‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 7 sur 77 · CH^Î. I. — PREMIERS TRAVAUX BE SAINT AUGUSTIN. H · texte numérisé non relu

CH^Î. I. — PREMIERS TRAVAUX BE SAINT AUGUSTIN. H

ne suffit plus aux rachetés de Jésus-Christ. Il leur faut un royaume et un royaume éternel, acheté au prix des souffrances et de* pri- Talions du temps. Cette source nouvelle de dévouements, de sacrifices, de grandeur morale, devait abreuver les races barbare» qui allaient fondre sur l'empire romain, en leur infusant une vie dont nous sommes aujourd'hui les héritiers, et dont, bon gré mal gré, nous serons les continuateurs.

! 6. Saint Augustin avait-il le pressentiment de ces grandes

choses, alors que, saluant d'un dernier regard les rivages d'Ostie^

il s'embarquait avec Alypius et ses amis pour Garthage? Nous ne le

savons pas d'une manière positive. Cependant nous inclinons aie-

croire, parce que les saints ont dos vues plus hautes, plus distinctes,

plus complètes que tous les politiques humains. En abordant sur la

terre de la patrie, Augustin et ses amis furent reçus par Innocen-

jtius, un avocat au siège du vicaire de la préfecture africaine. Tels

étaient alors les titres officiels ; s'ils diffèrent un peu des nôtres^

'ils représentent cependant à peu près dos fonctions semblables 5

car les noms changent, mais les attributions restent les mômeî

Les conditions essentielles de l'humanité sont immuables et notrt.

prétendu progrès indéfini ne pourra rien à cela. Innocentius, md-

gré tous ses titres et sa fortune, était atteint d'une fistule incurable^

Les chirurgiens d'alors, aussi habiles que les nôtres, étaient comme'

eux impuissants devant la loi de l'humanité, qui est de souffrir puis.

de mourir. « Or, dit saint Augustin, Innocentius nous reçut dans-

sa demeure, Alypius, mon frère et moi. Nous n'étions pas encore

clercs, mais engagés déjà au service de Dieu. Cet homme, d'une

fervente piété, comme toute sa maison, nous avait donné l'hosni-

.talité, et nous demeurions chez lui. Les médecins le traitaient de

fistules hémorroïdales, nombreuses et profondes. Ils y avaient déjà

.appliqué le fer et employaient toutes les ressources du leur art. La

première opération avait causé au malade de longues et cruelle»

douleurs. Mais une des plaies s'était dérobée aux regards et à l'ins-

trument des médecins. Les autres, dont l'ouverture avait favorisé 1©

traitement, étaient déjà guéries, que celle-là demeurait se jouant d»

ious leurs efforts. Innocentius commençait à se défier de ces retarda '

i2 PONTIFICAT DE SAINT SIRICIUS (383-398).

il appréhendait une seconde incision que lui avait prédite un médecin de ses domestiques, à qui les chirurgiens n'avaient pKS voulu permettre d'assister à la première opération. Innocentius, furieux de son pronostic sinistre, dans sa colère, l'avait chassé de sa maison, et n'avait consenti de nouveau qu'à giand'peine à l'admettre en sa résence. Le malade était dans un état d'irritation violente. Quoi I d isait-il aux chirurgiens, vous allez m'inciser une seconde fois? Fautil en revenir à la prédiction de celui que vous avez chassé d'abord? n — La faculté de Carthage ne procédait pas différemment de la nôtre. Elle eut recours à une nouvelle consultation. « On amena, continue saint Augustin, un nouveau confrère, c'était le vieillard Ammonius. Il rassura complètement le malade, déclarant qu'on pourrait éviter l'opération et obtenir un résultat favorable par des émollients. Innocentius, consolé par ces belles promesses, en attendait avec confiance le résultat. Il raillait ironiquement le médecin domestique de ses terreurs imaginaires et de ses conclusions sinistres. Cependant les jours s'écoulaient en vaines espérances; aucune amélioration ne se produisait. Les médecins, fort confus, finirent par avouer qu'une seconde opération était indispensable. Le malade, exaspéré, ne voulut point la leur confier. Il fit venir un docteur d'Alexandrie, chirurgien habile, mais homme d'honneur, qui, à la première inspection des cicatrices, reconnut la sagesse du traitement suivi jusque-là. 11 conseilla au malade de ne pas enlever à des praticiens honorables le fruit d'un travail dont il reconnaissait lui-même tout le mérite. Sans doute, disait-il, une nouvelle opération est indispen- Svaiilc ; mais il répugnerait à mon caractère de succéder à des hommes dont le zèle, la science et l'adresse ne m'i)nt presque rien laissé à faire. Je ne veux pas leur ravir la gloire de tant d'efforts. — Le malade se rendit à ses raisons ; il fut convenu qu'en présence de l'Alexandrin, les autres chirurgiens pratiqueraient cette opération -décisive. On la remit au lendemain matin. Or chaque jour Innocentius recevait la visite de plusieurs saints personnages : Saturninus, évoque d'Uzala, de bienheureuse mémoire, le prêtro Gelosus, les diacres de l'église de Carthage, et surtout l'évêque Aurelius, qui vit encore 9u moment où j'écris ces lignes, et avec

