette raison toutes les occasions d'exercer l'hospitalité et de refuser l'entrée de sa demeure à des hôtes qui se convaincraient bientôt de ses pernicieuses doctrines. »

IV. « De se servir en chaire d'expressions comme celles-ci : La table eucharistique est pleine de furies. »

V. « De dire encore : Je me dessèche, je passe pour un insensé. » Yl. « De refuser de s'expliquer sur ce qu'il entend par les furies

dont la table eucharistique serait pleine, et par la prétendue insa nité d'esprit dont il serait accusé. »

VII. a D'&voir formulé clairement son hérésie, du haut de h chaire, m disant : Vous êtes retombé une seconde fois dans votre péché, faites pénitence une seconde fois. Autant de fois vous aurez succombé, autant de fois revenez à votre pasteur et je vous guérirai. »

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VIII. « D'avoir publiquement blasphémé en affirmant dans un de se» discours que si Jésus-Christ n'avait pas été exaucé lorsque sur la croix il invoquait son Père, c'est qu'alcrs le Christ ne priait pas comme :1 faut. »

IX. « D'avoir excité le peuple à la révolte contre l'empereur et même contre l'autorité du synode actuellement réuni. »

X. « D'avoir admis à l'Église et de patroner d'anciens idolâtres qui avaient autrefois persécuté les fidèles, s

XI. « D'avoir empiété sur la juridiction des autres évoques et d'avoir fait des ordinations hors de sa province. »

XII. « D'avoir fait chasser de sa demeure des évoques auxquels il donnait l'épithète d'iAmSyi-Qv, *. »

XIII. « D'outrager les clercs et de les calomnier à plaisir. »

XIV. (( De s'être approprié par la violence les dépôts confiés h d'autres mains que les siennes. »

XV. u De conférer les ordinations sans assemblée préalable da clergé, et contre le gré de celui-ci. »

XVI. « D'avoir admis à la communion des origénistes notoires, tandis qu'il la refusait à des ecclésiastiques munis de lettres coramendatices ', régulièrement délivrées par leurs évêquea. D'avoir fait jeter en prison ces ecclésiastiques et de les avoir laissé mourir sans même daigner les visiter. »

XVil. « D'avoir conféré l'ordination à des esclaves qui n'avaient pas reçu de leurs maîtres la lelLre de manumission (affranchissement) 3. »

XVIII. « D'avoir notammeat maltraité à plîisieora reprispi Isaac le plaignant. »

* Aucun des commentatenis jusqu'ici connus n'a eu-sore déchiffra' le «Aiisde ce mot grec employé par Photius. Nous n'avoas pq aou»-njêu]e en devir ner la sens et nous le reproduisons tel qu'il qous a êié tnz'.içmij icit daag 8oa origiîialU'î maintenaat inconnue , soit dans la forms vicieuse qu'arme négligence de copiste lui aurait pu donner.

* Nous avons précédemuieut expliqua ce :{ue l'antiquité ecclésiastique entendait par ce t^rme de lettres coinmeodatices, équivalant à ce qu'on nomin» aujourd'hui lettres de communion ou ceiebret,

* l*botlu9, Myriobiblon^ loc. cit.

524 rONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I (40i-4i7).

