CHAP. V. — RAPPEL DE CBRTSOSTOME
pendant une seule nuit; cette église pendant un seul jour. Encore ce jour ne fut-il pas complet. La captivité de Sara mit en relief l'honneur de la vertueuse épouse; l'oppression de cette église a fait connaître votre fidélité. Jusqu'ici le parallélisme se soutient entre l'histoire patriarcale et notre histoire actuelle. Mais le dénoûment diffère. Le Pharaon, ce roi barbare, fut attendri par la vertu de Sara. Il déplora son erreur et dit à Abraham : « Pourquoi m'aviez-vous trompé, en me disant que cette femme était votre sœur *? » Et Sara fut rendue à son époux. Mais le nouvel Égyptien après avoir commis son crime n'a pas connu le repentir; il a continué la lutte et la violence. Malheureux, « tu as péché, arrête-toi *!» N'ajoute pas d'autres forfaits au premier. Tu avais exilé le pasteur, pourquoi disperser le troupeau? Tu avais éloigné le pilote, pourquoi briser le gouvernail? Ta avais chassé le vigneron, pourquoi arracher la vigne? Pourquoi violer les monastères et reproduire les désastres d'une invasion de barbares? Dieu a permis tout cela, mes bien-aimés, afin de mieux faire éclater votre vertu et d^ montrer à la face de l'univers qu'il y a dans cette cité de Constantinople un troupeau fidèle dont Jésus-Christ est vraiment le chef. Même en l'absence du pasLecr, ce troupeau est resté invincible. La parole de l'Apôtre s'est accomplie. « Vous avez poursuivi avec crainte et tremblement l'œuvre de votre salut, nonseulement quand j "étais là pour diriger vos efforts, mais en mon absence, alors qu'on m'avait éloigné de vous ^. » Is'os ennemis connaissaient parfaitement votre courage, la force de votre amour pour moi et l'ardeur de mon amour pour vous. Tant que Chry» sostome sera dans la cité, disaient-ils, nous n'oserons rien faire; Qu'on le force d'en sortir. — Eh bien ! vous y avez réussi. L'évêque a été exilé. Mais vous avez vu alors ce que peut rattachement d'an troupeau fidèle à son pasteur légitime, vous avez connu par expérience la générosité de mes fils, leur constance inébranlable. Spectacle inouï 1 Le hergi^ est absent et le troupeau combat ; le chef est éloigné et les soldats prennent les armes, Nop-^
* Gènes., xii, 18, 19. — * Gsnes., xii, 4-7. — ' Philipp.^ n, i2«
534 PONTIFICAT DE SAINT INNOCENT I (iOl-417),
seulement l'Église a eu son armée, mais la ville entière est devenue l'Eglise. Un souffle d'iiéroïque sainteté purifiait les rues, les places, l'atmosphère de la ville. Les hérétiques se convertissaient, les Juifs eux-mt'mes confessaient la divinité de Jésns-Christ et accourai ;t dans nos rangs. Ainsi en fut-il au temps évangélique. Le grand-prêtre Caïphe attachait le Sauveur à la croix, mais le bon larron se convertissait. Les princes des prêtres mirent à mort celui que les mages avaient adoré. Église de Constantinople, ne vous troublez donc pas. Sans ces épreuves, jamais on n'eût apprécié les trésors de fidélité et de grâces déposés dans votre sein. L'ennemi a tendu ses embûches, il a déclaré la guerre, mais il a été vaincu. Quelles étaient ses armes? Des bâtons. — Quelles étaient les vôtres? La prière. — C'est le mot de l'Évangile : « Si l'on vous frappe sur la joue droite, tendez l'autre *. n Les insensés! Us ont envahi ce temple, ils l'ont assiégé, ils ont changé 1a sanctuaire de la paix en un champ de carnage, sans respect ponr la majesté du Dieu qui y réside, ni pour la dignité du sacerdoce, ni pour la piété des princes. La piscine du baptistère a été remplie de sang; le bain de la régénération est devenu le théâtre des égorgements. Quoi ! l'empereur en entrant dans cette église dépose le bouclier et le diadème; et vous, vous êtes venus ici l'arme au poing, la massue levée! Le souverain laisse à la porte les insignes de l'empire, et vous, vous avez porté la guerre jusqu'au pied de l'autel. Ainsi avez-vous fait. Mais votre sacrilège n'a pu atteindre la sainteté de cette église, noble épouse que Jésus-Christ m'a donnée. Elle a conservé, malgré tous vos forfaits, l'éclat immaculé de sa vertu. Et voilà ce qui me comble d'allégresse. Je suis heureux, moins encore de votre victoire, que de ce que vous avez triomphé sans moi. Si j'eusse été au milieu de vous, on aurait pu m'attrihuer une part dans le succès. Vainqueurs sans moi, la gloire vous ûpparlicGi tout entière. Mais aussi c'est là un mérite qu'on ne saurait me contester. Je vous ai élevés de telle sorte que, loin de votra père, vous savez déployer le même courage que vous auriez sous
» Matih., V, 39.