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lequel j'aime à m'entretenir souvent de ce miracle dont il fat acteur et témoin. La veille de l'opération, vers le soir, ils vnnrent tous, suivant leur coutume, visiter le malade. Celui-ci les supplia, en pleurant, d'assister le lendemain à ce qu'il appelait non pas ses tortures, mais ses funérailles ; car il avait conservé de sa première opération une telle épouvante, qu'il croyait infailliblement mourir entre les mains des chirurgiens. Les hommes de Dieu cherchaient à relever son courage; ils l'exhortaient à se remettre humblement entre les mains de la Providence, à subir ses décrets avec une résignation virile. Tous alors, nous prosternant, nous priâmes avec ferveur. Le malade lui-même, comme si une force surnaturelle l'eût soulevé, tomba à genoux, invoquant la miséricorde divine ; mais comment, avec quelle ferveur, avec quels transports, avec quels torrents de larmes, quels gémissements et quels sanglots, qui pourrait l'exprimer? Tous ses membres tremblaient; il demeurait presque suffoqué. Quant à moi, ému jusqu'au fond de l'âme, je ne pouvais que répéter ces mots : Seigneur, quand exaucerez-vous les prières de vos serviteurs, si vous n'exaucez pas celle-ci? — Car il me semblait qu'il ne s'y pouvait rien ajouter, sinon d'expirer en priant. Nous nous levâmes ensuite, l'évêque nous donna sa béné-^ diction et le malade nous congédia, après nous avoir fait promettre à tous d'assister le lendemain à l'opération fatale. Aucun de nous n'y manqua. Les médecins entrèrent, on fit les redoutables préparatifs ; les instruments furent étalés. Chacun gardait un silence de mort. Le malade fut placé dans l'attitude la plus favorable ; l'opérateur, après avoir délié les bandages et mis à découvert la région du mal , s'arma du fer et chercha avec attention la fistule qu'il devait inciser. Il pénétra du regard, il toucha du doigt; mais au lieu d'une plaie, il ne rencontra qu'une cicatrice déjà fermée. U n'y avait plus de mal ! — A peine eut-il prononcé cette parole que les transports d'allégresse, les larmes de joie, les cris d'admiration, de reconnaissance et d'actions de grâces au Dieu de miséricorde, éclatèrent de toutes parts. Qu'on se figure ce que purent être les sentiments de l'assemblée. Pour moi, je renonce à les décrire *, »

1 S. Âugust., de Civit. Dei, lib. XXIIf ca|). Tiu. La plus grande partie de ot

14 PONTIFICAT DE SALNT bUUClUS (385-3'J8j.

7. La prière de saint Augustin, en cette circonstance miractileuse, dut être d'autant plus décisive que, dans son humilité, il nous la montre plus humble et plus laconique- Le thanmaturge commençait avec la même ingénuité triomphante que le néophyte et le solitaire. Car c'est un point sur lequel on n'a point insisté peutêtre, et qu'il faut remettre en lumière dans cette belle vie. Augustin fut un des initiateurs de la solitude chrétienne. Le germe de la vie religieuse avait été déposé dans son âme, avant même que sa conversion fût complète, lorsqu'à Milan, professeur de rhétorique, il commençait à délaisser Cicéron pour étudier saint Paul. « Ua jour, dit-il, Pontitianus, l'un des premiers officiers militaires du palais, était venu me voir. J'avais près de moi Alypius. Nous nous assîmes pour nous entretenir. Il aperçut par hasard, sur une table cle jeu qui était devant nous, un volume ouvert. Il le prit; c'était l'apôtre Paul. Je lui avouai que cette lecture faisait alors ma principale étude. La conversation l'amena à nous parler d'Antoine, le moine d'Egypte, dont le nom si glorieux parmi vos serviteurs, ô mon Dieu, nous était encore inconnu. Pontitianus s'en aperçut. Ce lui fat une raison de plus d'insister sur ce sujet; il révéla ce grand homme à notre ignorance dont il ne pouvait assez s'étonner. Nous étions dans la stupeur de l'admiration au récit de ces irréfragables merveilles de si récente mémoire, presque contemporaines, opérées dans la vraie foi, au sein de TÉglise catholique. Et nous étions tous surpris , nous d'apprendre , lui de nous apprendi-e ces faits extraordinaires. Et ses paroles coulèrent de là sur ces saintes foules de monastères et les parfums qui s'en exhalent vers vous, Seigneur, sur ces fécondes aridités du désert dont nous ne savions rien. Et à Milan même, hors des murs, était un cloître rempli de religieux élevés sous les ailes d'Ambroise ; et nous l'ignorions! Il continuait de parler, et nous écoutions en silence. Et il vint à nous conter q[u'un jour, à Trêves, l'empereur * passant l'après-midi aux spectacles du cirque, trois de ses compagnons et lui allèrent se

récit est empruntée à l'excelleute traduction des Confessions de saint Augustia, par M. Moreau.

« Cet empereur était Gratien.

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