41. Cette fois l'accTisation avait un corps; elle se tenait debout. Grâce ? risaac, véritable Iscariote, qui avait prêté son nom au patriarche pour rédiger ce mémoire, Chrysostorae pouvait être avee quelque vraisemblance jugé canoniqueraent. L'origénisme était une hérésie formelle et condamnée. Chrysostome était accusé d'origcnisrae. 11 mangeait seul, parce qu'il ne voulait pas déceler aux clairvoyants regards d'un convive l'erreur qu'il professait. Cette explication valait mieux que celle des fameuses orgies de cyclope. 11 avait déposé des diacres et même des évêques; maïs c'était uniquement parce que ces diacres et ces évêques avaient l'origénisme en horreur. II flétrissait les débauches et les excès de tout genre par un rigorisme emprunté à Origène. Il affectait de se plaindre qu'on l'accusât d'être seul de son parti, preuve évidente qu'il était origéniste. Il avait emprunté à Origène cette doctrine de la grâce surabondante qui dépassait sans mesure toutes les faiblesses et toutes les fautes de l'humanité. C'était encore à cette école qu'il avait appris que Dieu ne refuse rien à la prière. Et comme il est certain que Notre-Seigneur Jésus- Christ dans sa passion prononça la touchante parole : Eli Eli lamma sabactani, sans que pour cela Dieu le Père fût venu le délivrer, on imaginait cette ridicule assertion par laquelle Chrysostome aurait déclaré publiquement que, si le Christ n'avait pas été exaucé, c'est qu'il n'avait pas prié comme il faut. Le plus hypocritement conçu de tous ces griefs imaginaires était celui qui accusait Chrysostome d'avoir soulevé le peuple de Byzance contre l'autorité de ses souverains légitimes et même contre celle du concile actuellement assemblé. Le seul énoncé de cette charge rendait solidaires pour une commune vengeance l'impératrice Eudoxia et les évêquc^^da synode. Contre un métropolitam à la fois ennemi de l'Église et de l'État tous les efforts devaient se réunir. Le nom même d'Eudoxia n'était pas prononcé, mais on le devinait d'autant mieux qu'il paraissait moins. C'est une tactique toujours habile, quoique percée à jour depuis des siècles. En laissant quelque ^hose à deviner aux esprits, en leur présentant sous la formule la plus vague et comme dans l'interligne les faits qui les préoccupent

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le plus, on est certain de les enflammer mille fois davantage. Chacun des membres du conciliabule avait entendu dire qup Gbrysostome outrageait publiquement l'impératrice dans ses discours, qu'il la désignait sous le surnom de Jézabel. Le mémoire accusateur se gardait bien de rappeler ces expressions choq.uantes. Théophile portait trop haut le sentiment du respect qu'on doit aux pouvoirs souverains pour se commettre dans de pareils détails. 11 se contenta d'une litote qui est à elle seule un vrai chef-d'œuvre ; on toTç î.aoT; ù7rogà).).ei CTTaffiaÇsiv : (^nûd ad sediUonem popu'os conciiarit *« Nous ne doutons pas que le patriarche d'Alexandrie, après avoir dictô à son complice Isaac cette rédaction triomphante, ne se soit applaudi d'un pareil trait de génie. II ne songeait pas que les Juifs avaient dit exactement la môme chose de Notre-Seignear Jésus- Christ au tribunal de Pllate : Eunc invenimus subverièniem gentem nostiram et prohiôentem iributa cCare Cœsari \ Les deux accusations staieat aussi vraies l'une que l'autre.

42. <; Cependant, dit Théodore de Trimithunte, après la lecture fil lihelle, le questeur Aquilinus prit la parole. Il serait illégal, ^t-il,'de procéder à l'examen des charges articulées contre Chry- >stome en l'absence de cet accusé. Il faut qu'il soit entendu, et pour cela il est nécessaire de lui adresser une citation juridique. — La proposition d'Aquilinus fut accueillie et l'on députa immédiatement deux jeunes évèques près de Chrysostome ^ » — « Or^ dit Palladlus, nous étions quarante réunis dans le triclinium du palïùs épiscopal et assis autour du bieaheaieux Jean. Il venait de nous dire que son Jieare était proche et que bientôt il serait immolé. Saisis (fune extrême douleur à ces paroles, les uns fondaient en larmes, îes autres se levant pour sortir baisaient les yeux da pontife, sa tête sacrée et cette bienheureuse bouche si éloquente, KgI d'entre nous ne pouvait retenir ses sanglota. Jean fit un signa de la main et pria tous les assistants de se rasseoir. Cessez da pleurer, dit-il, biea-aimés frères. Le spectacle de votre afOiûtioa

* PhotiuR, Myriobiblon, loc. citât. — « Luc^ xxin» 1. — • Theodoti. Trimit Di viia S. ChrysosU, n» 20 ; Pair, grcec, tom. XLVJI, col. 73.