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ses yeux. Tel un généreux athlète n'a pas besoin de l'œil du maître pour faire honneur aux leçons qu'il en a reçues, Qr'ai-js besoin d'insister davantage? Les pierres elles-mêmes, les mii. .urles crient et proclament votre valeur. Au palais impérial on vante la fidélité d'.i peuple de Constantinople ! Les rivds du Bosphore, le ilésert, les rochers, les campagnes, retentissent de la même acclamation. Votre éloge est écrit dans tous les cœurs et redit par tous les échos. Et comment avez-vous remporté cette éclatante victoire? Par les armes, la violence, l'intrigue et l'or? Non, mais par la foi. Constantinople fidèle à son évêque ! Constantinople éprise d'amour pour son père! Cité bienheureuse, ce ne sont pas tes édifices superbes, tes magnifiques colonnades qui font ta richesse, c'est ta vertu. Quoi! parmi tant de dangers, d'embûches, de violences et de menaces, vos prières ont suffi pour vaincre! Oui, et ce n'est pas sans raison, car vos prières étaient assidues, vos larmes comme un torrent forcèrent la miséricorde de Dieu. L'ennemi avait des glaives, vous des oraisons; il respirait le carnage, vous la mansuétude. Qu'on fasse ds nous ce qu'on voudra! disiez-vous. Et vos prières redoublaient. Maintenant ces envahisseurs où sontils? Avons-nous armé des soldats, bandé nos arcs, lancé des flèches contre eux? Nous avons prié et ils or;t disparu. Leur trama était une toile d'araignée, votre foi était le rocher inébranlable. J'ai donc le droit d'être fier de vous! Et pourtant ce triomphe ne m'a pas surpris, parce que je connaissais depuis longtemps les ressources inépuisables de votre dévouement et de votre piété. On pouvait bannir le pasteur, je savais que le troupeau, que la cité entière le suivrait dans l'exil. Un homme avait disparu, et Constantinople se croyait transformée en un désert. Les femmes, les époux, les vieillards, les petits enfants, tous voulaient s'embarquer pour aller rejoindre, à travers les flots, parmi les sohtudes, leur père qu'on avait ravi. L'esclave, sans s'inquiéter de son maître; la femme, sans wîuci de sa faiblesse, tous prenaient cç chemin. Le forum fut déserte pour l'église. 11 vous souvient d'avoi. v:^ filars l'auguste impératrice elle-même se mêler à vos rangs et partager ■yutro ùùllicitude. Je ne veux poiat passer sous silence cet acte de
piété auguste. Mes lèvres ne connaissent pas l'accent de l'aduîas tion Je le dis en sa présence, parce que c'est la vérité. Pendant que des intrigues dont vous connaissez les auteufb- me faisaient prendre la route de l'e.xii, l'impératrice s'est souvenue de sa piété; elle a mêlé ses prières aux vôtres, et le triomphe de ce jour est aussi son œuvre. Oubliez donc tous les souvenirs amers, pour ne plus songer qu'aux bienfaits du Seigneur et à la reconnaissance que nous lui devons. Redisons avec l'Apôtre : « Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans l'allégresse. Ils allaient et pleuraient, répandant le grain sur les sillons, mais ils reviendront âans la joie recueillir des gerbes de salut et de grâce '. »
§ El. IVouvelles Eratrigcies*
9. « Ce discours, dit Sozomène, fut accueilli avec de telles acclamations que l'orateur, interrompu à chaque instant parles applaudissements de la foule, dut renoncer à la parole et descendre de chaire -. » — Mais, ajoute Socrate, la faction de Théophile pour être abattue n'était point découragée. Elle se fit une arme nouvelle de cette démonstration populaire. Le conciliabule du Chêne n'était pas encore dissous. 11 poursuivait sa treizième session, relative à l'élection du métropolitain d'Éphèse, Héraclide. Théophile présenta la conduite de Chrysostome comme une infraction à toutes les règles canoniques. L'archevêque a été régulièrement déposé par une sentence synodale, disait-il. Dès lors il ne saurait exercer aucun acte ecclésiastique avant d'être réhabilité. — Ce raisonnement, produit dans le public, n'aurait point alors eu grand effet. Aussi Théophile se garda bien de Tébi-uiter. Il se conlenta d'en faire l'objet d'une protestation déposée, comme pierre d'attente, dans les archives du synode ^.
« Psnlm-, cxxv, o, 6; Joaun. Cbrysosf.j Sermo post redi'H^i; Patr-ot. grcrc., tom. LU, col. 443-446.
«Sozoïnea., Hist. eccles., iib. VIII, cap. xviii. — 3 Socrat., JJist. eccies^ lib. VI, cap. XVI.
'^MiiSar