ne pounait qu'affaiblir mon courage. « Jésus-Christ est ma vie, et mourir m'fist un gain. » — Il parlait ainsi parce que le bruit s'était répandv qu'on devait lui trancher la tête, à cause de la noble indépendance de ses discours. — Rappelez-vous, poursuivit-il, les paroles que je vous ai redites tant de fois. La vie présente est une course rapide à travers des joies ou des peines qui passent avec la même vitesse. C'est un marché. On y achète, on y vend, et l'on passe. Sommes-nous de meilleure condition que les patriarches, les prophètes et les apôtres? Ils sont morts et nous mourrons comme eux. — Un des assistants s'écria: Vénérable père, laissez-nous pleurer, car nous allons être orphelins. Qui ne verserait des torrents de larmes, en voyant l'Église veuve, les lois mé-^ prisées, l'ambition triomphante, les pauvres abandonnés et le troupeau frappé dans son pasteur? — Jean, frappant alors de l'index de la main droite la paume de sa main gauche, geste qui lui était familier quand il était préoccupé de quelque pensée profonde, arrêta l'interlocuteur. Assez, mon frère, dit-il. N'insistez pas davantage. Mais vous tous qui m'écoutez, je vous en conjure, retenez bien et surtout mettez en pratique le conseil que je vais vous donner. Quand j'aurai disparu du milieu devons, n'abandonnez pas vos églises. La prédication n'a pas commencé et ne finira point non plus avec moi. Est-ce que Josué n'est pas venu après Moïse, David après Samuel, Baruch après Jérémie, Elisée après Élie, Timothée après saint Paul? — En ce moment Eulysius, évêque d'Apamée en Bithynie, lui fit cette observation: Si nou" ■continuons à garder nos églises, après qu'on vous aura injustement frappé, on nous forcera de communiquer avec vos persécuteurs et de souscrire à la sentence qu'ils vont porter contre vous. — En ce cas, répondit l'homme de Dieu, vous pourrez communiquer avec ©ox. i^our ne pas diviser davantage l'Église. Mais ne souscrivez pas aîî àéG^^^ qu'ils porteront contre moi, car ma conscience ne me reproche aucun des crimes pour lesquels ils veulent m« déposer '. a

* Pallad.^ loc. citât., col. 28.

cnAP. lY. — CONCIUABdLE DU CHÊNE.

43. « Comme il parlait ainsi, on vint annoncer les envoyés conciliabule. Faites-les entrer, dit le saint. — Quand ils furent troduits, J3,in leur demanda quel était leur rang dans iahiérarc ecclésiastique. Nous sommes évêques, déclarèrent-ils. «» Sur cette réponse, il les pria de s'asseoir et de faire connaître l'objet de leur message. Notre mission, dirent-ils, se borne à vous transmettre une assignation canonique et à vous en donner lecture. Permettez-vous que cette lecture ait lieu? — Oui, répondit Jean. — Un serviteur de Théophile, qui les avait accompagnés, lut donc la cédule conçue en ces termes : Le saint synode réuni au Chêne, à Jean. (Telia était la suscription. Elle débutait par une grossière injure, puisqu'on refusait à l'homme de Dieu son titre d'évêque.) — L'outrageant billet ne portait d'ailleurs que ces mots : Il nous a été remis contre vous des mémoires contenant un nombre infini d'accusationa graves. Venez donc et amenez avec vous les prêtres Sérapion et Tigrius. On aura besoin de leur présence. — Après cette lecture, les deux envoyés qui étaient Dioscore et Paul, jeunes évêques d© Lybie , récemment ordonnés par Théophile , déclarèrent que la citation était bien celle que le synode les avait chargés de transmettre. Nous délibérâmes alors sur la réponse qu'il y avait à faire. Elle fut bientôt rédigée et on la fit porter par les trois évêques Lupicinus, Démétrius et Eulysius, accompagnés des deux saints prêtres Germain et Sévère. La réponse adressée directement au patriarche d'Alexandrie portait ces mots : Ne bouleversez pas l'Église; ne livrez pas au schisme cette épouse de Jésus-Christ pour laquelle notre Dieu s'est fait chair. Si vous persistez dans votre aveuglement, si vous continuez à fouler aux pieds les canons de Nicée en vous arrogeant le droit déjuger des causes ecclésiastiques hors de votre province, du moins ayez le courage de vos actes. Venez ici, dans cette capitale où la protection des lois est assurée à chacun, et n'attirez pas, à la façon de Caïn, un autre Abel dans la campagne. Nous entendrons ce que vous avez à dire. L'acte d'accusation qui nous a été remis contre vous porte soixaste-dls articles dont chacun indique des attentats sacrilèges. Nous somme© ici en plus grand nombre que les évêques présents à votre synode.

Nous sommes réunis pour rétablir la paix et non pour renverser, comme vous le faites, la discipline ecclésiastique. On ne compte que Ueu^e-y^i évêques dans votre assemblée et presque tous sont d'cSiO £3ule et même province. Nous sommes, nous, au nombre de quarante, irenus des provinces les plus diverses. Il y a parmi nous sept métropolitains. En droit canonique la majorité des évêques, même comme nombre, suffirait seule pour nous donner de préférence le jugement i définitif. Que sera-ce donc puisqu'outre le nombre, nous avons encore pour nous la dignité prépondérante? Enfin nous avons sous les yeux une lettre adressée jadis par vousmême à Jean Chrysostome. Dans cette lettre vous invoquiez le canon ecclésiastique qui défend à un évêque de s'arroger le droit de jugement hors des limites de sa province. Commencez donc par vous soumettre le premier à une règle que vous connaissez si bien, et invitez les prélats de votre faction à rentrer eux-mêmes dans le devoir K »

44. « On lut cette lettre au bienheureux Jean. Vous êtes libres, dit-il, de faire en votre nom telle réponse que vous jugerez convenable. Mais comme il s'agit surtout de moi dans toute cette affaire, il me faut aussi répondre personnellement à la citation personnelle qui m'est adressée. — Il prit alors des tablettes et traça les lignes suivantes : Jusqu'à ce jour j'ignorais complètement qu'il se fût produit aucune accusation juridique contre moi. S'il en est fiurvenu quelqu'une et si vous voulez que je compe-raisse devant TOUS pour la discuter, commencez par exclure de votre assemblée un certain nombre de membres qui se sont déclarés mes ennemis personnels et dont j'ai le droit dès lors de récuser le jugement. Je Ae veux point incidenter sur le local où il vous a plu de vous réunir. Cette capitale était de droit le lieu où une pareille assemblée devait se tenir. Mais je ferai bon marclié de cette question incidente. Seulement je ne saurais accepter comme juges des hommes qui ont manifasté d'avance la résolution de me poursuivre jusqu'à la mort. J'ai donc le droit et le devoir de les récuser. En conséquence

« Pallad., loc. citât , col. 28.

je désigne nominativement Théophile comme ayant âlî à son départ d'Alexandrie, et ayant répété plusieurs fois ce propos, notamment en Lycie: Je merendsà CoastanLinople pour déposer l'évêque Jean. Hn conduite ici n'a que trop justifié l'inconvenance d'uQ pareil langage, puisqu'il n'a pas daigné depuis son arrivée m'adresscr une seule communication verbale ou écrite. Je récuse pareillement Acacius de Bcrée, lequel a public^ueraent dit de moi: Je lui servirai un plat de ma façon. Je récuse de même Severianus de Gabala et Antiochus de Ptoléraaïs, sans m'expliqaer davantage à leur sujet. Ce que j'aurais à dire est de notoriété publique. On représente leurs exploits jusque sur les théâtres de cette ville, en attendant que la justice de Dieu leur en demande compte. Si donc vous souhaitez que je comparaisse devant vous, excluez d'abord ces quatre personnages du nombre de mes juges. Admettez-les, si vous voulez, comme mes accusateurs. Je suis prêt à réfuter toutes leurs calomnies. Yous serez juges entre eux et moi. J'accept-3 non-seulement le jugement de votre charité, mais celui du tout l'univers, à la condition que ces hommes qui se sont gratuitement faits mes ennemis ne soient point à la fois parties et juges dans une cause que leur inimitié seule a inventée. Telle est ma résolution définitive. Dussiez-vous réitérer mille fois votre citation, vous n'obtiendrez jamais de moi une autre réponse *. »

45. « A peine les députés du conciliabule étaient sortis, continue Palladius, lorsque survint un notaire impérial, chargé d'un ordre .signé d'Arcadius. Il exhiba en premier lieu une requête adressée à l'empereur par Théophile et ses adhérents afin qu'usant de son autorité souveraine, le prince daignât contraindre même par la force l'arche vèque Jean à comparaître au synode. Arcadius s'était borné à signer cette requête et il l'envoyait au bienheureux. La réponse fut exactement la même que celle déjà expédiée à Théophile. Le notaire impérial se retira, et nous vîmes arilTer deux prêtres de Uyzance, Isaac, celui-là même dont la complicité venait '•d'être achetée par la promesse de l'évêché de Cysique, et Euge-

* Pallad., loc. cit., col. 29.

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